Les enquêtes menées dans le cadre affaire Ergenekon font actuellement la Une des journaux turcs, avec l’arrestation de diverses personnalités de premier plan. De nouveaux éléments ont mis à jour les liens de ce réseau terroriste non seulement avec les structures secrètes de l’OTAN (Gladio), mais également avec une autre organisation bien connue en Asie centrale notamment, et servant les mêmes objectifs stratégiques sous couvert cette fois de « lutte pour l’instauration d’un califat islamique » : le groupe Hizb ut-Tahrir. Dans un éditorial du quotidien turc Zaman, Mutlu Özay et Mustafa Turan replacent les éléments d’information disponibles dans leur contexte.
Une enquête récente, menée par la cellule antiterroriste de la police d’Istanbul, a confirmé les soupçons selon lesquels certains membres de l’organisation fondamentaliste interdite Hizb ut-Tahrir (Parti de Libération) entretiennent des relations privilégiées avec des personnes jugées actuellement dans un procès contre l’organisation terroriste Ergenekon, accusée de fomenter un putsch contre le gouvernement [1].
Vendredi dernier, la police turque a procédé à la mise en détention simultanée de près de 200 suspects appartenant à Hizb ut-Tahrir au cours de raids menés dans 23 provinces du pays. L’enquête a montré que deux des détenus, Uğur K. et İsmail G., ont, par le passé, échangé des conversations téléphoniques avec des membres présumés d’Ergenekon (parmi lesquels le major Fikret Emek).
L’existence de liens étroits entre Ergenekon et des groupes illégaux (dont la branche turque de Hizb ut-Tahrir) est connue ; lors de la deuxième inculpation d’Ergenekon, ses connexions avec Hizb ut-Tahrir ont été attestées. Des dizaines de suspects, militaires et vétérans, hommes d’affaires et journalistes, appartenant à l’organisation comparaissent en ce moment devant le tribunal.
Selon le dossier d’inculpation, les dirigeants d’Ergenekon s’appuyaient, en Turquie, sur des organisations aux origines, aux courants de pensée et aux idéologies politiques de tous horizons pour servir leur objectif de mettre le pays à feu et à sang. Ils espéraient de cette instabilité qu’elle facilite leur but final, celui de provoquer une intervention militaire.
Les éléments recueillis mettraient en évidence que le groupe fondamentaliste est lié au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), accusé d’actes terroristes, au DHKP/C (Parti / Front de libération du peuple révolutionnaire, groupement d’extrême gauche), au mouvement fondamentaliste du Hizbullah turc [2], au parti ultranationaliste TIT (Brigade turque de vengeance), au TIKKO (Armée de libération des ouvriers et des paysans turcs), au MLKP (Parti communiste marxiste-léniniste) et à Hizb ut-Tahrir.
Les dernières arrestations ont également révélé que Hizb ut-Tahrir prévoyait d’organiser une conférence internationale sur le Califat Islamique le 26 juin. Des documents confisqués lors des raids ont confirmé la préparation d’une conférence de ce type.
L’organisation extrémiste Hizb ut-Tahrir souhaite restaurer le Califat Islamique
C’est au cours d’un précédent raid, mené dans la maison de deux membres suspectés, Kemal Aydın et Neriman Aydın, que les liens entre Ergenekon et Hizb ut-Tahrir ont été avérés. Les deux prévenus sont accusés d’être à la tête du centre de commandement, Karargah (le Siège, le Dépôt), dans lequel l’idéologie d’Ergenekon est enseignée aux nouvelles recrues par d’autres officiers.
Hizb ut-Tahrir a été fondée en 1953 à Jérusalem, par Cheikh Taqiuddin al-Nabhani, érudit musulman et cadi. Depuis sa création, l’organisation s’est exportée dans plus de 40 pays, et le nombre de ses membres a été estimé à environ un million. Le groupe a entamé sa restructuration depuis un certain temps, incitant la police à resserrer la surveillance des personnes suspectées d’y appartenir. La branche turque de Hizb ut-Tahrir est basée essentiellement dans le district de Bahçelievler à Istanbul.
La police a déclaré que le groupe préparait une attaque coordonnée à Istanbul pendant les célébrations commémorant l’anniversaire de l’abolition du Califat Ottoman (Empire Ottoman), proclamée par Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République Turque, le 3 mars 1924, après la proclamation de l’État laïc.
Hizb ut-Tahrir recevait ses ordres depuis Israël
Les enquêteurs ont également indiqué que le chef de la branche turque de Hizb ut-Tahrir, Cemalettin B., commandait son groupe depuis Israël, où il s’était installé après sa sortie de prison en Turquie. Cemalettin B. envoyait notamment des mails à ses partisans et coordonnait la préparation de ses troupes pour les attaques en Turquie depuis son domicile en Israël.
La police d’Istanbul se concentre à présent sur les relations entre le chef du groupe et son pays de résidence. Cemalettin B. n’a été soumis à aucune surveillance policière et n’a été visé par aucune action judiciaire en Israël depuis son installation.
Au cours des raids menés ce vendredi, la police a saisi deux armes de poing, une Kalachnikov, deux fusils, plus de 240 munitions, des documents établissant les liens entre les suspects et Hizb ut-Tahrir, ainsi que plus de 550 T-shirts arborant les mots : « Un califat unique et autonome ».
Traduction
Nathalie Krieg
[1] Sur cette affaire, voir également l’article de Orhan Kemal Cengiz « Ergenekon : une légende urbaine ? » (Voltairenet, 9 Juillet 2009)
[2] Note du traducteur : Le Hizbullah turc est une homonymie sans aucun rapport avec le Hezbollah libanais.

































































































