Réseau Voltaire
Alejandro Teitelbaum

Le Traité constitutionnel européen contient la directive Bolkestein

Le Traité constitutionnel européen contient la directive Bolkestein

La tactique mise en œuvre par la Commission européenne, la Banque mondiale, le FMI ou l’OMC consiste souvent à faire avancer simultanément des textes similaires dans plusieurs traités. Ainsi c’est sans surprise que l’on retrouve l’équivalent de la directive Bolkestein au sein du Traité constitutionnel européen. Cet article III-144 participe de la mise en concurrence des salariés à l’échelle de l’Union Européenne, et plus largement à l’échelle mondiale. Avec les délocalisations et les augmentations de temps de travail sans augmentation de salaire obtenues par certaines transnationales, nous touchons là au cœur du système.

Réseau Voltaire | Buenos Aires (Argentine)
+
JPEG - 25.1 ko

La mise en concurrence des salariés, à l’échelle mondiale et à l’échelle européenne

La mise en concurrence des salariés se base sur le fait que les différences de salaire entre les pays « centraux » et les pays « périphériques » d’Asie, d’Amérique Latine et d’Europe de l’Est sont de l’ordre de 10 à 1, et même pour quelques cas de 20 à 1, avec des niveaux de productivité de plus en plus similaires.
La directive Bolkestein, approuvée sans sourciller par tous les gouvernements il y a peu (Michel Barnier, actuel ministre des affaires étrangères et le socialiste Pascal Lamy, prochain directeur général de l’OMC, ont soutenu la proposition du commissaire Bolkestein en janvier 2004), est un des piliers de la mise en concurrence des salariés européens. Ces mêmes gouvernements, aujourd’hui inquiets de la montée du « non » en France, font semblant de remettre en question la directive. Mais l’idée contenue dans le texte qu’ils renient figure dans l’article 144 du Traité constitutionnel : « Sous-section 3 - Liberté de prestation de services. Article III-144 : Dans le cadre de la présente sous-section, les restrictions à la libre prestation des services à l’intérieur de l’Union sont interdites à l’égard des ressortissants des États membres établis dans un État membre autre que celui du destinataire de la prestation. La loi ou loi-cadre européenne peut étendre le bénéfice de la présente sous-section aux prestataires de services ressortissants d’un État tiers et établis à l’intérieur de l’Union ».
La dernière phrase est encore pire que la directive Bolkestein : les ressortissants de n’importe quel pays dans le monde peuvent devenir prestataires de services à l’intérieur de l’Union.
Il s’agit d’un moyen perfectionné de tirer les salaires vers le bas. D’autant plus que la mobilité des sociétés transnationales (c’est à dire la possibilité de changer leur implantation d’un pays à l’autre) limite la capacité de négociation collective des travailleurs qu’elles emploient. La société peut, en effet, menacer de retirer son implantation locale ou de segmenter la production en divers endroits, si elle considère excessives les revendications de ses salariés. Elle peut aussi simplement délocaliser sa production dans des pays où les salaires sont plus bas. Voici un exemple parmi d’autres.
En juillet 2004, le quotidien français Les Echos révélait que les salariés de l’usine Bosch de Vénissieux, dans le département du Rhône, avaient dû accepter de travailler six jours de plus chaque année sans compensation salariale, afin d’éviter une délocalisation de leur usine en République tchèque. La direction s’engageait de son côté à sauvegarder 190 emplois parmi les 300 postes qui devaient être supprimés d’ici à 2008, ajoutait le journal, en soulignant que cet accord constituait « une première en France ». D’après le quotidien, une « très large majorité » des 820 salariés permanents de l’usine avait signé un avenant à leur contrat de travail par lequel ils renonçaient à six jours de RTT (réduction du temps de travail) sur 20, à compter du 1er janvier prochain - soit l’équivalent d’une heure supplémentaire de travail par semaine. « C’est un double chantage, à la fois individuel et collectif, tout individu qui refusera cette proposition sera licencié le mois prochain », estimait quant à lui Serge Truscello, délégué CGT de Bosch, cité par Les Echos.
Cette annonce intervient alors qu’en Allemagne d’autres groupes comme Siemens ont, en invoquant une possibilité de délocalisation, rallongé la durée hebdomadaire de travail de leurs salariés sur certains sites. Daimler-Chrysler et Bayer ont également fait savoir qu’ils entendaient aller dans ce sens.
Un autre cas exemplaire est celui de Schneider Electric, leader français de l’outillage électrique, qui pousse ses sous-traitants à la délocalisation, leur expliquant que « Dans le contexte actuel où les maîtres mots sont échanges et mondialisation, Schneider accélère son développement à l’international, afin de gagner en productivité. Vu que la France a atteint un niveau de "prix plafond", les gisements de gains se trouvent hors de nos frontières ». Schneider propose donc à son sous-traitant l’aide d’un « cabinet de conseil spécialisé dans l’environnement des PME industrielles et possédant des relais dans les pays émergents (Chine, Roumanie...). Cette société vous offrira un prédiagnostic gratuit » [1].

Le mouvement s’accélère

En août 2004, les syndicats allemands de Siemens ont accepté la proposition de l’entreprise consistant à augmenter la journée de travail de 35 à 40 heures sans augmentation des salaires, cela en échange du non-transfert de la production (téléphones mobiles et sans-fil) en Hongrie. Des cas similaires ont eu lieu chez Continental (pneumatiques) ou Thyssen Krupps. Cet « effet de mode » est appelé à s’étendre.
Quarante entreprises allemandes négocient déjà l’augmentation des horaires hebdomadaires à 40, 42, et même 50 heures (Volkswagen), et la suppression d’une des six semaines de congés payés. Le 13 octobre 2004, la presse allemande et internationale a annoncé le projet de General Motors de fermer partiellement l’usine de sa marque allemande Opel, à Bochum, en Allemagne. General Motors met la dernière main à ses plans de restructuration de ses usines européennes, espérant réduire ses coûts de plus de 500 millions d’euros (615 millions de dollars), ce qui donnerait lieu à la suppression de 12 000 des 62 000 emplois du groupe en Europe. A long terme, l’aire de montage de véhicules pourrait être fermée, ce qui entraînerait la suppression de 2 000 emplois. La division de fabrication d’axes serait transférée en Europe de l’Est, probablement en République tchèque. Le plan de restructuration n’affecterait pas l’usine Opel de Figueruelas, à Saragosse, en Espagne, où sont produits les modèles Opel Corsa, Corsa Van et Meriva, et où travaillent 7 400 personnes. Certaines entreprises françaises ont, de leur côté, démonté leurs machines-outils, les ont mises dans des camions, et les ont emmenées dans un pays d’Europe de l’Est, en Roumanie par exemple. Elles proposent aux ouvriers restant sans travail d’aller travailler en Roumanie pour une fois et demi le SMIC... roumain. C’est à dire environ 100 euros mensuels. Un moyen cynique de se conformer à la législation française du travail qui les oblige à prévoir un plan de reclassement pour leurs employés.
En 2005, le chômage en Allemagne a atteint des niveaux sans précédent. Le Gouvernement en profite pour appliquer le modèle implanté par Pinochet au Chili, sur les conseils des « Chicago Boys » : des travaux de réinsertion dans le milieu du travail, payés un euro de l’heure, et que Pinochet - en précurseur - appelait « Plan de l’emploi minimum ».
François Chesnais écrit :
« Les groupes industriels multiplient les expériences technologiques et organisationnelles leur permettant d’obtenir des niveaux de productivité élevés dans les NIP (nouveaux pays émergents) et en Europe de l’Est. Ce ne sont pas exactement les mêmes que dans les pays d’origine, mais ils sont bien plus élevés qu’auparavant et en augmentation constante (...) [Ils] vont chercher à tirer parti de la situation extraordinairement favorable qui leur est offerte par ce croisement « miraculeux » entre la convergence des productivités et le maintien de disparités très fortes des salaires, des conditions de travail (sécurité, hygiène) et des niveaux de protection sociale (...) Les pays dits « en développement » ont toujours représenté pour les entreprises des pays industriels du centre du système capitaliste mondial une réserve de main-d’œuvre dans laquelle ils pouvaient puiser leurs besoins, au rythme et à l’échelle qui leur convenaient. Pendant la phase (1950-1975) de croissance rapide d’économies encore autocentrées et de production fordiste, il a fallu "importer" cette main-d’œuvre, organiser les flux migratoires vers les métropoles industrielles.
C’était déjà une forme de mise en concurrence des salariés, mais elle avait de fortes limites. Les relations politiques et sociales internes interdisaient d’exclure les immigrés complètement des systèmes de protection sociale. En dehors du bâtiment, les normes de sécurité étaient les mêmes pour tous les travailleurs. Pour défendre les salaires des ouvriers plus qualifiés, les syndicats ont été forcés, même lorsqu’ils n’y tenaient pas tellement, de défendre aussi ceux des OS immigrés. La configuration nouvelle de mise en concurrence des salariés est toute autre. Les entreprises vont à la rencontre de l’armée de réserve de travailleurs, pour les exploiter « in situ », là où ils vivent. Elles profitent de la discipline politique, de la concurrence locale entre travailleurs et des conditions peu coûteuses de reproduction de la force de travail dans les pays d’implantation. La convergence des niveaux de productivité leur permet d’internationaliser la concurrence entre travailleurs, en prenant comme référence les niveaux de salaire et de protection les plus bas : parallèlement les besoins d’immigration sont réduits d’autant. Les implications de ce processus sont encore à peine discutées. Tant que cela n’aura commencé à être fait, il sera difficile de dire, au-delà d’analyses macro-économiques mondiales relatives aux impasses auxquelles ce scénario de l’accumulation conduit, comment doivent agir les salariés des pays industriels, leurs syndicats et les partis qui veulent encore défendre les intérêts des exploités partout où ceux-ci se trouvent »
 [2].
Il n’y a rien dans le projet de Constitution pour empêcher ou limiter les dégâts de ce genre de situations. Au contraire, le projet donne hiérarchie constitutionnelle aux politiques économiques qui en sont la cause.

Les droits des femmes

Dans le projet de Constitution figurent quelques déclarations sur les droits de la femme et sur l’égalité hommes-femmes, mais il n’y a rien dans le Projet pour assurer la mise en pratique de ces déclarations. Quant à la parité hommes-femmes dans la fonction publique et dans les charges électives, c’est le silence radio.
Par la loi sur l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes datant de 2001, la France a cédé à la menace de la Commission européenne (basé sur la Directive 76/207/EEC, de 1976 de la Communauté européenne) de la pénaliser de lourdes sanctions financières (950 000 F/jour) à compter de 2001, si elle ne mettait pas un terme à la « discrimination » envers les femmes en maintenant une interdiction du travail de nuit féminin dans l’industrie, datant de 1892. Le texte de la loi prévoit donc que le recours au travail de nuit est désormais possible pour tous, mais devra rester « exceptionnel ». N’aurait-il pas été plus juste, plus équitable, et certainement plus humain d’établir au nom de l’égalité la suppression de tout travail de nuit dans l’industrie ?
Pour ne pas parler de l’essor spectaculaire du proxénétisme dans l’Europe néolibérale basé sur l’exploitation de centaines de milliers de femmes est-européennes en Europe de l’Ouest...

[1] Libération, 24 avril 2004, p. 19.

[2] François Chesnais, Préface du livre « Les multinationales et la mise en concurrence des salariés » de Claude Pottier. Edit. L’Harmattan, Collection travail et mondialisation, Paris, mai 2003.

Alejandro Teitelbaum

Avocat argentin, diplômé de l’Université de Buenos Aires. Il est aussi diplômé de Relations économiques internationales à Paris et représentant de l’Association américaine des juristes auprès des Nations unies à Genève.

 
Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

Articles sous licence creative commons

Vous pouvez reproduire librement les articles du Réseau Voltaire à condition de citer la source et de ne pas les modifier ni les utiliser à des fins commerciales (licence CC BY-NC-ND).

Soutenir le Réseau Voltaire

Vous utilisez ce site où vous trouvez des analyses de qualité qui vous aident à vous forger votre compréhension du monde. Ce site ne peut exister sans votre soutien financier.
Aidez-nous par un don.

Comment participer au Réseau Voltaire ?

Les animateurs du réseau sont tous bénévoles.
- Auteurs : diplomates, économistes, géographes, historiens, journalistes, militaires, philosophes, sociologues... vous pouvez nous adresser vos propositions d’articles.
- Traducteurs de niveau professionnel : vous pouvez participer à la traduction des articles.

Édition internationale
français
English
Español
italiano
عربي
Deutsch
 
91 articles cette semaine dans toutes les langues
Jeux de guerre états-uniens dans le sud-est asiatique Jeux de guerre états-uniens dans le sud-est asiatique
Réseau Voltaire, 13 février 2012
 
مجلس التعاون الخليجي والناتو يفقدان زمام القيادة
الفيتو المزدوج لمنع حرب الإمبراطوريات على سوريا
مجلس التعاون الخليجي والناتو يفقدان زمام القيادة
بقلم ثييري ميسان, Shabakat Voltaire, 13 شباط (فبراير) 2012
 
الصين تصبح الشريك التجاري الأول لألمانيا الصين تصبح الشريك التجاري الأول لألمانيا
Shabakat Voltaire, 13 شباط (فبراير) 2012
 
Iran's Historic Anniversary Iran’s Historic Anniversary
by Stephen Lendman, Voltaire Network, 13 February 2012
 
Páginas Libres
Mafia de complicidad y reacción en el Apra
Socios, 12 de febrero de 2012
 
Syria 2011-2012, a rematch of Israel's 2006 war on Lebanon Syria 2011-2012, a rematch of Israel’s 2006 war on Lebanon
by Mahdi Darius Nazemroaya, Voltaire Network, 12 February 2012
 
Páginas Libres
¿Se incrementa riesgo personal con este gobierno?
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 12 de febrero de 2012
 
Ante la competencia de la OCS, ¿escogerá la OTAN la diplomacia o las armas?
« Revista de prensa sobre Siria » #49
Ante la competencia de la OCS, ¿escogerá la OTAN la diplomacia o las armas?
Socios, 12 de febrero de 2012
 
Wladimir Putin tritt als Beschützer der Orient-Christen auf Wladimir Putin tritt als Beschützer der Orient-Christen auf
Voltaire Netzwerk, 12. Februar 2012
 
Großbritannien „verpackt“ die Al-Qaida neu Großbritannien „verpackt“ die Al-Qaida neu
Voltaire Netzwerk, 12. Februar 2012
 
Moscow and the formation of The New World System Moscow and the formation of The New World System
by Imad Fawzi Shueibi, Voltaire Network, 11 February 2012
 
Assassinats anonymes
« L’art de la guerre »
Assassinats anonymes
par Manlio Dinucci , Réseau Voltaire, 11 février 2012
 
Sergei Lavrov von Damaskus als Held empfangen Sergei Lavrov von Damaskus als Held empfangen
Voltaire Netzwerk, 11. Februar 2012
 
Al-Qaeda refashioned by the UK Al-Qaeda refashioned by the UK
Voltaire Network, 11 February 2012
 
الإرهاب في سورية
إغلاق السفارات والارهاب في حلب
بقلم مازن بلال, Partners, 11 شباط (فبراير) 2012
 
حلب تستفيق على الإرهاب...
وتصعيد دبلوماسي إعلامي وإرهابي
بقلم سورية الغد, Partners, 11 شباط (فبراير) 2012
 
الإرهاب في سورية
أغفو في وطني
بقلم نضال الخضري, Partners, 11 شباط (فبراير) 2012
 
الإرهاب في سورية
التحرك الخليجي إلى أين...
بقلم مازن بلال, Partners, 11 شباط (فبراير) 2012
 
Páginas Libres
¿Sófero retroceso post marcha por el agua?
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 11 de febrero de 2012
 
Face à la concurrence de l'OCS, l'OTAN choisira t-elle la diplomatie ou les armes ?
« Revue de presse Syrie » #49
Face à la concurrence de l’OCS, l’OTAN choisira t-elle la diplomatie ou les armes ?
Partenaires, 10 février 2012
 
U.S. Prepares Georgia for New Wars in Caucasus and Iran
"NATO’s favorite despot"
U.S. Prepares Georgia for New Wars in Caucasus and Iran
by Rick Rozoff, Voltaire Network, 10 February 2012
 
La Grande-Bretagne « reconditionne » Al-Qaïda La Grande-Bretagne « reconditionne » Al-Qaïda
Réseau Voltaire, 10 février 2012
 
Faced with competition from the SCO, will NATO choose diplomacy or arms?
« SYRIA PRESS REVIEW » #49
Faced with competition from the SCO, will NATO choose diplomacy or arms?
Partners, 10 February 2012
 
Señal de Alerta
Risas inexplicables en la radio
por Herbert Mujica Rojas, Socios, 10 de febrero de 2012
 
Vladimir Putin emerges as protector of Eastern Christians Vladimir Putin emerges as protector of Eastern Christians
Voltaire Network, 9 February 2012
 
Censura británica: cómo seguir viendo Press TV Censura británica: cómo seguir viendo Press TV
Red Voltaire, 9 de febrero de 2012
 
El CCG y la OTAN pierden su liderazgo
El doble veto prohíbe la guerra imperial contra Siria
El CCG y la OTAN pierden su liderazgo
por Thierry Meyssan, Red Voltaire, 9 de febrero de 2012
 
Westerners looking for a "Plan B"
« SYRIA PRESS REVIEW » #48
Westerners looking for a "Plan B"
Partners, 9 February 2012
 
Páginas Libres
¡Yo voto por el agua, el oro ni me va ni me viene!
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 9 de febrero de 2012
 
Les Occidentaux à la recherche d'un “Plan B”
« Revue de presse Syrie » #48
Les Occidentaux à la recherche d’un “Plan B”
Partenaires, 9 février 2012
 
Los occidentales buscan un “Plan B”
« Revista de prensa sobre Siria » #48
Los occidentales buscan un “Plan B”
Socios, 9 de febrero de 2012
 
Sergey Lavrov accueilli en héros à Damas Sergey Lavrov accueilli en héros à Damas
Réseau Voltaire, 8 février 2012
 
Russia's popularity in Syria confounds the West
« SYRIA PRESS REVIEW » #47
Russia’s popularity in Syria confounds the West
Partners, 8 February 2012
 
255. Il faut à nouveau faire jouer l'« orchestre européen »
« Horizons et débats », 12e année, n° 5, 6 février 2012
Il faut à nouveau faire jouer l’« orchestre européen »
Partenaires, 8 février 2012
 
China becomes German's first trading partner China becomes German’s first trading partner
Voltaire Network, 8 February 2012
 
Syrie : Le double véto russo-chinois inaugure un nouvel ordre mondial Syrie : Le double véto russo-chinois inaugure un nouvel ordre mondial
par Pierre Khalaf, Partenaires, 8 février 2012
 
China wird erster Wirtschaftspartner von Deutschland China wird erster Wirtschaftspartner von Deutschland
Voltaire Netzwerk, 8. Februar 2012
 
Señal de Alerta
Etica bananera
por Herbert Mujica Rojas, Socios, 8 de febrero de 2012
 
Un avion cargo suspect saisi par la sécurité libanaise Un avion cargo suspect saisi par la sécurité libanaise
Réseau Voltaire, 8 février 2012
 
فرنسوا هولند يفاوض أمير قطر فرنسوا هولند يفاوض أمير قطر
Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
 الدبلوماسيات الغاضبة وسيناريوهات الحلول الدبلوماسيات الغاضبة وسيناريوهات الحلول
بقلم عيسى الأيوبي, Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
أبعد من انتصار نيويورك..اللعبة انتهت أبعد من انتصار نيويورك..اللعبة انتهت
بقلم عيسى الأيوبي, Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
جلسة الكذب المفتوح جلسة الكذب المفتوح
بقلم عيسى الأيوبي, Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
Egypt and Syria
Orient Tendencies
Egypt and Syria
by Wassim Raad, Partners, 8 February 2012
 
Les Occidentaux choqués par la popularité russe en Syrie
« Revue de presse Syrie » #47
Les Occidentaux choqués par la popularité russe en Syrie
Partenaires, 8 février 2012
 
كسر إرادات
عروبة ((الشاطئ)) الآخر
بقلم نضال الخضري, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
كسر إرادات
زيارة لافروف ... ودول الخليج تضغط
بقلم سورية الغد, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
كسر إرادات
مواقف في لحظات الترقب
بقلم سورية الغد, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
كسر إرادات
التكتيك الخليجي
بقلم مازن بلال, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
 Der Westen über die russische Beliebtheit in Syrien schockiert
« Presseschau Syrien » #47
Der Westen über die russische Beliebtheit in Syrien schockiert
Partner, 8. Februar 2012
 
Disgusto de los occidentales ante la popularidad rusa en Siria
« Revista de prensa sobre Siria » #47
Disgusto de los occidentales ante la popularidad rusa en Siria
Socios, 8 de febrero de 2012
 
Moscou et Pékin ont surtout voulu protéger Téhéran
« Revue de presse Syrie » #46
Moscou et Pékin ont surtout voulu protéger Téhéran
Partenaires, 7 février 2012
 
Páginas Libres
MOVADEF y SL: reflexiones estudiantiles
Socios, 7 de febrero de 2012
 
Páginas Libres
Gran Marcha por el Agua: viernes 10, 2 pm
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 7 de febrero de 2012
 
Moscow and Beijing acted primarily to shield Tehran
« SYRIA PRESS REVIEW » #46
Moscow and Beijing acted primarily to shield Tehran
Partners, 7 February 2012
 
 Der GCC und die NATO verlieren ihre Vorherrschaft
Doppeltes Veto um den imperialen Krieg gegen Syrien zu verbieten
Der GCC und die NATO verlieren ihre Vorherrschaft
von Thierry Meyssan, Voltaire Netzwerk, 7. Februar 2012
 
Páginas Libres
¡Luz roja al solmáforo!
Socios, 7 de febrero de 2012
 
Más que todo, Moscú y Pekín quisieron proteger a Teherán
« Revista de prensa sobre Siria » #46
Más que todo, Moscú y Pekín quisieron proteger a Teherán
Socios, 7 de febrero de 2012
 
 Moskau und Beijing wollten hauptsächlich Teheran schützen
« Presseschau Syrien » #46
Moskau und Beijing wollten hauptsächlich Teheran schützen
Partner, 7. Februar 2012
 
Páginas Libres
Alan y Ollanta ocultaron tratos de indulto ilícito a Fujimori
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 6 de febrero de 2012
 
روسيا وتشكيل المنظومة الدولية
الثابت والمتغير في المواقف
روسيا وتشكيل المنظومة الدولية
بقلم Imad Fawzi Shueibi, Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
رسالة أوباما إلى طهران، الحرب على إيران على نارٍ هادئة... في الوقت الحالي؟ رسالة أوباما إلى طهران، الحرب على إيران على نارٍ هادئة... في الوقت الحالي؟
بقلم Mahdi Darius Nazemroaya, Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
Páginas Libres
Iglesia católica en conflicto peruano-chileno
Socios, 6 de febrero de 2012
 
 Il GCC e la NATO stanno perdendo la loro leadership
Il doppio veto che impedisce la guerra imperiale contro la Siria
Il GCC e la NATO stanno perdendo la loro leadership
di Thierry Meyssan, Rete Voltaire, 6 febbraio 2012
 
الأوروبيون... أول ضحايا العقوبات على إيران الأوروبيون... أول ضحايا العقوبات على إيران
Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
ثرثرة
لـ((أغلبية صامتة))!!
بقلم نضال الخضري, Partners, 6 شباط (فبراير) 2012
 
سورية
الحدث من حمص
بقلم سورية الغد, Partners, 6 شباط (فبراير) 2012
 
التحرك الروسي
وذروة الأزمة
بقلم مازن بلال, Partners, 6 شباط (فبراير) 2012
 
قبل وصول لافروف...
ما الذي ستحمله موسكو؟!
بقلم سورية الغد, Partners, 6 شباط (فبراير) 2012
 
على أوباما خيارات صعبة في وقت حرج
التقرير الأسبوعي لمراكز الأبحاث الأميركية
على أوباما خيارات صعبة في وقت حرج
Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
التهديد باغلاق المضيق و تداعياته
التقرير الأسبوعي لمراكز الدراسات الأميركية
التهديد باغلاق المضيق و تداعياته
Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
Les pressions morales sur la Russie
« Revue de presse Syrie » #44
Les pressions morales sur la Russie
Partenaires, 5 février 2012