« Ne laissez pas l’Irak devenir un nouvel Haïti »
Auteur
Max Boot
Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Don’t Let Iraq Become a Haiti », par Max Boot, Los Angeles Times, 12 février 2004.
Résumé Presque un mois après avoir fêté son bicentenaire, la guerre civile a éclaté à Haïti. Ce pays est l’un des plus pauvres du monde. Il est gouverné par Jean-Bertrand Aristide, un ancien prêtre élu en 1990, renversé en 1991 et remis au pouvoir par les États-Unis en 1994, qui a déçu les espoirs de ses partisans avec un gouvernement de plus en plus brutal et corrompu. Il est important de prêter attention à l’histoire de ce territoire car Haïti peut nous fournir des informations importantes sur la façon dont nous devons nous comporter en Irak.
Les États-Unis ont envahi deux fois Haïti. La première fois, en 1915, le président Wilson a envoyé les troupes en raison d’une situation encore pire que celle que le pays connaît aujourd’hui. Il l’a fait par idéalisme (pour diffuser la démocratie dans les Caraïbes) et par réalisme (pour éviter que les Français et les Allemands n’interviennent eux-mêmes). Le pays a été occupé jusqu’en 1934 avec un président haïtien désigné par les États-Unis. Il s’agit de la période où les Haïtiens ont été les plus libres et où le pays a le plus prospéré. Puis les États-Unis sont partis et la situation n’a cessé de décliner avec pour paroxysme l’arrivée au pouvoir des Duvallier. En 1994, Bill Clinton est intervenu également par idéalisme (pour la démocratie) et réalisme (pour mettre un terme aux débarquements de boat people aux États-Unis et satisfaire l’électorat noir), mais les troupes ne restèrent pas aussi longtemps que la première fois et laissèrent vite la main à l’ONU et à Aristide qui s’avéra aussi mauvais que ses prédécesseurs.
La première leçon à retenir, c’est que les élections ne font pas une démocratie puisque Aristide a été largement élu, mais n’a ni un gouvernement humain, ni éclairé. Alors que sous l’occupation des années 20, il n’y avait pas d’élections, mais les Haïtiens étaient plus libres. La seconde, c’est que la reconstruction nécessite la présence des troupes états-uniennes. Il faut donc en Irak d’une part une Constitution qui garantisse les libertés avant d’organiser des élections et, d’autre part, se préparer à laisser des troupes sur place pour des décennies.

« Abandonner le contrôle de l’Irak, une étape à la fois »
Auteur
James Dobbins

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James Dobbins est directeur de la Rand Corporation. Il a été l’envoyé spécial de l’administration Bush en Afghanistan et il avait supervisé auparavant les opérations de maintien de la paix au Kosovo, en Bosnie, en Haïti et en Somalie.
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Source
International Herald Tribune (France)
Référence « Relinquishing control of Iraq, one hand at a time », par James Dobbins, International Herald Tribune, 12 février 2004.
Résumé L’administration Bush est en train d’effectuer cinq transitions importantes en Irak :
 La rotation des 130 000 hommes stationnés en Irak, la plus importante rotation de troupes de l’histoire moderne.
 Le transfert de pouvoir de l’ Autorité provisoire de la Coalition vers un gouvernement provisoire à la fin juin, un transfert qui occasionne déjà des difficultés.
 Le transfert du contrôle de la reconstruction de l’Irak à l’ONU, après juin.
 Le passage d’un contrôle militaire purement états-unien à une gestion par l’OTAN.
 Le passage de la primauté du département de la Défense à celle du département d’État pour gérer les efforts états-uniens en Irak.
Dans un monde parfait, tout serait fini cet été, mais aucune de ces transitions ne sera facile à mettre en place et, hormis la première, toutes pourraient être retardées, voire annulées.
En effet, pour qu’un gouvernement provisoire soit formé cet été, il faudra persuader la majorité chiite de renoncer aux à la tenue rapide d’élections et les Kurdes de ne pas demander l’autonomie. Pour que l’ONU assume ses responsabilités, il faudra convaincre Kofi Annan que le travail en vaut la peine et qu’il sera soutenu par les États-Unis. Pour que l’OTAN s’investisse, il faudra convaincre la France et l’Allemagne. Même le passage de relais entre le département de la Défense et le département d’État ne sera pas simple.
Ces transferts représentent un grand changement dans la politique des États-Unis en Irak. Il sont motivés par le sur-déploiement des troupes états-uniennes dans le monde et le caractère trop onéreux d’une reconstruction payée presque exclusivement par les États-Unis. En outre, les États-Unis ont vu le bon travail de l’ONU et de Lakhdar Brahimi en Afghanistan et ils souhaitent qu’ils agissent de la même façon en Irak. Quoi qu’il en soit, le nouveau gouvernement irakien aura besoin d’un long soutien extérieur et pas seulement de la part de Washington.

« Nous sauver nous-mêmes de l’autodestruction »
Auteur
Mohamed ElBaradei
Source
New York Times (États-Unis)
Référence « Saving Ourselves From Self-Destruction », par Mohamed ElBaradei, New York Times, 12 février 2004.
Résumé La prolifération nucléaire est un phénomène qui prend de l’ampleur car l’équipement, le matériel et l’expertise sont de plus en plus disponibles et que la demande existe du fait du sentiment d’insécurité de certains pays qui sont prêts à enfreindre les règles pour les acquérir. Si nous ne faisons rien, cette tendance s’accentuera et l’offre s’accroîtra. Un jour les terroristes disposeront de ces armes et si le monde ne change pas nous courrons vers l’autodestruction.
Il est facile de réformer le Traité de non-prolifération et nous pouvons le renforcer sans menacer la souveraineté nationale. Il faut commencer par renforcer les contrôle sur les exportations de matières nucléaires, une priorité mise en avant, hier, par George W. Bush. Il faut mettre en place un système international autorisant le développement du nucléaire civil, mais criminalisant l’aide à la prolifération militaire. Les pouvoirs des inspecteurs doivent être renforcés et il faut interdire à tout pays signataire de quitter le traité sans que le Conseil de sécurité de l’ONU n’étudie cette sortie comme une menace. Il faut également que la constitution de carburant nucléaire soit placée sous contrôle afin qu’il ne puisse être détourné de son utilisation civile.
Bien évidemment, une part fondamentale de la lutte contre la prolifération doit être l’engagement des cinq pays nucléaires à se désarmer, un désarmement qui doit être vérifiable et définitif. La lutte contre la prolifération doit aussi passer par la mise en place d’un système de sécurité des nations qui en diminuant le sentiment d’insécurité de certains pays diminuera le risque que ces pays ne cherchent à acquérir des armes nucléaires.

« Le procès Milosevic est une farce »
Auteur
Neil Clark
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Neil Clark est un écrivain spécialisé sur les Balkans et l’Europe de l’Est.
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Source
The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « The Milosevic trial is a travesty », par Neil Clark, The Guardian, 12 février 2004.
Résumé Cela fait deux ans aujourd’hui que le procès de Slobodan Milosevic s’est ouvert à La Haye. Carla Del Ponte, la procureur, était fière d’annoncer qu’il était jugé pour 66 actes de crimes de guerre et de génocide. CNN annonçait qu’il s’agissait du plus grand procès depuis Nuremberg et qu’il démontrerait la « sauvagerie médiévale » des crimes commis par « le boucher de Belgrade ». Depuis, les choses vont mal pour Mme Del Ponte.
Elle est incapable de prouver la responsabilité personnelle de Milosevic dans les atrocités commises au Kosovo, atrocités dont la nature et l’étendue ont été remises en question. Ainsi le témoignage de Bilall Avdiu, affirmant avoir vu des douzaines de corps mutilés à Racak, un événement ayant précipité le déclenchement de la guerre s’est avéré mensonger et on n’a trouvé aucun corps mutilé. Rade Markonic, ancien chef des services de renseignement yougoslaves, a affirmé avoir subi des pressions et des tortures pendant un an et demi pour signer un texte contre Milosevic qui avait été rédigé par la Cour. Et il s’avère que le témoignage de Radomir Tanic a été présenté contre rémunération des services britanniques. Concernant les crimes en Croatie et en Bosnie, cela ne va pas beaucoup mieux et Del Ponte n’a pas été capable de prouver la complicité de Milosevic dans le massacre de Srebrenica. Le tribunal n’a pas amélioré son bilan en faisant témoigner Wesley Clark à huis clos avec l’autorisation accordée à Washington de censurer des passages qui pourraient être contraires aux « intérêts états-uniens ».
Malgré cette somme d’errements, la seule organisation occidentale à avoir protesté est le British Helsinki Group. Richard Dicker d’ Human Right Watch s’est déclaré « impressionné » par le travail de Del Ponte et Judith Armatta de l’ Alliance internationale pour la justice a été plus loin en considérant que Milosevic était déjà jugé coupable. Les cyniques remarqueront que ces deux groupes, comme le tribunal, sont financés par George Soros.
Des crimes horribles ont été commis dans les Balkans et il faut que les responsables soient jugés, mais ce tribunal n’est qu’un outil politique au service de l’OTAN qui a refusé les preuves démontrant que les responsables occidentaux étaient coupable de crimes de guerre. Milosevic est surtout jugé pour avoir été à l’encontre des intérêts économiques et militaires des nations les plus puissantes de la planète.

« La loi des violeurs »
Auteur
Mariam Rawi
Source
The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « Rule of the rapists », par Mariam Rawi, The Guardian, 12 février 2004.
Résumé Quand les États-Unis ont commencé à bombarder l’Afghanistan, le 7 octobre 2001, l’oppression des femmes afghanes a servi de justification. Laura Bush s’est réjouie de leur libération. Amnesty International a récemment dépeint un tout autre tableau de la situation en affirmant que les violences sexuelles et l’oppression des femmes se poursuivaient. Si les femmes de Kaboul et d’autres villes sont libres d’aller à l’école et d’avoir des emplois, ce n’est pas le cas de la majeure partie de la population féminine.
Dans la province d’Herat, le seigneur de guerre Ismaïl Khan a imposé des décrets proches de ceux des Talibans et, face à cette oppression, de nombreuses jeunes femmes se suicident, plus encore que sous les Talibans. Cela ne va pas mieux dans les territoires contrôlés par l’Alliance du Nord. Sous l’ère des Talibans, les femmes arborant un peu de leur peau étaient flagellées, aujourd’hui elles sont violées. Selon Human Right Watch, beaucoup de femmes continuent de porter la Burka pour se protéger et des parents évitent d’envoyer leurs filles à l’école de peur des agressions sexuelles.
Malgré la rhétorique, le gouvernement Karzaï n’a rien fait pour arrêter cela et le ministère de la femme est de la poudre aux yeux. Les États-Unis ont remplacé un régime fondamentaliste misogyne par un autre. Les premières mesures contre les femmes ont été prises en 1992 par l’Alliance du Nord et aujourd’hui, c’est elle qui détient réellement le pouvoir. Colin Powell avait pourtant déclaré que le droit des femmes n’était pas négociable. Ceux qui affirment que ce traitement des femmes fait partie de la culture afghane oublient que les Afghanes se battent pour leurs droits et prennent des risques pour cela. La Revolutionary Association of Women of Afghanistan (Rawa), qui était interdite sus les Talibans, n’a toujours pas le droit de publier ses revues ou d’ouvrir un bureau à Kaboul. Le féminisme n’a pas besoin d’être importé en Afghanistan, il y existe depuis longtemps. Il a d’ailleurs été instrumentalisé, sans notre accord, après le 11 septembre.

« Les affirmations de Blair ne sont pas crédibles »
Auteur
Crispin Black
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Le lieutenant-colonel Crispin Black a travaillé dans les services de renseignement militaires britanniques (1994-96) puis au service d’évaluation des renseignements du ministère de la Défense (1999-2002). Il est directeur de Janusian Security Risk Management, une compagnie de sécurité opérant en Irak.
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Source
The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « Blair’s claim is simply incredible », par Crispin Black, The Guardian, 12 février 2004.
Résumé En tant qu’ancien membre du renseignement du ministère de la Défense britannique, retraité six semaine avant la remise du rapport de la Commission Hutton, et ayant rassemblé des documents pour le compte du Comité central du renseignement et pour le Premier ministre, j’ai été troublé par le rapport de la commission d’enquête. Il ressort de ses conclusions une description des services de renseignement qui n’a rien à voir avec ce que j’ai connu durant ma carrière.
Ce rapport provoque l’hilarité quand il affirme : « Nous ne pouvons pas exclure totalement que les désirs du Premier ministre aient influencé de façon inconsciente le Comité central du renseignement ». Il est plus embarrassant encore d’entendre Tony Blair affirmer qu’il ne savait pas que les déclarations concernant le déploiement en 45 minutes des armes irakiennes s’appliquaient aux armes tactiques sur le champs de bataille et non aux armes stratégiques. Pour que cette affirmation à la Chambre des communes soit crédible, il aurait fallu que ni Robin Cook, ni Geoff Hoon ne l’avertissent, et que l’information ne soit pas jugée suffisamment importante pour qu’elle lui soit expliqué en détail. Il aurait également fallu que le rapport parle du déploiement d’arme en 45 minutes sans préciser lesquelles et que, lorsqu’il fut publié, aucun service ne fasse d’objection au Premier ministre.

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