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« Chiens de guerre »

Qui volera le pétrole de Guinée Équatoriale ?

Qui volera le pétrole de Guinée Équatoriale ?

Eldorado du pétrole, la Guinée Équatoriale a accru son PIB de 60% en un an pour le seul bénéfice du dictateur local qui accumule résidences et comptes bancaires aux États-Unis. Mais cette soudaine richesse aiguise bien des appétits. Alors que le président Obiang a confié sa sécurité à des mercenaires commandés par l’ancien chef d’état-major de l’US Army, son rival réfugié en Espagne, Severo Moto, a recruté d’autres mercenaires, soldats perdus de l’apartheid sud-africain cette fois, pour le renverser. Mais Severo Moto, qui avait déjà échoué en 1997, a été trahi. Ses « chiens de guerre », rémunérés via un intermédiaire libanais déjà impliqué dans les affaires d’Elf au Nigéria, ont été interceptés lors d’une escale au Zimbabwe.

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Comme le souligne un percutant rapport de Global Witness [1] paru en mars 2004, dans de nombreux pays d’Afrique, ce ne sont pas seulement les gisements pétroliers qui sont offshore, mais aussi les revenus qu’ils procurent. La transparence n’est pas de mise. Des mercenaires sont facilement recrutés pour renverser des régimes aussi bien au profit d’États, de particuliers que de multinationales. Le résultat est une situation chaotique, désespérante pour les populations locales. Quand Frederick Forsyth écrivit en 1974 dans un hôtel de Malabo, en Guinée Équatoriale, son roman Chiens de guerre, une histoire de mercenaires renversant un régime africain corrompu, il ne croyait probablement pas que sa fiction serait rattrapée par la réalité. En fait, ce qui se passe aujourd’hui est pire qu’il ne l’imaginait.

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La Guinée Équatoriale est un petit pays d’Afrique qui compte seulement 510 000 habitants pour une surface de 28 000 km2. Elle comprend un bloc continental qui partage ses frontières au Nord avec le Cameroun, au Sud avec le Gabon, et l’île de Bioko au large où se trouve sa capitale Malabo. En dehors d’une pauvreté endémique, le pays n’aurait guère fait parler de lui si, en 1995, d’énormes gisements de pétrole offshore n’avaient été découverts dans ses eaux territoriales.
Appuyée par des investissements étrangers massifs, aujourd’hui estimés à 6 milliards de dollars, la production de brut s’est envolée pour atteindre 350 000 barils par jour, donnant au pays le taux de croissance le plus élevé au monde, soit une augmentation de 60 % du PIB en 2001.
L’afflux de pétrodollars n’a cependant pas suscité d’enrichissement de la population. La Banque mondiale estime que les revenus pétroliers s’élevaient à 3 millions de dollars en 1993, 210 millions en 2000 et près de 700 millions en 2003, sans impact sur les indicateurs sociaux désastreux. L’ONU précisait en 2000 que 5 % de la population contrôlait toujours 80 % des richesses, 65 % de la population totale vivant dans des conditions d’extrême pauvreté avec environ deux dollars par jour.

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Téodoro Obiang

Ayant pris le pouvoir en 1979 après avoir exécuté son oncle, le sanguinaire Macias Nguema, Téodoro Obiang Ngema Mbasogo exerce un règne familial, teinté de corruption, de répression politique, de violences, de manipulations électorales et de trafic de drogues. Parler d’enrichissement personnel est ici un doux euphémisme : Obiang détient un compte à la banque Briggs de Washington qui, selon lui, sert à déposer les recettes pétrolières nationales mais dont il est le seul gestionnaire autorisé. Il y aurait placé entre 300 et 500 millions de dollars [2]. Il a d’ailleurs classé les informations sur les revenus pétroliers « secrets d’État », ce qui est très pratique lorsqu’il s’agit d’acheter de luxueuses villas dans les environs de Washington pour plusieurs millions de dollars, ou de financer le train de vie de son fils Téodorin, playboy international et jet-seteur hip-hop. Obiang, qu’on dit atteint d’un cancer de la prostate depuis 1999, semble enclin, ces derniers temps, à léguer le pouvoir à son rappeur de fils.

La Guinée Équatoriale est le troisième producteur de pétrole d’Afrique sub-saharienne après le Nigeria et l’Angola. Il s’agit aussi du quatrième pays en termes d’investissements états-uniens en Afrique, ExxonMobil étant largement en tête des multinationales présentes. Plus de 3000 employés états-uniens du secteur pétrolier sont actifs sur place, vivant en quasi-autarcie dans des lotissements bien gardés. La représentation états-unienne, a été fermée par Bill Clinton, en 1995, après que son ambassadeur, John Bennett, eût été menacé de mort en représailles de remarques de son administration sur l’état des Droits de l’homme [3]. Elle a été discrètement rouverte en novembre 2001 par l’administration Bush qui fait de la Guinée Équatoriale l’un de ses partenaires stratégiques de premier plan. Les États-Unis importent près de 20 % de leur pétrole depuis l’Afrique de l’Ouest (soit l’équivalent des importations en provenance d’Arabie Saoudite) ; ce flux devrait augmenter d’autant plus rapidement que Washington tente de réduire ses importations du Moyen-Orient et doit faire face à la baisse de l’offre mondiale. Pour la protection des installations pétrolières équato-guinéennes, l’entraînement de gardes-côtes locaux a été confié à la société Military Professional Resources Inc. (MPRI), dirigée par le général quatre étoiles Carl Vuono, ex-chef d’état-major de l’US Army. Malgré l’opposition de l’administration Clinton, la firme est également chargée depuis juillet 2000 d’un programme de « renforcement de la sécurité nationale ». Il comprend par exemple la répression de tout rassemblement de plus de dix personnes.

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Carl Vuono
Lors de l’opération « Tempête du désert ».

Après l’installation des oligarques au pouvoir aux États-Unis, les compagnies pétrolières états-uniennes avaient décidé de réhabiliter Obiang pour mener leurs affaires en toute sérénité. Pour cela elles firent appel aux services de Bruce McColm, alors directeur de l’International Republican Institute (branche républicaine de la Fondation nationale pour la démocratie NED/CIA) et vice-président de Freedom House (autre pseudopode de la CIA). Il fit circuler une biographie élogieuse du tyran, vantant ses efforts en vue de « régler les problèmes de Droits de l’homme et des travailleurs » et n’hésitant pas à le qualifier de « premier président démocratiquement élu » du pays (sic).
En février 2002, un banquet est organisé au Navy-Army Club de Washington par le Corporate Council on Africa en l’honneur d’Obiang qui est alors en visite avec des proches. Magnats du pétrole et personnalités du département d’État se disputent la meilleure place et font l’éloge du futur « Koweït africain ».

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Simon Mann (au centre)

Ces projets, qui créent bien des tensions entre le fils d’Obiang et d’autres membres de la famille liés aux services de sécurité, ont été sérieusement menacés quand, le 7 mars 2004, 64 mercenaires, principalement angolais, sud-africains et namibiens ont été arrêtés au Zimbabwe (ex-Rhodésie). Ils faisaient escale en avion, en provenance d’Afrique du Sud, et selon Harare devaient embarquer des armes avant de mettre le cap sur la Guinée équatoriale. À leur tête, Simon Mann, ancien officier des SAS qui avait rencontré quelques jours auparavant le Colonel Tshinga Dube, directeur de l’industrie de défense zimbabwéenne, afin de finaliser un accord de vente d’armes pour la somme de 180 000 dollars [4]. Après avoir quitté les SAS en 1985, Simon Mann avait co-fondé la société de mercenariat Executive Outcomes qui avait pignon sur rue en Afrique du Sud et à Londres. Cette société, aujourd’hui dissoute, s’est illustrée dans les années 90 en assistant le gouvernement angolais dans sa lutte contre les rebelles de l’Unita et a par ailleurs recruté un grand nombre d’anciens mercenaires du Bataillon 32 des Forces spéciales sud-africaines, responsables de la mort de militants anti-apartheid.

Parallèlement, 15 autres mercenaires présumés étaient interpellés à Malabo, soupçonnés d’être le groupe de reconnaissance chargé d’organiser la tentative de coup d’État pour renverser Obiang. L’un d’entre eux, Nick du Toit, admettait plus tard à la télévision avoir préparé ce coup d’État pour le compte du gouvernement en exil de Severo Moto Nsa, réfugié en Espagne depuis une autre tentative de prise de pouvoir avortée en 1997. Ces putschistes leur auraient promis la somme de 1,8 millions de dollars ainsi que des parts dans l’exploitation des gisements équato-guinéens. Mais de tels aveux n’ont qu’une valeur indicative dans la mesure où ils peuvent avoir été extorqués sous la torture, dont le régime d’Obiang est familier [5].

Quoi qu’il en soit, le Boeing 727 arraisonné à Harare a été vendu par la firme US Dodson Aviation à Logo Logistics, société de sécurité britannique basée aux Iles Vierges. L’un de ses dirigeants, Charles Burrows, confirme son implication dans l’opération, tout en assurant que le vol devait acheminer des hommes et du matériel vers des mines situées au Burundi et en République démocratique du Congo. Néanmoins, notre confrère Africa Confidential s’est procuré des copies d’un « accord d’investissement » passé entre Logo Logistics et Asian Trade and Investment Group SAL, société basée au Liban qui selon des sources de l’armée sud-africaine a financé l’opération. Le ministre de l’information équato-guinéen a pour sa part accusé le businessman libanais Ely Calil d’être impliqué. Ce que dément ce dernier tout en admettant avoir soutenu le gouvernement en exil de Severo Moto Nsa, avec qui il entretient des liens amicaux. Calil, qui fit fortune dans le commerce du pétrole nigérian, avait par ailleurs été inquiété en France, puis relaxé en appel, dans le cadre de l’affaire Elf pour des commissions versées via des filiales d’Elf au dirigeant nigérian Sani Abacha. Néanmoins les commissions font toujours l’objet d’investigations.

Le sort de la Guinée Équatoriale semble donc aux mains de bandes rivales. Mais, au vu des enjeux pétroliers, il est peu probable qu’elles ne soient pas, chacune, contrôlées par de grandes puissances.

Arthur Lepic

Arthur Lepic Journaliste et traducteur, basé en Extrême-Orient. Il s’est spécialisé dans l’étude des stratégies énergétiques et des guerres de ressources, dans le contexte de l’épuisement progressif des principaux gisements exploités d’hydrocarbures.

 
Tiraspol, base avancée de l'armée russe ?
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Pridnestrovie - 2e partie
 
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Voltaire, édition internationale

Les Espions de l'or noir
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Action secrète
Alors que le droit international a consacré le principe de souveraineté des États, les grandes puissances n’hésitent pas à corrompre des gouvernements, à déstabiliser des sociétés, à éliminer des dirigeants, voire à renverser des régimes par l’action secrète. Cette forme d’ingérence s’avère relativement peu coûteuse par rapport aux gains que l’on peut en attendre, mais elle mine la confiance entre les États.
À ce jeu, les Anglo-Saxons sont passés maîtres. Unis au sein d’un pacte militaire secret conclu en 1948 (UK-USA + Canada, Australie, Nouvelle-Zélande), ils ont développé des outils d’espionnage et d’action clandestine au service d’un projet commun, celui de la Guerre froide. Ils rivalisaient alors avec l’Union soviétique face à laquelle ils avaient atteint une supériorité indéniable en la matière. La Chine maoïste et la France post-coloniale ambitionnèrent également de tenir par ce biais des zones d’influence, principalement en Afrique.
Après la dissolution de l’URSS, ce paysage fut entièrement renouvelé. La Chine a renoncé au financement tous azimuts de groupes armés révolutionnaires et s’est focalisée sur le renseignement utile au développement de la coopération économique. La France se retire de son pré carré africain au profit de l’Union européenne. Les services russes, qui auraient dû être engloutis dans le néant eltsinien, se sont attachés à restructurer le pays et sa zone historique d’influence (États nouvellement indépendants ex-soviétiques) en luttant contre les ingérences extérieures et non en s’ingérant dans le reste du monde.
À partir de 1995, les Anglo-Saxons ont investi massivement dans leurs services secrets, dont ils ont triplé le budget en une quinzaine d’années. En outre, ils ont intégré les services israéliens dans leur dispositif, parfois comme un membre à part entière de leur communauté, parfois comme un simple sous-traitant. En 2009, les services anglo-saxons (Israël non compris) emploient au total plus de 250 000 hommes et disposent de plus de 100 milliards de dollars US (soit 15 fois plus que ceux de la Russie leur principal compétiteur virtuel). De facto, l’espionnage et l’action clandestine sont devenus les outils essentiels de la globalisation forcée.
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AfriCom : Contrôle de l'Afrique
A l’horizon 2013, un quart du pétrole et des matières premières consommés aux USA et devraient provenir d’Afrique. Sur la base de constat, un think tank israélo-états-unien l’Institute for Advanced Strategic & Political Studies (IASPS) a préconisé la création d’un commandement militaire US pour l’Afrique, l’Africom. Il a été inauguré par l’administration W. Bush à la fin de son mandat et placé sous le commandement du général afro-américain William E. Ward, ancien coordinateur de la sécurité entre Israël et l’Autorité palestinienne.
L’annonce de ce dispositif a suscité une forte résistance en Afrique et aucun État n’a accepté d’héberger le commandement général, lequel s’est en définitive installé en Allemagne et en Italie.
La montée en puissance de l’Africom devrait s’articuler autour de la base US de Djibouti où stationnent déjà des troupes israéliennes. Une emphase particulière devrait êre portée au contrôle du Golfe de Guinée. Dans un premier temps, pour des raisons diplomatiques, elle devrait prendre la forme d’un réseau de petites bases, plutôt que de la construction de grandes installations. Washington devrait aussi prendre des initiatives pour se donner une image plus conciliante, notamment en acceptant l’exploitation chinoise des champs pétroliers soudanais, donc en cessant de déstabiliser ce pays.
Simultanément, la France devrait réduire sa présence militaire, la partager avec d’autres États de l’Union européenne, et la mettre au service des opérations de maintien de la paix de l’Union africaine. Paris dispose encore de 9 000 hommes sur place, stationnés en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Gabon, en Centrafrique, au Tchad et à Djibouti.
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Le grand jeu africain
Le grand jeu africain
« L’art de la guerre »
 

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