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Tribunes et décryptages - 25 novembre 2003
La division de l’Irak passe par l’étranglement du « triangle sunnite »
Décryptage
Shlomo Avineri trouve un motif de satisfaction aux attentats en Turquie : l’inévitable implication du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan dans la guerre au terrorisme. Il explique aux lecteurs du Jerusalem Post que les puissances occidentales ne peuvent pas vaincre le terrorisme seules car l’absence d’implication de pays musulmans dans cette guerre pousse leurs populations à la voir comme une guerre contre l’Islam. Vues les racines islamiques de l’AKP d’Erdogan et la non-participation de la Turquie à la guerre en Irak, Avineri espère que l’aide turque donnera un légitimité à la politique de Washington contre le terrorisme. Malheureusement pour l’analyste israélien, si le gouvernement turc a annoncé qu’il allait intensifier les recherches pour retrouver les auteurs des attentats, il n’a pas pour autant adhéré à cette rhétorique. Ainsi, le Premier ministre turc a mis en doute l’implication d’Al Qaïda dans ces attentats et les a associés aux événements en Irak. En outre, l’avenir du Kurdistan irakien, dont Avineri soutient l’indépendance, continue d’alimenter le débat entre Ankara et Washington.
Leslie H. Gelb revient dans le New York Times sur la partition de l’Irak dans des termes proches de l’argumentaire de Shlomo Avineri mais en y ajoutant une dimension : cette scission peut permettre la mise au pas du « triangle sunnite » en le privant des ressources du pétrole extrait dans les régions à majorité chiite et kurde. S’inspirant de l’exemple yougoslave, il prédit un nettoyage ethnique des minorités dans la région sunnite qui devra être géré par l’ONU puisque les troupes états-uniennes se seront retirées au Nord et au Sud de l’Irak où ils concentreront les efforts de reconstruction. Le centre sunnite devra alors se plier aux volontés de Washington ou payer le prix de son attachement à la souveraineté irakienne. Il s’agit du dernier raffinement apporté au plan Perle de découpage de l’Irak ouvrant la voie à la déportation des Palestiniens.
Franck Gaffney, le coordinateur des « faucons » états-uniens, condamne dans le Washington Times la rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) affirmant qu’il n’y a pas de preuves de l’existence d’un programme nucléaire militaire en Iran et que Téhéran n’a, par conséquent, pas violé le Traité de non-prolifération. Cette tribune entre dans le cadre d’une campagne de presse qui, selon l’ancien inspecteur en armement Scott Ritter, vise à intimider l’AIEA pour la pousser à rendre des conclusions plus favorable aux positions de Washington en vue d’un « changement de régime ».
Mansoor Ijaz et Malalai Wassil s’inquiètent dans le Christian Science Monitor du possible abandon par Washington de son programme d’aide au système éducatif afghan anéanti par 23 ans de conflit. Pour eux, renvoyer à l’école les femmes et les hommes qui n’ont pu bénéficier de l’enseignement du fait des guerres successives est le seul moyen de combattre le recrutement des Afghans par les groupes extrémistes.
Au lendemain du sommet Blair-Chirac sur la défense européenne commune qui a vu la décision de créer une force de frappe européenne, The Independant reproduit un discours de Lord Robertson, le secrétaire générale de l’Alliance atlantique. Il affirme que, contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs, l’OTAN n’est pas obsolète et continue d’être la clé de voûte de la défense de l’Europe, et du monde, contre le terrorisme et les armes de destruction massive. Il voit dans le travail en commun des armées européenne et états-unienne pendant la Guerre froide, la source de la bonne entente sur le terrain des troupes des pays de l’OTAN engagés en Irak, un argument qui ne risque pas de convaincre les pays partisans d’une défense européenne autonome.
Réseau Voltaire
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25 novembre 2003
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Contrôle du « Grand Moyen-Orient »
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Les poseurs de bombes ont-ils commis une erreur ? »
Auteur
Shlomo Avineri
Source
Jerusalem Post (Israël)
Référence « Have the bombers blundered ? », par Shlomo Avineri, Jerusalem Post, 25 novembre 2003.
Résumé Suite aux attentats contre deux synagogues et des institutions britanniques à Istanbul, Recep Tayyip Erdogan est dans une position inhabituelle puisqu’il est à la fois à la tête d’un parti aux racines islamique tout en devant faire face au défi posé par les terroristes fondamentalistes islamiques.
Jusqu’ici, le gouvernement de l’AKP a été une bonne surprise puisqu’il a respecté l’ordre constitutionnel et a fait adopter des lois soutenant les Droits de l’homme en Turquie. Ces mesures ont été prises pour faciliter l’entrée dans l’Union européenne mais cela ne diminue pas leur impact puisqu’elle démontre que l’AKP veut pousser la Turquie vers l’Europe. Aujourd’hui, suite aux attaques, Erdogan fait face au plus grand défi de sa carrière.
En s’attaquant au terrorisme fondamentaliste, il peut démontrer que l’Islam est multiple et qu’un parti musulman peut combattre le terrorisme. Cet engagement donne même une nouvelle tournure à la guerre au terrorisme. Les interventions en Afghanistan et en Irak ont montré que les pays occidentaux avaient peu de chances de gagner la guerre contre le fondamentalisme islamique. Seuls les musulmans peuvent gagner cette guerre en la menant au nom d’une vison modérée de l’Islam tandis que les occidentaux risquent de pousser les musulmans à croire que la guerre au terrorisme est une guerre contre l’islam.
En commettant des attentats en Turquie, les terroristes ont commis une erreur fatale. Désormais un gouvernement ayant une crédibilité chez les musulmans en raison de ses racines idéologiques et de son refus de participer à la guerre en Irak à participer à la guerre au terrorisme. Erdogan peut réussir là où les Occidentaux ont échoué et ainsi se rapprocher de l’Europe.

« La solution des trois États »
Auteur
Leslie H. Gelb
Source
New York Times (États-Unis)
Référence « The Three-State Solution », par Leslie H. Gelb, New York Times, 25 novembre 2003.
Résumé La nouvelle stratégie en Irak de George W. Bush et les propositions alternatives de ses opposants se heurtent à la réalité : l’Irak est un pays associant artificiellement trois communautés ethniques et sectaires qui ne sont demeurées unies que par la force.
Le président veut organiser des élections dans le pays mais cette annonce favorise les rumeurs de désengagements états-uniens. Des sénateurs influents veulent envoyer plus de troupes en Irak mais le Congrès et la Maison-Blanche s’y refusent et il est trop tard pour internationaliser l’occupation car l’ONU refuse d’assumer cette responsabilité cauchemardesque. La seule solution est donc de créer trois entités : une kurde au Nord, une sunnite au centre et une chiite au Sud. Il faut quitter le triangle sunnite et attendre que les sunnites, privés de pétrole et de revenus pétroliers modèrent leurs ambitions ou payent les conséquences de leurs actes.
L’Irak uni a été utile contre l’Iran après la révolution islamique et après la guerre du Golfe il fallait garder l’unité du pays pour éviter que la Syrie, la Turquie et l’Iran ne se disputent les morceaux du pays mais aujourd’hui les choses ont changé. Si les Kurdes n’incitent pas à l’insurrection en Iran ou en Turquie, Téhéran et Ankara s’accommoderont de leur indépendance. Si un État chiite peut devenir une théocratie ou tomber dans l’orbite iranienne, rien ne le laisse présager pour l’instant.
La Yougoslavie est un exemple d’échec d’union de populations disparates autrement que par la force. L’Irak a été construit par l’unification de trois provinces ottomanes différentes placées sous le contrôle d’un monarque soutenu par les forces britanniques puis des ba’asistes. Aujourd’hui, les sunnites tirent profit de l’unité car leur territoire est pauvre en pétrole mais ni les chiites, ni les kurdes ne veulent d’un pouvoir central.
Il faut tout d’abord faire du Nord et du Sud des régions autonomes à qui on confiera l’argent accordé par le Congrès et où on organisera des élections libres. L’ONU s’occupera de la région sunnite et devra protéger les minorités de cette région car elles souffriront peut-être de mesures de rétorsion et devront partir au Nord ou au Sud. Les États-Unis, dont les troupes seront redéployées au Nord et au Sud, devront lutter contre les insurrections organisées par les sunnites. Enfin, il faudra organiser une réunion entre les responsables des trois régions pour parvenir à un accord final.

« Ca ne vaut rien »
Auteur
Frank J. Gaffney Jr.
Source
Washington Times (États-Unis)
Référence « A non-starter », par Frank J. Gaffney Jr., Washington Times, 25 novembre 2003.
Résumé La réponse de l’ONU et de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) à la découverte d’un programme nucléaire en Iran est la preuve qu’il n’y avait pas d’alternative à l’invasion de l’Irak. Dans les derniers mois, il est devenu évident que le clergé radical iranien a violé ses obligations du Traité de non-prolifération qui autorise un pays à acquérir des technologies nucléaires à des fins pacifiques à condition qu’il ne les détourne pas à des fins militaires. En outre, les Iraniens ne se sont pas cachés du fait qu’ils travaillent à la construction de missiles de longues portées capables d’envoyer des armes de destruction massive sur Israël.
Comme à son habitude, la communauté internationale a exprimé sa préoccupation, voire a dénoncé la politique iranienne, mais n’a rien fait. Ainsi, à Vienne lors de la réunion de l’AIEA, l’organisation a décrit les moyens mis en place par l’Iran pour enrichir son uranium avant de conclure qu’il n’y avait pas de « preuves » que l’Iran a un programme nucléaire militaire. Mohamed ElBaradei utilise les mêmes précautions de langage que Hans Blix quand il souhaitait éviter de condamner l’Irak et, comme dans le cas de l’Irak, la France et l’Allemagne, cette fois soutenus par le Royaume-Uni, tentent d’empêcher les États-Unis de dénucléariser l’Iran.
Tareq Aziz aurait affirmé que la France et la Russie avaient promis à Saddam Hussein qu’ils empêcheraient les États-Unis d’attaquer l’Irak à l’ONU. Tant que des pays bloqueront les États-Unis en Irak, en Iran ou en Corée du Nord, il est illusoire de penser que nous pouvons « internationaliser » notre politique.

« Tenir le cap en Afghanistan »
Auteurs
Mansoor Ijaz, Malalai Wassil
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Malalai Wassil est une états-unienne d’origine afghane ayant quitté son pays en 1983 et actuellement étudiante en droit à New York.
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Source
Christian Science Monitor (États-Unis)
Référence « Holding the line in Afghanistan », par Mansoor Ijaz et Malalai Wassil, Christian Science Monitor, 25 novembre 2003.
Résumé Avec la reconstruction de l’Irak entachée par la guérilla d’Al Qaïda et la résurgence des Talibans au Pakistan et en Afghanistan, les politiciens ont perdu de vue les politiques à long terme pour stabiliser la région alors qu’elles sont essentielles pour priver les légions de Ben Laden de nouvelles troupes. Pour cela, il faut réorganiser le système éducatif de pays comme l’Afghanistan.
Après 23 ans de conflits, le système éducatif de l’Afghanistan est le pire du monde et aujourd’hui seuls 35 % des garçons et 3 % des filles vont à l’école primaire. Al Qaïda a pu prospérer sur ce vide en recrutant les jeunes hommes et en leur apprenant uniquement à combattre pour le Jihad. Les efforts amorcés pour reconstruire le système éducatif d’Afghanistan et du Pakistan, où l’extrémisme prospère toujours, apporteront des résultats à la rentrée 2004 mais ils ne porteront leur fruit que si l’engagement financier se fait sur le long terme. Les premiers résultats en Afghanistan sont encourageants mais il faut faire plus.
Il faut déployer plus de moyens et surtout dans l’éducation des femmes et des mères. La femme reste au cœur de la famille musulmane traditionnelle et les mères instruites empêcheront leurs fils de se joindre à Al Qaïda. Le gouvernement états-unien doit faire accepter au gouvernement afghan et aux seigneurs de guerre que les filles doivent avoir accès à l’éducation et Washington doit tenir ses engagements financiers pour permettre de payer de meilleurs salaires aux enseignants.
Il faut également aider les Afghans de la « génération perdue », les Afghans entre 12 et 30 ans, et les faire réintégrer le système éducatif pour leur donner les connaissances de bases.

« L’OTAN est apte à remplir sa tâche dans un nouveau monde »
Auteur
Lord Robertson of Port Ellen
Source
The Independent (Royaume-Uni)
Référence « Nato is equal to the task of a new world par Lord Robertson of Port Ellen, The Independant, 25 novembre 2003. Cette tribune est résumée d’un discours prononcé devant l’English-Speaking Union.
Résumé Le sommet de Prague de l’année dernière qui faisait suite aux attentats du 11 septembre a prouvé l’erreur de tout ceux qui pensait que l’OTAN n’avait plus d’utilité après la Guerre froide. L’alliance avait déjà cessé depuis longtemps d’être un outil de la Guerre froide en assurant la paix et la sécurité en Bosnie, en mettant fin au nettoyage ethnique de Milosevic, en empêchant une guerre civile en Macédoine, en intégrant les nouvelles démocraties issues de l’Europe de l’Est et en organisant des discussions avec la Russie.
Le 11 septembre a tout changé mais l’OTAN a été à la hauteur de la tâche et est devenue le moteur du développement de plans militaires pour lutter contre le terrorisme et les armes de destruction massive. Cinquante ans de coopération militaire ont appris aux troupes états-uniennes et européennes à travailler ensemble et cela s’est concrétisé lors de la guerre du Golfe, dans les Balkans, en Afghanistan et en Irak, que l’OTAN soit directement impliqué ou non.
L’OTAN est aussi au cœur d’un vaste système de partenariat incluant 46 pays qui forment un acteur clé dans la guerre au terrorisme.

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