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Et si la Russie et la France s’opposaient à la guerre en Irak ?

Et si la Russie et la France s’opposaient à la guerre en Irak ?

Des fuites émanant de l’entourage de l’ayatollah Ali Khamenei, relayées par le journal iranien Entekhab, laissent entendre que la Fédération de Russie aurait proposé un accord avec les États-Unis au sujet de l’Irak, sur la base d’une démission volontaire ou forcée de Saddam Hussein et de son remplacement par un de ses généraux. Ce scénario correspond a la lettre ouverte d’intellectuels arabes à Saddam Hussein, rédigée par Ghassan Tueni et publiée par le quotiden libanais An Nahar. Malgré les démentis officiels qui se succèdent, il est désormais une hypothèse de travail pour de nombreuses chancelleries. C’est pour le crédibiliser que Robert Malley, l’ancien négociateur de Bill Clinton pour le Proche-Orient, s’interroge dans le New York Times sur ce qu’il conviendrait alors de faire. L’une de ses propositions consiste à faire baisser la tension dans le Golfe en favorisant un rapprochement irano-irakien comme tentent de le faire depuis plusieurs mois le prince Abdallah d’Arabie saoudite et le cheik Al-Zayed des Émirats arabes unis.
Plus ambitieux encore, dans Le Figaro, trois personnalités issues de mouvements politiques antagonistes appellent la France à soutenir l’Irak contre les États-Unis. Le député européen souverainiste Paul-Marie Coûteaux, le général gaulliste Pierre-Marie Galllois et l’intellectuel communiste Pierre Lévy voient là une occasion d’affirmer la liberté des peuples à déterminer leur destin face à l’Empire états-unien.

Dans l’International Herald Tribune, William C. Potter met en garde face au danger que représente la reprise par Pyongyang de son programme nucléaire. Pourtant, la question coréenne ressemble à un dragon qui se mord la queue : Pyongyang a repris son programme nucléaire après que les États-Unis ont interrompus leur aide économique, aussi, affirme dans The Age le ministre australien des Affaires étrangères, Alexander Downer, faut-il refuser d’aider la Corée du Nord tant qu’elle n’interrompt pas son programme nucléaire.

L’ambassadeur Robert Oakley s’inquiète dans le Washington Post des conséquences d’un désengagement trop rapide des États-Unis en Afghanistan. Enfin, Diaa Rashwan stigmatise, dans Al-Ahram, la confusion qui règne lorsque l’on parle d’Al Qaïda. Il remarque que, au moment où cette dénomination n’est plus utilisée par le groupe de Ben Laden, les analystes états-uniens la plaquent sur tous les groupes islamistes violents. Cet amalgame, note-t-il, donne à tort l’impression qu’il existe une vaste organisation coordonnée. Il fournit aussi à Israël une occasion d’assimiler sa lutte contre les résistants palestiniens et libanais à la guerre au terrorisme.

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« Nous n’envahissons pas l’Irak. Et ensuite ? »

We Don’t Invade Iraq. Then What ?
New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] Robert Malley est directeur du Middle East program de l’International Crisis Group. Il a été l’assistant spécial du président Bill Clinton sur la question Israélo-Arabe (1998-2001).

[RESUME] Le débat sur l’Irak porte sur la guerre ou sur l’après-guerre en Irak, mais il serait nécessaire de débattre aussi de ce qui arrivera s’il n’y avait pas de guerre. En effet, les hypothèses d’une acceptation totale de la part de Bagdad des résolutions de l’ONU ou d’un coup d’État de généraux désireux de se sauver en renversant Saddam Hussein sont envisageables. Il faut déjà penser à ce que nous ferions alors.
Ces hypothèses ne signifieraient pas que le problème est résolu et les sanctions contre l’Irak se poursuivraient sans doute, continuant à épargner le régime et frappant durement la population civile irakienne. C’est pourquoi, il faut que ceux qui s’opposent à la guerre réfléchissent à ce qui se passerait si elle n’avait pas lieu.
D’abord, la prévention devrait être au centre de la stratégie. Il faudrait que Bagdad sache que toute menace contre ses voisins entraînerait une sanction immédiate. Ensuite, il faudrait insister sur le fait qu’aucune répression contre les citoyens irakiens de la part du pouvoir en place ne sera tolérée. La levée des sanctions, la réintégration du pays dans l’économie mondiale et l’aide internationale ne se feront que sous condition de démocratisation du régime. Enfin, il faudrait mettre en place un système de sécurité régional du Golfe persique dans lequel tous les États (y compris l’Iran) seraient représentés et devraient accepter de respecter l’intégrité du territoire de leur voisin. Ce système serait sous le contrôle des institutions internationales et il devrait permettre un désarmement des différents pays de la région. Car si l’Iran et l’Irak développent des armes de destruction massive, c’est essentiellement parce qu’ils ont peur l’un de l’autre.
C’est l’incapacité des partisans de la paix à offrir des idées pratiques sur ce qui pourrait être fait si la guerre n’avait pas lieu qui rend la guerre en Irak crédible. Il est temps d’y remédier.

« Un atterrant consensus »

Un atterrant consensus
Le Figaro (États-Unis)

[AUTEURS] Paul-Marie Coûteaux est écrivain et député européen RPF (son site). Le Général Pierre-Marie Gallois est directeur de publication de la revue Géopolitique. Pierre Lévy est directeur du mensuel Bastille-République-Nation.

[RESUME] Il existe aujourd’hui un atterrant consensus dans le débat public sur l’Irak. Si les moyens à employer sont discutés, tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut désarmer l’Irak. Bagdad devrait abandonner unilatéralement ses armes, qui lui ont été vendues par Washington et qu’aujourd’hui les États-Unis lui reprochent de posséder. Nous vivons une situation aberrante dans laquelle, au nom de la légalité internationale, le dealer reproche à son client de posséder la marchandise qu’il lui a vendu.
Face à cette situation, la France doit se souvenir qu’elle a un jour été indépendante. Elle doit se mettre aux côtés de l’Irak, soutenant ainsi une population qui a vu mourir un million et demi des siens à cause des bombardements ou du blocus économique. Ce soutien, certes improbable, est dans l’intérêt de la France si elle ne veut pas voir tout le pétrole tomber aux mains des majors. De même, si la lutte contre le terrorisme est vraiment la raison de la guerre, il faut soutenir Saddam Hussein qui est sans doute le dirigeant qui a le plus combattu les réseaux islamistes dans son pays.
La France doit sortir de la logique du bunker européen et redécouvrir les vertus des accords bilatéraux entre nations souveraines. On objectera qu’une telle attitude, qui n’est malheureusement qu’un cas d’école, isolerait la France dans l’Union Européenne et au sein de l’OTAN, mais pour nous un tel isolement serait une chance pour la France et n’équivaudrait pas à une baisse de prestige de notre pays chez les peuples qui subissent le joug des dominations, bien au contraire.
Ce sont dans les décisions à venir que se jouent la réponse à la grande question qui va se poser dans la prochaine décennie : quelle est la place de la souveraineté des nations et, plus largement, qu’en est-il aujourd’hui de la liberté des peuples à déterminer collectivement leur destin ?

« Une bien plus grande menace nucléaire que l’Irak »

A far bigger nuclear threat than Iraq
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] William C. Potter est directeur du Center for Nonproliferation Studies du Monterey Institute of International Studies.

[RESUME] La Corée du Nord représente une menace nucléaire bien plus sérieuse que l’Irak et, d’après la plupart des estimations, elle possède suffisamment de plutonium pour construire une ou deux armes atomiques. En outre, Pyongyang n’a jamais signé la Convention sur les armes chimiques, type d’armes dont la Corée du Nord est l’un des plus gros producteurs et possesseur. Bien que signataire de la Convention sur les armes biologiques et toxiques au début des années 80, elle en détient sans doute un stock.
Toutefois, ce qui distingue réellement la Corée du Nord de l’Iran ou de l’Irak, c’est sa capacité balistique. Elle est en mesure de frapper des cibles lointaines grâce à ses missiles Nodong. En outre, elle a l’habitude de vendre ses armes à quiconque est prêt à en payer le prix, y compris des organisations terroristes.
L’administration Bush a sous-estimé la menace nord-coréenne. L’absence de réponse nette à la politique menée par Pyongyang de non-respect de ses obligations en matière de non-prolifération met à mal toutes les législations internationales en la matière. Les membres du Conseil de sécurité doivent donc conduire une action concertée pour faire face à cette menace et, plus largement, doivent renforcer le traité de non-prolifération nucléaire.

« Les menaces n’entraîneront pas une aide »

Threats won’t deliver aid
The Age (Australie)

[AUTEUR] Alexander Downer est ministre des Affaires étrangères de l’Australie.

[RESUME] En réactivant son programme nucléaire, la Corée du Nord s’est mise elle même dans une impasse. Toutes les nations concernées par ce problème ont exprimé leur préoccupation, de même que l’International Atomic Energy Agency. Nous estimons que la Corée du Nord a déjà en sa possession de une à trois armes atomiques. Cette situation remet en cause la coexistence pacifique dans la région et la situation économique de toute la zone Asie-Pacifique en raison du manque de confiance en l’avenir que provoque cette menace.
Pour toutes ces raisons, l’Australie se doit de jouer un rôle constructif dans la résolution de cette crise. Il faut que nous émettions un message clair en direction de Pyongyang basé sur la réprobation unanime par la communauté internationale de l’attitude du régime de Kim Jong Il. Cela passe par un dialogue avec tous les acteurs de la crise, au premier rang desquels se trouve la Chine en raison de ses liens anciens avec la Corée du Nord.
Pour discuter bilatéralement avec ce pays nous passerons par l’ambassade de Pyongyang, mais nous n’ouvrirons pas une ambassade australienne en Corée du Nord. En effet, il doit être clair que nous ne ferons aucune concession tant que Kim Jong Il n’aura pas abandonné son programme nucléaire. Pyongyang n’est pas Bagdad et c’est bien la diplomatie qui sera privilégiée. Mais la Corée du Nord ne recevra en aucun cas une aide énergétique, quelles que soient les difficultés qu’elle traverse dans ce domaine, tant qu’elle ne donnera pas de garanties concernant l’arrêt du développement d’armes nucléaires.

« Le nouvel Afghanistan : An 2 »

The New Afghanistan : Year 2
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Robert Oakley est ancien ambassadeur états-unien au Pakistan. Il est actuellement professeur invité de la National Defense University.

[RESUME] Un an après la conférence de Bonn sur le futur de l’Afghanistan et malgré les difficultés que subissent encore les populations de ce pays, il existe de nombreuses raisons d’être optimistes. En effet, les forces d’Al Qaïda et les Talibans ont été défaits et un gouvernement afghan, une armée nationale et une police locale sont en train d’être mis en place avec l’aide de la communauté internationale.
Les États-Unis ont évité l’erreur commise par l’URSS lors de l’occupation de l’Afghanistan et ont dirigé une large coalition, comprenant de nombreux pays musulmans, tout en pratiquant une politique de concertation avec les groupes locaux, en respectant leurs traditions, pour reconstruire le pays sans susciter d’oppositions forte. Toutefois, la situation reste fragile et si la direction états-unienne de la coalition venait à faillir cela pourrait avoir des conséquences désastreuses. L’assistance internationale et états-unienne à l’Afghanistan doit donc se poursuivre sur le long terme pour que ce pays se reconstruise et soit sécurisé.
Il est vital que Washington maintienne le cap et assume la direction des opérations pour que le pays et l’ensemble de la région retrouvent enfin la stabilité malgré les menaces d’explosions politiques et religieuses qui demeurent.

« Après Mombassa »

After Mombassa
Al-Ahram Weekly (Égypte)

[AUTEUR] Diaa Rashwan chercheur au Al-Ahram Centre for Political and Strategic Studies.

[RESUME] Les attaques d’Al Qaïda contre des cibles israéliennes à Mombassa montrent que l’organisation de Ben Laden est en train d’évoluer dans le choix de ses cibles et de ses tactiques et que la guerre au terrorisme risque de prendre un nouveau tournant.
Aujourd’hui, Al Qaïda devrait être désigné sous le nom de Qa’edat Al-Jihad, nom sous lequel le groupe s’identifie lui-même depuis avril 2002, probablement depuis sa fusion avec les branches à l’étranger du groupe égyptien Al-Jihad. Qa’edat Al-Jihad a une organisation sophistiquée, une structure hiérarchique et une doctrine propre et distincte des autres groupes. Pourtant Washington, dans son approche du terrorisme, continue de voir tous les groupes utilisant la rhétorique du Jihad comme une branche de l’organisation de Ben Laden. Cette mauvaise appréciation est renforcée par la tendance de Qa’edat Al-Jihad de revendiquer sa responsabilité en termes ambigus de certaines attaques dans lesquelles elle n’est pour rien dès lors que l’attaque vise des objectifs qui sont également les siens.
Ainsi, il a été prouvé que l’attentat contre une synagogue à Djerba en Tunisie qui a eu lieu il y a quelques mois n’a pas été menée par Qa’edat Al-Jihad, mais par un groupe autonome, malgré la revendication de l’organisation de Ben Laden. En revanche, la participation de celle-ci dans les attentats de Mombassa est plus crédible car le texte de revendication comprenait des éléments que seuls les auteurs des attaques pouvaient connaître.
Ces attentats ont pour but d’inciter les autres groupes se reconnaissant dans la rhétorique de Ben Laden d’attaquer Israël et de renforcer la crédibilité et la popularité de Qa’edat Al-Jihad dans un monde arabo-musulman choqué par les exactions israéliennes contre les Palestiniens. Les attaques vont sans aucun doute changer le visage de la lutte anti-terroriste puisque Israël va désormais passer de l’action discrète associée aux États-Unis contre ces groupes à une action ouverte. De plus Tel-Aviv va se servir des attentats pour détourner l’attention internationale des atrocités commises contre les Palestiniens. D’ores et déjà les médias pro-israéliens ont utilisé l’argument terroriste pour décrédibiliser les mouvements de résistance islamistes palestiniens et libanais.
Par conséquent, les attentats de Mombassa font, dans un sens, le jeu d’Israël. Toutefois, ce pays est aujourd’hui confronté à un ennemi relativement insaisissable. Plus les Israéliens réprimeront les mouvements palestiniens, plus le conflit sera sanglant de part et d’autre.

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