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Ce n’était pas un film

Ronald Reagan contre l’Empire du Mal

Ronald Reagan contre l’Empire du Mal

La mort de l’ancien président des États-Unis, Ronald Reagan, samedi 5 juin 2004, à l’âge de 93 ans, a suscité une déferlante hagiographique dans la presse de son pays, mais aussi, de façon plus surprenante, dans l’ensemble des médias occidentaux. Les huit années qu’il passa au pouvoir ont pourtant représenté une période de conflit sanglants : de 1980 à 1988, pour redonner confiance à son pays, il a conduit une politique étrangère messianique visant à détruire l’URSS, qualifiée d’Empire du Mal. Une doctrine qui l’a poussé à multiplier les actions militaires et les opérations secrètes.

Réseau Voltaire | Paris (France)
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Ronald Reagan commence sa carrière dans l’establishment états-unien au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Alors que le conflit s’achève, William Casey crée le Comité international des réfugiés (International Refugee Committee) pour coordonner l’exfiltration de dirigeants nazis vers les États-Unis d’où ils doivent participer à la lutte contre le communisme. Le Comité dispose d’une vitrine légale intitulée Comité Europe libre. Il lance une campagne publique de collecte de fonds, la Croisade pour la liberté, dont le porte-parole n’est autre que le jeune acteur Ronald Reagan [1].

Délation à Hollywood

Malgré de médiocres prestations cinématographiques, et tout en menant, en parallèle une carrière de commentateur sportif, Reagan prend la tête du Screen Actors Guild, le syndicat des acteurs à Hollywood, en 1947. La même année, devant la commission parlementaire consacrée aux activités non-américaines, où siège Richard Nixon, il témoigne de la présence, au sein de l’organisation qu’il préside, d’un petit groupe opposé aux décisions prises par le syndicat. Selon lui, cela ne fait aucun doute : il s’agit de membres du Parti communiste états-unien [2]. Il ne cite cependant aucun nom. Mais, selon l’historien Garry Wills, qui a étudié les dossiers du FBI, il informe la police en secret [3]. Onze artistes soupçonnés d’appartenir au Parti communiste sont alors convoqués par la commission. Seul Bertold Brecht, le dramaturge allemand, acceptera de répondre aux questions du jury, et niera son appartenance au Parti communiste. Les dix autres, qui invoquent le 5e amendement pour refuser de répondre, seront envoyés en prison, et entreront dans l’Histoire sous le nom des Dix d’Hollywood [4].

Ronald Reagan, jusqu’ici connu comme étant un libéral, membre du Parti démocrate, change d’orientation politique. Il soutient la « chasse aux sorcières » de Joseph McCarthy. En 1951, il déclare ainsi : « Si un acteur, par son comportement en dehors des activités syndicales, offense l’opinion publique à un point tel qu’il fait tort aux entrées, le syndicat ne peut, ni ne veut, contraindre les studios à l’employer ». En 1953, le syndicat interdit l’adhésion aux acteurs communistes [5].

Ascension républicaine

Dans la foulée, il adhère au Parti républicain et s’engage pour l’élection de Dwight Eisenhower en 1952 et en 1956, puis soutient la candidature de Richard Nixon en 1960 et celle de Barry Goldwater en 1964. Il est récompensé de ses efforts en 1965 : cette année-là, le milliardaire catholique fondamentaliste Patrick J. Frawley Jr. et trois personnalités californiennes, Henry Salvatori (Pdg de la firme d’exploration pétrolière Western Geophysical), Homes Tuttle (pdg d’un réseau de vente d’automobiles) et A.C. Rubel (Pdg d’Union Oil) le sollicitent, en raison de sa popularité en tant qu’acteur et de son engagement anti-communiste, pour qu’il se présente au gouvernorat de Californie. Omniprésent par la suite, on surnomma ce groupe « The Kitchen Cabinet » [6]. L’année suivante, grâce à des moyens financiers impressionnants et à une campagne massive de dénigrement contre son adversaire Pat Brown, il remporte l’élection avec 58 % des suffrages [7].

À la tête de l’État, Ronald Reagan, qui devient le premier acteur à occuper un poste de gouverneur, met en œuvre une politique présentée comme ultra-libérale, comprenant notamment d’importantes baisses d’impôts et d’importantes coupes budgétaires dans les programmes sociaux. Parallèlement, il fait augmenter les droits de scolarité pour l’entrée à l’université, et multiplie les cadeaux fiscaux en direction des grosses entreprises. Il réprime par ailleurs les mouvements étudiants opposés à la guerre au Vietnam. En 1967, après que des manifestants pacifistes eurent bloqué une base militaire à Oakland, le gouverneur Reagan demande que soient appliquées les dispositions des temps de guerre afin de pouvoir poursuivre les pacifistes pour intelligence avec l’ennemi. Bien qu’il n’ait pas obtenu gain de cause, il donna ordre à la Garde nationale de réprimer les manifestations à l’université de Berkeley, en mai 1969, en utilisant des moyens militaires [8].

En 1974, il quitte ses fonctions et tente de conquérir le Parti républicain, où sa politique à la tête de la Californie l’a rendu populaire. Candidat malheureux à la primaire de 1972, il retente sa chance contre le président sortant Gerald Ford en 1976. Il est à nouveau battu, mais son influence s’accroît au sein du parti. Pour preuve, en janvier 1975, le président Ford le nomme membre de la Commission d’enquête parlementaire Rockefeller sur les agissements de la CIA. Lors de la remise du rapport, il minimise les faits établis par la Commission en déclarant que dans une administration de 16 000 personnes, il y a toujours des brebis galeuses pour commettre des bavures.

L’affaire de l’ambassade états-unienne de Téhéran

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Cette loyauté est récompensée à la fin des années 1970. Pour l’élection présidentielle de 1980, il remporte la primaire républicaine face à l’ancien directeur de la CIA, George H. W. Bush. Après avoir refusé de composer avec son rival, qu’il accuse d’user de méthodes barbouzardes, il change soudainement d’avis et le prend comme vice-président. Interrogé sur les motifs d’un tel revirement, Reagan confia à son admirateur Jerry Faldwell : « Nancy et moi venons de vivre les deux jours les plus difficiles de notre vie et c’est tout ce que j’ai à dire là-dessus. ». Les deux hommes forment donc le « ticket présidentiel » qui affronte le sortant Jimmy Carter. Après la défaite du Vietnam, les affres du Watergate et la gifle iranienne, ils se proposent de restaurer la grandeur de « l’Amérique ».

L’essentiel des débats électoraux porte sur la politique étrangère, dans un contexte international tendu. Après l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeyni, des étudiants islamistes ont pris possession des locaux de l’ambassade états-unienne à Téhéran, faisant près de deux cents otages. En 1979, 52 sont encore détenus. Les sondages révèlent alors que s’ils venaient à être libérés entre le 18 et le 25 octobre 1980, soit moins de deux semaines avant le scrutin, le président Jimmy Carter pourrait se voir créditer de 10 % de suffrages supplémentaires. La menace est réelle pour les Républicains qui vont tout faire pour empêcher cette libération [9].

La première étape consiste à faire échouer l’opération militaire Eagle Claw planifiée par la Maison-Blanche. Jimmy Carter décide, en avril 1980, d’autoriser une action armée pour récupérer les otages. Mais le président est mal entouré, puisque les principaux responsables de l’opération sont des reaganiens : Richard Secord, chargé de la planification, Oliver North, qui doit veiller au départ des hélicoptères, et Albert Hakim, qui supervise l’approvisionnement, seront tous trois ultérieurement impliqués dans l’affaire Iran-Contras [10]. Tous trois sont des amis de William Casey, le directeur de campagne de Ronald Reagan [11].

Le fiasco est à la hauteur des espérances républicaines : sur les huit hélicoptères, au moins deux s’écrasent en plein désert, victimes de sabotage. Les filtres à sable protégeant les moteurs avaient été enlevés. Huit marines sont tués. L’opération est annulée et l’escalade diplomatique avec Téhéran se poursuit [12]. Il faut alors saboter les négociations que mène Washington avec la République islamique. C’est ce à quoi s’emploie une équipe de négociateurs républicains, emmenés par George H.W. Bush, qui rencontre les responsables iraniens à Paris, entre le 15 et le 20 octobre 1980. L’objectif est de les convaincre de ne pas relâcher les otages avant l’élection présidentielle, en échange de promesses de fourniture de matériel militaire et civil une fois Ronald Reagan arrivé à la Maison-Blanche. Autour de la table des négociations se trouvent outre George H. W. Bush, William Casey, Don Gregg, mais aussi les marchands d’armes Cyrus Hashemi, Manucher Ghorbanifar et Albert Hakim [13]. La « surprise d’Octobre » souhaitée par Jimmy Carter n’aura pas lieu, et les otages ne seront pas libérés avant l’élection, que Ronald Reagan remporte finalement aisément. Quelques minutes après qu’il eut prêté serment au cours de la cérémonie d’investiture, les ressortissants états-uniens sont relâchés par Téhéran et rapatriés.

Une autre personnalité a permis ce succès. Il s’agit d’un important membre de son cabinet de campagne, Michael Deaver. Ce dernier est proche de trois gouvernements étrangers opposés à Jimmy Carter : l’Argentine, Taïwan, et les forces de droite du Guatemala, qui financèrent la campagne du candidat républicain. Auparavant, Deaver avait été attaché de Ronald Reagan au bureau du gouverneur de Californie, aux côtés de Peter Hannaford. Après le retrait de Reagan en 1974, les deux hommes créent une société de relations publiques chargée d’organiser toutes les apparitions publiques du candidat à la présidence.

Tentative d’assassinat

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Attentat contre Ronald Reagan le 30 mars 1981.

Deux mois après son investiture à la Maison-Blanche, le 30 mars 1981, Ronald Reagan manque de se faire assassiner par un jeune homme de 25 ans, John Hinckley Jr., alors qu’il quitte un hôtel de Washington. Il reçoit une balle de calibre 22 dans la poitrine et subit une intervention chirurgicale trois heures durant. Pendant ce temps, son vice-président et grand rival à l’investiture républicaine, George H. W. Bush, dirige un cabinet de crise, secondé par le secrétaire d’État Alexander Haig. Dans une atmosphère de coup d’État, Haig se présente devant les télévisions comme le nouveau n°2, alors que la Constitution prévoit qu’en cas de vacance du président et du vice-président, l’intérim revient aux présidents des deux chambres [14]. Cinq heures plus tard, lorsque l’on apprend que Ronald Reagan est sauvé, se basant sur les premiers rapports incomplets, Bush écarte a priori et officiellement toute conspiration ; c’est la thèse du fou isolé, admirateur du film Taxi Driver et voulant impressionner l’actrice Jodie Foster qui sera majoritairement reprise dans la presse. Pourtant des investigations plus approfondies auraient été nécessaires : Scott Hinckley, frère du « tireur isolé », était invité à dîner ce soir-là chez Neil Bush, un des fils du vice-président. Les deux familles ont fait fortune parallèlement dans l’exploitation du pétrole texan (Scott Hinckley était vice-président de Vanderbilt Energy Corporation et George Bush Sr. avait dirigé Zapata Oil), et la famille Hinckley était l’un des plus généreux donateurs à la campagne de Bush Senior pour le Congrès. George W. vivait à Lubbock, Texas, en 1978, en même temps que John Hinckley. Les membres de la famille Bush, interrogés au sujet de John Hinckley, répondent qu’ils ne sont « pas sûrs de l’avoir rencontré » [15].

WACL, Moonies et P2

Ronald Reagan forme autour de lui une équipe hétéroclite, mais cohérente dans son idéologie. Comme plusieurs autres présidents des États-Unis dont l’actuel George W. Bush, Reagan était membre d’une organisation religieuse secrète, connue sous le nom de code de « La Famille ». Installée dans le cadre de l’affrontement Est-Ouest et disposant de moyens mis à sa disposition par l’OTAN, elle avait pris le pasteur Billy Graham comme porte-parole. Graham devint le conseiller spirituel de Reagan et le convertit au « dispensionalisme ». Il était persuadé que la venue du Christ était imminente. Le retour des Juifs en Palestine et la création de l’État d’Israël étaient les signes annonciateurs du combat d’Armageddon au cours duquel l’Empire du Mal (l’URSS) serait détruit [16]. Ses éléments permettent d’expliquer en partie la politique résolument pro-israélienne de l’ancien président états-unien, et notamment la mise en place d’un état-major commun, en novembre 1983. [17], et la fourniture de missiles TOW, en septembre 1985.

Trois chevaliers de l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Malte sont nommés à des postes clés : William Casey, son ancien officier traitant, devient directeur de la CIA ; Alexander Haig devient secrétaire d’État ; et James Buckley [18] est nommé responsable de la propagande en Europe de l’Est à la direction de Radio Free Europe et Radio Liberty [19]. Plusieurs membres de la loge P2 font également partie de l’Ordre, et Licio Gelli, vénérable de la loge, sera invité par le dirigeant républicain Phil Guarino au bal d’investiture du président Reagan [20].

L’administration Reagan est également proche de l’Assemblée des Nations européennes captives (Assembly of Captive European Nations, ACEN), une organisation qui a permis de réunir de nombreux criminels de guerre nazis venus d’Europe de l’Est au sein d’une structure chargée de déstabiliser leur pays d’origine tombés dans l’orbite soviétique [21]. L’ACEN n’était pas pour autant uniquement composée de nazis ou de collaborateurs. Les délégations tchèque, polonaise et hongroise notamment, comprenaient presque exclusivement des anciens résistants à l’occupation du Reich.

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Ronald Reagan honore les Waffen-SS
à Bitburg, le 5 mai 1985

Mais malgré ces gages de respectabilité, la formation se positionne, dans les années 1960-1970, à l’extrême droite de l’échiquier politique, s’alliant avec le Bloc des Nations Anti-Bolchéviques (Anti-Bolshevik Bloc of Nations, ABN), une organisation néo-nazie basée en Europe. Sous Reagan, les membres de l’ACEN composent près de 15% de la Coalition for Peace Through Strength, un puissant lobby mis en place par le complexe militaro-industriel qui obtiendra l’annulation des accords de désarmement Strategic Arms Limitation Treaty II (SALT II), avec l’appui d’une partie de l’équipe présidentielle [22]. Il s’agit là de soutiens auxquels il faut donner des gages, ce qui fit le président Reagan le 5 mai 1985, lors de sa visite au cimetière allemand de Bitburg où il se recueille sur la tombe de quarante-huit SS.

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Le jour de son élection, Ronald
Reagan pose pour une publication
du révérend Moon

Il faut, pour compléter la liste des soutiens anticommunistes à Ronald Reagan, citer l’Église de l’Unification fondée, en 1954, par le révérend Sun Myung Moon. Les liens de cette institution avec le Parti républicain ne sont plus à démontrer [23]. Le soir de son élection, Reagan pose ainsi pour une photographie souvenir sur laquelle il tient un exemplaire du News World, propriété de Moon, apportant son soutien à l’entreprise. Tout au long de son mandat, le président affirmera à plusieurs reprises que le Washington Times, quotidien appartenant à la secte Moon, était son journal préféré [24].

La bataille eschatologique contre l’Empire du Mal

Cette coalition puissante va permettre à Ronald Reagan d’élaborer une politique étrangère extrêmement agressive à l’encontre de l’ennemi soviétique et de ceux qui se tournent vers lui en Amérique latine.

Il engage une course aux armements avec l’Union soviétique et déploie en Allemagne des missiles Pershing II, transformant l’Europe en éventuel champ de bataille en cas d’affrontement Ouest-Est. Malgré les manifestations pacifistes en Europe et aux États-Unis, il mène à bout ce projet en s’appuyant politiquement sur François Mitterrand.

Le 23 mars 1983, il prononce un discours dans lequel il annonce le lancement d’un programme d’armement spatial intitulé Strategic Defense Initiative. Rapidement rebaptisée « Guerre des étoiles », la SDI est confiée à la Ballistic Missile Defense Organization, une nouvelle agence qui regroupe les différents programmes spatiaux développés séparément jusque-là. Elle doit permettre de développer un bouclier anti-missiles grâce à des vecteurs d’interception divers : on parle notamment de lasers tirés depuis l’espace, grâce à des véhicules spatiaux militarisés. Mais de nombreux experts qualifient le projet d’irréaliste, pour deux raisons. D’une part, ils considèrent la chose techniquement infaisable, en l’état actuel des technologies, et inefficace face à des missiles de croisière ou des avions. D’autre part, ils critiquent le programme en ce qu’il modifierait profondément l’équilibre des forces à l’échelle de la planète et encouragerait la militarisation de l’espace. Des remarques qui n’empêchent pas le Congrès de débloquer des milliards de dollars pour sa réalisation. L’objectif parallèle consiste à relancer l’économie états-unienne en engageant le pays sur la voie du keynésianisme militaire. Ce qui ne va pas sans servir les intérêts de certains responsables politiques de l’époque, appelés ultérieurement à remplir des fonctions dans des compagnies d’armement privées [25].

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Ronald Reagan prononce son discours contre l’Empire du Mal, le 23 mars 1983.

Plus encore que par la course aux armements, il épuise l’URSS en Afghanistan où il soutient les combattants d’Oussama Ben Laden.

Le 8 mars 1983, devant la Convention annuelle des associations évangéliques nationales, Ronald Reagan prononce son plus célèbre discours. Il y stigmatise l’Union soviétique qu’il qualifie d’Empire du Mal.

Dès lors, tous les moyens sont bons pour en finir avec le diable. Sous sa présidence, la Ligue anti-communiste mondiale (WACL) devient un outil pour les opérations secrètes de la CIA [26]. Parallèlement, Reagan crée la National Endowement for Democracy (NED) en 1984, pour continuer les activités d’ingérence politique et syndicale de la CIA sous une étiquette moins compromettante [27].

Cette réforme entraîne une multiplication des opérations secrètes, principalement en Amérique latine. L’une des premières cibles est le Guatemala, dont le président sortant, le général Romeo Lucas Garcia, avait pourtant financé la campagne présidentielle de Reagan à hauteur de 500 000 dollars. Son bras droit, Mario Sandoval Alarcon, « le "parrain" des escadrons de la mort en Amérique centrale » avait même été invité à la cérémonie d’investiture du nouveau président états-unien, en janvier 1981. Washington décide tout de même son remplacement. En 1982, un coup d’État amène le général Efrain Rios Mont au pouvoir. Cet évangéliste fanatique, qui déclarait qu’« un Chrétien doit se balader avec sa Bible et sa mitrailleuse » dirigera le pays de mars 1982 à août 1983 [28], érigeant les méthodes de contre-insurrection en modèle absolu de lutte contre le communisme. Les exactions de ces hommes feront entre 50 et 75 000 disparus, essentiellement parmi la minorité maya. Il est renversé en 1983 par son ministre de la Défense, le général Oscar Mejia, qui a reçu une formation de contre-insurrection aux États-Unis.

En 1983, à Grenade, le président de gauche Maurice Bishop est renversé par un coup d’État alors qu’il mettait son aéroport à disposition de Cuba pour le transport de troupes en Afrique. Le peuple parvient à libérer Bishop. Dans la confusion, les golpistes demandent l’aide états-unienne. Ceux-ci débarquent en force (opération Urgent Fury) et rétablissent un gouvernement à leur dévotion.

Autre pays visé : le Honduras, où John Negroponte dirige la guerre de basse intensité. Rapidement, ses activités s’étendent au Nicaragua, où les sandinistes ont renversé le dictateur Somoza [29]. C’est le début de l’Iran-Contra, cette opération qui prévoit la livraison d’armes au régime de Téhéran via Israël afin de permettre de financer la guérilla d’extrême droite des Contra. Le tout dans le dos du Congrès états-unien. Le scandale éclate en 1986, après qu’un pilote états-unien se fut écrasé au Nicaragua. Le Congrès se saisit de l’affaire et crée une commission d’enquête, présidée par John Kerry, qui entendra tous les principaux protagonistes. Ronald Reagan argue de son ignorance des détails pour empêcher sa destitution. Les auditions n’ont en effet pas permis de savoir l’ampleur de la connaissance de l’opération du président états-unien. Une zone d’ombre qui laisse la place à toutes les spéculations concernant les véritables responsables, dont les noms sont certainement à chercher du côté du Conseil de sécurité nationale, dirigé par l’amiral John Poindexter. Ronald Reagan, de son côté, parvient à mener jusqu’à son terme son deuxième mandat.

Ronald Reagan accuse le président libyen d’être le chef d’orchestre du terrorisme international. Il prétend qu’il a commandité un attentat contre une discothèque de Berlin-Ouest fréquentée par des GI’s. En rétorsion, il ordonne le bombardement de son palais, le 14 avril 1986, tuant environ 80 personnes. Pour réaliser cette opération, le président François Mitterrand autorise le survol du territoire français par les avions US. Les autorités judiciaires allemandes, quant à elles, ne trouvent aucune preuve de la responsabilité libyenne dans l’attentat [30]

Tout en livrant secrètement des armes à l’Iran pour financer son action en Amérique latine, Reagan arme massivement l’Irak. Il envoie un patron de l’industrie pharmaceutique, Donald Rumsfeld, vendre des armes chimiques à Saddam Hussein en violation des Conventions internationales. Au plus fort de la guerre Irak-Iran, le 3 juillet 1988, il donne l’ordre à l’USS Vincennes d’abattre le vol Iran Air 655, dans les eaux territoriales iraniennes, faisant 290 morts.

Inoxydable

Malgré la brutalité de son action extérieure et les scandales qui entourent son administration, malgré les condamnations pour trahison et félonie de ses collaborateurs, malgré ses résultats économiques désastreux (lors du krash de 1987, l’indice boursier de Wall Street perd 22% en une journée), Ronald Reagan a toujours été populaire aux États-Unis. Par son style personnel, cet acteur de cinéma a su incarner une Amérique sympathique et fière d’elle-même. Plusieurs de ses successeurs se sont réclamés de son héritage. Notamment George W. Bush qui a repris son discours en remplaçant l’épouvantail terroriste international Khadafi par Ben Laden et l’Empire du Mal par l’Axe du Mal.

[1] The Cultural Cold War par Frances Stonor Saunders, The New Press, 2000. Version française Qui mène la danse ?, Denoël, 2003.

[2] Ronald Reagan, Testimony Before the House Un-American Activities Committee (1947), 23 octobre 1947.

[3] Reagan’s America par Garry Wills, Penguin, 2000.

[4] Il s’agit du réalisateur Edward Dmytryk et des scénaristes John Howard Lawson, Dalton Trumbo, Albert Maltz, Alvah Bessie, Samuel Ornintz, Herbert Biberman, Adrian Scott, Ring Lardner, Jr. et Lester Cole. « HUAC and Censorship Changes ».

[5] La Chasse aux sorcières par Marie-France Toinet, Éditions Complexe, 1984.

[6] Power on the Right par William W. Turner, Ramparts Press, 1971.

[7] Voir la biographie de Ronald Reagan sur le site de Spartacus.

[8] California : Our First Parafacist State par Kenneth Lamott, Brown & Co, 1971.

[9] George Bush : The Unauthorized Biography, de Webster G. Tarpey et Anton Chaitkin, Executive Intelligence Review, 1992. Le livre est téléchargeable sur http://www.tarpley.net/bushb.htm.

[10] « The October Surprise Scenario », transcription du documentaire « COVERUP, Behind the Iran Contra Affair ».

[11] L’équipe de William Casey comprend également Richard Allen, Roger Fontaine et John Singlaub, membre de la CIA et futur président de la Ligue anticommuniste mondiale.

[12] « Bush’s Impending Watergate », par Harvey Wasserman, The Valley Advocate, 23 mai 1991.

[13] George Bush : The Unauthorized Biography, op.cit.

[14] « The Day Reagan Was Shot », par Richard V. Allen, The Atlantic Monthly, avril 2001.

[15] Bush Son Had Dinner Plans With Hinckley Brother Before Shooting, Associated Press, 31 mars 1981.

[16] « The Theology of Nuclear War » par Larry Kick, Covert Action Quaterly, printemps 1987.

[17] Voir « Ouverture de négociations militaires israélo-états-uniennes », Regards du Proche-Orient, 15 octobre 2003.

[18] Membre de la CIA, William Buckley était chargé de négocier les libérations d’otages au Proche-Orient pour le compte de l’administration Reagan. Capturé en 1985 par des milices libanaises, il fut exécuté après quinze mois de détention.

[19] « Knights of Darkness - The Sovereign Military Order of Malta », Covert Action Information Bulletin, été 1986, n°25.

[20] The Iran-Contra Connection - Secret Teams and Covert Operations in the Reagan Era, de Jonathan Marshall, Peter Dale Scott et Jane Hunter, South End Press, 1987.

[21] Blowback, par Christopher Simpson, Weidenfeld & Nicolson, 1988.

[22] Ibid.

[23] Voir « Révérend Moon, le retour », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, avril 2001.

[24] « The disturbing political influence of Rev. Moon », par Eli Swiney, 2 septembre 2003.

[25] Voir « Le Carlyle Group, une affaire d’initiés », Voltaire, 9 février 2004.

[26] Voir « La Ligue anti-communiste mondiale, une internationale du crime », Voltaire, 12 mai 2004.

[27] Voir « La nébuleuse de l’ingérence "démocratique" », Voltaire, 22 janvier 2004.

[28] « General Efrai Rios Mont, President of Guatemala », Friendly Dictators Trading Cards, par Bill Sienkiewicz.

[29] « John Negroponte bientôt à Bagdad », par Arthur Lepic, Voltaire, 20 avril 2004.

[30] « Target Qaddafi » par Seymour Hersh, The New York Times du 22 février 1987.

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USA : Politique intérieure
Les États-Unis se présentent au reste du monde comme une démocratie exemplaire. Il n’en est rien. Les père fondateurs, qui étaient farouchement opposés à la notion de « souveraineté populaire », ont conçu un système original où le peuple est régulièrement consulté pour valider des institutions qui confient le pouvoir à une oligarchie. Au plan intérieur, ce système parvient à se perpétuer grâce à une série de verrous juridiques qui stoppent l’émergence d’alternatives, et au besoin par des trucages allant jusqu’à l’utilisation d’invérifiables machines à voter. Au plan extérieur, la propagande masque l’étrangeté des institutions. Celles-ci prévoient par exemple l’élection du président par un collège désigné par les gouverneurs des États (et non une élection au second degré comme l’a rappelé la Cour suprême en 2000 lorsqu’elle a refusé de prendre en compte le vote des citoyens de Floride). Le système n’est pas non plus républicain, car il rejette comme totalitaire le concept « d’Intérêt général » et lui préfère celui de coalition majoritaire de lobbies. Une philosophie qui conduit à institutionnaliser les groupes de pression et va jusqu’à légaliser et codifier la corruption des parlementaires.
Au-delà des partis-jumeaux démocrate et républicain, il existe de longue date une contestation intérieure. Elle s’est largement développée durant les mandats de George W. Bush, tant son style cow-boy rendait évidents le contrôle policier des populations et les injustices sociales. Alors que cette opposition était jusque-là qualifiée de « non-américaine », elle a trouvé une légitimité en faisant valoir les nombreuses violations des idéaux états-uniens par l’administration Bush, de ses aventures coloniales à sa revendication de la torture. Face à l’offensive de charme du président Obama, l’opposition intérieure est redevenue marginale, bien qu’aucune des critiques de fond n’ait trouvé de réponse. Dans le contexte de la crise économique, de profondes fractures sociétales, datant d’avant la guerre de Sécession, resurgissent. Elles s’expriment aussi bien par une révolte fiscale, un populisme anti-financiers, que par des tendances séparatistes, sans oublier des conflits ethniques. De ces mouvements contradictoires et de leurs rapports de force dépend la capacité des États-Unis à se réformer ou à se disloquer.
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Борис ДОЛГОВ, Сеть Вольтер, 14 февраля 2012
 
Vidéo : 5 questions à Thierry Meyssan sur la Syrie Vidéo : 5 questions à Thierry Meyssan sur la Syrie
Réseau Voltaire, 14 février 2012
 
Das Ende der Partie im Nahen Osten Das Ende der Partie im Nahen Osten
von Thierry Meyssan, Voltaire Netzwerk, 14. Februar 2012
 
Se termina la partida en el Medio Oriente Se termina la partida en el Medio Oriente
por Thierry Meyssan, Red Voltaire, 14 de febrero de 2012
 
Fin de partie au Proche-Orient
En direct
Fin de partie au Proche-Orient
par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 février 2012
 
Al-Qaida frappe à Alep
« Revue de presse Syrie » #50
Al-Qaida frappe à Alep
Partenaires, 13 février 2012
 
Páginas Libres
Con magia y mano negra Movistar repara y avería mi teléfono
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 13 de febrero de 2012
 
Le Qatar achète la démission du général al-Dabi Le Qatar achète la démission du général al-Dabi
Réseau Voltaire, 13 février 2012
 
2012, année de tous les périls ? 2012, année de tous les périls ?
par Joseph Stiglitz, Réseau Voltaire, 13 février 2012
 
Jeux de guerre états-uniens dans le Sud-Est asiatique Jeux de guerre états-uniens dans le Sud-Est asiatique
Réseau Voltaire, 13 février 2012
 
مجلس التعاون الخليجي والناتو يفقدان زمام القيادة
الفيتو المزدوج لمنع حرب الإمبراطوريات على سوريا
مجلس التعاون الخليجي والناتو يفقدان زمام القيادة
بقلم ثييري ميسان, Shabakat Voltaire, 13 شباط (فبراير) 2012
 
الصين تصبح الشريك التجاري الأول لألمانيا الصين تصبح الشريك التجاري الأول لألمانيا
Shabakat Voltaire, 13 شباط (فبراير) 2012
 
Iran's Historic Anniversary Iran’s Historic Anniversary
by Stephen Lendman, Voltaire Network, 13 February 2012
 
Al-Qaeda strikes in Aleppo
« SYRIA PRESS REVIEW » #50
Al-Qaeda strikes in Aleppo
Partners, 13 February 2012
 
Páginas Libres
Mafia de complicidad y reacción en el Apra
por Jesús Guzmán Gallardo, Socios, 12 de febrero de 2012
 
Syria 2011-2012, a rematch of Israel's 2006 war on Lebanon Syria 2011-2012, a rematch of Israel’s 2006 war on Lebanon
by Mahdi Darius Nazemroaya, Voltaire Network, 12 February 2012
 
Páginas Libres
¿Se incrementa riesgo personal con este gobierno?
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 12 de febrero de 2012
 
Ante la competencia de la OCS, ¿escogerá la OTAN la diplomacia o las armas?
« Revista de prensa sobre Siria » #49
Ante la competencia de la OCS, ¿escogerá la OTAN la diplomacia o las armas?
Socios, 12 de febrero de 2012
 
Wladimir Putin tritt als Beschützer der Orient-Christen auf Wladimir Putin tritt als Beschützer der Orient-Christen auf
Voltaire Netzwerk, 12. Februar 2012
 
Großbritannien „verpackt“ die Al-Qaida neu Großbritannien „verpackt“ die Al-Qaida neu
Voltaire Netzwerk, 12. Februar 2012
 
Moscow and the formation of The New World System Moscow and the formation of The New World System
by Imad Fawzi Shueibi, Voltaire Network, 11 February 2012
 
Assassinats anonymes
« L’art de la guerre »
Assassinats anonymes
par Manlio Dinucci , Réseau Voltaire, 11 février 2012
 
Sergei Lavrov von Damaskus als Held empfangen Sergei Lavrov von Damaskus als Held empfangen
Voltaire Netzwerk, 11. Februar 2012
 
Al-Qaeda refashioned by the UK Al-Qaeda refashioned by the UK
Voltaire Network, 11 February 2012
 
الإرهاب في سورية
إغلاق السفارات والارهاب في حلب
بقلم مازن بلال, Partners, 11 شباط (فبراير) 2012
 
حلب تستفيق على الإرهاب...
وتصعيد دبلوماسي إعلامي وإرهابي
بقلم سورية الغد, Partners, 11 شباط (فبراير) 2012
 
الإرهاب في سورية
أغفو في وطني
بقلم نضال الخضري, Partners, 11 شباط (فبراير) 2012
 
الإرهاب في سورية
التحرك الخليجي إلى أين...
بقلم مازن بلال, Partners, 11 شباط (فبراير) 2012
 
Páginas Libres
¿Sófero retroceso post marcha por el agua?
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 11 de febrero de 2012
 
Face à la concurrence de l'OCS, l'OTAN choisira t-elle la diplomatie ou les armes ?
« Revue de presse Syrie » #49
Face à la concurrence de l’OCS, l’OTAN choisira t-elle la diplomatie ou les armes ?
Partenaires, 10 février 2012
 
 Im Wettstreit mit der SCO, wird die NATO Diplomatie oder Waffen wählen?
« Presseschau Syrien » #49
Im Wettstreit mit der SCO, wird die NATO Diplomatie oder Waffen wählen?
Partner, 10. Februar 2012
 
U.S. Prepares Georgia for New Wars in Caucasus and Iran
"NATO’s favorite despot"
U.S. Prepares Georgia for New Wars in Caucasus and Iran
by Rick Rozoff, Voltaire Network, 10 February 2012
 
La Grande-Bretagne « reconditionne » Al-Qaïda La Grande-Bretagne « reconditionne » Al-Qaïda
Réseau Voltaire, 10 février 2012
 
Faced with competition from the SCO, will NATO choose diplomacy or arms?
« SYRIA PRESS REVIEW » #49
Faced with competition from the SCO, will NATO choose diplomacy or arms?
Partners, 10 February 2012
 
Señal de Alerta
Risas inexplicables en la radio
por Herbert Mujica Rojas, Socios, 10 de febrero de 2012
 
Vladimir Putin emerges as protector of Eastern Christians Vladimir Putin emerges as protector of Eastern Christians
Voltaire Network, 9 February 2012
 
Censura británica: cómo seguir viendo Press TV Censura británica: cómo seguir viendo Press TV
Red Voltaire, 9 de febrero de 2012
 
El CCG y la OTAN pierden su liderazgo
El doble veto prohíbe la guerra imperial contra Siria
El CCG y la OTAN pierden su liderazgo
por Thierry Meyssan, Red Voltaire, 9 de febrero de 2012
 
Westerners looking for a "Plan B"
« SYRIA PRESS REVIEW » #48
Westerners looking for a "Plan B"
Partners, 9 February 2012
 
 Der Westen sucht den « B » Plan
« Presseschau Syrien » #48
Der Westen sucht den « B » Plan
Partner, 9. Februar 2012
 
Páginas Libres
¡Yo voto por el agua, el oro ni me va ni me viene!
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 9 de febrero de 2012
 
Les Occidentaux à la recherche d'un “Plan B”
« Revue de presse Syrie » #48
Les Occidentaux à la recherche d’un “Plan B”
Partenaires, 9 février 2012
 
Los occidentales buscan un “Plan B”
« Revista de prensa sobre Siria » #48
Los occidentales buscan un “Plan B”
Socios, 9 de febrero de 2012
 
Sergey Lavrov accueilli en héros à Damas Sergey Lavrov accueilli en héros à Damas
Réseau Voltaire, 8 février 2012
 
Russia's popularity in Syria confounds the West
« SYRIA PRESS REVIEW » #47
Russia’s popularity in Syria confounds the West
Partners, 8 February 2012
 
China becomes German's first trading partner China becomes German’s first trading partner
Voltaire Network, 8 February 2012
 
China wird erster Wirtschaftspartner von Deutschland China wird erster Wirtschaftspartner von Deutschland
Voltaire Netzwerk, 8. Februar 2012
 
Señal de Alerta
Etica bananera
por Herbert Mujica Rojas, Socios, 8 de febrero de 2012
 
Un avion cargo suspect saisi par la sécurité libanaise Un avion cargo suspect saisi par la sécurité libanaise
Réseau Voltaire, 8 février 2012
 
فرنسوا هولند يفاوض أمير قطر فرنسوا هولند يفاوض أمير قطر
Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
 الدبلوماسيات الغاضبة وسيناريوهات الحلول الدبلوماسيات الغاضبة وسيناريوهات الحلول
بقلم عيسى الأيوبي, Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
أبعد من انتصار نيويورك..اللعبة انتهت أبعد من انتصار نيويورك..اللعبة انتهت
بقلم عيسى الأيوبي, Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
جلسة الكذب المفتوح جلسة الكذب المفتوح
بقلم عيسى الأيوبي, Shabakat Voltaire, 8 شباط (فبراير) 2012
 
Egypt and Syria
Orient Tendencies
Egypt and Syria
by Wassim Raad, Partners, 8 February 2012
 
Les Occidentaux choqués par la popularité russe en Syrie
« Revue de presse Syrie » #47
Les Occidentaux choqués par la popularité russe en Syrie
Partenaires, 8 février 2012
 
كسر إرادات
عروبة ((الشاطئ)) الآخر
بقلم نضال الخضري, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
كسر إرادات
زيارة لافروف ... ودول الخليج تضغط
بقلم سورية الغد, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
كسر إرادات
مواقف في لحظات الترقب
بقلم سورية الغد, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
كسر إرادات
التكتيك الخليجي
بقلم مازن بلال, Partners, 8 شباط (فبراير) 2012
 
 Der Westen über die russische Beliebtheit in Syrien schockiert
« Presseschau Syrien » #47
Der Westen über die russische Beliebtheit in Syrien schockiert
Partner, 8. Februar 2012
 
Disgusto de los occidentales ante la popularidad rusa en Siria
« Revista de prensa sobre Siria » #47
Disgusto de los occidentales ante la popularidad rusa en Siria
Socios, 8 de febrero de 2012
 
Moscou et Pékin ont surtout voulu protéger Téhéran
« Revue de presse Syrie » #46
Moscou et Pékin ont surtout voulu protéger Téhéran
Partenaires, 7 février 2012
 
Páginas Libres
MOVADEF y SL: reflexiones estudiantiles
por Luis Alberto Pacheco Mandujano, Socios, 7 de febrero de 2012
 
Páginas Libres
Gran Marcha por el Agua: viernes 10, 2 pm
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 7 de febrero de 2012
 
Moscow and Beijing acted primarily to shield Tehran
« SYRIA PRESS REVIEW » #46
Moscow and Beijing acted primarily to shield Tehran
Partners, 7 February 2012
 
 Der GCC und die NATO verlieren ihre Vorherrschaft
Doppeltes Veto um den imperialen Krieg gegen Syrien zu verbieten
Der GCC und die NATO verlieren ihre Vorherrschaft
von Thierry Meyssan, Voltaire Netzwerk, 7. Februar 2012
 
Páginas Libres
¡Luz roja al solmáforo!
por Héctor Guillén Tamayo, Socios, 7 de febrero de 2012
 
Más que todo, Moscú y Pekín quisieron proteger a Teherán
« Revista de prensa sobre Siria » #46
Más que todo, Moscú y Pekín quisieron proteger a Teherán
Socios, 7 de febrero de 2012
 
 Moskau und Beijing wollten hauptsächlich Teheran schützen
« Presseschau Syrien » #46
Moskau und Beijing wollten hauptsächlich Teheran schützen
Partner, 7. Februar 2012
 
Páginas Libres
Alan y Ollanta ocultaron tratos de indulto ilícito a Fujimori
por Guillermo Olivera Díaz, Socios, 6 de febrero de 2012