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Derrière chaque grande fortune se cache un crime - La France et Total complices de la tragédie birmane

Derrière chaque grande fortune se cache un crime - La France et Total complices de la tragédie birmane
Archives | Bangkok (Thailande)
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Des soldats armés d’AK 47 chinois surveillent le travail d’ouvriers exténués. Ces derniers ont été réduits à l’état d’esclaves pour le compte d’une compagnie pétrolière française.

Non, ce qui précède n’est pas extrait du scénario du prochain Rambo, mais pourrait bien être la réelle tragédie que vivent actuellement des milliers de Birmans (môn, karen et tavoyans pour la plupart) [1], conséquence directe de la coopération entre Total et la dictature birmane. Cette grande entreprise agit avec la bénédiction et/ou en connaissance de cause de certains hauts responsables de l’État français.

Ces peuples, infortunés forçats, ont été réquisitionnés par les soldats du SLORC (State Law and Order Restoration Council - Conseil de restauration de la loi et de l’ordre), la junte militaire au pouvoir, pour construire une voie ferrée entre les villes de Ye et Tavoy le long du golfe de Martaban. Cette voie ferrée (nord-sud) de 177 kilomètres est tracée pour croiser un futur gazoduc (est-ouest).

Celui-ci constituera une artère économique vitale pour le SLORC et générera une source de profits considérables pour Total et la compagnie pétrolière américaine Unocal qui assureront son exploitation (cf. "Maintenant" numéro 5). Bien sûr, ces multinationales nient toute implication, prétextant que cette voie ferrée n’a rien à voir avec leur activité.

Un ex-caporal du SLORC, rencontré sur la frontière birmano-thaïe, déserteur depuis six mois du 343e LIB (Light Infantery Battalion), affirme le contraire : "Au début des travaux, toutes les troupes du SLORC ont été briefées. On nous a informés que ce chemin de fer était important pour la logistique."

Dans ce pays au réseau routier pour le moins rudimentaire, on suppose que le rail servira à l’acheminement des matériaux et des équipements nécessaires à la pose du pipeline. Il permettra surtout de rapides interventions des troupes gouvernementales pour assurer sa sécurité. Plus qu’un symbole du pouvoir des généraux de Rangoon, ce sera évidemment une cible de choix hautement explosive pour les saboteurs déterminés qui luttent contre le gouvernement illégitime birman.

Ultime alternative restant aux groupes d’opposition pour interrompre un flot de profits qui permettrait à la féroce dictature militaire birmane d’acheter davantage d’armes ; celles qui serviront sans aucun doute à anéantir ceux qui défient son autorité. Ce gazoduc n’est pas seulement décrié pour toutes ses répercussions catastrophiques sur l’homme et la nature, mais aussi parce qu’il assurera la pérennité d’un des plus dur régimes du monde.

Selon l’Institute for Asian Democracy, "une découverte majeure de gaz ou de pétrole permettra à la junte de perdurer pendant des années". On estime que la vente du gaz du golfe de Martaban, à elle seule, rapportera à la dictature un pactole de deux milliards de francs annuels, qu’elle aura à partager avec Total et Unocal.

Pour s’octroyer de nouveaux gisements, de plus en plus rares, et contrôler des ressources d’énergie qui s’amenuisent, certaines compagnies pétrolières sont prêtes à pas mal de compromissions. C’est ce qui est en train de se passer en Birmanie. L’hypocrisie qui règna durant la guerre du Golfe est là pour nous rappeler que ces compagnies forment un puissant lobby.

Esclaves de la fin du XXe siècle

Hélas ! il semble que l’Histoire se répète. Les conditions de travail sur ce chemin de fer ont des allures de déjà vu. D’après de multiples sources [2], la situation actuelle ressemble fort au sinistre death railway (chemin de fer de la mort) qui fut construit pendant la Seconde Guerre mondiale par l’occupant japonais et qu’immortalisa le célèbre Pont de la rivière Kwaï.

Au moins seize mille prisonniers de guerre des forces alliées et plus de cent mille Asiatiques alors employés comme forçats périrent d’épuisement, de mauvais traitements, de maladies diverses, de manque de soins, de faim... Certaines sources prétendent que la voie en cours de réalisation sera reliée à cette ancienne ligne.

Il faut savoir que le SLORC utilise systématiquement et à grande échelle une main-d’oeuvre forcée sur les chantiers du développement économique des infrastructures du pays ! Selon l’envoyé spécial de l’ONU, "les travaux forcés, les déplacements de population, les assassinats arbitraires, les coups, les viols et les expropriations sans indemnités perpétrés par le SLORC sont plus fréquents sur la zone frontière où son armée est engagée dans des opérations militaires ou des projets de développement régional" [3].

Aujourd’hui, les camps de réfugiés des districts de Kanchanaburi et de Sangkhlabun (en Thaïlande, près de la frontière) regorgent de civils qui ont fui les travaux forcés et les exactions des soldats de la junte. Ils racontent tous plus ou moins la même histoire.

À partir de février 92, tous les villages et les hameaux se trouvant sur le tracé ou aux alentours de ces deux projets ont été progressivement rasés et leurs habitants contraints à s’installer sur des sites à proximité de camps militaires. Le SLORC justifie ces déplacements de populations en affirmant vouloir les protéger contre les insurgés. Ce n’est ni plus ni moins qu’une grossière manoeuvre pour disposer d’un réservoir de civils corvéables à merci...

Évidemment, il est interdit de visiter des travaux que le SLORC s’emploie à cacher au monde extérieur [4]. Qu’importe ! La frontière bourdonne de témoignages qui racontent la vie de l’autre côté.

Le long de ce tracé ferroviaire il y aurait cinq camps de travail, portant le nom des plus proches villages : Chaung Dong, Kalaw Gyi, Pauk Pin Gwa, Nat Kyi Zin et Min Tha. Selon les estimations, au moins 50.000 personnes seraient employées à sa construction. Chaque village de la région sous contrôle du SLORC doit envoyer un quota de volontaires, en fait un membre par famille. Les recrutements s’effectuent au moyen d’intimidations et sous la responsabilité du chef du village.

Si celui-ci ne cède pas, son village risque de sérieuses représailles. Les menaces de mort ne leur laissent guère le choix. Ces prétendus volontaires doivent travailler pour une période de quinze jours à un mois (certains affirment jusqu’à deux mois), pour être ensuite remplacés par un autre membre de leur famille, en rotation...

Ce système inhumain n’est pas sans rappeler les corvées de l’époque féodale ou le Service du travail obligatoire (STO) des nazis. Bien que la plupart des volontaires soient des hommes et des femmes entre seize et soixante ans, il n’est pas rare que des enfants de onze ans ou des femmes enceintes soient aussi enrôlés.

Une vieille femme esseulée fut même forcée à travailler. Ceux qui ne peuvent pas travailler doivent s’acquitter d’une amende forfaitaire de 1.500 à 3.000 kyats (150 à 300 dollars), selon la rapacité des soldats, somme importante pour ces gens qui sont le plus souvent de simples paysans.

Leur travail consiste à aménager le parcours de la voie ferrée : abattre des arbres, débroussailler l’épaisse végétation tropicale, casser des rochers, faire des remblais pour le ballast, poser des rails, etc. etc. Certains sont aussi employés à l’aménagement d’héliports, à creuser des tranchées, à construire les enceintes, les baraques et les huttes des nouvelles bases du Tatmadaw, l’armée du SLORC.

Ces derniers temps, le SLORC a considérablement renforcé sa présence militaire dans cette région afin de protéger les projets du gazoduc et du chemin de fer. Ces "volontaires" doivent emmener avec eux leurs propres vivres, couchage, outils, car ils ne reçoivent aucun salaire, ni nourriture ou autres formes de compensations. Ils doivent aussi payer leur transport, la plupart habitant souvent à plusieurs heures.

Levés à trois heures du matin, ils commencent à cinq heures. S’ils n’ont pas fini leur tâche journalière, ils doivent souvent continuer jusqu’à dix heures du soir. "Nous sommes des fermiers et nous nous considérons comme des gaillards rudes et costauds, mais travailler sur ce chantier nous met littéralement en pièces", explique l’un de ceux qui ont réussi à s’enfuir. Il craint pour les siens qui sont restés là-bas. Il ajoute : "Nous travaillions sous la garde des soldats qui nous menaçaient de leurs armes pour nous rappeler que nous devions finir la tâche qui nous était assignée."

Les châtiments corporels ou les amendes infligés à ceux qui n’exécutent pas rapidement et correctement leur travail sont fréquents. "Si le quota de la journée n’est pas atteint, le coupable reçoit vingt coups de bâton. Nous devons finir, sinon nous sommes punis par nos supérieurs", raconte le déserteur du SLORC. Les fuyards capturés sont torturés devant les autres travailleurs, pour l’exemple.

Ces paysans n’ont guère de temps à consacrer aux chantiers du SLORC, car les travaux des champs (rizières en général) suivent un cycle précis et sont leur unique moyen de subsistance. En outre, ils doivent donner une bonne partie de leur récolte à titre d’impôt. S’ils ne peuvent s’en acquitter, ils doivent vendre bêtes et outils pour payer. Cette situation intolérable a conduit de nombreux fermiers sur les chemins de l’exil.

Les accidents du travail sont également nombreux, faute de mesures de sécurité. Les ouvriers écrasés par les arbres ne sont pas rares. Un autre fugitif apporte son témoignage : "En octobre dernier j’ai été déporté de la prison de Bassein au camp de travail de Nat Kyl Zin. Sur un total de 200 prisonniers, une quarantaine sont décédés de façons diverses en l’espace de quatre mois !"

Les maladies liées aux mauvaises conditions d’hygiène (dysenterie, malaria et autres) affectent certains d’entre eux. Affaiblis, perdant peu à peu leurs forces, ils ne peuvent plus supporter ces travaux pénibles. Ceux qui tombent malades et ne peuvent plus travailler doivent payer une amende à titre de dédommagement, les frais médicaux sont à leur charge.

Les travaux forcés, une tradition birmane ?

Khin Nyunt, le numéro un du SLORC, prétend que le "travail volontaire" est considéré par le peuple birman comme un "noble acte de charité", et que la mentalité birmane diffère de celle de l’"Occident", où "le travail sans paie" est considéré comme dégradant [5].

Dans une réponse faite à Yozo Yokata, l’envoyé spécial de la commission des droits de l’homme des Nations unies, le SLORC affirmait : "La contribution de bénévoles pour construire des sanctuaires, des temples, des routes, des ponts, etc. est une tradition millénaire et ceux qui accusent révèlent leur ignorance de la culture du Myanmar" [6].

Plus récemment, les dignitaires du régime ont expliqué que ces volontaires étaient payés (20 kyats par jour, soit environ 10 francs) et nourris, mais qu’il était possible que la corruption locale pervertisse ce système [7].

La Confédération syndicale internationale affirme que l’usage de main-d’oeuvre forcée en Birmanie est une violation flagrante des conventions établies par le Bureau international du travail [8], conventions qui furent ratifiées par la Birmanie en 1930. Lors de la visite de l’envoyé de l’ONU en 93, une rencontre fut organisée avec les travailleurs d’un village. Tous ont affirmé qu’ils étaient heureux de travailler sur ces chantiers, sans doute par crainte pour eux-mêmes et leur famille.

Pour le gazoduc, cela sera sans doute la même chose. Le SLORC est coutumier des mises en scène. Les fausses crémations de stupéfiants ou les offensives bidons contre le baron de la drogue Khun Sa en sont des exemples [9].

Les atrocités exposées ci-dessus se font au nom d’un développement économique qui ne profite qu’à un petit nombre. La bonne santé financière des multinationales reposerait-elle sur la misère des peuples du tiers-monde, à l’instar de la glorieuse dêmokratia esclavagiste d’Athènes ?

L’attitude de Total...

Total justifie sa présence en Birmanie au prétexte qu’elle contribue au développement économique du pays en s’engageant aux côtés d’un peuple qui a besoin d’espoir et d’énergie (sic). Par quel miracle un peu plus de gaz, d’électricité ou de lumière changera la vie de gens oppressés par une dictature ?

Total demeure fort discret sur ses affaires et sa collaboration avec les tyrans de Rangoon. Les responsables de Total à Rangoon ou à Bangkok ont ordre de se taire. Ce silence ne peut que susciter la suspicion et amener à se poser certaines questions qui appellent autant de réponses.

Pourquoi Total utilise-t-il les services d’anciens militaires ? Est-ce une pratique courante ? Selon une information recueillie auprès de Han Tint, commandant du 408e régiment de l’armée du SLORC, MM. Challa et Thalagie, qui faisaient partie de l’équipe chargée des études sur la zone du pipeline en avril 93, seraient d’anciens officiers de l’armée française. Quel était leur rôle ?

Le mois dernier, la guérilla de la KNU (Karen National Union) a attaqué un site prospecté par Total. Cinq personnes ont été tuées et plusieurs blessées. Il est impossible de savoir s’il y a des victimes françaises parmi elles. Total pratique l’omerta. No comment ! Ébruiter l’affaire pourrait amener à focaliser l’attention de l’opinion. À quand la mort violente du premier Français à cause des activités de Total en Birmanie ? Combien d’employés cette compagnie est-elle prête à sacrifier ?

Total prend soin de son personnel. On y affirme que la main-d’oeuvre locale employée pour la pose du gazoduc sera traitée avec respect. Soit ! Alors, par quels moyens cette société française entend faire respecter des conditions de travail acceptables, dans un pays où la notion de législation du travail est inexistante ? Quelles garanties a-t-elle obtenues du SLORC que des travailleurs forcés ne contribueraient pas à leur projet commun ? Ce point a-t-il été négocié ? Si oui, comment Total peut-il faire confiance à un pouvoir qui trompe régulièrement son peuple et la communauté internationale ? Le non-respect du scrutin des élections de 1990 est un exemple révélateur parmi tant d’autres de la vraie nature du SLORC.

Depuis la signature du contrat définitif conclu à Bangkok le 2 février dernier entre Total et ses partenaires [10] concernant l’exploitation du gaz du golfe de Martaban, la France est devenue le plus important investisseur en Birmanie, avec plus de 1,1 milliard de dollars.

D’où vient l’argent ? L’État, la Société générale et le Crédit lyonnais figurent parmi ces principaux actionnaires de Total... Le Crédit lyonnais, qui éprouve les pires difficultés à se remettre de ses rêves hollywoodiens, séduit par les fabuleux profits que promet le gazoduc, aurait-il financé l’opération en se lançant dans une autre aventure aussi hasardeuse que risquée ?

... et des autres compagnies pétrolières

Depuis 1982, la Birmanie est restée volontairement isolée et ses réserves de pétrole et de gaz ont à peine été exploitées. Cela explique l’actuelle conquête du gâteau birman que mènent les multinationales pétrolières européennes, américaines et asiatiques. En dépit de ce riche potentiel de ressources pétrolières, deux de ces compagnies se sont retirées de ce pays.

Shell, la première compagnie mondiale, a abandonné fin 92 son important gisement de gaz du site d’Apyauk dans les plaines centrales, malgré un investissement de près de deux cent millions de dollars. Elle aurait eu des problèmes de négociation avec le SLORC [11]. En fait, la diffusion d’un reportage britannique qui montrait quarante mille villageois forcés de travailler sur cette concession, avait mis Shell dans l’embarras (Blood, Sweat and the Number Nine, Channel Four Documentary).

Amoco (cinquième mondial) a été obligé de se retirer début 94, officiellement pour des raisons économiques. Cette compagnie faisait face à la forte pression d’une partie de ses actionnaires et au boycott d’une importante coalition d’activistes [12]. Ce genre de mesures sont maintenant exercées aux USA à l’encontre d’Unocal et de Texaco.

En février dernier, la ville de Berkeley (célèbre pour son campus contestataire) a résilié tout contrat liant la municipalité à cette entreprise. De plus, selon le Centre des droits civiques de New York, "Unocal, Texaco et Amoco pourraient être tenus civilement responsables des dommages et des abus humanitaires occasionnés par leur coopération avec le SLORC, car ayant agi en parfaite connaissance de cause".

En janvier de cette année, John Imie, le président d’Unocal, a averti "qu’il y aurait de violentes représailles contre quiconque essayerait de stopper ce projet (!)." Selon l’activiste Faith Doherty, "admettre que son partenaire commet des atteintes contre les droits de l’homme est louable, mais persister dans un tel partenariat est criminel". De surcroît, les contrats passés entre le SLORC et les sociétés pétrolières pourraient être rendus caducs du fait du caractère illégitime du pouvoir en place, qui n’est pas mandaté par son peuple [13].

La junte n’a aucun droit de vendre ces ressources, qui ne lui appartiennent pas. En droit français, cela s’appelle tout simplement du recel.Total suivra-t-il l’exemple de ces compagnies qui se sont retirées et attendent une période plus adéquate pour s’implanter en Birmanie, au lieu de coopérer avec des dictateurs et d’attiser les braises d’une guerre civile larvée ?

Une certaine politique de la France

Pas plus que l’engagement constructif thaïlandais, le benchmark [14] de certains pays anglophones ou même le dialogue critique de la France n’ont permis d’évolution démocratique en Birmanie. On ne peut que constater l’échec de ces différentes politiques et rendre raison au prix Nobel de la paix Desmond Tutu, qui est sans ambiguïté favorable à de dures sanctions contre la junte birmane : "C’est le langage qu’il faut parler aux tyrans. C’est hélas ! le seul qu’ils comprennent..."

Le SLORC règne toujours par la terreur et la production d’opium et d’héroïne atteint des sommets vertigineux. Son armée mène de violentes offensives contre les minorités ethniques [15] et le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est toujours emprisonnée dans sa maison de Rangoon. Il faut savoir que l’argent investi par les sociétés étrangères dans ce pays ne profite pas au peuple, mais au pouvoir qui en convertit une grande partie en armement. La France parle un double langage.

D’une part elle condamne la Birmanie via les commissions des droits de l’homme de l’ONU et de l’Union européenne, de l’autre elle la soutient indirectement en couvrant nos entreprises, en particulier Total. Comment ? Il faut savoir que Total est une société privée dont l’État détient une partie du capital. Il est vrai que, depuis 1992, l’État a réduit sa participation directe de plus de 30% à 5,01%.

La lecture du rapport annuel de Total est cependant très instructive. On apprend que l’État détient indirectement 14,46% supplémentaires à travers un réseau de filiales (Gan, AGF et Crédit lyonnais 8,44%, Cogema 4,31%, Société générale 1,71%), le dotant ainsi d’un potentiel de droit de vote de plus de 20%, le reste étant réparti entre petits porteurs en France et à l’étranger.

D’après un pacte signé en 1992 entre les principaux actionnaires, l’État gardera le contrôle de la société jusqu’en mars 2000 [16]. Au 30 mai 94 figuraient à son conseil d’administration au moins quatre membres (sur dix) dépendant directement du pouvoir : MM. Jean Peyrelevade (P-DG du Crédit lyonnais), Jean Syrota (P-DG de la Cogema), Olivier Appert et Jean-Claude Prével (tous deux nommés par décret le 15.12.92), tous liés au ministère de l’Industrie et du commerce extérieur. Quant aux autres, il est difficile d’établir avec certitude qu’ils aient un lien quelconque avec l’État.

Le patronat français appelle à un "code de bonne conduite des affaires" pour moraliser les pratiques de nos entreprises. Qu’en est-il des relations vis-à-vis de sanglants dictateurs ? En clair, est-il éthique de faire affaires avec des tyrans ? Est-ce moins immoral de contribuer à de graves atteintes contre l’humanité que de verser ou de recevoir des pots-de-vin ?

La France confirme sa présence dans ce pays pour d’évidentes raisons économiques, afin de s’enraciner durablement sur un continent perçu comme le pôle économique majeur du siècle prochain, en favorisant l’accroissement des parts de marché de nos entreprises. MM. Gatinol (spécialiste des questions d’énergie à l’Assemblée nationale et député de la Manche - département où se trouve La Hague et fief de la puissante Cogema) et Asselineau (conseiller au ministère de l’Industrie et du commerce extérieur) comptent parmi les plus farouches partisans du projet de Total en Birmanie.

Le ministre des Affaires étrangères adopte lui aussi une attitude trouble concernant notre politique birmane. Le silence de notre ambassade à Rangoon et de la DPCI (direction de la presse, de la communication et de l’information) du Quai d’Orsay est également suspect. Une mise au point de leur part serait utile pour y voir plus clair. La France est elle oui ou non complice des dictateurs ? Pourquoi la France ne joue-t-elle pas la carte de l’opposition démocratique birmane et de Daw Aung San Suu Kyi ?

Le 17 février à Bangkok, lors de la visite de M. Rossi, ministre de l’Industrie et du commerce extérieur, je lui demandai s’il pouvait expliquer la contradiction de la position française vis-à-vis de la Birmanie. Ignorant des conséquences humanitaires du projet de Total, il déclara tout de même que "la France était soucieuse des droits de l’homme". Aux dernières nouvelles, Total collaborait toujours avec les bouchers de Rangoon, avec le consentement de la Coface (Compagnie française d’assurance du commerce extérieur) [17].

Selon la Far Eastern Economic Review (23.3.95), la Coface a rétabli pour les sociétés françaises les garanties contre tout risque politique en Birmanie. En clair, cela ne signifie-t-il pas que si un nouveau gouvernement prenait le pouvoir dans ce pays et invalidait les contrats passés avec le SLORC, l’État français aurait à dédommager ces sociétés - c’est-à-dire avec l’argent des contribuables ? L’attitude de la Coface révèle implicitement le soutien de la France à cette dictature. Tout cela mérite bien quelques éclaircissements. À ce jour, il n’existe aucune commission officielle pour enquêter sur les agissements de Total en Birmanie, notamment sur leurs conséquences humanitaires.

François Mitterrand, qui a écrit la belle et poignante préface du livre de Daw Aung San Suu Kyi Se libérer de la peur, aura été le Président du pays qui collabora avec ces tortionnaires. L’Histoire n’est pas à une contradiction ou à une ironie près.

Pouvoir pour le SLORC, énergie pour la Thaïlande

Des membres du pouvoir thaïlandais et du régime militaire du SLORC ont depuis quelques années planifié une coopération concernant l’exploitation des ressources d’énergie [18]. Si leurs projets vont jusqu’à leur terme, cela aura de graves conséquences, sonnant sans doute l’hallali des différents mouvements prodémocratiques birmans. C’est ce qu’espèrent les partisans de ces projets, en particulier les généraux de Rangoon.

Le SLORC, mais aussi bien les politiciens, les militaires de haut rang, les hommes d’affaires thaïs et étrangers seront les grands bénéficiaires de l’élimination des groupes dissidents installés sur la frontière, ouvrant ainsi la voie à l’intensification du pillage des ressources naturelles en cours actuellement.

Ces projets mettront des milliards de dollars entre les mains d’un régime ultranationaliste, qui commet les pires violations des droits de l’homme et qui s’est doté d’un important arsenal constituant une sérieuse menace pour la stabilité régionale. Les énormes investissements des multinationales asiatiques et occidentales et les profits d’un trafic d’héroïne planétaire (auquel le SLORC est suspecté de se livrer), combinés aux achats massifs d’armements chinois bon marché, ont permis l’extraordinaire expansion des forces armées de la dictature.

La Thaïlande convoite le gaz, le pétrole et le potentiel hydroélectrique de son voisin birman pour soutenir les besoins en énergie de sa forte croissance industrielle. Différents mégaprojets d’exploitation de ces ressources permettront la production d’électricité, dotant la Thaïlande d’une puissance électrique de 30.951 mégawatts pour l’an 2006, contre 9.610 en 1992 [19].

Les cent quarante milliards de mètres cubes de gaz qui seront pompés off-shore (au large des côtes) par le consortium Total-Unocal seront acheminés par gazoduc (dont 60 km à travers le sol birman) pour alimenter les turbines d’une centrale thermique de 2 800 MW à Ratchburi (nord-ouest de Bangkok).

Cela éclaire davantage la politique controversée d’engagement constructif du gouvernement thaïlandais envers le SLORC. Les entreprises thaïlandaises d’État que sont PTT et EGAT (Electricity Generating Authority of Thaïland) comptent parmi les plus puissants appuis de la junte dans sa brutale répression de l’opposition. Certaines sociétés thaïes (publiques ou privées) sont dirigées par des militaires en activité ou à la retraite, tout comme PTT et EGAT.

Seule une petite partie de ce gaz (environ un cinquième) reviendra à la Birmanie pour être convertie en électricité. Cela ne sera même pas suffisant pour combler son déficit chronique en électricité. Sa production actuelle est d’environ 850 mégawatts. Même pas de quoi alimenter une ampoule de 60 watts dans chaque foyer du pays. Ainsi va le développement économique de la Birmanie...

Dévastation de l’environnement

Les sociétés pétrolières ne s’embarrassent pas de considérations écologiques, c’est bien connu. La nature de leurs activités et surtout la course aux profits sont (par essence) antagonistes au respect de l’environnement. Les multiples marées noires de ces dernières décennies ne sont que la partie visible de l’iceberg. Le courageux film de Patrick Benquet, Les Pétroliers de la honte, en est révélateur à plus d’un titre.

Ce qui est moins visible, ce sont les pans entiers de nature sacrifiés pour les différentes installations inhérentes à l’exploitation pétrolière : forêts de derricks, plates-formes de forage et de pompage, puits, réservoirs et tout un réseau tentaculaire de gazoducs, d’oléoducs et autres tuyauteries qui courent sur des milliers de kilomètres. Le projet du consortium Total-Unocal en Birmanie n’échappe pas à la triste règle.

Selon la société américaine Unocal, une étude mesurant les conséquences écologiques de leur projet a été menée en mai 94. Et d’affirmer qu’il en ressort un impact minimal sur l’environnement. Telles sont les conclusions d’un certain Francis Hallé, professeur de botanique tropicale à l’université de Montpellier, qui leur a servi de caution scientifique.

Hélas ! il n’est pas possible de consulter ce rapport. On nous a indiqué que ce document était leur propriété, à usage interne et exclusif. Unocal, qui semble très respectueux de l’environnement, est responsable de la plus grave catastrophe écologique californienne, laquelle pollua son littoral pendant près de quinze ans. Les fuites de ses pipelines ont déversé pendant cette période plus de 40 millions de litres de pétrole léger et contaminé l’océan et les nappes d’eau potable. Les autorités locales ont intenté une action en justice contre Unocal, qui doit répondre de trente-six chefs d’inculpation [20].

Aussi, si cette société a pu cacher pendant toutes ces années des fuites importantes en Californie et agir avec si peu de respect pour les communautés environnantes, on peut légitimement se demander quel sera son comportement en Birmanie, où il n’existe pas de réglementation sur l’environnement, ni d’ONG, et où les habitants ne sont pas autorisés à critiquer ni même à se plaindre. Total a vraiment de sales fréquentations...

En plus des deux projets d’exploitation de gaz (celui du golfe de Martaban et le gisement de Yetagun, conduit par Texaco), sont prévus huit barrages hydroélectriques sur les cours d’eau qui irriguent les vallées de la frontière birmano-thaïe. Des milliers de kilomètres carrés promis aux inondations provoqueront une déforestation sans précédent. La forêt couvre 3% du territoire, alors que ces taux était de 74% à l’indépendance, en 1948.

La dégradation de la forêt birmane est le résultat de l’exploitation des bois précieux, qui profite aussi bien à la junte qu’aux rebelles pour financer leur guérilla. Les Karen, parmi d’autres, répugnent à prendre part au trafic de narcotiques et plaident qu’ils n’ont pourtant pas d’autre choix pour leur survie actuelle. L’utilisation d’armes chimiques par l’armée birmane contre les minorités ethniques et la pulvérisation du 2,4-D dans l’État du Chan ont fait le reste [21]. Des dommages irréversibles ont été occasionnés par les travaux du tracé ferroviaire. De chaque côté de la voie, les arbres de la jungle et des plantations ont été rasés en coupe sombre sur plus d’une centaine de mètres. Pour prévenir toute attaque surprise des rebelles, mais aussi pour le commerce du bois précieux, la fabrication des traverses et les diverses autres constructions du SLORC. Il en sera de même pour le gazoduc, qui traversera une région quasiment vierge.

Les dernières forêts tropicales de ce pays risquent de payer un lourd tribut, la flore et la faune de ces endroits étant riches de nombreuses espèces de reptiles, de batraciens, d’insectes, d’oiseaux et d’un grand nombre de mammifères, comme le tigre et le rhinocéros de Sumatra, quasiment disparus aujourd’hui. Des plantes et des essences rares dont on ne connaît pas les propriétés (et qui pourraient s’avérer utiles) sont aussi menacées.L’acheminement quotidien de millions de mètres cubes de gaz hautement volatil, dans une région où de nombreux groupes de guérilla opèrent, soulève le spectre d’une rupture du gazoduc.

Les tentations de sabotage sur cette cible explosive sont plus que probables étant donné les considérables revenus et le bénéfice politique qu’en tirera le SLORC. D’autre part, les feux de forêt consécutifs aux cultures sur brûlis pourraient aussi faire exploser le gazoduc, dont les fuites pollueraient alors l’atmosphère. Les ruptures sous-marines ou un éventuel séisme ne sont pas non plus à exclure. Enfin, la combustion de ce gaz contribuerait au développement de l’effet de serre.

Murmures du Mônland, le pays môn

Il y a longtemps que le tonnerre des armes et le ferraillement des travaux ont étouffé les bruits de la jungle, de même que les plaintes du peuple môn, piégées dans la chambre d’écho d’un pays interdit. Parfois, certaines d’entre elles frayent à travers le mur du silence. Pour ceux qui veulent bien les entendre.

Contrairement aux Birmans, les Môn établirent une civilisation qui rayonna sur la région pendant plusieurs siècles. Leur royaume jadis paisible et prospère périclita au milieu du XVIIIe siècle suite à l’invasion des Birmans. Depuis, les Môn n’ont plus de territoire officiel ni d’autonomie et sont devenus une minorité ethnique. Leurs descendants vivent aujourd’hui dans une misère noire. La plupart d’entre eux ont rejoint le NMSP (New Môn State Party), qui lutte militairement et politiquement contre le SLORC.

Beaucoup parmi eux vivent dans les camps de la frontière où ils se sont réfugiés, quand ils ne sont pas refoulés par les autorités thaïes. L’an dernier, la Thaïlande avait rapatrié de force des centaines de réfugiés môn dans le camp d’Halockani, en territoire birman, qui fut ensuite attaqué par le Tatmadaw.

Cela jeta le discrédit sur la Thaïlande. Elle fut accusée de violer les traités internationaux relatifs au statut des réfugiés [22]. La Thaïlande se défendit en arguant que ces réfigiés n’étaient pas des persécutés politiques, mais des réfugiés économiques espérant trouver une meilleure qualité de vie.

Qui peut prétendre que les conditions de vie dans ces camps sont enviables ? De surcroît, leur précarité profite à quelques-uns. Plusieurs jeunes réfugiées sont happées par l’industrie de la prostitution (toujours aussi florissante malgré des lois plus sévères et le sida), tandis que les hommes sont surexploités. La crainte du refoulement en Birmanie dissuade toute plainte de leur part.

Les Môn sont opposés au projet du gazoduc, pas seulement parce qu’ils sont les premières victimes des déplacements et des travaux forcés, mais aussi pour d’évidentes raisons politiques et écologiques. Nai Shwe Kyin, le président du NMSP, parle d’une voix posée :

"Les sociétés étrangères qui investissent ici prétendent qu’elles amènent le bien aux populations locales. Elles mentent et trompent la communauté internationale. Nous ne pouvons dissocier ces projets des problèmes politiques et de droits de l’homme."

Il se demande : "Dans les pays développés il existe des lois pour protéger l’environnement. Cela n’empêche pas les accidents. Aussi, quelles sont les garanties pour un pays non développé comme la Birmanie où il n’y a pas de réglementation ? Ces sociétés sont très contentes de venir faire du business ici, car il n’y a pas de lois pour les contraindre." Malgré ses 81 ans, il se rappelle très bien le tremblement de terre qu’il vécut durant sa jeunesse : "Le pipeline traversera une zone sismique et j’ai peur qu’un jour il se passe une catastrophe." Avec son air de vieux sage fataliste, il prédit : "Mère Nature donnera une leçon à Total et Unocal."

Nai Tin Aung, chargé des Affaires étrangères du NMSP, fait part d’une inquiétude plus immédiate : "Le SLORC va envoyer davantage de troupes dans le Tenasserim et le Mônland pour sécuriser ce gazoduc. Cela risque d’alimenter la guerre civile. Ces compagnies pétrolières n’ont pas une vision globale de la situation ici. Faire un pipeline dans une zone rebelle n’arrange évidemment pas les choses.

Elles devraient plutôt forcer le SLORC à faire la paix et résoudre les problèmes politiques au lieu de coopérer avec des tyrans." Il affirme : "Le développement économique c’est une bonne chose, mais si les profits doivent permettre au SLORC d’acquérir encore plus d’armes, cela n’a pas de sens !"

Sa gentillesse tranche sur le malheur de son peuple : "Lorsqu’il y aura la paix et un gouvernement démocratique, nous inviterons les compagnies pétrolières à venir développer nos ressources naturelles. Mais sans pipelines, c’est bien trop dangereux ! Nous voulons préserver notre héritage naturel, et sauvegarder les dernières forêts primaires birmanes."

Pour les compagnies pétrolières qui coopèrent avec la junte de Rangoon, le gaz et le pétrole de ce pays valent bien le sang et les larmes des peuples birmans. Combien de temps encore le SLORC et le Tatmadaw, son bras armé, pensent-il maltraiter, emprisonner, torturer et tuer en toute impunité ? C’est ce que se demandent les Birmans depuis déjà trop longtemps. Hélas ! c’est une question qui demeure sans réponse. Cela fait trois ans que la dictature militaire birmane est accrochée au pouvoir comme une sangsue, tel un parasite mortel sur le dos de son peuple.

Pour en savoir plus sur les développements récents en Birmanie, il existe quelques - rares - ouvrages de références en langue française. Entre autres : Se libérer de la peur, de Daw Aung San Suu Kyi, éditions Des Femmes ; Le Dossier noir de la Birmanie, éditions Dagorno.

[1] La Birmanie est peuplée par une majorité d’origine birmane et par une myriade de minorités ethniques.

[2] Je remercie les organisations suivantes pour leur aide ou leur contribution indirecte : Amnesty International, Human Rights Watch Asia (New York), Institute for Asian Democracy, Asian Human Rights Commission (Hong Kong), "Burman Issues", Commitee for Publicity of People’s Stuggie in Mônland et Burmese Border Project (Thaïlande), International Karen Youth Organisation (Bakefield, USA), The Burma Forum (Los Angeles), Agir ici (Paris), European Burmese Association (Hambourg), Burma Action Groupe et Article 19 (Londres), Burmese Relief Centre (Japon), Terre (Bangkok), Green November 32 (ex-Manerplaw), Greenpeace, Democratic Alliace of Burma, National League for Democracy, National Democratic Front, Karen National Union, New Mon State Party, All Burmese Students Democratic Front, National Coalition Government of the Union of Burma, Federation of Trade Union (Genève), l’Union européenne (Strasbourg), South East Asia Information Network, "Far Eastern Economic Review" (HK), "The Bangkok Post" et "The Nation" (Thaïlande), "San Francisco Chronicle", "Los Angeles Times" et "The Christian Science Monitor" (USA), BBC, Channel Four et Frontline News (Londres), United Press International, Agence France Presse, PTV (Bangkok).

[3] Rapport de la commission des droits de l’homme des Nations unies, février 95.

[4] Selon les services de renseignement môn, trois "Birmans" qui, récemment, essayaient de filmer clandestinement ces travaux avec une vidéo amateur ont été capturés et exécutés par l’armée du SLORC.

[5] cf. "Junta leader defends forced labor" - "United Press International", 28.4.94.

[6] cf. "Mission des Nations unies" au Myanmar - Myanmar est l’autre nom pour désigner la Birmanie -, février 93

[7] cf. addenda du rapport intérimaire de l’ONU sur la situation des droits de l’homme au Myanmar, mars 94.

[8] Convention 29 et 105 de l’Organisation internationale du travail. Conférence de l’International Confederation of Free Trade Unions, Bruxelles, 31.1.94.

[9] Voir les rapports de la DEA, les stups américains.

[10] Total a 52% du contrat.

[11] The Nation, 2.8.94.

[12] The Nation, 2.8.94.

[13] L’opposition menée par la NLD (National League for Democracy), le parti de Daw Aung San Suu Kyi, avait remporté les élections en 1990 avec plus de 80 % des voix. Le SLORC refusa d’entériner ce résultat et de céder la place à la nouvelle majorité.

[14] Assouplissement graduel des relations diplomatiques et économiques. Les USA ont une position ferme à l’égard du SLORC. Ils conditionnent toute reprise diplomatique et d’aide au développement à la lutte contre les narcotiques, l’amélioration des droits de l’homme et la libération de Daw Aung San Suu Kyi, entre autres.

[15] Manerplaw, le QG karen et de nombreuses forces démocratiques, dont le gouvernement birman en exil, est tombé fin janvier après une violente offensive des troupes du Tatmadaw.

[16] cf. rapport annuel du Financial Times, 1993.

[17] La Coface est une institution étatique qui couvre les sociétés françaises qui investissent à l’étranger, dans les pays à risque.

[18] Cf. "Deadly Energy : Energy for Thaïland, Power for the SLORC", Green November 32).

[19] General Information, EGAT Power Developpement Plan PDP92 (septembre 92).

[20] San Francisco Chronicle, 3.2.94.

[21] Le 2,4-D est un puissant défoliant qui sert aussi à la composition du dangereux "agent orange". Celui-ci a été fourni à la Birmanie au milieu des années 80 par le gouvernement américain, pour la lutte contre la production d’opium.

[22] Cf. "The Môn : Persecuted in Burma, forced back from Thaïland" - rapport d’Human Rights Watch Asia, déc. 94.

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