Les États-Unis et l’Union européenne viennent d’organiser la proclamation unilatérale d’indépendance du Kosovo. Cette décision foule aux pieds les principes d’Helsinki et la Charte de l’ONU. Le politologue briannique John Laughland craint qu’elle n’ait les mêmes conséquences que la fausse indépendance bosniaque au XIXe siècle.
La position de la Russie sur le Kosovo est conséquente, alors que la position de l’Occident est incohérente et contradictoire. L’Occident (Union européenne + États-Unis) soutient l’indépendance du Kosovo mais s’oppose à l’indépendance de la Flandre, de la République (turque) de Chypre du Nord, de la République serbe de Bosnie, de la Transnistrie, de l’Abkhazie, de l’Ossétie du Sud, etc. L’Occident se prononce également contre le partage du Kosovo, bien que le Nord de Mitrovica soit peuplé uniquement par des Serbes. L’indépendance du Kosovo engendrera une vague de semblables appels à l’indépendance dans l’ouest de la Macédoine et dans la vallée de Presevo. Indirectement, ceci pourrait également entraîner des troubles dans le Caucase.
En outre, le Kosovo n’aura aucune indépendance réelle. L’UE y remplacera l’ONU et assurera l’administration comme dans un protectorat. Des plans détaillés ont été élaborés qui prévoient d’envoyer au Kosovo, après la proclamation de son indépendance, des milliers de fonctionnaires de l’UE et de policiers. 16 000 militaires de l’OTAN y seront toujours présents. La province du Kosovo aurait eu davantage d’indépendance au sein de la Serbie qu’elle n’en a sous le protectorat des Nations unies et qu’elle n’en aura sous le contrôle de l’Union européenne.
M. Lavrov a eu raison d’affirmer que l’indépendance du Kosovo marquerait le début de la fin de l’Europe contemporaine, car le statut actuel de la province est fixé dans la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU. Si l’UE et les États-Unis négligent cette résolution, qui précise que le Kosovo fait partie de la Serbie, ils feront preuve, une fois de plus, de mépris envers les normes du droit international et démontreront qu’ils ne sont pas fiables en tant que partenaires internationaux.
Le Kosovo rappelle la Bosnie telle qu’elle était entre 1878 et 1914. La Bosnie fut placée provisoirement sous administration autrichienne en 1878, conformément au Traité de Berlin précisant qu’elle demeurait néanmoins partie intégrante de l’Empire ottoman. L’Autriche viola les conditions de ce traité en annexant ce territoire en 1908. La Serbie éleva des protestations, mais en vain. Six ans plus tard, un patriote serbe assassina à Sarajevo l’archiduc François-Ferdinand. Le reste appartient à l’histoire, comme on dit.
Traduction : RIA-Novosti
John Laughland a été administrateur du British Helsinki Human Rights Group, association étudiant la démocratie et le respect des Droits de l’homme dans les anciens pays communistes, et membre de Sanders Research Associates. Il est aujourd’hui directeur de recherches à l’Institut pour la Démocratie et la Coopération.
Cependant, face au redressement inattendu de la Russie, les Anglo-Saxons reviennent à leur stratégie initiale. La continuité de leur politique anti-russe est incarnée par le professeur Zbignew Brzezinski, conseiller de sécurité nationale du président démocrate Carter, passé au parti républicain, puis revenu au parti démocrate pour faire élire son élève, Barack Obama. Artisan, dans les années 70 d’un soutien inconditionnel au shah d’Iran et de l’organisation de la guerre d’Afghanistan, il préconise aujourd’hui un rapprochement avec le régime islamique iranien et l’extension de la guerre au Pakistan.
Moscou, qui est parvenu à vaincre l’émirat islamique d’Itchkérie (Tchétchènie) et à stopper l’agression géorgienne en Ossétie du Sud, s’est fait piéger par l’Ukraine lors de la guerre du gaz.
La stratégie de la Nouvelle Guerre froide n’est guère différente de la précédente. Sans imagination, la presse atlantiste applique les mêmes clichés à la Russie d’aujourd’hui qu’à l’URSS d’hier bien que les situations soient fort différentes. Londres, qui hébergeait jadis des dissidents, est devenu le refuge des oligarques mafieux en fuite. Le Pentagone déploie un prétendu bouclier anti-missiles comme il le fit avec les Pershing II, l’OTAN s’élargit à l’Est et ouvre de nouvelles bases dans le Grand Nord pour encercler l’ennemi de toujours, etc.
Quelle place pour le nationalisme dans un monde partagé ?
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Source : « L’indépendance illégale du Kosovo rapelle un triste précédent », par John Laughland, Réseau Voltaire, 20 février 2008, www.voltairenet.org/a155308
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