Voltairenet.org
 Réseau de presse non-alignée

Numéro 5
Préparation de l’apocalypse en Israël
par Thierry Meyssan*

C’est contre Ariel Sharon et Washington que des dirigeants de l’OLP et des leaders de la gauche israélienne ont réussi à conclure un projet de paix, l’Accord de Genève. Soutenus par des travaillistes britanniques et des démocrates états-uniens, ils viennent de prouver que la paix est possible immédiatement pour ceux qui la veulent.
Mais telle n’est pas la volonté qui se dégage à Washington et à Tel Aviv où l’on observe avec certitude le pire se préparer. Après Jénine, Rafah. Chars et bulldozers de Tsahal continuent, dans un silence de mort, leur œuvre de destruction du camp de réfugiés palestiniens. On découvre la présence de mercenaires, qui réalisent habituellement le « sale boulot » pour les États-Unis, dans un convoi de véhicules du département d’État attaqué à Gaza. Le « Sommet de Jérusalem » vient de réunir extêmes droites israéliennes et états-uniennes autour de ce qui apparaît bien comme un « Axe de la guerre des civilisations ». Enfin, une réunion ultra-secrète du groupe commun militaire États-Unis/Israël étudie en ce moment les possibilités de raids aériens sur l’Iran que l’armée de l’air israélienne sous-traiterait pour Washington. En échange de quoi ?



20 octobre 2003

Outils

 Imprimer
 Envoyer

Crimes de guerre dans un silence de mort

Vendredi 10 octobre des chars et des bulldozers de Tsahal ont envahit le camp de réfugiés de Rafah, à la frontière égyptienne. Selon le porte-parole de l’armée israélienne, cette opération visait à détruire une quarantaine de tunnels utilisés par les factions palestiniennes pour s’approvisionner en armes. De l’avis des observateurs de l’ONU, l’existence de ces tunnels, à cet endroit, est peu probable, car ils devraient être particulièrement longs pour relier le camp à l’Égypte. Quoi qu’il en soit, Tsahal a commencé son œuvre de destruction. Au moins 114 maisons ont été détruites et plus de 1200 personnes se sont soudain retrouvées sans abris. Toujours selon les observateurs de l’ONU, Rafah n’est plus qu’un champ de ruines, évoquant un paysage après un tremblement de terre.
Alors que la communauté internationale s’était mobilisée lors du massacre de Jénine, le monde est resté silencieux devant ces destructions.

Contre Sharon et Washington, Israéliens et Palestiniens de gauche concluent l’« Accord de Genève » pour gagner la paix

Pendant qu’Ariel Sharon poursuivait ses crimes de guerre, des dirigeants de l’OLP et des leaders de la gauche israélienne se rencontraient en secret en Jordanie. Voici près de trois ans, qu’ils réfléchissent ensemble à un possible traité de paix. Il existe toujours une solution lorsque l’on est de bonne volonté. Ces discussions, soutenues en sous-main par des travaillistes britanniques et des démocrates états-uniens, ont abouti à la conclusion de ce que l’on appelle désormais l’Accord de Genève.
Chaque partie a imaginé des concessions. Les plus spectaculaires sont la reconnaissance du caractère palestinien de Jérusalem Est, à l’exception du mur des lamentations qui serait internationalisé ; et le renoncement partiel du droit au retour des Palestiniens en Israël, dans la mesure où il est désormais impossible de revenir en arrière sans créer encore plus de drames, et l’indemnisation des personnes déplacées.
Cet Accord de Genève n’engage ni le gouvernement israélien, ni l’Autorité palestinienne, mais si des hommes comme Yossi Beilin et Amram Mitzna revenaient au pouvoir à Tel Aviv, et si Arafat parvenait à faire entendre raison à son extrême droite, la paix serait immédiate.

L’Accord de Genève nous apprend plusieurs choses :
- D’une part, il nous montre qu’Ariel Sharon a été élu sur la base d’un mensonge. Il a fait croire à ses concitoyens que la paix était impossible et qu’ils devaient donc se résoudre à l’épreuve de force.
- D’autre part, l’exemple de Sharon nous conduit à croire que le sionisme, c’est obligatoirement la guerre. Mais Yossi Beilin vient de montrer que l’idéal de certains des fondateurs d’Israël n’est pas complètement mort et que, pour quelques Israéliens encore, le sionisme est compatible avec la paix.
- Enfin, force est d’admettre que Beilin, Mitzna et quelques autres sont isolés. Ainsi Shimon Perès et Ehud Barak, qui auraient normalement dû applaudir l’Accord de Genève, l’ont condamné. Non pas qu’ils en critiquent le contenu, mais parce qu’ils ont lié leur sort aux États-Unis et ne peuvent accepter un projet de traité rédigé sans Washington. En d’autres termes, ces dirigeants travaillistes préfèrent servir les États-Unis que leur propre peuple, et c’est bien là une des clefs de ce conflit qui s’éternise.

Fondation d’un « Axe de la guerre des civilisations » entre les extêmes droites israéliennes et états-uniennes

Si les travaillistes israéliens se déchirent, les partisans de la guerre s’unissent. Un grand colloque, le « Sommet de Jérusalem », vient de se tenir du 12 au 14 octobre à l’hôtel King David de Jérusalem. Aucun média n’en a rendu compte. Pour la première fois, trois groupes puissants, se sont réunis pour conjuguer leurs efforts et coordonner leurs actions.
- Pour commencer, il y avait là ceux que l’on appelle à Washington les « guerriers froids », c’est-à-dire des responsables de la CIA, de l’état-major interarmes et du Conseil national de sécurité, qui se sont illustrés pendant la Guerre froide. Ils considèrent aujourd’hui, qu’après le communisme, leur ennemi, c’est islamisme. Certains d’entre eux sont impliqués dans la préparation des attentats du 11 septembre, tous les ont instrumentalisés pour lancer la « guerre au terrorisme ».
- Puis, il y avait les adeptes d’une confrérie évangéliste, connue sous le nom discret de « la Famille ». Constituée au début de la Guerre froide, en 1947, cette confrérie s’est trouvé un porte-parole avec le pasteur Billy Graham. Son siège est installé juste à côté du Pentagone, dans une vaste propriété, Les Cèdres. La Famille croit que le retour du Christ est imminent, mais qu’il doit être précédé d’une bataille apocalyptique, l’Armagedon, qui se déroulera en Israël. Elle croit aussi que l’islam est une manifestation démoniaque qui doit périr au cours de cette bataille. Chaque année, la Famille sort de l’ombre à l’occasion d’un petit-déjeuner de prière, qui se tient le plus souvent au Congrès. Tous les présidents des États-Unis y ont participé, sans exception aucune, depuis 1947. Plus d’une cinquantaine de parlementaires US s’en déclarent sympathisants. La Famille, qui est une confrérie élitiste, a créé des associations de masses qu’elle dirige en sous-main. C’est d’abord la Christian Coalition, qui intervient dans toutes les législations sur les mœurs aux États-Unis, puis les Chrétiens sionistes. Ceux-ci pensent que l’Israël de la Bible est le même que l’État d’Israël actuel et affirment que c’est un devoir religieux pour les chrétiens de soutenir le gouvernement israélien. La Famille a aussi créé une représentation permanente à Jérusalem sous la dénomination d’Ambassade internationale chrétienne de Jérusalem.
- Enfin, il y avait le parti israélien d’Union nationale, qui regroupe surtout des immigrés d’origine russe et milite pour l’annexion des territoires occupés et l’expansion d’Israël vers l’Égypte et la Jordanie jusqu’à la création du Grand Israël. Ce parti d’extrême droite est dirigé par Avigdor Lieberman (ancien directeur de cabinet de Netanyahu) et le rabbin Benny Elon (actuel ministre du tourisme). C’est ce parti qui a financé le colloque grâce au mécénat de son sponsor, Michael Cherney, généralement considéré comme le « parrain des parrains de la mafia russe ». M. Cherney, qui est actuellement interdit de séjour en Russie et en Bulgarie, est réfugié depuis trois ans en Israël. Parti de rien, il est devenu le patron de grandes sociétés de fabrication d’aluminum et de télécommunication, et le principal fournisseur d’armement de Tsahal.
Ainsi donc, les faucons de Washington (comme Richard Perle), les intégristes chrétiens US (Gary Bauer), et l’extrême droite israélienne (Netanyahu, Belon, etc.) étaient réunis pendant trois jours dans un grand hôtel aux frais de la mafia russe.

Des mercenaires US réalisent-ils actuellement le « sale boulot » contre les Palestiens ?

À peine ce colloque fini, un convoi de voitures du département d’État a été attaqué à Gaza faisant trois morts. Surprise : les victimes ne sont pas des diplomates états-uniens, ni même des agents de la CIA, mais des mercenaires de Dyncorp.
Cette société, qui possède une des plus importantes armées privées du monde, sous-traite les sales boulots du département d’État. Son activité a été mise en lumière, en février 2001, lorsqu’elle a livré une bataille contre les FARC en Colombie, dans le cadre de la guerre états-unienne aux drogues. Le Congrès avait interdit au gouvernement Bush de faire usage d’armes lourdes, mais les commandos de Dyncorp sont arrivés avec des hélicoptères de combat bourrés d’armes sophistiquées.
Alors, que faisaient des mercenaires de Dyncorp, dans des voitures du département d’État, en territoire palestinien occupé ? Nul ne le sait exactement. Cependant, en arrière-plan, les différentes factions palestiniennes se battent entre elles pour prendre le contrôle des services de sécurité de l’Autorité palestinienne. En définitive, d’ailleurs, Yasser Arafat a réussi provisoirement à en reprendre la direction alors que certains de ses ministres semblaient prêts à accepter une supervision des États-Unis.

Réunion ultra-secrète du groupe commun politico-militaire États-Unis/Israël

Enfin, aujourd’hui débute la réunion ultra-secrète du groupe commun politico-militaire États-Unis/Israël. Il s’agit d’une sorte d’état-major commun aux deux États, créé en 1983 par Reagan et Shamir, qui se réunit deux fois l’an.
On y étudiera les possibilités de raids aériens sur l’Iran que l’armée de l’air israélienne sous-traiterait pour Washington. Si le projet se concrétise, le général Sharon exigera une rémunération à proportion du service rendu. Ayant abandonné l’idée d’assassiner ou de déporter Arafat, il pourrait exiger des compensations territoriales.

La guerre des civilisations, ce n’est pas seulement l’idéologie funeste développée au Sommet de Jérusalem, c’est aussi une stratégie militaire qui tue tous les jours en Palestine et demain dans tout le Proche-Orient.

 Thierry Meyssan
Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).
Les articles de cet auteur
Envoyer un message



Cette chronique est diffusée chaque lundi, à 6h45, sur les ondes de Radio Méditerrannée (88.6 en région parisienne).

 

 



Thèmes
11 septembre 2001
11 septembre 2001
- « Tueur à l’anthrax » : le mystère reste entier

- 115 mensonges sur les attentats du 11 septembre

- Les étranges propos d’un « spécialiste » du terrorisme de l’AFP...

- Manifestation pour la vérité sur le 11-Septembre à Bruxelles

- Les liens financiers occultes des Bush et des Ben Laden

- + + +


Le cartel Bush
Commander en ligne


« Le procès du 11 septembre » par Victor Thorn


« You're not stupid : get the truth », par William J. Cox


 

À propos du Réseau Voltaire - Contacts - RSS

  

Top