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Le totalitarisme de l’information aux USA

La propagande, ça marche

La propagande, ça marche

Un sondage Pipa/KN permet d’évaluer l’impact de la propagande aux États-Unis. Pour se forger une conviction, les citoyens font d’abord confiance à l’administration Bush. Les experts de télévision se chargent d’écarter les avis dissidents ou tout au moins de les relativiser pour fabriquer du consentement. À partir de ce moment, les opinions des citoyens évoluent peu, quels que soient les événements. Leurs convictions sont si fortes qu’ils n’entendent même plus les démentis officiels. Ainsi, seuls 21% des États-uniens ont assimilé que l’Irak n’avait pas d’armes de destruction massive et seuls 11% ont admis qu’il n’y avait pas de lien entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden.

Réseau Voltaire | Paris (France)
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Lors de sa conférence de presse, en prime-time, du 13 avril dernier, le président George W. Bush a refusé de reconnaître la moindre erreur dans ses appréciations et décisions comme les journalistes de la presse écrite tentaient de l’y contraindre. Il s’est efforcé de couper court aux reproches qui lui sont faits. On observe que, ne tenant pas compte des objections des journalistes de la presse écrite, un tiers des États-uniens conserve toute sa confiance à George W. Bush.
Diverses études récentes tendent à montrer que cette adhésion est particulièrement marquée dans les milieux chrétiens born again. Elle semble même indissociable de convictions religieuses. C’est ce qui explique l’évolution de la campagne électorale : le candidat Bush affiche sa foi pour mobiliser son électorat, tandis que le candidat Kerry affiche ses valeurs militaires.

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Avant l’invasion de l’Irak, on a discuté de liens éventuels entre l’Irak et Al Qaïda. Ce terme générique désignant en premier lieu les auteurs supposés des attentats du 11 septembre et également les auteurs d’attentats anti-états-uniens partout dans le monde.
Le président Bush a personnellement accrédité la théorie d’une alliance entre des terroristes wahhabites conduits par Oussama Ben Laden et les forces armées irakiennes du régime laïque de Saddam Hussein. Dans son discours au musée de Cincinnati, Ohio, George W. Bush déclarait le 7 octobre 2002 : « Nous savons que l’Irak et le réseau terroriste Al Qaïda ont un ennemi commun : les États-unis d’Amérique. Nous savons que le l’Irak et Al Qaïda ont eu des contacts au sommet de leur hiérarchie depuis une décennie. Des chefs d’Al Qaïda qui avaient fui l’Afghanistan sont allés en Irak. Parmi eux, figure un chef d’Al Qaïda très âgé qui a reçu un traitement médical à Baghdad cette année et qui a été associé à la planification d’attaques chimiques et biologiques. Nous avons appris que l’Irak a entraîné des membres d’Al Qaïda à la fabrication de bombes, poisons et gaz mortels. Enfin nous savons qu’après le 11 septembre, le régime de Saddam Hussein a allègrement célébré les attaques terroristes contre l’Amérique ». Cette allégation a été confirmée par le secrétaire d’État Colin L. Powell devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 5 février 2003. Photo satellite à l’appui, il a donné force détail sur l’existence au nord de l’Irak d’un camp « dirigé par Abou Moussab Zarkaoui, partenaire et collaborateur d’Oussama ben Laden et de ses lieutenants d’al-Qaïda ». Le secrétaire d ’État avait évoqué l’existence de « partisans d’Al-Qaïda basés à Bagdad » d’où étaient organisés des attentats à l’étranger comme l’assassinat d’une diplomate états-unienne en poste en Jordanie.
Malgré tout cela, 41% des sondés n’en ont plus souvenir.
On observera que les Français, par exemple, ne se souviennent probablement plus non plus du passage de la même intervention de Colin Powell dans lequel il affirmait que des membres du réseau irakien d’Al Qaïda avaient été arrêtés en France, propos qui avaient été repris comme une évidence par plusieurs grands quotidiens français bien qu’ils soient complètement imaginaires.

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Toujours dans son discours de Cincinnati, le président Bush a affirmé « savoir » que Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive. Il a notamment précisé qu’il détenait suffisamment de bacilles du charbon militarisés pour « tuer des millions de personnes ». Ses imputations ont été confirmées par Tony Blair, qui a même précisé que ces armes de destruction massive étaient déployables en 45 minutes, et par le gouvernement israélien. Elles ont été détaillées par Colin L. Powell devant le Conseil de sécurité. Il a affirmé que l’Irak avait la « capacité de disperser ces poisons [des armes biologiques] et ces maladies mortelles de façon à causer des pertes et une destruction de grande ampleur ». Il a prétendu que « Saddam Hussein a[vait] des armes chimiques » et soutenu qu’il se livrait à de cruelles expériences sur des cobayes humains. Il a affirmé que l’Irak avait confié un programme à des « moudjahidines nucléaires » qui avaient déjà fait de grands progrès.
Par la suite, un représentant du Pentagone est venu expliquer à huis clos aux sénateurs que l’Irak disposait de « drones transatlantiques » capables de transporter des charges biologiques ou chimiques et de frapper la côte Est des États-Unis. Le département de la Sécurité de la Patrie invita la population de ces régions à se tenir prête à une telle attaque lorsque la Coalition arriverait en Irak. Ils achetèrent tous des matériels de survie, et pourtant ils ne sont plus que 38% des sondés à s’en souvenir.

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Il apparaît ici que la presse a aisément validé les accusations les plus outrancières, ne s’est jamais clairement rétractée, et participe à l’oubli collectif des erreurs dont elle est solidaire.

La propagande politique ne serait rien sans les « experts ». Ils ont été nombreux à la télévision, particulièrement sur Fox News.
On observe que la parole des experts est perçue comme plus confuse que celle des dirigeants exécutifs, donc moins forte. 35% des sondés notent que les experts se contredisent entre eux. Leur fonction est donc de neutraliser les arguments des opposants plus que de valider ceux de l’exécutif qui détient une autorité par lui-même.
En France, pays qui se tenait en dehors de la guerre, des élus se sont trouvés en position d’expert (par exemple, Bernard Kouchner, Pierre Lellouche et Alain Madelin). Leurs propos ont été confirmés, bribe par bribe, par des « spécialistes » (comme Guillaume Dasquié, Thérèse Delpech, Roland Jacquard). Certaines émissions sont devenues leur estrades permanentes (C’est dans l’air sur France 5 ou Mots croisés sur France 2).

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Un an après la fin de la guerre, le secrétaire d’État Colin L. Powell a admis publiquement que les informations qu’il a présenté au Conseil de sécurité étaient erronées. Pourtant 15% des sondés croient que l’on a retrouvé des armes de destruction massive en Irak. Ce pourcentage est en constante régression. En mai 2003, ils étaient 34% à le croire. Ils sont par contre 45% à croire que l’on a trouvé des liens entre l’Irak et Ben Laden. Cette confusion repose uniquement sur le vocabulaire politique qui désigne du même mot de terroristes les responsables des attentats du 11 septembre et les résistants irakiens à l’invasion de la Coalition. Ce pourcentage connaît même des pointes plus élevées (jusqu’à 52%) dans les moments où la télévision relate des combats en Irak.

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Une étude plus détaillée des réponses montre que la propagande fonctionne. Seuls 11% des sondés sont conscients qu’il n’y avait aucun lien entre le régime laïc de Saddam Hussein et d’éventuels jihadistes wahhabites qui seraient responsables des attentats du 11 septembre. Le conditionnement est tel que l’on n’entend plus que ce que l’on sait déjà. Les démentis n’ont donc aucune importance. Ainsi, seuls 21% des sondés ont compris le rapport Kay. Confirmant les rapports de l’ONU, celui-ci concluait que Saddam Hussein avait ordonné des programmes de fabrication d’armes de destruction massive, mais qu’ils avaient été abandonnés de fait depuis dix ans, en partie par faiblesse de moyens, en partie par corruption des responsables.

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Les résultats du sondage de la semaine dernière varient peu par rapports à ceux obtenus, pour les mêmes questions, lors des mois précédents. Compte tenu de cette stabilité, on peut les expliquer avec un sondage complémentaire réalisé en octobre 2003. Il a été demandé aux personnes intoxiquées qui croient aux liens BenLaden/Saddam Husein et à ceux qui croient aux armes de destruction massive irakiennes quelles étaient la source de leurs informations sur ces sujets. Une partie des sondés fait référence à son entourage, mais la plupart citent spontanément les télévisions commerciales et en premier lieu Fox News.

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Ces résultats contrastent avec les opinions dans le reste du monde. Loin d’être un handicap, dans cette période de globalisation, le fossé qui se creuse entre les États-uniens et les autres renforce le sentiment d’incompréhension dont souffre la population US. Comme on l’observe à moindre échelle dans les groupes sectaires, ce décalage n’est pas évalué raisonnablement, mais affectivement. Il ne remet donc pas en question les convictions personnelles, mais les renforce. Dans ce contexte, les médias de masse servent à la fois à marteler les points de vue officiels et à discréditer les objections rationnelles.

Les résultats cités sont issus de deux sondages effectués par Program on International Policy Attitudes (PIPA), un organisme joint de l’université du Maryland et du Center on Policy Attitudes. Ils ont été réalisés par la firme californienne Knowledge Networks et co-financés par le Rockfeller Brothers Fund et la Ford Foundation. Le panel utilisé du 16 au 22 avril 2004 est composé de 1311 personnes représentatives des États-uniens ayant une habitation et une ligne de téléphone. La marge d’erreur est de plus ou moins 3,5%. Le panel utilisé pour le sondage d’octobre 2003 est de 3334 personnes représentatives des États-uniens ayant une habitation et une ligne de téléphone. La marge d’erreur est de plus ou moins 2,5%.

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Communication
La communication politique, qu’on l’appelle positivement « art de la persuasion » ou négativement « propagande », a changé de nature au cours des deux Guerres mondiales. Les premiers, les Britanniques (Lord Baeverbrook et Lord Northcliffe) ont créé un ministère de l’Information et ont élevé le mensonge au rang de stratégie militaire. Leur exemple a d’abord été suivi par les États-Unis, puis par l’Allemagne (Goebbels) et l’URSS (Tchakotine).
En principe, ce qui était admis en période de conflit ne l’était pas en temps de paix, mais la Guerre froide étant un état intermédiaire, les deux blocs développèrent des systèmes concurrents de propagande dans leurs zones d’influence. Au cours des années 70, le mouvement des non-alignés tenta de libérer l’information en secouant le joug des agences de presse monopolistiques. Cette révolte tourna court lorsque les États-Unis et le Royaume-Uni claquèrent la porte de l’UNESCO.
À la fin des années 80, les États-Unis étendirent leur hégémonie médiatique à l’échelle du globe à la faveur de l’essoufflement de l’URSS. Ils créèrent un nouveau modèle de consommation, l’information audio-visuelle en continu, qu’ils submergèrent de leurs propres contenus. La rapidité de la transmission leur permit ainsi de court-circuiter le travail de vérification des journalistes et d’imposer leur narration de l’actualité.
Au début du XXIe siècle, les gouvernements anglo-saxons mirent en place des outils communs de « communication globale » veillant à associer la narration de l’actualité avec des émotions et des actions collectives de conditionnement. Par exemple, à l’occasion de l’an 2000, la Maison-Blanche manipula les peurs millénaristes en annonçant un gigantesque bogue informatique. Ce canular fut accompagné de toutes sortes d’historiettes sur les conséquences prévisibles du bogue et d’instructions pour sauver les installations informatiques. Cette mise en scène fut appuyée par une agence temporaire des Nations Unies, l’International Y2K Cooperation Center (IY2KCC), et permit aux USA de vendre pour plus de 200 milliards de dollars de logiciels faisant de Bill Gates l’homme le plus riche du monde.
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