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Surenchère électorale

Militarisme : John Kerry dans le texte

Militarisme : John Kerry dans le texte

Candidat démocrate à la Maison-Blanche, John Kerry médiatise peu son programme pour la défense et la politique étrangère : il critique l’administration Bush qui a privilégié les intérêts de certaines sociétés pétrolières et d’armement au détriment du leadership énergétique global des États-Unis et de l’efficacité militaire. Il préconise le recrutement immédiat de 40 000 fantassins supplémentaires de manière à pouvoir déployer des troupes partout dans le monde. Mais, privilégiant les actions de déstabilisation sur les guerres, il souhaite aussi augmenter les budgets de la NED/CIA. En matière de sécurité intérieure, il entend briser le cloisonnement entre civils et militaires, déployer 100 000 policiers dans les rues et renforcer les contrôles aux frontières quel qu’en soit le prix.

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L’opinion publique européenne place de grands espoirs dans une victoire de John Kerry à l’élection présidentielle états-unienne. Il dispose en effet de l’image rassurante d’un ancien combattant de la guerre du Vietnam qui sut à la fois faire preuve de courage au combat, dénoncer les crimes de guerre et militer pour l’arrêt des hostilités. Il semble donc en mesure de mettre fin aux opérations militaires tous azimuts de George W. Bush.

Cependant rien dans les engagements électoraux du candidat Kerry ne permet d’espérer un changement significatif dans ce domaine. Alors même que les questions de défense et de politique étrangère sont les principales prérogatives de l’exécutif fédéral, John Kerry s’exprime peu sur ce sujet. On l’a entendu à ce propos le 3 décembre 2003 devant le Council on Foreign Relations à New York, et les 16 décembre 2003, 23 janvier et 7 février 2004 devant les étudiants des universités de Drake à Des Moines, de Georgetown à Washington et de l’UCLA à Los Angeles. Il a également diffusé des communiqués à propos d’Israël, de l’Irak et du Venezuela. Rien de plus.

Contre un mouvement jihadiste mondial

John Kerry reprend entièrement à son compte la définition bushiste des menaces actuelles. Pour lui, les États-Unis doivent avant tout affronter un « mouvement jihadiste mondial » qui tente d’imposer le califat par la force. Il ne s’agirait pas d’une croisade, ni d’un clash des civilisations, mais d’« un clash entre la civilisation et le chaos ». Et de déclarer : « détruire Al Qaïda et les autres groupes terroristes anti-Américains doit rester notre principale priorité ».
À la différence de ses concurrents démocrates Howard Dean et Lyndon LaRouche, John Kerry n’a jamais remis en cause la version officielle des attentats du 11 septembre. Au contraire, il a toujours abondé dans la dénonciation du complot islamique, tout en veillant à rendre ce mythe un peu plus crédible. Ainsi, admet-il sans difficulté qu’Al Qaïda ne serait pas à proprement parler une organisation, puisqu’on est bien en peine d’en prouver l’existence, mais un label brandi par une multitude de groupes autonomes définissant eux-mêmes leurs cibles.
Il conclut donc : « Je ne reproche pas à George Bush d’en faire trop dans la guerre au terrorisme, mais d’en faire trop peu ».

Il se démarque surtout en dénonçant une politique trop visiblement dominatrice et prédatrice, qui suscite une résistance. Il lui oppose un leadership moins coûteux, reconnu sans être contesté, fondé sur le respect plutôt que sur la crainte. « Nous ne sommes pas des Romains ; nous ne voulons pas d’empire. Nous sommes des Américains, croyant en une vision et un héritage qui nous engagent à défendre les valeurs de la démocratie et la cause des Droits de l’homme ».

Pour le leadership énergétique global

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S’il manie la même rhétorique que l’administration Bush, John Kerry ne cache pas pour autant les vrais mobiles de la politique états-unienne qu’il entend poursuivre avec plus d’efficacité : « Trop souvent, ils ont oublié que le leadership énergétique global est un impératif stratégique pour l’Amérique ». La guerre au terrorisme n’est qu’une mise en scène pour l’anéantissement de toute résistance à la prise de contrôle des ressources pétrolières mondiales, et particulièrement celles du Proche-Orient. Mais le clan Bush a confondu ici les intérêts de quelques compagnies, comme Halliburton et Bechtel, avec ceux des États-Unis.

Après avoir voté les pleins pouvoirs au président Bush sur la question irakienne et avoir soutenu l’invasion de ce pays sans réserves, John Kerry a vivement dénoncé la gestion unilatérale du conflit et de la reconstruction : « L’administration Bush a un plan pour étendre la guerre, pas pour gagner la paix ». Tirant les leçons du Vietnam, il dit et il répète qu’il ne fallait pas s’engager seuls dans la guerre pour ne pas avoir à gérer seuls l’après-Saddam. Le multilatéralisme n’est aucunement une reconnaissance du droit international et d’une prééminence de l’ONU. « [Attendre une autorisation du Conseil de sécurité], est une méprise fondamentale sur la manière dont un président doit protéger les États-Unis ». La diplomatie est un moyen d’associer d’autres nations à une charge choisie en fonction des seuls intérêts des États-Unis. « Travailler avec d’autres États dans la guerre au terrorisme est quelque chose que nous devons faire pour notre sécurité, pas pour la leur ». Il n’y a pas d’autres moyens d’économiser les vies des GI’s. « Nous devons laisser de côté notre arrogance et nos fanfaronnades et engager d’autres États pour porter le fardeau et les responsabilités en Irak de manière à enlever la cible qui est sur le dos de nos soldats ».

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Loin de remettre en cause la prééminence des forces armées dans la société états-unienne de l’après-11 septembre, John Kerry est au contraire un partisan de leur renforcement. « George Bush a hérité de l’appareil militaire le plus puissant du monde et il l’a affaibli ». Rumsfeld a mésusé des crédits, dépensant sans compter pour la guerre des étoiles et autres gadgets dispendieux au détriment des équipements de base. Le reformatage des armées, diminuant le nombre des hommes sous les drapeaux et compensant leur absence par une augmentation des capacités technologiques, est un rêve dangereux. « Le prochain président doit s’assurer que nos forces sont structurées pour l’efficacité maximale et équipées avec tout le matériel nécessaire à la réussite de leurs missions. Nous devons mieux préparer nos forces pour les opérations d’après-conflit et de stabilisation en engageant plus d’ingénieurs, de policiers militaires, de personnel de guerre psychologique et d’équipes d’affaires civiles. Et pour reconstituer nos troupes dispersées, en tant que président, j’engagerai 40 000 fantassins ». « Au cours des 100 premiers jours de mon mandat, j’initierai l’accroissement du format de nos armées. Cela ne fera pas plaisir à tout le monde. Mais aujourd’hui, pour faire face à de graves défis, nos forces sont trop dispersées. Nos troupes en Irak en payent le prix chaque jour ». Cette faiblesse, induite par la réduction des armées, Rumsfeld l’a montrée en Afghanistan où il n’a pas été en mesure de déployer les hommes nécessaires et a dû « faire appel à des seigneurs de la guerre sans loyauté à notre cause pour finir le travail ».
Kerry a axé une large partie de sa communication sur sa bravoure au Vietnam, qui lui valut une étoile d’argent et trois médailles de guerre, tandis que son rival se planquait dans la Garde nationale.

Rétablir 100 000 policiers

Loin de s’inquiéter des atteintes aux libertés fondamentales commises au nom de la sécurité intérieure, il poursuit : « Nous devons faire ce que George Bush a refusé de faire : réformer notre système de renseignement en faisant du prochain directeur de la CIA un vrai directeur du renseignement national, avec un vrai pouvoir de contrôle sur les personnels et les budgets (…) Et nous devons faire tomber les vieilles barrières entre le renseignement [militaire et civil] national et les polices locales ». Ce régime militaro-policier nécessite également une augmentation des forces de l’ordre. « Nous devons rétablir les 100 000 policiers dans nos rues pour lesquels je me suis battu et que j’ai obtenu, en 1994, et que l’administration Bush a coupé budget après budget ». De nouveaux programmes de sécurité doivent être mis en œuvre, comme le passage de tous les containers importés dans des détecteurs, qui transformeront le pays en forteresse. « Le président Bush dit que nous n’avons pas les moyens de financer la sécurité de la Patrie. Je dis que nous ne pouvons pas ne pas le faire ».

S’il faut être capable de déployer partout dans le monde des troupes US, il faut aussi livrer le moins de guerres possible. Et il ne s’agit pas ici d’un discours traditionnel d’ancien combattant, qui valorise la fonction militaire et craint l’atrocité des combats, mais d’une stratégie. Les manœuvres de déstabilisation des États doivent être privilégiées par rapport aux affrontements conventionnels. Il faut donc démultiplier le budget de la Fondation nationale pour la démocratie, le bras public de la CIA, que pourtant George Bush a déjà doublé. « Les États-Unis doivent relire une page de notre manuel de la Guerre froide. Personne ne pensait que le communisme s’effondrerait soudain comme il le fit. Mais cela ne doit pas nous empêcher d’étendre notre action de société-à-société pour soutenir les groupes de défense des droits de l’homme, les médias indépendants, les syndicats et les autres groupes dédiés à la construction à la base d’une société démocratique. La démocratie au Proche-Orient ne surviendra pas en une nuit ». Bien sûr après avoir décrit un régime militaro-policier pour les États-Unis, la démocratie dont il s’agit pour le Proche-Orient doit être comprise, ainsi que l’indique l’allusion à la Guerre froide, comme un régime favorable à Washington.

« La cause d’Israël, c’est la cause des États-Unis »

Cette vision des choses implique de considérer Israël comme une démocratie accomplie assiégée par des Palestiniens belliqueux et Yasser Arafat comme « un hors-la-loi ». Car « La cause d’Israël, c’est la cause des États-Unis ».

Enfin, le cas du Venezuela, grand pourvoyeur de pétrole pour l’économie états-unienne, illustre les différences de méthodes entre Bush et Kerry. Dans ce pays, les Bolivariens tentent de financer une révolution sociale en contrôlant les revenus du pétrole. C’est pourquoi « la politique du président Chavez a porté préjudice à nos intérêts ». Il participe d’un mauvais exemple dans le continent :« Ses relations étroites avec Fidel Castro posent de sérieuses questions sur sa capacité à conduire un gouvernement véritablement démocratique ». L’administration Bush a eu tort de soutenir une tentative avortée de coup d’État, mais une administration Kerry ne s’y prendrait pas de manière bien différente. Elle « préserverait la fragile démocratie vénézuélienne », c’est-à-dire qu’elle placerait d’une manière ou d’une autre son opposition au pouvoir.

À la lecture de ces prises de position, et sans même explorer le passé de John Kerry, son appartenance avec George W. Bush au très fermé club des Skull & Bones, ou le rôle de son conseiller sur les questions internationales, Rand Beers, dans la répression en Colombie, on est en droit de douter que son éventuelle accession à la Maison-Blanche puisse être une si bonne nouvelle.

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USA : Politique intérieure
Les États-Unis se présentent au reste du monde comme une démocratie exemplaire. Il n’en est rien. Les père fondateurs, qui étaient farouchement opposés à la notion de « souveraineté populaire », ont conçu un système original où le peuple est régulièrement consulté pour valider des institutions qui confient le pouvoir à une oligarchie. Au plan intérieur, ce système parvient à se perpétuer grâce à une série de verrous juridiques qui stoppent l’émergence d’alternatives, et au besoin par des trucages allant jusqu’à l’utilisation d’invérifiables machines à voter. Au plan extérieur, la propagande masque l’étrangeté des institutions. Celles-ci prévoient par exemple l’élection du président par un collège désigné par les gouverneurs des États (et non une élection au second degré comme l’a rappelé la Cour suprême en 2000 lorsqu’elle a refusé de prendre en compte le vote des citoyens de Floride). Le système n’est pas non plus républicain, car il rejette comme totalitaire le concept « d’Intérêt général » et lui préfère celui de coalition majoritaire de lobbies. Une philosophie qui conduit à institutionnaliser les groupes de pression et va jusqu’à légaliser et codifier la corruption des parlementaires.
Au-delà des partis-jumeaux démocrate et républicain, il existe de longue date une contestation intérieure. Elle s’est largement développée durant les mandats de George W. Bush, tant son style cow-boy rendait évidents le contrôle policier des populations et les injustices sociales. Alors que cette opposition était jusque-là qualifiée de « non-américaine », elle a trouvé une légitimité en faisant valoir les nombreuses violations des idéaux états-uniens par l’administration Bush, de ses aventures coloniales à sa revendication de la torture. Face à l’offensive de charme du président Obama, l’opposition intérieure est redevenue marginale, bien qu’aucune des critiques de fond n’ait trouvé de réponse. Dans le contexte de la crise économique, de profondes fractures sociétales, datant d’avant la guerre de Sécession, resurgissent. Elles s’expriment aussi bien par une révolte fiscale, un populisme anti-financiers, que par des tendances séparatistes, sans oublier des conflits ethniques. De ces mouvements contradictoires et de leurs rapports de force dépend la capacité des États-Unis à se réformer ou à se disloquer.
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