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Meilleurs voeux de la Maison-Blanche et du Pentagone

Le programme des faucons pour 2004

Dans un ouvrage à paraître le 5 janvier, David Frum et Richard Perle exposent un plan d’action « pour gagner la guerre au terrorisme ». Ces deux personnalités influentes des cercles dirigeants de Washington expriment officieusement dans leur livre « An End to Evil » les projets du vice-président Richard Cheney et du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld : saboter l’ONU, combattre la France et l’Arabie saoudite, attaquer sans attendre l’Iran, la Syrie et la Corée du Nord.

| Paris (France)
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David Frum et Richard Perle proposent un plan d’action « pour gagner la guerre au terrorisme » (An End to Evil : Strategies For Victory in the War on Terror), dans un ouvrage qui sera mis en vente le 5 janvier 2004.

David Frum est l’ancien rédacteur des discours de George W. Bush. Il a quitté Washington peu avant l’attaque contre l’Irak et s’est installé à Londres. Il y a servi d’intermédiaire entre la Maison-Blanche et Downing Street tout en écrivant une hagiographie du président Bush : The Right Man.

Surnommé par ses amis le « prince des ténèbres », Richard Perle, quant à lui, ancien conseiller d’Alija Izetbegovic et de Benjamin Netanyahu, est une des personnalités les plus influentes de Washington. Proche de Donald Rumsfeld, il préside le Conseil consultatif de défense du Pentagone, fonction dont il avait provisoirement démissionné lors de sa mise en cause pour trafic d’influence. Il est notamment analyste à l’Institute for Advanced Strategic & Political Studies (IASPS) ; administrateur du Center for Security Policy, de la Foundation for the Defense of Democracies, du Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA) du Hudson Institute, du Washington Institute for Near East Policy (WINEP). Il est aussi directeur du Jerusalem Post (quotidien du groupe Hollinger d’Henry Kissinger récemment renfloué par le Carlyle Group) et membre du cabinet de relations publiques pro-israélien Benador Associates.

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David Frum

Perle et Frum sont tous deux salariés de l’American Entrerprise Institute, un think tank reaganien animé par Lyne Cheney, épouse du vice-président des États-Unis. Bref, au regard de leurs carrières et fonctions, Perle et Frum sont les porte-parole officieux des différents groupes de faucons et les adversaires déclarés des milieux d’affaires pro-globalisation et du secrétaire d’État, Colin L. Powell.

Leur livre, intitulé La Fin du Mal : comment gagner la guerre au terrorisme, n’est pas encore disponible, mais ils en ont aimablement adressé un résumé à divers relais d’opinion. Le titre est évidemment une reprise de la célèbre formule, « Axe du Mal », inventée par David Frum pour George W. Bush à partir des expressions « Axe Rome-Berlin » (le camp du fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale) et « Empire du Mal » (l’URSS communiste delon par Ronald Reagan).

Il est probable que le résumé de l’ouvrage laisse de côté des passages importants, mais il pointe ce que les auteurs souhaitent que l’on en retienne. Perle et Frum dénoncent en premier lieu les menaces qui pèsent, selon eux, sur les États-Unis : le terrorisme islamiste financé par l’Arabie saoudite, les armes nucléaires nord-coréennes, le militarisme chinois. Puis ils s’en prennent aux faiblesses de leur pays : l’opposition des officiers supérieurs à la réforme des forces armées voulue par Rumsfeld, le naufrage des agences de renseignement dans la bureaucratie la moins efficace, et les liens de certains diplomates avec des États étrangers. Cette dernière critique vise le général Colin Powell accusé d’être corrompu par la famille royale saoudienne et ne manque pas d’audace quand on connaît les attaches financières de Richard Perle en Israël.

Frum et Perle poursuivent en stigmatisant le Conseil de sécurité de l’ONU où quatre puissances aujourd’hui de second rang (la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France) prétendent encadrer la politique des États-Unis, voire y opposer leur veto. Ils préconisent donc de se désengager des Nations Unies.

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Richard Perle

Puis, ils s’en prennent à la France et à l’Arabie saoudite. Paris est accusé à juste titre de vouloir relativiser la puissance des États-Unis. C’est pourquoi il faut désormais considérer la France comme « un adversaire » et faire exploser l’Union européenne. « Nous devons donc forcer les gouvernements européens à choisir entre Paris et Washington », écrivent-ils. Pour arrimer Londres à Washington, il faut accepter d’ouvrir le marché états-unien aux armements britanniques. Riyad est accusé de financer Al Qaeda et d’être ainsi impliqué dans les attentats du 11 septembre. Comme ils n’ont aucune preuve pour étayer leurs imputations, Frum et Perle implorent le président Bush de « révéler la vérité sur les Saoudiens ». Ceux-ci tenteraient d’exporter la terreur par le biais d’organisations musulmanes jusqu’en Europe et aux États-Unis.

Le programme d’éradication du « Mal » de MM. Perle et Frum passe ensuite par des opérations militaires contre l’Iran, la Syrie et la Corée du Nord. Il faut cesser les négociations actuelles avec le régime des mollahs, qui utilise son influence sur les chiites irakiens et son adhésion au Protocole additionnel du Traité de non-prolifération nucléaire pour gagner du temps, et le renverser maintenant. Puis, il convient de renverser Bashar El-Asad en Syrie en coupant son approvisionnement énergétique depuis l’Irak, son approvisionnement en armes depuis l’Iran, et en multipliant les incursions contre les groupes palestiniens qu’il abrite, comme Israël l’a fait récemment. Enfin, les auteurs préconisent de faire monter la tension avec la Corée du Nord afin d’obliger les Chinois à remplacer leur marionnette Kim Jong-Il. Pour cela, les États-Unis doivent exiger le désarmement immédiat de la Corée du Nord, puis prétexter du refus de Pyonyang pour installer un blocus de type anti-cubain, voire pénétrer militairement sur le territoire nord-coréen depuis la ligne de démarcation.

L’ouvrage a été remis la semaine dernière au président George W. Bush par les auteurs. Il traduit explicitement la pensée stratégique du vice-président Dick Cheney et du secrétaire à la défense Donald Rumsfeld. La paix internationale est désormais menacée par des dirigeants de la première puissance mondiale.

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