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Les États-Unis : ni craints, ni aimés

Les États-Unis : ni craints, ni aimés

Le Pew Research Center réalise depuis trois ans des sondages réguliers dans une cinquantaine de pays pour évaluer l’évolution de l’image des États-Unis. La dernière livraison de cette étude montre à la fois que les États-Unis ne font plus vraiment peur et qu’ils n’inspirent plus l’admiration. Les sondés sont de plus en plus sceptiques quant aux explications fournies sur la menace terroriste depuis le 11 septembre. Ils pensent que les guerres entreprises par Washington ne sont pas sincèrement dirigées contre le terrorisme, mais visent à dominer le monde et à contrôler les ressources pétrolières. Ils estiment que Bush et Blair ont menti à propos de l’Irak et que les États-Unis ne sont plus dignes de confiance.

Réseau Voltaire | Paris (France)
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Deux écoles s’affrontent aujourd’hui pour déterminer la politique étrangère des États-Unis. Pour l’administration Bush, Washington doit assumer sa fonction impériale et ne pas hésiter à faire usage de la force pour mettre de l’ordre dans le monde et prévenir l’émergence d’un compétiteur. Au contraire, pour les démocrates, Washington doit exercer un leadership souple en s’appuyant sur la coopération de ses partenaires. Dans le premier cas, les États-Unis doivent être craints, dans le second, ils doivent être admirés.

C’est pourquoi, depuis l’été 2001, le Pew Research Center réalise des sondages d’opinion dans une cinquantaine de pays et compare l’évolution de l’image des États-Unis dans chacun d’entre eux. Cette étude, menée avec rigueur, est dirigée par l’ancienne secrétaire d’État Madeleine K. Albright, assistée d’un conseil de vingt-sept personnalités allant de Leslie H. Gelb (président du Council on Foreign Relations) à Henry Kissinger, en passant par les directeurs d’AOL-Time-Warner et de l’International Herald Tribune, ou les directeurs de Greenpeace et de Human Rights Watch [1]. Elle devait initialement évaluer les réactions populaires à la mondialisation, c’est-à-dire à l’intégration des États dans un Empire unique, mais elle s’est adaptée aux besoins en mesurant l’impact des attentats du 11 septembre et de la guerre d’Afghanistan. Une étude complémentaire a été réalisée fin février et début mars 2004 (soit avant les attentats de Madrid) pour évaluer les conséquences de la guerre d’Irak [2].

Une partie des questions posées est identique dans chaque étude, une autre est conçue en fonction de l’actualité. Bien entendu, toutes reflètent les préoccupations politiques de Washington et plaquent une logique unique sur des cultures diverses.

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En tout premier lieu, pour les néo-conservateurs, l’une des raisons d’être des guerres contre l’Afghanistan et contre l’Irak était de montrer la puissance du Pentagone et d’inspirer la crainte. Mais à la question « Au vu de la guerre d’Irak, la puissance militaire des États-Unis est-elle plus ou moins forte que vous ne le supposiez ? » les réponses sont décevantes : Si les États-Uniens ont été convaincus par Fox et autres chaînes patriotiques qu’ils sont tous-puissants, le reste du monde (à l’exception des Britanniques également soumis à la propagande militaire) a surtout vu qu’il leur fallait 200 000 hommes pour écraser l’armée d’un pays sous-développé et finalement se heurter à une résistance intérieure. Certes les Irakiens ont été terrassés par les milliers de missiles qui se sont abattus sur eux, mais c’est l’échec de la « théorie du choc et de la stupeur » au plan international.

En second lieu, pour les démocrates, les États-Unis tirent leur prestige de leur marque de « pays de la liberté ». Ils seront respectés tant que vivra le « rêve américain » et qu’ils passeront pour les libérateurs de l’Europe face au nazisme.
La question « De ce que vous en savez, les gens de votre pays qui ont émigré aux États-Unis ont-ils amélioré leurs conditions de vie ? » obtient des réponses mitigées. Si les États-Uniens sont habités de souvenirs familiaux positifs, l’attraction sur le reste du monde est inversement proportionnelle au niveau de vie. Ce qui signifie que les USA ne sont plus vus comme un pays où chacun peut faire fortune s’il en a le talent, mais comme un pays développé où le niveau de vie est plus élevé que le moyenne.
La question « Après la guerre en Irak, avez-vous plus ou moins confiance dans les États-Unis pour promouvoir la démocratie partout dans le monde ? » obtient un résultat très décevant.

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Il n’y a plus que les États-Uniens pour croire à cette fable, même si quelques Britanniques s’y accrochent encore. Washington a dilapidé le capital de sympathie dont il disposait depuis la Libération et qu’il avait su faire fructifier dans les États alliés durant la Guerre froide.

Bref, les États-Unis n’inspirent plus ni crainte, ni respect à ceux de leurs alliés qui connaissent un développement économique comparable. La classe dirigeante états-unienne ne trouve pas là de critère décisif permettant de départager républicains et démocrates. On serait même plutôt enclin à penser que la stratégie douce des Kerry et des Soros est aujourd’hui plus difficile à mettre en œuvre que la méthode forte des Bush et des Rumsfeld.

Le Pew Research Center a également évalué l’adhésion des populations à la guerre au terrorisme.
La question « Pensez-vous que les États-Unis ont raison de se sentir si concernés par la guerre au terrorisme, ou pensez-vous qu’ils réagissent de manière exagérée ? » revient en fait à demander sans en avoir l’air si les sondés sont ou non convaincus que les États-Unis ont été agressés par des terroristes étrangers le 11 septembre 2001 et que les mouvements terroristes dans le monde sont liés entre eux et à des États. Si les Britanniques ont, sur ce sujet comme sur les autres, des réponses comparables à celles des États-Uniens avec une moindre intensité, le reste du monde sombre dans le scepticisme à l’exception de la Russie (et probablement d’Israël) qui développe pour son compte le même discours anti-terroriste.

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La question « Pensez-vous que la conduite de la guerre au terrorisme par les États-Unis est un effort sincère pour réduire le terrorisme international ? » donne un résultat désastreux. Toujours à l’exception des Britanniques, les sondés considèrent que le 11 septembre est instrumentalisé pour atteindre des fins inavouables, même s’ils croient à la théorie du complot Al Qaïda.
Le Pew Research Center, qui s’attendait à ce type de réponse, avait prévu de poser une question subsidiaire à tous ceux qui mettent en doute la sincérité des États-Unis : « Pensez-vous que l’une des raisons suivantes est un mobile important qui pousse les États-Unis à mener la guerre au terrorisme : contrôler le pétrole du Proche-Orient, cibler les gouvernements et groupes musulmans qu’ils estiment inamicaux, protéger Israël, ou dominer le monde ? ». Les opposants anglo-états-uniens ont ici une évidente difficulté à répondre : formuler les mobiles d’un crime commis par leur pays reste un tabou. Pour le reste du monde, les choses sont plus claires. Encore que la proposition « protéger Israël » est trop imprécise ; les résultats auraient peut être été bien différents avec « soutenir la politique d’Ariel Sharon ».

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Le Pew Research Center a enfin évalué les conséquences de la polémique sur les armes de destruction massive irakiennes. Il en ressort que les Anglo-États-Uniens pensent que leurs gouvernements respectifs ont choisi de croire les rapports de renseignement qui les avantageaient, tandis que le reste du monde pense que Bush et Blair ont menti en pleine connaissance de cause. Surtout, à l’issue de cette affaire, la plupart des sondés pensent que les États-Unis sont moins dignes de confiance qu’auparavant. Dans de telles conditions, on ne sera pas étonné de découvrir que le responsable politique disposant du plus grand nombre d’opinions favorables (hors États-Unis et Royaume-Uni) n’est plus George W. Bush, mais… Jacques Chirac.

[1] Le Conseil est composé de Llyod Axworhty (Canada), Stephen M. Case, Hernando De Soto (Pérou), Gareth Evans, Leslie H. Gelb, Peter C. Goldmark, David Hannay (Royaume-Uni), Carla A. Hills, Henry Kissinger, Yotaro Kobayashi (Japon), Tommy Koh (Indonésie), Philippe Lampreia (Brésil), Jessica Tuchman Mathews, Don McHenry, la reine de Jordanie, John Pasacantando, Peter G. Peterson, Moeen Qureshi, Kenneth Roth, Jenny Shipley (Nouvelle-Zélande), Peter D. Sutherland (Irlande), John J. Sweeney, Mgr Desmond M. Tutu (Afrique du Sud), Laura D’Andrea Tyson (Royaume-Uni), B. Joseph White, Tadashi Yamamoto (Japon), Charles Zhang (Chine).

[2] A Year After Irak War : Mistrust of America in Europe ever Higher, Muslim Anger Persist, The Pew Research Center for the People & the Press, 16 mars 2004.

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Cependant les déboires annoncés en Irak tournent à la catastrophe militaire. La rhétorique de la croisade et le recours revendiqué à la torture participent également de la détérioration de l’image des États-Unis dans le monde, de la baise d’attractivité de leurs produits, et du déclin de leur leadership. Fin 2006, ses généraux entrent en révolte ouverte. La Commission Baker-Hamilton sur l’Irak parvient à créer un consensus politique pour stopper l’aventurisme de George W. Bush, qui menace alors d’étendre la guerre en Iran. Le président perd les élections de mi-term. Il est contraint de limoger le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et de le remplacer par Robert Gates (le fils spirituel de Scowcroft et membre de la Commission Baker-Hamilton). Durant ses deux dernières années à la Maison-Blanche, il n’exerce plus la réalité du pouvoir.
Il s’avère que le pays est gravement endetté par le coût exorbitant des guerres. L’absence de tout retour sur investissement plonge le monde anglo-saxon dans un début de crise financière et économique.
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