Réseau Voltaire
Propagande états-unienne

Rumsfeld cible la France et l’Allemagne

Rumsfeld cible la France et l’Allemagne

Pour balayer les objections de leurs alliés, les États-Unis ont décidé d’entreprendre de vastes campagnes de propagande en Europe en corrompant journalistes et écrivains. Ces opérations ne visent pas seulement à conquérir le consentement des opinions publiques à la politique impériale de Washington, elles ont aussi pour but d’éliminer les dirigeants politiques, les entreprises et les intellectuels qui s’opposent à elle. À la mi-décembre, Donald Rumsfeld a désigné la France et l’Allemagne comme cibles prioritaires.

Réseau Voltaire | Paris (France)
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L’expression « diplomatie publique » désigne la « propagande » dans le jargon politiquement correct américain. Pendant la Guerre froide, les États-Unis investirent massivement dans la diplomatie publique pour contrer l’influence soviétique. Ce dispositif fut développé par Ronald Reagan au sein du Conseil de sécurité nationale, sous l’autorité du vice-président d’alors, George Bush senior. Il se délita progressivement lorsque l’URSS s’effondra. Seuls les Programmes internationaux d’information (International Informations Programs - IIP) survécurent. Il s’agit des émissions de Voice of America, Radio Free Europe, Radio Liberty et Radio Free Asia.

En 1999, à l’issue de la guerre du Kosovo, la secrétaire d’État Madeleine K. Albright prit acte de la détérioration de l’image des États-Unis dans le monde et de l’impact des agences alternatives d’information sur le Net. Elle institua alors un sous-secrétariat d’État à la diplomatie publique. Ce poste fut dévolu à Evelyn Simonowitz Lieberman. Dans un premier temps, l’administration Bush négligea ce service qui fut rattaché au porte-parole du département d’État, Richard Boucher. Mais il ne tarda pas à être pleinement restauré et confié à Charlotte Beers, qui prit ses fonctions juste après les attentats du 11 septembre 2001. Une violente rivalité opposa immédiatement le département d’État au département de la Défense pour le contrôle de cette fonction.

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Directive présidentielle 77 (déclassifiée) du 14 janvier 1983 organisant la « diplomatie publique »
Voir le document intégral

Le dispositif secret de la propagande US

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Général Simon P. Worden,
chef de l’OSI

Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, institua en octobre 2001, dans le plus grand secret un Bureau d’influence stratégique (Office for the Strategic Influence - OSI) dirigé par le général Simon Pete Worden (un des promoteurs de la guerre asymétrique depuis l’espace). Les relations entre l’OSI et le sous-secrétariat d’État à la diplomatie publique furent articulées par le Groupe militaire d’information internationale (International Military Information Group - IMIG) du colonel Brad Ward.

Ce nouveau dispositif fut immédiatement activé pour corriger l’impact de l’appel à la « croisade » de George W. Bush et convaincre les opinions publiques occidentales que les États-Unis ne mènent pas une guerre contre l’Islam. On se souvient ainsi de la subite montée au créneau d’intellectuels, dont certains étaient en réalité dûment appointés, nous assurant que le président Bush avait entendu ses conseillers et rectifié ses propos.

Néanmoins, le New York Times révéla qu’une partie des fonds débloqués avait déjà été utilisée pour manipuler l’opinion publique aux États-Unis mêmes, en violation des dispositions légales en vigueur. L’administration Bush tenta d’expliquer qu’elle n’avait jamais cherché à intoxiquer les électeurs états-uniens, mais uniquement à désinformer les terroristes et à renverser les opinions publiques étrangères. Cependant, la mondialisation de l’information étant ce qu’elle est, il est aujourd’hui difficile de circonscrire la propagande à l’étranger. Aussi, le président ordonna-t-il la fermeture de l’OSI.

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William J. Luti, sous-secrétaire
adjoint pour les plans spéciaux

En réalité, l’OSI a été immédiatement reconstitué en secret. Un obscur poste de sous-secrétaire adjoint aux plans spéciaux (deputy under-secretary for special plans) a été créé au Pentagone et confié au capitaine William J. Luti (jusque-là conseiller de Dick Cheney). On ignore le montant de son budget, qui est toutefois qualifié de « très consistant ». Sous son contrôle, l’ex-OSI a été physiquement transféré au Strategic Command, où il est toujours dirigé par le général Simon P. Worden. Le dispositif a été considérablement développé en quelques mois. Des bureaux de propagande ont été créés dans chaque arme. La 8e division de l’Air Force, qui avait mené la campagne aérienne contre l’Allemagne nazie, a abandonné ses bombardiers pour ne plus être affectée qu’aux batailles internationales de la propagande (Worldwide Information Attacks). La Marine s’est dotée d’un Commandement de la guerre en réseaux (Naval Network Warfare Command). L’Armée de terre dispose quant à elle, de structures permanentes de propagande depuis l’occupation de l’Allemagne, de l’Autriche et du Japon, où elle attribuait les autorisations de publication. Enfin, le nouveau plan de l’état-major interarmes (Joint Strategic Capabilities Plan) place désormais la propagande au même niveau de préoccupation que les actions diplomatiques, les opérations militaires, et les conditions économiques.

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Pete Rodman, vice-secrétaire
aux affaires de sécurité
internationales

Le sous-secrétaire adjoint William J. Luti travaille en étroite coordination avec les anciens réseaux « stay-behind », désormais identifiés sous le nom de code de « Gray Fox ». L’ensemble est supervisé par le vice-secrétaire aux affaires de sécurité internationales (assistant secretary for International Security Affairs), Pete Rodman (l’ancien conseiller en barbouzeries du Dr Henry Kissinger), lui-même placé sous l’autorité du sous-secrétaire Douglas J. Feith (un protégé de Richard Perle).

Quatre objectifs principaux avaient initialement été fixés conjointement par le secrétariat d’État et le secrétariat à la Défense. Convaincre l’opinion publique internationale que :
- Les attentats du 11 septembre ne visaient pas les États-Unis, mais l’ensemble des nations civilisées.
- Les États-Unis ne mènent pas une guerre contre l’islam, mais contre les terroristes islamiques.
- Les États-Unis n’ont pas attaqué l’Afghanistan, mais soutenu le peuple afghan dans sa lutte contre les Talibans.
- Pour venir à bout du terrorisme international, toutes les nations civilisées doivent s’unir derrière les États-Unis.

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Douglas J. Feith, sous-secrétaire
pour la politique de défense

Chaque jour, chaque ambassade US dans le monde adresse à Charlotte Beers, sous-secrétaire à la diplomatie publique, un rapport sur l’évolution de la perception de ce message dans le pays hôte et un relevé des articles et émissions favorables qu’il a réussi à faire passer dans la presse locale.

La publication d’un sondage réalisé dans 44 pays par le Pew Research Center, sous l’autorité de l’ancienne secrétaire d’État Madeleine K. Albright, début décembre 2002, a relancé le débat à Washington. Il montre une forte dégradation de l’image des États-Unis dans le monde et une hostilité grandissante à leur politique internationale en France et en Allemagne.

DoD Directive 3600.1 Information Operations

Tirant les leçons de ce constat, l’administration Bush a décidé de renforcer sa « diplomatie publique ». À l’issue du bras de fer entre départements rivaux, c’est en définitive la Défense qui jouera le rôle majeur en matière de propagande. Si c’est lui qui fixera les cibles, les thèmes de campagne seront élaborés par le sous-secrétariat d’État à la diplomatie publique qui a une plus grande expérience de la manipulation des populations étrangères. Le président de la Commission des Affaires internationales de la Chambre des représentants, Henry J. Hyde, est favorable à ce que le modeste budget du sous-secrétariat de Charlotte Beers soit augmenté à cette occasion et passe de 400 à 655 millions de dollars.

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Charlotte Beers, sous-secrétaire
d’État à la diplomatie publique
(au centre)

Des instructions ultra-secrètes, identifiées sous l’appellation « DoD Directive 3600.1 Information Operations », ont été signées par Donald Rumsfeld à la mi-décembre. Elles autorisent des opérations de propagande à grande échelle pour influencer les opinions publiques dans les pays alliés et la prise de décision de leurs dirigeants politiques.

L’ambiance des débats en cours à Washington avait été rapportée par France 2 à l’occasion d’une interview d’Edward Luttwak, diffusée le 9 décembre. Le célèbre stratège s’y exclamait : « Chirac a une addition à payer à Washington ! Il a une longue addition à payer à Washington Et, à Washington, il y a une décision évidemment de lui faire payer l’addition. Chirac, il a voulu manger et bouffer aux dépends des États-Unis sur la scène diplomatique et, évidemment, il va payer ? »

Deux cibles principales ont été désignées dans ce cadre : la France et l’Allemagne. Ces États doivent être discrédités sur la scène internationale de manière à mettre un terme à leur influence contre la guerre en Irak. Ils sont considérés comme d’autant plus dangereux que l’Allemagne siègera en 2003 et 2004 comme membre temporaire du Conseil de sécurité et comme président du Comité des sanctions, tandis que la France présidera en janvier 2003 le Conseil de sécurité. Leurs dirigeants doivent être déconsidérés aux yeux de leurs électeurs, de manière à être évincés de la vie publique. L’image de marque des grandes entreprises qui soutiennent les politiques nationales d’hostilité à l’égard des États-Unis doit être ternie au point de leur faire perdre leur rang économique ; et les dirigeants de ces entreprises doivent être mis en cause dans leur compétence et leur probité. Les leaders d’opinion qui développent dans le public des sentiments hostiles à l’égard de la politique de Washington doivent être ostracisés des médias. Enfin, les groupes musulmans qui pourraient relativiser le concept de « guerre des civilisations » doivent être placés hors d’état de « nuire ».

En ce qui concerne la France, les cibles principales sont : le président Jacques Chirac, Total-Elf-Fina, le consortium EADS (European Aeronautic Defense and Space), Thalès, Renault, et le Réseau Voltaire. Selon ce plan, des imputation diffamatoires seront publiées dans des médias étrangers de faible importance, puis reprises dans la presse française par des journalistes « sollicités ». La France sera présentée comme un pays intolérant en matière religieuse et antisémite parce que envahie et dominée par les musulmans. Les entreprises et industriels cibles seront présentés comme corrompus et déloyaux. Pour amplifier cette campagne, des livres seront également publiés par des intellectuels « sollicités ».

À Washington, on ne doute pas de pouvoir faire passer les messages que l’on souhaite aussi bien dans la presse écrite qu’audiovisuelle française. Un soir de grève de la rédaction, n’a-t-on pas réussi à faire diffuser par France 2, à la place du journal de 20 heures, un épisode de JAG, un feuilleton de propagande de CBS très officiellement co-écrit par la CIA, sans soulever la moindre protestation ?

D’ores et déjà, nous pouvons renverser ce petit jeu : qui, dans la presse et l’édition française a accepté d’encaisser les grasses « sollicitations » du Pentagone ?

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan Intellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie des analyses de politique étrangère dans la presse arabe, latino-américaine et russe. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

 
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Omissions et manipulations de la Commission d'enquête sur le 11/9
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Candidat du complexe militaro-industriel et des lobbies pétrolier et pharmaceutique, George W. Bush s’est emparé frauduleusement de la Maison-Blanche. Comme annoncé dans le manifeste Pour un nouveau siècle américain, un « Pearl Harbor spatial » frappe les États-Unis, le 11 septembre 2001 justifiant un état d’exception permanent et des opérations militaires extérieures. Si sa décision de profiter des attentats pour déclarer la « guerre globale au terrorisme » et prendre le contrôle des voies commerciales internationales est soutenue par l’ensemble de la classe dirigeante US, il n’en est pas de même de la colonisation anachronique de l’Irak. Dès le premier jour, la contestation est conduite par le général Brent Scowcroft (ancien conseiller de sécurité de Bush père). Elle s’étend progressivement parmi les officiers supérieurs qui craignent un nouveau Vietnam. L’administration Bush s’éloigne alors de certains leaders républicains et s’appuie sur son électorat sioniste, particulièrement sur les évangéliques. La Maison-Blanche privatise les services sociaux au profit des Églises, éloigne ses conseillers scientifiques, et développe un ordre moral. Au Pentagone, Donald Rumsfeld tente une privatisation des armées en créant les Forces spéciales et en engageant des mercenaires par dizaines de milliers.
Cependant les déboires annoncés en Irak tournent à la catastrophe militaire. La rhétorique de la croisade et le recours revendiqué à la torture participent également de la détérioration de l’image des États-Unis dans le monde, de la baise d’attractivité de leurs produits, et du déclin de leur leadership. Fin 2006, ses généraux entrent en révolte ouverte. La Commission Baker-Hamilton sur l’Irak parvient à créer un consensus politique pour stopper l’aventurisme de George W. Bush, qui menace alors d’étendre la guerre en Iran. Le président perd les élections de mi-term. Il est contraint de limoger le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et de le remplacer par Robert Gates (le fils spirituel de Scowcroft et membre de la Commission Baker-Hamilton). Durant ses deux dernières années à la Maison-Blanche, il n’exerce plus la réalité du pouvoir.
Il s’avère que le pays est gravement endetté par le coût exorbitant des guerres. L’absence de tout retour sur investissement plonge le monde anglo-saxon dans un début de crise financière et économique.
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Communication
La communication politique, qu’on l’appelle positivement « art de la persuasion » ou négativement « propagande », a changé de nature au cours des deux Guerres mondiales. Les premiers, les Britanniques (Lord Baeverbrook et Lord Northcliffe) ont créé un ministère de l’Information et ont élevé le mensonge au rang de stratégie militaire. Leur exemple a d’abord été suivi par les États-Unis, puis par l’Allemagne (Goebbels) et l’URSS (Tchakotine).
En principe, ce qui était admis en période de conflit ne l’était pas en temps de paix, mais la Guerre froide étant un état intermédiaire, les deux blocs développèrent des systèmes concurrents de propagande dans leurs zones d’influence. Au cours des années 70, le mouvement des non-alignés tenta de libérer l’information en secouant le joug des agences de presse monopolistiques. Cette révolte tourna court lorsque les États-Unis et le Royaume-Uni claquèrent la porte de l’UNESCO.
À la fin des années 80, les États-Unis étendirent leur hégémonie médiatique à l’échelle du globe à la faveur de l’essoufflement de l’URSS. Ils créèrent un nouveau modèle de consommation, l’information audio-visuelle en continu, qu’ils submergèrent de leurs propres contenus. La rapidité de la transmission leur permit ainsi de court-circuiter le travail de vérification des journalistes et d’imposer leur narration de l’actualité.
Au début du XXIe siècle, les gouvernements anglo-saxons mirent en place des outils communs de « communication globale » veillant à associer la narration de l’actualité avec des émotions et des actions collectives de conditionnement. Par exemple, à l’occasion de l’an 2000, la Maison-Blanche manipula les peurs millénaristes en annonçant un gigantesque bogue informatique. Ce canular fut accompagné de toutes sortes d’historiettes sur les conséquences prévisibles du bogue et d’instructions pour sauver les installations informatiques. Cette mise en scène fut appuyée par une agence temporaire des Nations Unies, l’International Y2K Cooperation Center (IY2KCC), et permit aux USA de vendre pour plus de 200 milliards de dollars de logiciels faisant de Bill Gates l’homme le plus riche du monde.
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François Hollande verhandelt mit dem Emir des Qatar François Hollande verhandelt mit dem Emir des Qatar
Voltaire Netzwerk, 5. Februar 2012
 
 Moralischer Druck auf Russland
« Presseschau Syrien » #44
Moralischer Druck auf Russland
Partner, 5. Februar 2012