Réseau Voltaire
Première guerre du Golfe

Le double jeu de François Mitterrand

Le double jeu de François Mitterrand

En 1990, après avoir incité le Koweït à ruiner l’Irak, les États-Unis laissèrent entendre à Bagdad qu’ils ne s’opposeraient pas à une réunification par la force de l’Irak et du Koweït. Mais lorsqu’en août Saddam Hussein passa à l’acte, l’administration Bush senior organisa une riposte militaire, l’opération « Tempête du désert ». Conscients du piège dans lequel était tombé l’Irak, des dirigeants arabes sollicitèrent la médiation française pour sauver la paix en permettant à Saddam Hussein de faire marche arrière sans perdre la face. Dans un livre récent, le négociateur français, Marc Boureau d’Argonne, révèle le détail de ces discussions secrètes et du protocole d’accord français qui avait été accepté par Bagdad. Pourtant, au dernier moment, le président François Mitterrand refusa de signer ce document, laissant le piège états-unien se refermer sur l’Irak. Loin d’avoir voulu empêcher la guerre du Golfe, la France a-t-elle participé à sa fabrication ?

Réseau Voltaire | Paris (France)
+
JPEG - 12.1 ko
François Mitterrand

Alors que l’opinion publique internationale prend progressivement conscience des manipulations et des mensonges de l’administration Bush junior qui lui ont permis de donner une apparence de légalité à l’attaque de l’Irak, de nouvelles révélations sont publiées sur le déclenchement de la Guerre du Golfe, en 1991.

Dans un livre très détaillé, le négociateur français Marc Boureau d’Argonne relate, jour par jour, comment la France négocia un protocole d’accord avec l’Irak et comment elle refusa, en définitive, de le signer. Publié en octobre 2002, à un moment où beaucoup croyaient encore en la parole de la famille Bush comme en une vérité révélée, Irak, Guerre ou assassinat programmé ? soulève une multitude de questions désagréables.

Résumons les faits. Les États-Unis, inquiets de voir leur allié Saddam Hussein devenir un acteur politique majeur dans la région du Golfe à l’issue de la guerre Iran-Irak, s’appliquèrent à lui tendre un piège. Ils poussèrent l’émir Al Jaber du Koweït à exploiter le pétrole situé dans la zone neutre entre l’émirat et l’Irak, au risque de pomper les nappes irakiennes. En outre, ils l’encouragèrent à réclamer à l’Irak exsangue le remboursement de l’aide militaire fournie par son émirat contre l’Iran. Simultanément, l’ambassadrice April Glaspie affirma à Saddam Hussein que Washington n’interviendrait pas dans un conflit Irak-Koweït, lequel serait assimilable à une affaire intérieure puisque le Koweït n’est jamais qu’une principauté amputée à l’Irak lors de la décolonisation britannique. Inconscient du traquenard, Saddam Hussein, en violation du droit international, envahit le Koweït, le 2 août 1990, réunifiant ainsi l’Irak et réglant par la même occasion tous ses problèmes. Puis, l’administration Bush senior développa une campagne d’intoxication visant à faire croire que loin d’être une réunification par la force, l’invasion du Koweït était le début d’une série de guerres de conquêtes. Elle mit en scène de faux témoignages devant le Congrès, comme la célèbre « affaire des couveuses ». Surtout, elle réussit à intoxiquer la dynastie des Séoud et à lui faire croire que l’Irak s’apprêtait à l’attaquer à son tour. Elle put ainsi installer ses troupes en Arabie saoudite, rassembler une gigantesque coalition et lancer l’opération « Tempête du désert ».

JPEG - 11.5 ko
Ahmed Ben Bella
L’ancien président algérien organisa
les discussions franco-irakiennes
dans sa propriété en Suisse.

Cependant, plusieurs dirigeants arabes crurent possible d’arrêter ce processus. Ils pensaient pouvoir faire entendre raison à Saddam Hussein et obtenir l’évacuation du Koweït. Encore fallait-il trouver une grande puissance qui accepte de prendre acte du retrait irakien en permettant au raïs de garder la face, puis de garantir la paix en échange de son geste. Pour jouer ce rôle, ils imaginèrent faire appel à la France. L’ancien président de la république algérienne, Ahmed Ben Bella, devint leur négociateur. Il disposait de la confiance de nombreux protagonistes et sa situation personnelle de retraite politique donnait un aspect non-gouvernemental à une démarche susceptible de provoquer une rétorsion états-unienne. Soucieux de maintenir les apparences, Ben Bella choisit d’établir un contact avec l’Élysée par une voie non-gouvernementale. Il était en relation avec un chargé de mission de l’Institut du Monde Arabe (IMA), Marc Boureau d’Argonne, qui était lui-même connu de divers protagonistes arabes, y compris koweïtiens. Producteur de films, dont Le Ciel et la boue Oscar du meilleur film documentaire en 1962, Marc Boureau d’Argonne présidait une association dévouée au cinéma dans le monde arabe et traitait à ce titre directement avec tous les gouvernements de la région [1]. Pour parfaire la filière, le président de l’IMA, plusieurs fois ministre gaulliste, Edgard Pisani, disposait d’un bureau à l’Élysée, en sa qualité de chargé de mission auprès du président socialiste François Mitterrand. Du côté irakien, Saddam Hussein désigna son demi-frère Barzan Tikriti pour conduire les négociations. Il pouvait agir avec d’autant plus de discrétion qu’il était ambassadeur à Genève où Ben Balla disposait d’une résidence.

Pour montrer sa bonne volonté, Saddam Hussein accepta de faire le premier geste que lui demandèrent les Français : libérer les otages qu’il utilisait comme « boucliers humains ». Ce faisant, il manifestait sa confiance en la France et se privait de sa meilleure défense. Deux mois de négociations secrètes s’en suivirent.

Simultanément, une conférence de la dernière chance, publique celle-ci, fut organisée également à Genève. La délégation irakienne conduite par Tarek Aziz fit traîner les choses en longueur, espérant éviter de devoir se soumettre au diktat états-unien en jouant la carte française. Lorsque Tarek Aziz reçut confirmation que le protocole d’accord franco-irakien avait été accepté par les deux parties, il mit fin à la Conférence officielle et rentra à Bagdad pour y recevoir les Français et y signer la paix avec eux.

JPEG - 7.6 ko
Marc Boureau d’Argonne
et Edgard Pisani

Ce protocole d’accord, dont Marc Boureau d’Argonne publie le verbatim, permet de mieux comprendre les exigences de l’Irak. Il prévoyait le retrait irakien du Koweït et le déploiement d’une force de l’ONU dans l’émirat, la convocation d’une conférence internationale sur la sécurité collective dans le Golfe et les conditions d’exploitation du pétrole, et des initiatives de paix pour le Liban et la Palestine.

La paix était à portée de main. C’est pourtant à ce moment précis que François Mitterrand changea de position. Alignant soudainement le point de vue de Paris sur celui de Washington, il retarda, puis annula le voyage de son ministre des affaires étrangères, Roland Dumas, à Bagdad. Prenant acte de l’échec de la conférence diplomatique officielle, les États-Unis firent tonner la Tempête sur le désert. La guerre fit plus de 100 000 morts du côté irakien. Elle coûta 54 milliards de dollars aux armées belligérantes et 350 milliards de dollars de plus à l’économie mondiale. Le revirement de François Mitterrand marqua un refroidissement des relations diplomatique entre la France et de nombreux États arabes qui avaient suivi le processus de négociation et espéraient son succès. Il fut sanctionné par l’annulation de nombreux contrats commerciaux, notamment en matière d’armement, plongeant la France dans une nouvelle crise économique qu’aucun de ses voisins européens n’a connue.

Ces éléments, qui ont été confirmés par le Premier ministre de l’époque, Michel Rocard, dans une post-face qu’il a rédigé à Irak, Guerre ou assassinat programmé ?, soulèvent bien des questions. Restés secrets pendant douze ans, ils n’ont jamais été commentés par François Mitterrand, qui n’a donc jamais eu l’occasion d’expliquer son revirement. Pour certains, le président Mitterrand a entretenu deux fers au feu, avant de choisir de laisser les États-Unis écraser l’Irak. Pour d’autres, il a participé aux manipulations de l’administration Bush senior en faisant croire aux Irakiens qu’ils disposaient d’une alternative pour les pousser à libérer leurs « boucliers humains », puis à rejeter les conditions de la Conférence officielle de Genève.

Irak, Guerre ou assassinat programmé ?
de Marc Boureau d’Argonne, édition François-Xavier de Guibert, Paris, 2002.

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan Intellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie des analyses de politique étrangère dans la presse arabe, latino-américaine et russe. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

 
Le CCG et l'OTAN perdent leur leadership
Le CCG et l’OTAN perdent leur leadership
Le double veto pour interdire la guerre impériale contre la Syrie
 
Mensonges et vérités sur la Syrie
Mensonges et vérités sur la Syrie
Guerre médiatique
 
Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

Action secrète
Alors que le droit international a consacré le principe de souveraineté des États, les grandes puissances n’hésitent pas à corrompre des gouvernements, à déstabiliser des sociétés, à éliminer des dirigeants, voire à renverser des régimes par l’action secrète. Cette forme d’ingérence s’avère relativement peu coûteuse par rapport aux gains que l’on peut en attendre, mais elle mine la confiance entre les États.
À ce jeu, les Anglo-Saxons sont passés maîtres. Unis au sein d’un pacte militaire secret conclu en 1948 (UK-USA + Canada, Australie, Nouvelle-Zélande), ils ont développé des outils d’espionnage et d’action clandestine au service d’un projet commun, celui de la Guerre froide. Ils rivalisaient alors avec l’Union soviétique face à laquelle ils avaient atteint une supériorité indéniable en la matière. La Chine maoïste et la France post-coloniale ambitionnèrent également de tenir par ce biais des zones d’influence, principalement en Afrique.
Après la dissolution de l’URSS, ce paysage fut entièrement renouvelé. La Chine a renoncé au financement tous azimuts de groupes armés révolutionnaires et s’est focalisée sur le renseignement utile au développement de la coopération économique. La France se retire de son pré carré africain au profit de l’Union européenne. Les services russes, qui auraient dû être engloutis dans le néant eltsinien, se sont attachés à restructurer le pays et sa zone historique d’influence (États nouvellement indépendants ex-soviétiques) en luttant contre les ingérences extérieures et non en s’ingérant dans le reste du monde.
À partir de 1995, les Anglo-Saxons ont investi massivement dans leurs services secrets, dont ils ont triplé le budget en une quinzaine d’années. En outre, ils ont intégré les services israéliens dans leur dispositif, parfois comme un membre à part entière de leur communauté, parfois comme un simple sous-traitant. En 2009, les services anglo-saxons (Israël non compris) emploient au total plus de 250 000 hommes et disposent de plus de 100 milliards de dollars US (soit 15 fois plus que ceux de la Russie leur principal compétiteur virtuel). De facto, l’espionnage et l’action clandestine sont devenus les outils essentiels de la globalisation forcée.
+
Les Dessous du terrorisme
Par Gerhard WISNEWSK
À commander dans la librairie du Réseau Voltaire
 

Articles sous licence creative commons

Vous pouvez reproduire librement les articles du Réseau Voltaire à condition de citer la source et de ne pas les modifier ni les utiliser à des fins commerciales (licence CC BY-NC-ND).

Soutenir le Réseau Voltaire

Vous utilisez ce site où vous trouvez des analyses de qualité qui vous aident à vous forger votre compréhension du monde. Ce site ne peut exister sans votre soutien financier.
Aidez-nous par un don.

Comment participer au Réseau Voltaire ?

Les animateurs du réseau sont tous bénévoles.
- Auteurs : diplomates, économistes, géographes, historiens, journalistes, militaires, philosophes, sociologues... vous pouvez nous adresser vos propositions d’articles.
- Traducteurs de niveau professionnel : vous pouvez participer à la traduction des articles.

Édition internationale
français
English
Español
italiano
عربي
Deutsch
 
93 articles cette semaine dans toutes les langues
Face à la concurrence de l'OCS, l'OTAN choisira t-elle la diplomatie ou les armes ?
« Revue de presse Syrie » #49
Face à la concurrence de l’OCS, l’OTAN choisira t-elle la diplomatie ou les armes ?
Partenaires, 10 février 2012
 
أجتماع مجلس الأمن لمناقشة الحالة في سوريا أجتماع مجلس الأمن لمناقشة الحالة في سوريا
Shabakat Voltaire, 10 شباط (فبراير) 2012
 
U.S. Prepares Georgia for New Wars in Caucasus and Iran U.S. Prepares Georgia for New Wars in Caucasus and Iran
by Rick Rozoff, Voltaire Network, 10 February 2012
 
La Grande-Bretagne « reconditionne » Al-Qaïda La Grande-Bretagne « reconditionne » Al-Qaïda
Réseau Voltaire, 10 février 2012
 
Señal de Alerta
Risas inexplicables en la radio
por Herbert Mujica Rojas, Socios, 10 de febrero de 2012
 
Vladimir Putin emerges as protector of Eastern Christians Vladimir Putin emerges as protector of Eastern Christians
Voltaire Network, 9 February 2012
 
Censura británica: cómo seguir viendo Press TV Censura británica: cómo seguir viendo Press TV
Red Voltaire, 9 de febrero de 2012
 
El CCG y la OTAN pierden su liderazgo
El doble veto prohíbe la guerra imperial contra Siria
El CCG y la OTAN pierden su liderazgo
por Thierry Meyssan, Red Voltaire, 9 de febrero de 2012
 
Westerners looking for a "Plan B"
« SYRIA PRESS REVIEW » #48
Westerners looking for a "Plan B"
Partners, 9 February 2012
 
Páginas Libres
¡Yo voto por el agua, el oro ni me va ni me viene!
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 9 de febrero de 2012
 
Les Occidentaux à la recherche d'un “Plan B”
« Revue de presse Syrie » #48
Les Occidentaux à la recherche d’un “Plan B”
Partenaires, 9 février 2012
 
Sergey Lavrov accueilli en héros à Damas Sergey Lavrov accueilli en héros à Damas
Réseau Voltaire, 8 février 2012
 
Russia's popularity in Syria confounds the West
« SYRIA PRESS REVIEW » #47
Russia’s popularity in Syria confounds the West
Partners, 8 February 2012
 
255. Il faut à nouveau faire jouer l'« orchestre européen »
« Horizons et débats », 12e année, n° 5, 6 février 2012
Il faut à nouveau faire jouer l’« orchestre européen »
Partenaires, 8 février 2012
 
China becomes German's first trading partner China becomes German’s first trading partner
Voltaire Network, 8 February 2012
 
Syrie : Le double véto russo-chinois inaugure un nouvel ordre mondial Syrie : Le double véto russo-chinois inaugure un nouvel ordre mondial
par Pierre Khalaf, Partenaires, 8 février 2012
 
China wird erster Wirtschaftspartner von Deutschland China wird erster Wirtschaftspartner von Deutschland
Voltaire Netzwerk, 8. Februar 2012
 
Señal de Alerta
Etica bananera
por Herbert Mujica Rojas, Socios, 8 de febrero de 2012
 
Un avion cargo suspect saisi par la sécurité libanaise Un avion cargo suspect saisi par la sécurité libanaise
Réseau Voltaire, 8 février 2012
 
فرنسوا هولند يفاوض أمير قطر فرنسوا هولند يفاوض أمير قطر
Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
 الدبلوماسيات الغاضبة وسيناريوهات الحلول الدبلوماسيات الغاضبة وسيناريوهات الحلول
بقلم عيسى الأيوبي, Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
أبعد من انتصار نيويورك..اللعبة انتهت أبعد من انتصار نيويورك..اللعبة انتهت
بقلم عيسى الأيوبي, Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
جلسة الكذب المفتوح جلسة الكذب المفتوح
بقلم عيسى الأيوبي, Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
Egypt and Syria
Orient Tendencies
Egypt and Syria
by Wassim Raad, Partners, 8 February 2012
 
Les Occidentaux choqués par la popularité russe en Syrie
« Revue de presse Syrie » #47
Les Occidentaux choqués par la popularité russe en Syrie
Partenaires, 8 février 2012
 
كسر إرادات
عروبة ((الشاطئ)) الآخر
بقلم نضال الخضري, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
كسر إرادات
زيارة لافروف ... ودول الخليج تضغط
بقلم سورية الغد, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
كسر إرادات
مواقف في لحظات الترقب
بقلم سورية الغد, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
كسر إرادات
التكتيك الخليجي
بقلم مازن بلال, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
Moscou et Pékin ont surtout voulu protéger Téhéran
« Revue de presse Syrie » #46
Moscou et Pékin ont surtout voulu protéger Téhéran
Partenaires, 7 février 2012
 
Páginas Libres
MOVADEF y SL: reflexiones estudiantiles
Socios, 7 de febrero de 2012
 
Páginas Libres
Gran Marcha por el Agua: viernes 10, 2 pm
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 7 de febrero de 2012
 
Moscow and Beijing acted primarily to shield Tehran
« SYRIA PRESS REVIEW » #46
Moscow and Beijing acted primarily to shield Tehran
Partners, 7 February 2012
 
 Der GCC und die NATO verlieren ihre Vorherrschaft
Doppeltes Veto um den imperialen Krieg gegen Syrien zu verbieten
Der GCC und die NATO verlieren ihre Vorherrschaft
von Thierry Meyssan, Voltaire Netzwerk, 7. Februar 2012
 
Páginas Libres
¡Luz roja al solmáforo!
Socios, 7 de febrero de 2012
 
Páginas Libres
Alan y Ollanta ocultaron tratos de indulto ilícito a Fujimori
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 6 de febrero de 2012
 
روسيا وتشكيل المنظومة الدولية
الثابت والمتغير في المواقف
روسيا وتشكيل المنظومة الدولية
بقلم Imad Fawzi Shueibi, Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
رسالة أوباما إلى طهران، الحرب على إيران على نارٍ هادئة... في الوقت الحالي؟ رسالة أوباما إلى طهران، الحرب على إيران على نارٍ هادئة... في الوقت الحالي؟
بقلم Mahdi Darius Nazemroaya, Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
Páginas Libres
Iglesia católica en conflicto peruano-chileno
Socios, 6 de febrero de 2012
 
 Il GCC e la NATO stanno perdendo la loro leadership
Il doppio veto che impedisce la guerra imperiale contro la Siria
Il GCC e la NATO stanno perdendo la loro leadership
di Thierry Meyssan, Rete Voltaire, 6 febbraio 2012
 
الأوروبيون... أول ضحايا العقوبات على إيران الأوروبيون... أول ضحايا العقوبات على إيران
Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
ثرثرة
لـ((أغلبية صامتة))!!
بقلم نضال الخضري, Partners, 6 شباط (فبراير) 2012
 
سورية
الحدث من حمص
بقلم سورية الغد, Partners, 6 شباط (فبراير) 2012
 
التحرك الروسي
وذروة الأزمة
بقلم مازن بلال, Partners, 6 شباط (فبراير) 2012
 
قبل وصول لافروف...
ما الذي ستحمله موسكو؟!
بقلم سورية الغد, Partners, 6 شباط (فبراير) 2012
 
على أوباما خيارات صعبة في وقت حرج
التقرير الأسبوعي لمراكز الأبحاث الأميركية
على أوباما خيارات صعبة في وقت حرج
Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
التهديد باغلاق المضيق و تداعياته
التقرير الأسبوعي لمراكز الدراسات الأميركية
التهديد باغلاق المضيق و تداعياته
Shabakat Voltaire, 6 شباط (فبراير) 2012
 
Les pressions morales sur la Russie
« Revue de presse Syrie » #44
Les pressions morales sur la Russie
Partenaires, 5 février 2012
 
The GCC and NATO lose their leadership
DOUBLE VETO BANS IMPERIAL WAR AGAINST SYRIA
The GCC and NATO lose their leadership
by Thierry Meyssan, Voltaire Network, 5 February 2012
 
Señal de Alerta
Poder Judicial: ¡otra controvertida licitación!
por Herbert Mujica Rojas, Socios, 5 de febrero de 2012
 
Le CCG et l'OTAN perdent leur leadership
Le double veto pour interdire la guerre impériale contre la Syrie
Le CCG et l’OTAN perdent leur leadership
par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 février 2012
 
UN shenanigans on Syria UN shenanigans on Syria
Voltaire Network, 5 February 2012
 
بهد الفيتو
الحل الروسي..؟
بقلم مازن بلال, Partners, 5 شباط (فبراير) 2012
 
سورية..
كل الأدوات في المواجهة
بقلم سورية الغد, Partners, 5 شباط (فبراير) 2012
 
طرفة عين..
في سورية
بقلم نضال الخضري, Partners, 5 شباط (فبراير) 2012
 
بعد الفيتو..
تحركات سياسية متوازية
بقلم مازن بلال, Partners, 5 شباط (فبراير) 2012
 
Moral pressure heaped on Russia
« SYRIA PRESS REVIEW » #44
Moral pressure heaped on Russia
Partners, 5 February 2012
 
Presiones morales sobre Rusia
« Revista de prensa sobre Siria » #44
Presiones morales sobre Rusia
Socios, 5 de febrero de 2012
 
François Hollande verhandelt mit dem Emir des Qatar François Hollande verhandelt mit dem Emir des Qatar
Voltaire Netzwerk, 5. Februar 2012
 
 Moralischer Druck auf Russland
« Presseschau Syrien » #44
Moralischer Druck auf Russland
Partner, 5. Februar 2012
 
El «Proyecto Juicio Final» y los eventos profundos: el asesinato de JFK, el Watergate, el Irangate y el 11 de septiembre
Historia del Estado profundo en Estado Unidos (Segunda parte)
El «Proyecto Juicio Final» y los eventos profundos: el asesinato de JFK, el Watergate, el Irangate y el 11 de septiembre
por Peter Dale Scott, Red Voltaire, 4 de febrero de 2012
 
Páginas Libres
Confunden Detención con Extradición
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 4 de febrero de 2012
 
طبول الحرب في المعسكر الغربي تارة تقرع و تارة تخفت
التقرير الأسبوعي لمراكز الأبحاث الاميركية
طبول الحرب في المعسكر الغربي تارة تقرع و تارة تخفت
Shabakat Voltaire, 4 شباط (فبراير) 2012
 
 سياسة الجزرة و العصا الأمريكية
التقرير الأسبوعي لمراكز الأبحاث الأميركية
سياسة الجزرة و العصا الأمريكية
Shabakat Voltaire, 4 شباط (فبراير) 2012
 
Il est urgent d'attendre
« Revue de presse Syrie » #43
Il est urgent d’attendre
Partenaires, 4 février 2012
 
"In Lybia now the truth is coming out"
New York Times interview with Lizzie Phelan
"In Lybia now the truth is coming out"
by Lizzie Phelan, Voltaire Network, 4 February 2012
 
Europe in the US "rotation"
The art of war
Europe in the US "rotation"
by Manlio Dinucci , Voltaire Network, 3 February 2012
 
Páginas Libres
Espionaje chileno no se amedrenta ni ante catástrofes
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 3 de febrero de 2012
 
Señal de Alerta
¡Big brother is watching you!
por Herbert Mujica Rojas, Socios, 3 de febrero de 2012
 
It is urgent to wait
« SYRIA PRESS REVIEW » #43
It is urgent to wait
Partners, 3 February 2012
 
Draft resolution dealing with Syria (by Morrocco) Draft resolution dealing with Syria (by Morrocco)
Voltaire Network, 3 February 2012
 
Es urgente… esperar
« Revista de prensa sobre Siria » #43
Es urgente… esperar
Socios, 3 de febrero de 2012
 
Es ist dringend notwendig zu warten
« Presseschau Syrien » #43
Es ist dringend notwendig zu warten
Partner, 3. Februar 2012