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Tribunes et décryptages - 18 décembre 2003
Justification coloniale : l’infériorité culturelle des Arabes musulmans

Décryptage

Uri Avnery, leader du Bloc de la paix, analyse dans le Courrier de Genève le plan Olmert de retrait unilatéral de certains territoires palestiniens. Pour cet observateur averti, les propositions du ministre du Commerce ne sont que de la poudre aux yeux. Le gouvernement Sharon reprend ainsi l’initiative médiatique et fait passer au second plan l’Accord de Genève. Avnery décrypte les expressions utilisées par Olmert comme des faux-nez pacifistes du projet belliciste d’Ariel Sharon.
Les Arabes musulmans sont-ils aptes à vivre en démocratie ? Telle est la question paradoxale à laquelle tentent de répondre plusieurs polémistes. En effet, la démocratie suppose l’universalité de la personne humaine, tandis que cette question la nie.
Quoi qu’il en soit, Matti Golan se livre à une véritable diatribe dans le Jerusalem Post où il affirme que les Arabes se complaisent dans les régimes autoritaires et qu’il est donc vain de vouloir instaurer une démocratie en Irak. Après avoir clamé, il y a neuf mois qu’il fallait libérer les Irakiens de la tyrannie, il pose aujourd’hui que leur espoir ne peut être qu’une dictature éclairée.
Victoria Hobson et Constance Borde, deux féministes démocrates états-uniennes, rendent compte dans l’International Herald Tribune de leur voyage en Afghanistan. Des femmes s’y organisent pour jouir de leurs droits. Des religieux musulmans semblent approuver ce changement, mais peut-on leur faire confiance, se demandent-elles.
Elahé Sharifpour-Hicks de Human Rights Watch critique le discours de Shirin Ebadi à l’occasion de la remise de son Prix Nobel de la paix. En vilipendant les violations des droits de l’homme commises par les États-Unis et Israël et en laissant croire que l’islam et la démocratie sont compatibles, elle aurait fait le jeu des conservateurs de Téhéran, écrit-elle dans le Los Angeles Times.
En sélectionnant quelques passages du discours de Jacques Chirac sur son projet de loi interdisant les signes religieux dans les écoles et les hôpitaux, et en présentant la démarche du président de la république française comme visant à interdire le voile islamique, The Independent donne une connotation répression à ces propos. Dès lors Jacques Chirac apparaît comme un laïque intransigeant à la Atatürk.

Dan Perrin, président du très conservateur Conseil pour la défense de l’Amérique, s’indigne dans le Washington Times des dernières élections en Russie. Il appelle l’administration Bush a changer de politique vis-à-vis de Vladimir Poutine qu’il accuse de rétablir une forme de régime totalitaire avec des anciens du KGB.

Enfin, le député UMP Pierre Lequillier regrette l’échec du sommet de Bruxelles, mais ne pense pas qu’il paralysera l’Union européenne. Dans Le Figaro, il se félicite qu’un groupe d’États pionniers prennent en charge la construction de l’Europe politique que le Conseil européen ne parvient pas à faire avancer. Dans la droite ligne de la communication officielle, ce point de vue s’attache à masquer le naufrage du rêve d’une Europe politique élargie.

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18 décembre 2003

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Thèmes
 Néoconservatisme, racisme
 CentCom : Contrôle du « Grand Moyen-Orient »

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Comment Sharon enterre l’Initiative de Genève »

Auteur Uri Avnery

Uri Avnery est cofondateur de Gush Shalom, un mouvement demandant un retour aux frontières de 1967 et la partition de Jérusalem. Il a été membre du groupe terroriste Irgun dans les années 40. Il écrit fréquemment pour le journal Ma’ariv.

Source Le Courrier de Genève (Suisse)
Référence

« Comment Sharon enterre l’Initiative de Genève », par Uri Avnery, Le Courrier de Genève, 17 décembre 2003.

Résumé

Le plan Olmert et les déclarations en faveur de « mesures unilatérales » ou annonçant un déplacement des colonies ne sont que de la poudre aux yeux lancée par Ariel Sharon pour détourner l’attention de l’accord de Genève et des scandales financiers qui le rattrape.
La transformation d’Olmert, de faucon vociférant en douce colombe, a été convaincante : dans le même temps, il a été obligé de se soumettre à une demande européenne d’indiquer l’origine des produits d’Israël exportés vers l’Europe, ce qui a suscité la colère des colons à son égard. Suite aux déclarations du ministre, les travaillistes ont sorti leurs costumes de ministres de leurs housses et s’attendent à ce que le Premier ministre renvoie ses ministres d’extrême droite et les rappelle au gouvernement. J’ai pourtant prévenu des dizaines de fois : faites attention à ce que fait Sharon, pas à ce qu’il dit.
Le gouvernement développe le mur à un rythme effréné pour mettre en pièce le territoire palestinien et il développe les colonies. Tout cela entre dans un plan qui n’est pas contredit par les déclarations d’Olmert :
- « Mesures unilatérales » : il n’y aura pas d’accord de paix avec les Palestiniens qui seront enfermés derrière le Mur.
- « Un État avec une majorité à 80% juive » : tous les territoires palestiniens peu peuplés seront annexés, notamment les oliveraies qui entourent certains villages, mais pas les villages.
- « Concessions douloureuses » : Israël abandonnera les centres à forte population palestinienne, ne laissant aux Palestiniens que 10-12% du territoire de la Palestine d’avant 1948.
- « Un État palestinien » : Sharon est prêt - en fait, impatient - à voir ces enclaves appelées « État palestinien ». Cela affranchira Israël de toute responsabilité sur la population. S’ils meurent de faim ou décident de partir, tant mieux.
- « Déplacements de colonies » : les dizaines de petites colonies construites dans les centres de population palestinienne seront transférées dans les zones annexées à Israël, augmentant leur composante juive.
- « Le terrorisme continuera » : ceci ne mettra pas fin à la guerre. Sharon et les siens n’y ont pas intérêt. En ce qui les concerne, elle peut durer éternellement.


« Pour l’Irak, un gouvernement non-représentatif »

Auteur Matti Golan

Journaliste et écrivain, Matti Golan est l’ancien rédacteur en chef d’Ha’aretz et de Globes.

Source Jerusalem Post (Israël)
Référence

« For Iraq, unrepresentative government », par Matti Golan, Jerusalem Post, 18 décembre 2003.

Résumé

L’insistance de George W. Bush, de ses conseillers et de Paul Bremer sur la transformation de l’Irak en démocratie est troublante car elle reflète une stratégie totalement dissociée de la réalité. La possibilité d’instaurer un gouvernement représentatif en Irak ou dans un pays arabe n’est qu’une illusion futile.
Les Arabes ont autant de chance de devenir des démocrates que le pape un athée. C’est une question de caractère et de structure de personnalité modelée par les siècles. La plupart des Arabes cherchent une figure d’autorité pour les diriger, leur donner des ordres et leur dire quoi faire et quand le faire. Il n’y a quasiment pas de démocratie dans le monde arabe même si certains États se définissent ainsi et qu’il y a des élections. Dans ces derniers cas, c’est une farce dont on connaît le résultat à l’avance. Cependant, il n’y a pas de dictature forcée et ce type de régime est exactement ce que veut la majorité des citoyens.
On ne peut pas éduquer les Arabes à la démocratie. Il ne faut pas compter sur les intellectuels arabes pour ça car ils sont encore plus opposés à la démocratie ou aux accords de paix avec Israël que la population. Les intellectuels arabes ne veulent que perpétuer les systèmes en place. Les Arabes israéliens sont souvent présentés comme un contre-exemple parce qu’ils votent, fondent des partis politiques et participent à des coalitions, mais ce ne sont pas des démocrates. Ils ne votent pas en fonctions de leurs idées politiques, mais par clans.
Les Américains doivent se baser sur la réalité plutôt que sur leurs espoirs. Ce qu’il faut espérer pour l’Irak, c’est une dictature éclairée.


« Mobiliser au pays de la burka »

Auteurs Victoria Hobson, Constance Borde

Victoria Hobson est une féministe états-unienne vivant à Paris.

Constance Borde est membre de l’association Americans against the war et présidente du parti démocrate en France.

Source International Herald Tribune (France)
Référence

« Mobilizing in the land of the burka », par Victoria Hobson et Constance Borden, International Herald Tribune, 18 décembre 2003.

Résumé

Au début du mois de décembre, nous avons assisté au rassemblement de plus de 2000 femmes venant de 10 des 32 provinces d’Afghanistan à Kaboul pour discuter du projet de constitution et faire des propositions visant à mieux garantir le droit des femmes en tant que citoyennes de la république islamique. La résolution adoptée a été proposée à la Loya Jirga.
Le rassemblement réunissait des femmes occupant déjà des responsabilités, des hommes, mais quasiment pas de burka, le symbole de l’oppression des femmes dans le pays. Les médias internationaux étaient presque totalement absents et la représentation internationales se limitait à une délégation de 25 visiteurs français et américains. Cette réunion était pourtant très importante car les femmes s’y sont présentées comme les égales des hommes et ont reçu le soutien de certains religieux qui auparavant soutenaient l’inégalité. On ignore si on peut leur faire confiance.
Accroître la place des femmes dans une constitution islamique serait une victoire pour l’islam modéré et moderne. Cette réunion était le point culminant d’années d’effort pour dénoncer la situation des femmes en Afghanistan. Cela va donner naissance à un mouvement populaire qui poursuivra le combat en poussant les femmes à s’inscrire sur les listes électorales et à se présenter aux élections.


« L’Iran et les Droits de l’homme : parler ne coûte rien »

Auteur Elahé Sharifpour-Hicks

D’origine iranienne, Elahé Sharifpour-Hicks a été chercheuse sur les questions iraniennes (1994-2003) à Human Right Watch.

Source Los Angeles Times (États-Unis)
Référence

« Iran and Human Rights : Talk Is Cheap », par Elahé Sharifpour-Hicks, Los Angeles Times, 18 décembre 2003.
Sa note biographique dans le journal stipule que les vues défendues dans cette tribune sont celles de l’auteur et n’engage pas Human Right Watch.

Résumé

Il y a trois ans, quand le président Khatami s’est adressé à l’ONU, beaucoup ont crû qu’il restaurerait les relations de son pays avec le reste du monde et qu’il ouvrait une nouvelle ère de compréhension entre le monde musulman et l’occident. Depuis pourtant, les relations ont empiré, le « dialogue des civilisations » s’est effondré avec le World Trade Center et l’Iran fait désormais partie de l’« Axe du Mal » pour George W. Bush.
Alarmé par cette polarisation croissante entre les deux mondes, le comité Nobel a choisi de donner le Prix Nobel de la paix à Shirin Ebadi, une avocate voyant l’islam et les Droits de l’homme comme compatibles. Le pouvoir symbolique de ce choix ne peut être nié, mais la déception fut grande suite à son discours, qui aurait pu être celui d’un responsable officiel de Téhéran. En effet, bien qu’elle vive dans un pays où la répression est institutionnalisée, les seules violations des Droits de l’homme qu’elle a dénoncé sont celles des détenus de Guantanamo et les souffrances des Palestiniens, oubliant ce qui se déroule dans son pays.
Son discours ne fut qu’une récitation des accomplissements iraniens et musulmans en matière de Droits de l’homme et des attaques contre les États-Unis et Israël pour plaire à son auditoire européen. En ne traitant que de la question de la compatibilité des Droits de l’homme et de l’islam, elle a fait le jeu des conservateurs dans son pays.


« L’école doit être un sanctuaire républicain »

Auteur Jacques Chirac

Jacques Chirac est président de la République française.

Source The Independent (Royaume-Uni)
Référence

« School must be a secular sanctuary », par Jacques Chirac, The Independant, 18 décembre 2003. Cette tribune est adapté du discours prononcé hier par le président français. Ce discours est présenté comme le « discours sur les principe de laïcité » par l’Élysée et comme le discours sur l’interdiction du foulard islamique par le journal.

Résumé

L’école est un sanctuaire républicain que nous devons défendre pour préserver l’égalité durant l’acquisition des savoirs et des valeurs pour les garçons et les filles pour protéger nos enfants et leur éviter d’être exposés à ce qui divise et entraîne le conflit entre eux. Il ne faut pas faire de l’école un lieu d’uniformisation et d’anonymat où les allégeances religieuses sont interdites, mais nous voulons aider les chefs d’établissements à faire face aux problèmes avec des règles claires.
Le débat sur la laïcité, l’intégration, l’égalité des chances et le droit des femmes pose la question de la France que nous voulons pour nous et nos enfants. Nous avons une histoire riche, une langue et une culture, des idéaux et des valeurs dont nous devons être fiers et que nous devons préserver. Nous devons confirmer notre engagement en faveur d’une laïcité généreuse et ouverte, de la tolérance, de la solidarité et du droit des femmes.


« Effrayantes élections russes »

Auteur Dan Perrin

Dan Perrin est le président et fondateur de l’American Defense Council.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence

« Scary Russian elections », par Dan Perrin, Washington Times, 18 décembre 2003.

Résumé

Ceux qui avaient placé leurs espoirs en Vladimir Poutine doivent admettre qu’ils avaient tort. Les résultats des dernières élections en Russie sont le résultat de la prise de contrôle par le Kremlin des médias libres, de la décapitation des partis démocratiques et pro-occidentaux et de l’arrestation ou de l’exil des principales figures du secteur privé. Dans ces conditions, le parti vainqueur est le parti « Unir la Russie », trop souvent traduit par « Russie unie » dans les médias occidentaux, du président russe qui a construit son discours autour du thème de la mère Russie. Le second parti est celui de Vladimir Jirinovski, ultra nationaliste et antisémite. Le troisième, c’est le parti communiste et le quatrième un autre parti nationaliste fondé il y a trois mois et sans doute téléguidé par le Kremlin. Grâce à ces résultats, Poutine a dix voix de plus qu’il ne lui en faut pour amender la constitution.
L’Occident doit faire face désormais à ceux que les Russes appelle les siloviki, les membres de l’ancien appareil militaire et de renseignement soviétique, qui occupent 2000 des 8000 postes clé du pays. Ce groupe est sans doute à l’origine du détournement de 4,8 milliards de dollars de prêt du FMI en 1998 pour financer ses opérations. Aujourd’hui, M. Poutine insiste sur la reconstruction de l’armée russe tout en s’attaquant aux contre pouvoirs. En outre, le président a déclaré qu’il voulait constituer un complexe de défense uni, regroupant les pays de l’ex-URSS.
Les résultats des élections doivent réveiller George W. Bush et Colin Powell et nous devons changer notre politique vis-à-vis de la Russie pour ne pas laisser les forces non-démocratiques se reconstituer.


« Après la crise, le sursaut »

Auteur Pierre Lequiller

Député UMP des Yvelines, Pierre Lequiller est président de la délégation de l’Assemblée nationale pour l’Union européenne et ancien membre de la Convention européenne.

Source Le Figaro (France)
Référence

« Après la crise, le sursaut », par Pierre Lequiller, Le Figaro, 18 décembre 2003.

Résumé

Six mois après que la Convention européenne ait réussi l’exploit inespéré de se rassembler autour d’un texte, la discorde a prévalu au sommet de Bruxelles. Toutefois, la constitution européenne n’est pas morte et les négociations vont se poursuivre sous la présidence irlandaise et peut-être au-delà. Mieux vaut une absence d’accord à un mauvais compromis, le message de samedi tranche avec les marchandages à courtes vues des précédents sommets.
L’adoption d’une constitution se fera, mais qui peut dire quand ce jour viendra ? Le décalage entre une demande d’Europe toujours plus forte des peuples et la frilosité des dirigeants est préoccupant. Nous ne pouvons plus nous passer longtemps d’un président stable du Conseil européen, d’une politique étrangère commune, de règles de votes plus simples et démocratiques et d’une Europe plus en phase avec les attentes des citoyens. Nous sommes confrontés à une impasse politique, mais pas institutionnelle car le Traité de Nice permettra vaille que vaille d’intégrer les nouveaux membres.
Nous devons toutefois aujourd’hui choisir entre la simple gestion d’une vaste zone de libre échange et la constitution d’une Europe politique. Les pays qui ont cette dernière ambition doivent donc se réunir pour fonder un groupe pionnier. C’est sur cette avant-garde que repose l’avenir de l’Europe.


 



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Questions nucléaires
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