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Un quatrième pouvoir sans légitimité populaire

Hugo Chávez et RCTV : censure ou décision légitime ?

Hugo Chávez et RCTV : censure ou décision légitime ?

Depuis huit ans, la CIA expérimente au Venezuela une nouvelle forme d’intervention basée sur la création d’une réalité politique virtuelle par des chaînes de télévision. En avril 2002, elle avait ainsi réussi à réaliser un coup d’État en lui donnant l’apparence télévisuelle d’un soulèvement populaire, avant que le président Chávez ne soit réinstallé au pouvoir par un véritable soulèvement populaire. Le gouvernement, qui n’avait pas sanctionné les putschistes, a décidé de ne pas renouveler la licence de ce groupe audiovisuel.

Réseau Voltaire | Paris (France)
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Le gouvernement du président vénézuelien Hugo Chávez a décidé de ne pas renouveler la licence du groupe audiovisuel Radio Caracas Televisión (RCTV) qui expirera le 28 mai 2007. Cette décision, tout à fait légale, a suscité une vive polémique au sein de la presse internationale qui s’est faite porte-parole de l’opposition vénézuelienne et a aussitôt dénoncé un cas de « censure [1] ».

RCVT est un groupe privé qui a fait du dénigrement de la politique du gouvernement bolivarien sa principale activité. Hugo Chávez a maintes fois accusé, non sans fondement, les quatre principales chaînes télévisées du pays, Globovisión, Televen, Venevisión et RCTV – qui contrôlent près de 90% du marché et disposent d’un monopole médiatique de facto – de mener une « guerre psychologique » contre son administration. Ces médias ont d’ailleurs ouvertement fait montre d’une hostilité à la limite du fanatisme à l’égard du président vénézuelien dès son arrivée au pouvoir en 1999. Ils n’ont eu de cesse de saper la légitimité du gouvernement et de remettre en cause le soutien populaire dont il bénéficie indéniablement. Les médias privés ont invité de manière constante dans leurs programmes des opposants de l’oligarchie et des militaires insurgés qui prônent la subversion et le renversement de l’ordre constitutionnel [2].

Marcel Granier, président du groupe 1BC qui contrôle une quarantaine de chaînes de radio et de télévision à travers le pays et propriétaire de RCTV, a dénoncé une violation des droits de la chaîne. « Cette position est illégale, viole les droits et porte atteinte à la liberté d’expression et aux droits de l’homme », s’est-il plaint. Pourtant, la loi vénézuelienne stipule que les fréquences d’émission appartiennent à l’Etat, qui dispose du droit de concession, alors que les infrastructures, le matériel et le siège des chaînes sont de propriété privée [3].

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Marcel Granier
Président de RCTV.

Le gouvernement vénézuelien a immédiatement répliqué aux accusations du président de RCTV : « Marcel Granier s’est consacré à bafouer les droits des usagers […] se croyant au-dessus de l’Etat de droit et c’est la raison pour laquelle il ne remplit pas les conditions pour opérer une télévision de fréquence ouverte ». Selon ses termes, la deuxième chaîne sera désormais le patrimoine de tout le peuple et non pas seulement de petits groupes de « l’oligarchie médiatique [4] ».

Mais ce n’est pas l’opposition affirmée de RCTV qui a conduit les autorités du pays à prendre la décision de ne pas renouveler la concession à la plus ancienne chaîne de la nation. La principale raison est la suivante : RCVT a participé au coup d’Etat contre le président Hugo Chávez le 11 avril 2002 [5]. « Le rôle déterminant de RCTV durant [le] coup d’Etat de 2002 doit être rappelé », a souligné William Lara, le ministre de la Communication et de l’Information qui a ajouté que « cette attitude irresponsable n’a pas changé à RCTV [6] ».

La participation de RCVT à la rupture constitutionnelle d’avril 2002 [7] avait été telle que son responsable de production, Andrés Izarra, opposé au putsch, avait aussitôt démissionné pour ne pas se rendre complice du coup de force. Lors d’un témoignage à l’Assemblée nationale, Izarra avait indiqué que le jour du coup d’État et les jours suivants il avait reçu l’ordre formel de Granier de « ne transmettre aucune information sur Chávez, ses partisans, ses ministres ou n’importe quelle autre personne qui pourrait être en relation avec lui [8] ».

William Lara a signalé que la décision prise par le gouvernement s’agissait « d’un fait irréversible dont le fondement constitutionnel, légal et réglementaire est tout à fait indiscutable ». Le ministre a tenu à affirmer qu’aucun danger ne pesait sur la liberté de la presse : « La croissance du nombre de stations de radio, de télévision, de journaux, de revues, de pages Internet et leur diversité d’orientation politique, est la garantie la plus sure que les Vénézueliens continueront à bénéficier d’une information plurielle [9] ».

Le président Chávez a souligné que RCTV ne remplissait pas les conditions pour « recevoir de nouveau la concession d’un Etat sérieux, responsable et engagé avec un peuple ». Selon lui, « le bon journalisme et la liberté d’expression » étaient menacés par des médias tels que RCVT. La fréquence de la chaîne pourrait bénéficier à un groupe de médias communautaires ce qui permettra de démocratiser le spectre télévisuel et surtout, selon Chávez, de « donner du pouvoir au peuple, du pouvoir communicationnel à ceux qui n’ont quasiment jamais la parole [10] ».

La population vénézuelienne a accueilli positivement la nouvelle. Elle n’a jamais vraiment pardonné aux médias privés leur tentative de renverser le président qu’elle avait démocratiquement porté au pouvoir et à qui elle a renouvelé sa confiance lors de 12 processus électoraux consécutifs. La majorité avait unanimement condamné le comportement des télévisions privées qui, au lieu d’informer du retour de Chávez le 14 avril 2002, avaient passé en boucle des films et des dessins animés. Selon Bárbara Vecci du Comité des utilisateurs des moyens de communication (Cumeco), la fréquence « doit s’ouvrir à des coopératives de journalistes et de producteurs nationaux indépendants ». Pour elle, ce sont les médias privés « qui bâillonnent la liberté d’expression », exprimant ainsi un sentiment largement partagé par les citoyens du pays [11].

Suite aux fortes pressions émises par Washington, l’Organisation des États américains (OEA) s’est rangé du côté du conglomérat médiatique. Elle a fustigé la décision du gouvernement vénézuelien par le biais de son secrétaire général, José Miguel Insulza, intervenant ainsi dans les affaires internes du Venezuela et violant, par la même occasion, l’Article 2 de la Charte de l’OEA. « L’adoption d’une mesure administrative pour fermer une chaîne d’information donne l’impression d’une forme de censure contre la liberté d’expression », a affirmé la déclaration officielle [12].

Le ministère des Affaires étrangères a condamné les propos du secrétaire général Insulza, l’accusant de céder à des demandes et pressions de secteurs nationaux et internationaux opposés au président Chávez. Il a exigé de sa part de montrer plus de respect envers les décisions légitimes du gouvernement et a reproché à Insulza de « falsifier la réalité » sur le cas RCTV :

« Le secrétaire général critique indûment le fait qu’un pays membre de l’Organisation des États américains exerce pleinement ses attributions et refuse de céder au chantage des vrais ennemis de la liberté d’expression, du droit du peuple à être vraiment informé et de la démocratie elle-même, parmi lesquels se trouvent les propriétaires de cette entreprise, qui ont été les promoteurs de vaines tentatives de renverser un gouvernement légitime, incitant à la haine et à la violence et promouvant le sabotage économique.

Il est inquiétant que le secrétaire général de la OEA, au lieu de défendre un gouvernement légitime et démocratique, comme celui du Venezuela, se fasse l’écho d’accusations infondées qui proviennent des médias qui de toute évidence ont dénaturé leur fonction sociale, brisant ainsi l’éthique journalistique et qui ont attenté de manière permanente contre les institutions démocratiques vénézueliennes [13] ».

Le président Chávez a également dénoncé cette ingérence. « Maintenant, il vient nous dire que le gouvernement vénézuelien ne devrait pas exécuter la décision de ne pas renouveler la concession à RCTV », a-t-il remarqué en référence à Insulza. Il a regretté les menaces voilées de l’OEA qui avait affirmé que la décision aurait des « implications politiques ». « Un secrétaire général qui s’abaisse à ce niveau devrait abandonner son poste par dignité […]. J’espère le croiser à Managua [lors de l’investiture officielle du président du Nicaragua, Daniel Ortega]. Je lui dirai ce que je pense devant les présidents et le monde », a-t-il ajouté en rappelant que le Venezuela était une nation libre et souveraine [14].

Un secteur de la hiérarchie ecclésiastique lié à l’opposition a également critiqué la décision gouvernementale. Chávez a une nouvelle fois répondu à ces critiques : « L’État respecte l’Église, l’Église doit respecter l’État. Je ne veux pas revenir aux temps de la confrontation avec les évêques vénézueliens, mais ce n’est pas mon choix, c’est celui des évêques vénézueliens [15] ». Le président vénézuelien en a profité pour souligner les contradictions de l’Église : « Comment comprendre cette hiérarchie catholique qui est incapable de critiquer le coup d’État d’avril 2002 ? Ils ne l’ont jamais critiqué et n’ont pas non plus critiqué ce qu’ont fait ces chaînes. Ils ne l’ont jamais critiqué. Je n’ai pas vu un seul évêque vénézuelien critiquer le coup d’État [16] ».

Accuser le gouvernement bolivarien de porter atteinte à la liberté de la presse ferait sourire n’importe quel connaisseur de la réalité vénézuelienne et du rôle pernicieux des médias privés du pays. Depuis l’élection de Hugo Chávez au pouvoir, une seule chaîne de télévision a été temporairement fermée pour des raisons politiques. Il s’agit du Canal 8 qui a été clos entre le 11 et le 13 avril 2002 par… la junte fasciste responsable du fameux coup d’État de 47 heures, action qui avait été chaleureusement applaudie à l’époque par… RCTV.

Durant la campagne électorale de 2006, Hugo Chávez avait lancé l’idée de soumettre le renouvellement des concessions des chaînes privées à un référendum populaire. Au lieu d’être saluée, cette initiative démocratique semble inquiéter les propriétaires des médias commerciaux, la presse internationale et Washington. Craindraient-ils la volonté populaire ? Dans toute démocratie digne de ce nom, le peuple n’est-il pas souverain ?

La véritable question n’est pas de se demander si l’affaire RCTV constitue ou non un cas de censure car, au vu des faits, une telle accusation est dénuée de tout fondement. L’interrogation qui aurait dû faire la une de tous les médias internationaux est la suivante : Comment est-il possible que Globovisión, Televen, Venevisión et RCTV, qui ont toutes participé activement au coup d’Etat contre le président Chávez soient toujours sous le contrôle des putschistes ? Qu’adviendrait-il de leur sort si les chaînes françaises TF1, Canal + et M6, par exemple, soutenaient ouvertement le renversement du président Jacques Chirac ?

[1] Simón Romero, « Se abre el debate sobre la censura en Venezuela », El Nuevo Herald / New York Times, 4 janvier 2007.

[2] Ibid.

[3] Fabiola Sánchez, « Piden a gobierno atender llamado de OEA en caso de canal », Associated Press, 5 janvier 2007.

[4] Agencia Bolivariana de Noticias, « Ministro Lara : Granier patea los derechos de los usuarios », 6 janvier 2007.

[5] « La télé peut-elle prendre le pouvoir ? » par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 1er décembre 2003.

[6] Simón Romero, op. cit.

[7] « Opération manquée au Venezuela » par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 mai 2002.

[8] Eva Golinger, El código Chávez (La Havane : Editorial de Ciencias Sociales, 2005), p. 125.

[9] Agencia Bolivariana de Noticias, « Decisión de no renovar concesión a RCTV es irreversible », 2 janvier 2007.

[10] Associated Press, « Presidente Chávez descarta renovarle concesión a televisora », 4 janvier 2007.

[11] Agencia Bolivariana de Noticias, « Usuarios proponen televisión pública para el espectro que ocupa RCTV », 4 janvier 2007.

[12] Chris Kraul, « Chavez Denounced for Canceling TV License », Los Angeles Times, 6 janvier 2007.

[13] Agencia Bolivariana de Noticias, « Gobierno exhortó a Insulza a retractarse por falsear la realidad en caso RCTV », 6 janvier 2007.

[14] Agencia Bolivariana de Noticias, « Chávez anunció que denunciará ante el mundo injerencia de Insulza », 8 janvier 2007.

[15] Associated Press, « Chávez pide a la Iglesia venezolana respetar al Estado », 10 janvier 2007.

[16] Agencia Bolivariana de Noticias, « Chávez instó a funcionarios de la Iglesia Católica venezolana a ocupar su lugar », 8 janvier 2007.

11 Septembre, La Faillite des médias
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Communication
La communication politique, qu’on l’appelle positivement « art de la persuasion » ou négativement « propagande », a changé de nature au cours des deux Guerres mondiales. Les premiers, les Britanniques (Lord Baeverbrook et Lord Northcliffe) ont créé un ministère de l’Information et ont élevé le mensonge au rang de stratégie militaire. Leur exemple a d’abord été suivi par les États-Unis, puis par l’Allemagne (Goebbels) et l’URSS (Tchakotine).
En principe, ce qui était admis en période de conflit ne l’était pas en temps de paix, mais la Guerre froide étant un état intermédiaire, les deux blocs développèrent des systèmes concurrents de propagande dans leurs zones d’influence. Au cours des années 70, le mouvement des non-alignés tenta de libérer l’information en secouant le joug des agences de presse monopolistiques. Cette révolte tourna court lorsque les États-Unis et le Royaume-Uni claquèrent la porte de l’UNESCO.
À la fin des années 80, les États-Unis étendirent leur hégémonie médiatique à l’échelle du globe à la faveur de l’essoufflement de l’URSS. Ils créèrent un nouveau modèle de consommation, l’information audio-visuelle en continu, qu’ils submergèrent de leurs propres contenus. La rapidité de la transmission leur permit ainsi de court-circuiter le travail de vérification des journalistes et d’imposer leur narration de l’actualité.
Au début du XXIe siècle, les gouvernements anglo-saxons mirent en place des outils communs de « communication globale » veillant à associer la narration de l’actualité avec des émotions et des actions collectives de conditionnement. Par exemple, à l’occasion de l’an 2000, la Maison-Blanche manipula les peurs millénaristes en annonçant un gigantesque bogue informatique. Ce canular fut accompagné de toutes sortes d’historiettes sur les conséquences prévisibles du bogue et d’instructions pour sauver les installations informatiques. Cette mise en scène fut appuyée par une agence temporaire des Nations Unies, l’International Y2K Cooperation Center (IY2KCC), et permit aux USA de vendre pour plus de 200 milliards de dollars de logiciels faisant de Bill Gates l’homme le plus riche du monde.
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