Réseau Voltaire

Le Premier ministre palestinien propose un État binational pour sortir du conflit, solution rejetée par Colin Powell

+

En réponse aux menaces formulées par le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, concernant la fixation unilatérale par Israël des frontières avec l’Autorité palestinienne, son homologue palestinien, Ahmed Qureih, a suggéré, jeudi 8 janvier 2004, que les Palestiniens cherchent une solution au conflit dans la création d’un État bi-national. Le chef du gouvernement palestinien a ajouté, dans une interview à l’agence de presse états-unienne Reuters, que le plan proposé par Ariel Sharon était « une solution d’apartheid ».
Des hauts fonctionnaires de l’Autorité palestinienne ont immédiatement écarté comme « non sérieuses » ces déclarations. Le Jerusalem Post recense, pour étayer l’idée d’une opposition au sein de l’appareil palestinien, les propos anonymes d’un membre de l’administration qui indique : « Je ne me suis pas battu toute ma vie contre l’occupation israélienne pour obtenir la citoyenneté israélienne. Les menaces d’Abu Ala visent simplement à mettre la pression sur Israël à cause de la construction du mur ».
Le secrétaire d’État états-unien, Colin Powell, a également écarté les propos du Premier ministre palestinien et réaffirmé l’attachement des États-Unis à une solution à deux États. Selon lui, la solution d’un État binational n’est pas viable : « Je pense que [la solution à deux États] est la seule issue qui fonctionnera ; un État pour les Palestiniens appelés Palestine, et un État juif, l’État d’Israël qui existe ».
Concernant le plan de désengagement unilatéral présenté par Ariel Sharon, il a indiqué que celui-ci ne serait pas mis en application si les Palestiniens se montraient des interlocuteurs fiables pour les négociations. Il a donc formulé à nouveau les exigences de Washington à l’égard du gouvernement de l’Autorité palestinienne, en déclarant que « ce dont nous avons besoin dans l’immédiat, c’est que le Premier ministre de l’Autorité palestinienne prenne le contrôle des forces de sécurité et s’en serve, ainsi que des autres moyens dont il dispose, pour s’attaquer au terrorisme et faire cesser la violence. ». Ce n’est qu’à cette condition « que nous pourrons avancer avec la Feuille de route ».
La date butoir pour la création d’un État palestinien provisoire, prévue par la Feuille de route, a été dépassée le mois dernier dans un contexte de gel complet des négociations. Colin Powell doit envoyer prochainement le sous-secrétaire d’État pour les affaires proche-orientales, William Burns, en Égypte, afin qu’il évalue les avancées des négociations de cessez-le-feu qui doivent aboutir à un arrêt, au moins temporaire, des attaques menées par des Palestiniens contre des Israéliens.
Cette situation a suscitée une réaction « pessimiste » du chef de la diplomatie de l’Union européenne, Javier Solana, qui a déclaré au Syria Times, jeudi 8, que la communauté internationale était en train « d’échouer » dans ses efforts pour raviver le processus de paix. S’exprimant avant une rencontre qui doit intervenir vendredi 9 janvier 2004 avec le ministre des Affaires étrangères palestinien, Nabil Shaath, il a ajouté que l’Europe continuait à croire que les accords de Genève pouvaient contribuer à apaiser le conflit israélo-palestinien.
Il a également dit espérer qu’une rencontre entre les émissaires du Quartet auteur de la Feuille de Route - l’Union européenne, la Russie, l’ONU et les États-Unis - aient prochainement lieu, même s’il n’a pas pu donner de date précise.
En début de semaine, le ministre des Affaires étrangères saoudien, le prince Saoud al-Faisal a annoncé une possible action conjointe des pays arabes et de l’Union européenne pour relancer la Feuille de route.
Par ailleurs, des responsables du Hamas ont minimisé l’importance des déclarations de leur chef spirituel, le cheikh Ahmed Yassin, selon lesquelles son mouvement serait prêt à accepter un État palestinien comprenant uniquement la Cisjordanie et la bande de Gaza. Dans une interview donnée à une agence de presse allemande, le cheikh Yassin a en effet déclaré, mercredi 7 janvier, que « le Hamas est prêt à accepter une paix temporaire si un État palestinien est créé en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Le reste des territoires sera laissé à l’Histoire ». Ces propos ont été interprétés par certains responsables comme un tournant dans la politique du Hamas qui préconisait jusque là l’établissement d’un État musulman de la Méditerranée jusqu’au Jourdan. D’après des membres du Hamas, ces propos auraient été déformés et mal interprétés, le chef spirituel du Hamas s’étant déjà prononcé par le passé pour une trêve armée en cas de retrait de Tsahal de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.
En 1999, dans une interview donnée au journal états-unien USA Today, Ahmed Yassin avait indiqué que le conflit pourrait se terminer si Israël effectuait ce retrait, et que les relations avec Israël devraient être laissées à l’appréciation des générations futures.

Source
Jerusalem Post (Israël)
Syria Times (Syrie)

« Qurei ’not serious’ about binational state », par Khaled Abu Toameh, Jerusalem Post, 8 janvier 2004. « Powell rejects Qurei’s ’bi-national’ threat », par Janine Zacharia, Jerusalem Post, 9 janvier 2004. « EU`s Solana "pessimistic" on Mideast peace hopes », Syria Times, 9 janvier 2004. « Hamas plays down Yassin peace offer’ », par Khaled Abu Toameh, Jerusalem Post, 9 janvier 2004.

Regards du Proche-Orient

Le monde vu du Proche-Orient. Tous les jours, le Réseau Voltaire a relevé les informations publiées dans la presse du Proche-Orient et les a résumé sous forme de dépêches sourcées (mai 2003-janvier 2004).

Articles sous licence creative commons

Vous pouvez reproduire librement les articles du Réseau Voltaire à condition de citer la source et de ne pas les modifier ni les utiliser à des fins commerciales (licence CC BY-NC-ND).

Soutenir le Réseau Voltaire

Vous utilisez ce site où vous trouvez des analyses de qualité qui vous aident à vous forger votre compréhension du monde. Ce site ne peut exister sans votre soutien financier.
Aidez-nous par un don.

Comment participer au Réseau Voltaire ?

Traducteurs de niveau professionnel : vous pouvez nous aider à rendre ce site accessible dans votre langue maternelle.