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Intox sur les « armes de destruction massive »

IISS : les experts qui ont donné raison à la CIA

IISS : les experts qui ont donné raison à la CIA

Les enquêtes administratives qui ont été diligentées par George W. Bush et Tony Blair n’ont pas seulement pour but de les dédouaner de leurs responsabilités, mais aussi de protéger les « experts » qui ont participé à l’intox des « armes de destruction massive » irakiennes. Un vénérable institut londonien, l’International Institute for Strategic Studies (IISS), avait rédigé le seul rapport non gouvernemental accréditant la fable de la menace irakienne. Il est dirigé par des universitaires anglo-saxons et français dont les interviews et commentaires ont pu donner l’impression d’une vérité consensuelle permettant de discréditer le travail des enquêteurs de l’ONU.

Réseau Voltaire | Paris (France)
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Auditionné, le 28 janvier 2004, par la Commission des forces armées du Sénat des États-Unis, David Kay, ancien chef du Groupe d’inspection de l’Irak, a définitivement mis fin à la légende des « armes de destruction massive » irakiennes [1]. Peu après, le président états-unien George W. Bush et le Premier ministre britannique, Tony Blair, ont ordonné des enquêtes sur les conditions dans lesquelles leurs propres services de renseignement les avaient induits en erreur. Ce faisant, les deux dirigeants font d’une pierre deux coups : d’une part, ils rejettent l’accusation de mensonge pour se poser en victimes d’erreurs administratives ; d’autre part, ils focalisent l’attention des incrédules sur les seuls services de renseignement et protègent ainsi bien d’autres acteurs de l’intoxication.

 

Désarmer l’Irak

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David Kay, ancien chef du
Groupe d’inspection de l’Irak

Souvenons-nous, c’est pour désarmer le pays - et pour aucun autre motif officiel - que les États-Unis ont tenté de mobiliser la communauté internationale pour attaquer l’Irak. L’ambassadeur John Negroponte s’était d’abord employé à discréditer les rapports apaisants de l’office d’inspection des Nations unies, dirigé par Hans Blix, et à dénoncer la menace que faisait planer sur la paix l’arsenal irakien et son éventuel transfert à des « groupes terroristes » indéterminés. Refusant de trancher entre la version de l’ONU et celle des États-Unis, le Conseil de sécurité avait exigé une participation plus active des Irakiens aux missions d’inspections. C’était l’objet de la résolution 1441, du 8 novembre 2002, laquelle commence par ces mots : « Considérant la menace que le non-respect par l’Irak des résolutions du Conseil et la prolifération d’armes de destruction massive et de missiles à longue portée font peser sur la paix et la sécurité internationales... » Mettant en scène une progression de la tension, le secrétaire d’État, Colin Powell, avait dressé un long réquisitoire devant le Conseil de sécurité, le 5 février 2003. Il avait décrit avec force détails les armes biologiques, chimiques et nucléaires irakiennes, ainsi que les missiles capables de les lancer au loin et, enfin, les liens avec des groupes terroristes capables de les transporter.

C’est toujours pour désarmer l’Irak que George W. Bush a adressé un ultimatum à Saddam Hussein, le 17 mars 2003. Dans son discours télévisé à la nation, il déclarait alors : « Les renseignements que notre gouvernement et d’autres ont recueillis ne laissent aucun doute sur le fait que le régime irakien continuer de posséder et de dissimuler certaines des armes les plus mortelles qui aient jamais été mises au point ». À ce stade, la démission et la fuite de Saddam Hussein étaient présenté comme des alternatives à la guerre.

Deux jours plus tard, George W. Bush annonçait solennellement le début des hostilités dans ces termes : « Mes chers concitoyens, à cette heure, les forces des États-Unis et de la Coalition se trouvent dans la première phase d’opérations militaires destinées à désarmer l’Irak, à libérer son peuple et à défendre le monde contre un grand danger ». Et de déclarer à nouveau : « Notre mission est claire : désarmer l’Irak de ses armes de destruction massive, mettre fin à l’appui qu’apporte Saddam Hussein au terrorisme et libérer le peuple irakien ». Ainsi donc, devant le refus du raïs de livrer son pays sans résister, son renversement devenait un but de guerre supplémentaire, provisoirement étiqueté « libération » par les communicants de la Maison-Blanche.

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George W. Bush et George Tenet,
directeur de la CIA.

Les motifs officiels de l’engagement du Royaume-Uni et de l’Australie sont identiques. Ainsi, le cabinet Blair a publié un communiqué consécutif à l’annonce de l’ultimatum états-unien. Il précise : « Notre objectif est de confisquer à Saddam ses armes de destruction massive, qui représentent une menace pour ses voisins et son peuple ». Peu après, lorsque John Howard annonce à ses concitoyens l’entrée en guerre de son pays, il débute son allocution par ces mots : « Le gouvernement a décidé d’engager les forces australiennes pour désarmer l’Irak parce que nous croyons que c’est juste, c’est légal et c’est l’intérêt national de l’Australie. Nous sommes déterminés à nous unir à d’autres États pour priver l’Irak de ses armes de destruction massive, ses armes chimiques et biologiques, qui en quelques minutes sont capables de provoquer la mort et la destruction à une échelle monstrueuse ».

Responsabilité des experts civils

Le bilan de l’agression de la Coalition contre l’Irak reste imprécis. Les organisations humanitaires estiment que 3 à 4 000 civils sont morts et que quatre fois plus ont été gravement blessés. De plus, les observateurs militaires avancent des chiffres très variables en ce qui concerne les pertes militaires. Les experts de la Coalition parlent de 8 à 12 000 morts, les experts arabes et russes évoquent plus de 30 000 morts militaires. Là encore les blessés graves sont probablement quatre fois plus nombreux.

Dans de telles conditions, il faut être d’un grand cynisme pour affirmer, comme on l’entend aujourd’hui de la part de ceux qui n’en ont pas souffert, que, même en l’absence d’armes de destruction massive, cette guerre était une bonne chose puisqu’elle a permis de renverser un dictateur.

Les enquêtes administratives diligentées par George W. Bush et Tony Blair permettront aux deux dirigeants de rejeter la responsabilité de ce carnage sur d’obscurs fonctionnaires. Ils prétendent en effet avoir été trompés par leurs services de renseignement. Surtout, en pointant du doigt un problème interne des « services » et en focalisant l’attention de tous dans cette direction, les deux dirigeants sauvent les « leaders d’opinion » qui les ont soutenus.
En effet, Gorge W. Bush et Tony Blair ont assuré à ceux de leurs ministres qui doutaient qu’ils disposaient de preuves secrètes - dont on reconnaît aujourd’hui qu’elles n’ont jamais existé. On veut bien croire à la bonne foi des responsables politiques. Mais sur quoi s’appuyaient les présidents de think tanks et les patrons de presse qui ont pris position pour la guerre ? Les seuls rapports étayés dont ils disposaient étaient ceux, publics, des inspecteurs de l’Onu. Ces rapports étaient formels : l’Irak n’était pas en mesure de déployer des armes de destruction massive.

Nous avons déjà exposé dans ces colonnes le dispositif de communication anglo-états-unien et le dispositif d’intoxication qui avait été mis en place au sein des ministères de la Défense états-unien (Bureau des plans spéciaux), britannique (cellule Rockingham) et israélien (Bureau d’Amos Gilad). Pour comprendre les enjeux, il est indispensable aujourd’hui de rappeler le rôle joué par des « leaders d’opinion », issus de la « société civile », dans cette intoxication.

Ils se sont d’abord appuyés sur des témoignages. Tous ont été mis en média par l’Iraqi National Congress d’Ahmed Chalabi, organisation d’exilés irakiens paravent du cabinet de communication Rendon Group [2] pour le compte de la CIA, puis du Pentagone. [3]

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Conférence de presse de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) sur les « armes de destruction massive » irakiennes. Toutes les informations du célèbre institut se sont avérées fausses.

Puis, une expertise non-gouvernementale décrivant le programme d’armes de destruction massive irakienne a été publiée par l’International Institute for Strategic Studies de Londres, le 9 septembre 2002. En l’absence de déclassification des « preuves secrètes » des services de renseignement, elle est l’unique source détaillée des imputations reproduites par la presse. Cet institut britannique est dirigé par le politologue français François Heisbourg [4]. À son Conseil de direction, on trouve des personnalités comme l’ancien Premier ministre suédois Carl Bilt, le directeur de Newsweek Farid Zakaria, ou la chercheuse française Thérèse Delpech (par ailleurs administratrice de la Rand Corporation-Europe).
Or, par exemple, François Heisbourg et Thérèse Delpech ont été les principales sources d’expertise de la presse et des parlementaires français.

Cet institut et ses membres ont utilisé leur crédibilité pour donner la réplique aux administrations états-unienne et britannique. Ils ont leur part de responsabilité dans le carnage irakien.

La suite des événéments a confirmé les rapports d’Hans Blix. On consultera :
- 12e rapport (7 mars 2003)
- 13e rapport (30 mai 2003)

[1] Transcription intégrale : edition.cnn.com.

[2] C’est John Rendon qui a servi de modèle à Barry Levison pour son film Wag the Dog (en français : Des Hommes d’influence).

[3] Cf. Propagandist for Hire et The CIA’s Secret War in Iraq de Mark Atkinson, ABC News, 7 février 1998.

[4] François Heisbourg est également administrateur de la Fondation de la recherche stratégique à Paris, de l’Institut Aspen de Berlin et de l’Institut Lowry de Sydney (aux côtés de Rupert Murdoch)

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Communication
La communication politique, qu’on l’appelle positivement « art de la persuasion » ou négativement « propagande », a changé de nature au cours des deux Guerres mondiales. Les premiers, les Britanniques (Lord Baeverbrook et Lord Northcliffe) ont créé un ministère de l’Information et ont élevé le mensonge au rang de stratégie militaire. Leur exemple a d’abord été suivi par les États-Unis, puis par l’Allemagne (Goebbels) et l’URSS (Tchakotine).
En principe, ce qui était admis en période de conflit ne l’était pas en temps de paix, mais la Guerre froide étant un état intermédiaire, les deux blocs développèrent des systèmes concurrents de propagande dans leurs zones d’influence. Au cours des années 70, le mouvement des non-alignés tenta de libérer l’information en secouant le joug des agences de presse monopolistiques. Cette révolte tourna court lorsque les États-Unis et le Royaume-Uni claquèrent la porte de l’UNESCO.
À la fin des années 80, les États-Unis étendirent leur hégémonie médiatique à l’échelle du globe à la faveur de l’essoufflement de l’URSS. Ils créèrent un nouveau modèle de consommation, l’information audio-visuelle en continu, qu’ils submergèrent de leurs propres contenus. La rapidité de la transmission leur permit ainsi de court-circuiter le travail de vérification des journalistes et d’imposer leur narration de l’actualité.
Au début du XXIe siècle, les gouvernements anglo-saxons mirent en place des outils communs de « communication globale » veillant à associer la narration de l’actualité avec des émotions et des actions collectives de conditionnement. Par exemple, à l’occasion de l’an 2000, la Maison-Blanche manipula les peurs millénaristes en annonçant un gigantesque bogue informatique. Ce canular fut accompagné de toutes sortes d’historiettes sur les conséquences prévisibles du bogue et d’instructions pour sauver les installations informatiques. Cette mise en scène fut appuyée par une agence temporaire des Nations Unies, l’International Y2K Cooperation Center (IY2KCC), et permit aux USA de vendre pour plus de 200 milliards de dollars de logiciels faisant de Bill Gates l’homme le plus riche du monde.
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