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Tribunes et décryptages - 29 août 2005
Ariel Sharon salué comme un homme de paix
Décryptage
Notre rubrique Tribunes libres internationales change de nom et devient Tribunes et décryptages à l’aube de sa quatrième année d’existence. Ce changement de titre n’augure pas d’une transformation majeure, mais résulte de la prise en compte d’une évolution en cours. Quand nous l’avons créée en septembre 2002, nous estimions que les tribunes et pages « libre opinion » des grands quotidiens de la presse internationale étaient un lieu de débat où les décideurs mondiaux pouvaient expliquer leurs politiques et leurs idéologies. Nous n’étions pas naïfs au point de ne pas voir qu’il s’agissait avant tout d’un affrontement entre membres d’un cercle restreint et que les présentations des évènements étaient parfois empreintes d’une mauvaise foi visant à tromper l’opinion publique sur les intentions réelles des auteurs. Toutefois, nous estimions alors que le simple résumé des propos était suffisant pour livrer une image des débats internationaux.
Au fur et à mesure de notre travail, notre vision a changé. Nous avons pu observer que loin d’être un lieu de débat, les pages « tribunes » et « libres opinions » sont un lieu d’influence globale. Nous avons progressivement découvert l’importance de bureaux de relations publiques permettant à leurs différents clients de présenter un même point de vue dans l’intégralité de la presse internationale. Le tout sous des étiquettes différentes et sans, bien sûr, préciser que les textes faisaient partie d’une campagne de communication globale. Au fur et à mesure de cette prise de conscience, nos analyses se sont développées. Pour mieux rendre compte du fonctionnement de cette « fabrique du consentement », nous avons également décidé de nous distancier de l’actualité immédiate et de travailler par thème en regroupant des tribunes publiées sur une même question plutôt que des textes parus le même jour mais n’ayant pas forcément de rapport entre eux.
Le titre Tribunes libres internationales qui ne reflétait que la matière première de notre analyse ne nous semblait plus approprié, c’est pourquoi nous l’avons changé. La nouvelle dénomination, Tribunes et décryptages, illustre notre volonté de vous fournir une analyse toujours plus précise de la façon dont les décideurs et les experts médiatiques orientent le débat sur les grandes questions géopolitiques.
Cette orientation de l’opinion via un pluralisme anémié s’est une fois de plus illustrée cet été dans la façon dont la presse occidentale a traité du plan israélien de désengagement de Gaza. On y a noté une sur-représentation du point de vue israélien ou sioniste et une quasi-totale absence de la présentation du point de vue arabe, du point de vue palestinien ou même juif antisioniste.
Il y a quelques mois, nous avions traité un texte de Meron Bevenisti dénonçant dans Ha’aretz la fausse querelle opposant les partisans et les opposants du retrait de Gaza en Israël. Deux camps qui partageaient la même idéologie. Ce texte était l’illustration du point de vue d’une partie de la gauche israélienne qui dénonce la duplicité du gouvernement Sharon dans cette affaire. Rien de ce débat ne transparaît dans la presse internationale qui préfère présenter le seul conflit opposant Ariel Sharon et ses alliés travaillistes à l’extrême-extrême droite du Likoud. Il est facile, dès lors, de schématiser cette opposition entre un camp de la paix autour du général Sharon, qu’il convient de soutenir, et un camp nationaliste et hostile à toute résolution du conflit. Bien sûr, dénoncer le plan de retrait de Gaza, c’est se rapprocher dangereusement du second camp.
Pourtant, il y aurait lieu de s’inquiéter des réelles orientations de ce plan. Rappelons que lors de sa première présentation, c’est-à-dire dans le discours du général Sharon à Herzliya, le 18 décembre 2003, le retrait de Gaza était présenté comme complémentaire de la construction de la « barrière de sécurité » afin de permettre à Israël de redéfinir ses frontières par la force et de maintenir des zones d’occupation plus sûres et moins coûteuses. Plus tard, le conseiller du Premier ministre, Dov Weisglass, avait affirmé à la presse israélienne que le retrait de Gaza était avant tout un moyen de conserver la Cisjordanie. Une partie des colons de Gaza expulsés ont été relogé en Cisjordanie. Enfin, le plan de désengagement lui-même, validé par Washington, n’exprime aucune volonté israélienne de se soumettre enfin au droit international, seul moyen de parvenir à la paix.
La diplomatie israélienne a déployé de grands efforts dans la presse internationale pour accréditer une vision manichéenne du débat et assimiler toute opposition au plan Sharon à une opposition à la paix. Elle a mobilisé ses ambassadeurs dans chaque pays pour véhiculer un discours bien rôdé. L’idéal type de ce discours se trouve sous la plume de Naftali Tamir, ambassadeur d’Israël en Australie. Dans The Australian, il affirme que son pays, malgré les souffrances qu’il a enduré dans les années 90, est en train de mener une politique courageuse et prend un grand risque en faveur de la paix en libérant Gaza. Par conséquent, c’est, bien évidemment, aux Palestiniens, qu’il incombe désormais de faire les efforts nécessaires pour parvenir à une paix durable. Israël étant seul habilité à décider si ces efforts sont suffisants. Cette vision des choses est, logiquement reprise par le vice-Premier ministre israélien, Shimon Peres, dans le Times de Londres. Il invite la communauté internationale à soutenir l’action de son gouvernement et les grandes entreprises à relancer l’économie israélienne. Notons qu’Israël est engagé dans un vaste processus de privatisation et de libéralisation de son économie et de celle de la Palestine qui inclus la privatisation des ports palestiniens.
Ces textes ont une tonalité fort différente de celle de l’intervention télévisée d’Ariel Sharon à l’occasion du début du processus de retrait le 15 aôut. Cette image d’un double discours, selon qu’il est destiné à l’opinion publique internationale ou aux colons israéliens, est renforcée par la lecture dans The Independent d’extraits du discours que le président israélien Moshe Katzav a adressé aux colons de Gaza le jour du début des opérations d’évacuation. Il lance un grand appel à l’unité nationale et agite pour cela la menace arabe « venant de l’Est ». Il appelle au rassemblement des colons et du reste de la population juive d’Israël pour réaliser le rêve sioniste. Ces concepts sont, à dessein, flous et peuvent avoir de nombreuses interprétations possibles, difficile d’en déduire des intentions politiques précises. Toutefois, une chose est claire : il ne s’agit pas du message de paix que les relais d’Israël délivrent dans le reste du monde.
S’appuyant sur les discours de la diplomatie israélienne, les partisans d’Ariel Sharon expriment leur soutien à sa politique. Le haut représentant de l’Union européenne pour la Politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana, se félicite dans Ha’aretz, puis Le Figaro, du retrait de Gaza. Il assure Tel-Aviv de son soutien contre les opposants au plan Sharon, assimilés là encore aux ultra-nationalistes, et affirme que ce plan est un moyen de relancer la « feuille de route ». Pourtant, celle-ci prévoyait un gel de la colonisation des territoires palestiniens par Israël alors que le retrait de Gaza va de paire avec la construction du Mur d’annexion et de nouvelles implantations en Cisjordanie. En outre, le plan Sharon ne prévoit pas de nouvelles évacuations territoriales.
Toujours dans Le Figaro, l’ancien ministre socialiste français, Jack Lang, et le responsable du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et de SOS-Racisme, Patrick Klugman, assurent que non seulement ce retrait permet une relance de la feuille de route, mais qu’il est compatible avec l’Initiative de Genève de Yossi Beilin et Yasser Abed Rabo. Un point de vue que Beilin lui-même n’osait pas vraiment adopter dans son texte d’explication publié dans Ha’aretz sur le soutien de son parti à Ariel Sharon. Partant de cette analyse, les deux auteurs appellent le « peuple de gauche » à soutenir le général Ariel Sharon, pourtant idéologue du colonialisme et criminel de guerre avéré par la justice de son propre pays. Cet appel, publié juste avant l’université d’été du Parti socialiste français à La Rochelle, ne semble pas y avoir fait débat… peut-être parce qu’il a été publié dans Le Figaro, journal peu lu par le « peuple de gauche ».
Aux États-Unis, l’ancien coordinateur pour le Proche-Orient de l’administration Clinton, Dennis Ross, appelle l’administration Bush à soutenir le plan Sharon. Dans le Boston Globe, il vante l’acte politique courageux du général Sharon et estime que désormais c’est aux Palestiniens de faire un pas. Il appelle le gouvernement de Mahmoud Abbas à se montrer plus agressif vis-à-vis des groupes armés et invite Washington à soutenir financièrement cette politique. Si les Palestiniens peuvent voir les bénéfices économiques de la lutte contre les groupes armés, Abbas aura davantage de possibilité d’agir dans le sens souhaité aux États-Unis et en Israël. Le ministre palestiniens des Affaires étrangères, Nasser Al-Kidwa, réclame lui aussi une aide économique internationale dans Nezavissimaïa Gazeta sans aborder pour autant la question des groupes armés. Tentant de renverser les présupposés développés dans la presse occidentale, il rappelle que c’est avant tout l’occupation israélienne qui est la cause du problème et que celle-ci n’a pas pris fin.
Sur le site arabophone, Islam online, le rédacteur en chef du Monde diplomatique, Alain Gresh, dénonce l’analyse répandue dans la presse occidentale sur les bienfaits du plan Sharon. Il affirme que ce retrait n’est qu’une opération de poudre aux yeux visant à distraire l’attention internationale et à mieux prendre le contrôle de la Cisjordanie. L’auteur prétend que les Palestiniens ne sont pas dupes et que si Tel-Aviv poursuit dans cette voie sans rien accorder de plus, une nouvelle Intifada éclatera. Le directeur de l’Institut du Proche-Orient de Moscou, Evgueni Sanatovsky, partage ce point de vue. Dans Gazeta, il estime que ce retrait est surtout utile au clan Sharon pour masquer la politique de privatisation en Israël dont il bénéficie et les affaires de corruption dans lequel il est empétré. Il estime que l’Intifada est inévitable et que les territoires palestiniens vont éclater en petits potentats aux mains de seigneurs de guerre, comme cela s’est passé en Afghanistan après le retrait soviétique.
Réseau Voltaire
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29 août 2005
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Thèmes
Résistance en Palestine
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Un retrait en gardant la paix à l’esprit »
Auteur
Naftali Tamir
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Naftali Tamir est ambassadeur d’Israël en Australie et en Nouvelle Zélande.
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Source
The Australian (Australie)
Référence « Retreat with peace in mind », par Naftali Tamir, The Australian, 15 août 2005.
Résumé Le plan de désengagement de la bande de Gaza et du Nord de la Samarie [ 1] prévoit l’évacuation de toutes les colonies puis de toutes les installations militaires s’y trouvant. Pour que ce retrait soit un succès, il nécessite une grande coopération entre Israël et l’Autorité palestinienne.
Les objectifs de ce plan de retrait sont une réduction des frictions entre Israéliens et palestiniens, permettre aux Palestiniens de sortir du cycle de la violence, mettre un terme aux plaintes palestiniennes concernant la responsabilité d’Israël quant au sort des populations palestiniennes et favoriser la négociation d’un statut final. En outre, le plan prévoit des mesures pour aider l’économie palestinienne. Il y a eu une forte résistance à ce plan en Israël. Nous savons que de nombreuses vies d’Israéliens de gaza et du nord de la Samarie vont changer dramatiquement. Le gouvernement israélien comprend leurs peurs et fera tout pour apaiser les problèmes qui pourraient les affecter. Pourtant, malgré ces problèmes, le désengagement est la bonne politique. C’est un pas en avant vers la paix et la coexistence.
Israël est le premier à avoir le courage de faire une concession significative, en dépit des souffrances qu’a connu mon pays dans les années 90 du fait du terrorisme. Pour renforcer notre sécurité, le désengagement de Gaza a été conçu comme un plan unilatéral, mais ce n’est pas pour autant qu’il va à l’encontre de la paix ; au contraire, en renforçant la sécurité, il peut nous aider à parvenir à la paix à long terme.

« Un jour important pour la paix : pourquoi Gaza compte pour nous tous ce matin »
Auteur
Shimon Peres

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Prix Nobel de la paix en 1994, Shimon Peres est ancien Premier ministre israélien (1995-1996) et ancien ministre des Affaires étrangères. Il est l’actuel chef du parti travailliste et député à la Knesset. Depuis janvier 2005, il est vice-Premier ministre du gouvernement d’union nationale israélien.
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Source
The Times (Royaume-Uni)
Référence « A momentous day for peace : why Gaza matters to us all this morning », par Shimon Peres, Times, 15 août 2005.
Résumé Le désengagement commence aujourd’hui et il va peser sur la vie des Israéliens pour de nombreux mois. Depuis plus d’un an, le plan de désengagement a relégué à l’arrière plan toutes les autres initiatives et tous les autres plans. Maintenant que le désengagement est engagé, il est temps de réfléchir à ce qui va se passer après le plan. Le désengagement n’est que la première étape. Il démontre que la nation qui a fui l’esclavage en Égypte pour venir en Israël n’est pas devenue une nation dominatrice.
Il est toutefois important de procéder par étapes. Nous pourrons nous appuyer sur ce retrait pour discuter des frontières permanentes entre un État palestinien et Israël. Les questions de Jérusalem et des réfugiés appartiennent pour leur part à l’avenir. Ces questions sont encore trop polémiques. Négocions d’abord sur ce sur quoi nous pouvons nous accorder. Pour cela, nous devons nous appuyer sur la « feuille de route ».
En s’appuyant sur le désengagement, les Palestiniens doivent de leur côté parvenir à établir une autorité fonctionnelle à Gaza. Pour cela, Mahmoud Abbas a besoin de l’aide du monde. Il faut privatiser le processus de paix en impliquant les grandes entreprises dans l’aide économique aux Palestiniens ; il faut développer l’économie palestinienne et aider à relancer l’économie israélienne.
Le parti travailliste israélien est entré dans le gouvernement d’union nationale pour soutenir le désengagement. Sans nous, il n’aurait pas été possible et nous pensons qu’il s’agit de la bonne politique.

« Nous vous demandons pardon pour notre demande de départ »
Auteur
Moshe Katzav
Source
The Independent (Royaume-Uni)
Référence « ’We ask forgiveness for the demand that you leave’ », par Moshe Katzav, The Independent, 15 août 2005. Ce texte est adapté d’un discours du président israélien à direction des colons de Gaza et diffusé par la télévision et la radio publique israéliennes.
Résumé Mes frères, résidents de Gaza et du nord de la Samarie [ 2], après une année de discussions intenses, le temps de quitter les colonies est venu. Vous les avez construites avec l’accord du gouvernement, vous vous êtes défendus bravement, vous avez élevé des générations de jeunes Israéliens glorifiant leur pays mais aujourd’hui, au nom de l’État d’Israël, nous vous demandons de quitter vos maisons. Cette demande intervient après des années de sacrifices de votre part et pour cela nous vous demandons pardon.
Toutefois, si vous avez le droit de protester, vous n’avez pas le droit de mener des actions illégales ou violentes. Vous devez vous plier aux décisions des institutions nationales. Ceux qui haïssent Israël rêvent de nous diviser, ne nous laissons pas faire. Ne croyez pas pour autant que ce plan tue vos rêves sionistes. D’autres batailles viendront, surtout venant de l’Est, mais avec l’aide de Dieu, nous parviendrons à la paix et à la sécurité.

« Un énorme défi, une grande opportunité »
Auteur
Javier Solana

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Ancien ministre socialiste espagnol des Affaires étrangères (1992-1995) et ancien secrétaire général de l’OTAN (1995-1999), Javier Solana est le haut représentant de l’Union européenne pour la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC).
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Sources
Ha’aretz (Israel), Daily Star (Liban), Le Figaro (France)
Référence « A huge challenge, a great opportunity », par Javier Solana, Ha’aretz, 23 août 2005.
« L’Europe puissance pacificatrice », Le Figaro, 26 août 2005.
« Europe is ready to commit more after disengagement », Daily Star, 10 septembre 2005.
Résumé Le désengagement de Gaza, désormais fermement engagé, est un événement crucial tant pour le peuple palestinien que pour le peuple israélien. Il offre une chance de créer un État palestinien tout en bénéficiant aux deux parties. L’intérêt des deux camps et du reste du monde est que cette opération soit une réussite. Si le désengagement est couronné de succès, en effet, cela ouvrira la voie à une relance des négociations et à une application de la « feuille de route ».
La bonne gestion des risques sécuritaires, politiques, socio-économiques est un enjeu cardinal du désengagement. Ariel Sharon a fait preuve d’une grande détermination face aux oppositions à ce plan. Le spectacle de l’expulsion forcée des colons par les forces israéliennes souligne la nature dramatique de l’opération, tout comme la nécessité de soutenir le gouvernement israélien. Du côté palestinien, ce désengagement offre une chance de prouver leur capacité à prendre en charge la responsabilité de leurs propres affaires.
Le succès de l’opération sera essentiellement jugé du point de vue des questions de sécurité. Pour Israël, il faut éviter que Gaza ne devienne un refuge de terroristes tandis que l’Autorité palestinienne devra y faire la démonstration de sa capacité à préserver et à faire respecter la loi. À cela s’ajoute le défi consistant à gérer les aspects économiques du désengagement. Sur ces deux terrains, l’Union européenne est prête à s’impliquer fortement. Nous agissons déjà en faveur du désengagement et cette action va se poursuivre. L’Union européenne a été pendant longtemps le premier soutien de l’Autorité palestinienne et elle a contribué à hauteur de 60 millions d’euros au plan de désengagement. Nous soutenons l’action du quartet et nous voulons jouer un rôle d’arbitre ou de tiers entre les deux parties afin de contribuer à la gestion des douanes et le contrôle des frontières ou à faciliter les échanges de marchandises et de personnes entre Gaza et le reste du monde. Nous aidons également les Palestiniens à réformer l’Autorité palestinienne.
Un état de crise au Proche-Orient est une nuisance pour la région et pour le monde. Nous devons œuvrer pour le bon déroulement du processus de désengagement. Mais la mise en œuvre de ce projet doit se fixer pour horizon la réalisation d’un retrait réussi, dans l’espoir de relancer la négociation et de repartir sur la voie d’un accord entre deux États. Il faut réfléchir à l’après-Gaza et ne pas laisser passer une telle opportunité.

« Être de gauche, soutenir Sharon »
Auteurs
Jack Lang, Patrick Klugman

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Jack Lang est député (PS) français et ancien ministre de la Culture et de l’Éducation nationale.
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Source
Le Figaro (France)
Référence « Être de gauche, soutenir Sharon », par Jack Lang et Patrick Klugman, Le Figaro, 18 août 2005.
Résumé Qui aurait un jour pensé qu’un gouvernement dirigé par l’ex-général Ariel Sharon aurait un jour combattu la colonisation de Gaza ? Le plan de désengagement de Gaza et du nord de la Cisjordanie est imparfait, mais nous espérons son succès. Ce n’est pas pour autant la fin de notre soutien à l’ « Initiative de Genève » de Yossi Beilin et Yasser Abed Rabo. Ce n’est pas contradictoire.
Pour beaucoup, le plan de désengagement unilatéral est apparu comme une réaction au plan de Genève, chargée de masquer l’initiative. Dix-huit mois plus tard nous constatons que le plan n’a plus d’unilatéral que le nom. Il a reçu le soutien des États-Unis, du Quartet et, de façon surprenante, il a contribué au réchauffement des relations entre Israël et l’Égypte. En outre, l’évacuation en cours permet une importante coopération entre Israéliens et Palestiniens, quasiment jamais vue depuis la signature des accords d’Oslo. Surtout, nul n’ignore que le plan de retrait a créé un bouleversement politique en Israël, qui nous incite à revoir nos jugements passés. Le désengagement a pu avoir lieu grâce au soutien du parti travailliste et du Yahad de Yossi Beilin, contre l’opposition d’une partie du Likoud menée par M. Benjamin Netanyahu et des mouvements nationalistes.
Nous souhaitons que cette phase d’évacuation soit le premier pas d’une solution concertée qui aboutisse à la création d’un État palestinien viable aux côtés de l’État d’Israël. Pour autant, cette situation nouvelle devrait appeler de notre part une analyse renouvelée. Il faut rompre avec la défiance vis-à-vis du plan de désengagement. N’est-il pas navrant de constater qu’une large part de la gauche française est plus intransigeante que la gauche israélienne sur ce sujet, et que les amis français des Palestiniens sont plus difficiles à convaincre du bien-fondé du processus en cours que les Palestiniens eux-mêmes ? Pour notre part, nous préférons être ébranlés dans nos certitudes et soutenir ce projet.

« La feuille de route après Gaza »
Auteur
Dennis Ross
Sources
Jerusalem Post (Israël), The Boston Globe (États-Unis)
Référence « The road map after Gaza », par Dennis Ross, Boston Globe, 22 août 2005.
« Rev up the road map », Jerusalem Post, 30 août 2005.
« Bush should profit from the Gaza opening », Daily Star, 5 septembre 2005.
Résumé C’est un moment difficile pour Ariel Sharon, mais le désengagement de Gaza est une étape nécessaire pour la sécurité et la démographie d’Israël. Il a parié son avenir politique sur le retrait de Gaza et si rien ne semble avoir changé après une étape si douloureuse, il devra en payer le prix.
Sharon a insisté sur le caractère unilatéral du retrait de Gaza, mais aujourd’hui son sort dépend largement des Palestiniens. S’ils parviennent à arrêter la violence, le retrait de Gaza sera payant. Mahmoud Abbas a mis en place une politique de discussion avec le Hamas et les autres groupes militants. Il est parvenu à obtenir une trêve mais ce n’est pas pour autant que le Hamas renonce à la violence définitivement. Abbas ne pourra avoir une stratégie plus agressive que s’il parvient à développer son autorité et pour cela, il faut que sa politique porte ses fruits : il faut le soutenir.
Pour cela, les États-Unis doivent :
 S’assurer à ce que les aides promises soient enfin versées.
 Travailler à la réforme d’une Autorité palestinienne corrompue par le système mis en place par Yasser Arafat avec l’Union européenne et la Banque mondiale.
 Permettre une ouverture des territoires palestiniens vers le monde. Jim Wolfensohn y travaille.
 Il faut définir quelles mesures seront prises dans l’avenir.
Ce sera difficile mais le désengagement de Gaza crée une ouverture.

« Les Palestiniens ne se retireront pas de Jérusalem »
Auteur
Nasser Al-Kidwa

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Membre de l’OLP depuis 1968, Nasser Al-Kidwa est membre du conseil national de la Palestine depuis 1975. Il est entré au conseil révolutionnaire du Fatah en 1989. Il a été représentant à l’ONU pendant 20 ans et est ancien ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne (2005-2006).
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Source
Nezavissimaïa Gazeta
Référence « ПАЛЕСТИНЦЫ НЕ ОТСТУПЯТСЯ ОТ ИЕРУСАЛИМА », par Nasser Al-Kidwa, Nezavissimaïa Gazeta, 29 Août 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Ma rencontre avec Sergeï Lavrov était une préparation pour la rencontre du « quartet proche-oriental » qui se tiendra en Septembre à New York. La Russie est prête à fournir une aide au peuple palestinien pour organiser ses forces de sécurité et rétablir les infrastructures socio-éducatives. L’évacuation des populations juives est une étape très importante, mais il faut encore démonter les points de contrôle qui isolent l’autonomie du monde extérieur, rendre l’aéroport et le port maritime de Gaza ainsi que la rive occidentale du Jourdain. Israël doit aussi mettre un terme à l’occupation illégale de Jérusalem, à la construction du mur et à l’élargissement des colonies restantes.
Nos infrastructures gouvernementales ont été totalement détruites par Israël et elles sont difficiles à reconstruire. C’est un cas unique dans l’histoire moderne, un peuple tente de remettre son État en place alors qu’il est toujours sous occupation. Quand les Palestiniens seront convaincus qu’Israël veut la paix, alors, des organisations comme le Hamas ou le Djihad Islamique renonceront à l’utilisation de la force.
Nous attendons des États-Unis qu’ils se prononcent en faveur de l’arrêt total des opérations illégales d’Israël et espérons que tous les acteurs de la régulation du conflit reviendront à la « feuille de route ». Il y a malheureusement des forces qui ne sont pas favorables à la poursuite de ce processus de paix, ce ne sont pas seulement quelques groupes extrémistes mais aussi certains cercles politiques en Israël.

« Le retrait de Gaza est une illusion »
Auteur
Alain Gresh
Source
Islam online
Référence « صحفي فرنسي : الانسحاب من غزة "وهم" », par Alain Gresh, Islamonline, 18 août 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Le retrait israélien de la bande de Gaza est une mesure « limitée » et « illusoire ». Il ne pourrait pas constituer une première étape vers une reprise du processus de paix globale ; par ailleurs ce retrait vise à mettre en jeu le reste des droits des Palestiniens. De ce fait, une nouvelle Intifada risque de se déclencher si Israël ne cesse pas d’encourager l’occupation à Jérusalem Est et en Cisjordanie occupée. Le retrait actuel de Gaza a été effectué à des fins politiques, il s’agit de faire croire au monde entier qu’Israël a franchi un pas vers une reprise du processus de paix. De même, ledit retrait est à mettre en parallèle avec une augmentation sans précédent des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem Est. Le gouvernement Sharon cherche via ce retrait à faire de la propagande sur la scène internationale, lui permettant d’alléger les pressions subies, et en même temps de jouer avec ce qui reste des droits de Palestiniens.
D’ailleurs, divers points associant le retrait n’ont pas encore été réglés, tels que : Les Palestiniens peuvent ils accéder et sortir librement de Gaza, pour se rendre en Égypte ou en Cisjordanie où résident beaucoup de leurs familles ? Les Palestiniens ont-ils le droit d’avoir un port et un aéroport ? Ces questions et d’autres, auxquelles le gouvernement israélien n’a pas fourni de réponses, risquent de transformer la bande de Gaza en une grande prison pour les palestiniens.
L’enjeu le plus important après ce retrait reste l’avenir de la Cisjordanie, Ariel Sharon est-il prêt à se retirer de cette partie de la Palestine occupée ? Les prochains mois détermineront si une nouvelle Intifada aura lieu ou pas. Ainsi, et pour mettre fin aux opérations militaires, il faut mettre en place un État palestinien indépendant qui devait normalement avoir vu le jour, selon la « feuille de route », depuis plusieurs mois. Mais, la création d’un État palestinien ne semble pas être faisable sachant que ni la communauté internationale, ni les États-Unis, ni l’Union européenne n’exercent assez de pression sur Israël pour l’obliger à négocier ou à se retirer des territoires palestiniens occupés.

« Sharon se dépêche pour achever cela de son vivant »
Auteur
Evgueni Sanatovsky
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Evgueni Sanatovsky est président de l’Institut du Proche-Orient.
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Source
Gazeta (Fédération de Russie)
Référence « Шарон торопится сделать это при жизни », par Evgueni Sanatovsky, Gazeta, 18 Août 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé L’ establishment de gauche a longtemps provoqué la droite et les colons pour qu’il y ait des affrontements avec les forces de sécurité. Le rôle des services secrets est un thème a part ; tout cela sera dévoilé dès que la fumée sera retombée. La principale raison de cette évacuation du secteur de Gaza c’est que la carrière d’ Ariel Sharon touche à sa fin et que tout ce qui concerne les évacuations est bon pour sa carrière ainsi que pour celle de ses enfants. Cela n’a aucun rapport avec la sécurité d’Israël.
Les territoires palestiniens sont au bord de la guerre civile et le retrait de Gaza devrait provoquer un début d’Intifada sur la rive ouest et une guerre civile en Palestine. Ce retrait est absolument analogue au retrait russe d’Afghanistan. Le schéma droite-gauche n’existe plus, Sharon est soutenu par Avoda, par Shimon Peres, par la presse de gauche dont il avait toujours été l’ennemi ; même les communistes ne le critiquent plus. Benjamin Netanyahu avait quitté le Likoud dans l’optique d’une scission dans le parti. Les vieux dirigeants sont en fin de carrière et derrière eux il y a un vide politique. L’orientation traditionnelle des riches Ashkénazes vers le Labour et des pauvres Sépharades vers le Likoud n’est plus d’actualité.
La situation n’incite pas à l’optimisme, il n’y a aucune garantie pour que le terrorisme diminue après le retrait de Gaza. Le sud est à portée de missiles, on peut désormais installer des armes modernes à Gaza en passant par l’Égypte et l’Intifada est inévitable sur la rive ouest du Jourdain. La Palestine pourrait éclater en plusieurs enclaves dirigées par des chefs locaux. Dans ces conditions, il serait aventureux de miser sur une poursuite de la politique de Sharon, dictée uniquement par ses intérêts personnels et ceux de sa famille.
L’influence américaine en Israël va provoquer une catastrophe régionale. Il n’y a pas de processus de paix entre Israël et la Palestine mais une guerre et tout recul lors d’une guerre, en Orient et au Moyen-Orient, est considéré comme la preuve que l’on peut vous achever. L’Intifada qui a tué tant de personnes des deux côtés avait commencé après le retrait du Liban par Ehud Barak qui avait fait les mêmes promesses que Sharon. Il promettait le soutien de la communauté internationale en cas de violation du cessez le feu par les Palestiniens et de représailles israéliennes. La guerre civile au Liban n’avait pas été provoquée par les Syriens ou les Israéliens, il en est de même en Palestine. Personnes ne pourra contrôler les groupes terroristes à Gaza si des combattants venus du Liban et des camps de réfugiés s’y ajoutent.
Les Arabes doivent revenir à Tel Aviv, à Jérusalem et à Haïfa, non à Gaza et sur la rive ouest, or c’est pourtant ce qu’ils veulent. Cela signifierait la liquidation d’Israël : nous sommes dans une impasse. Le système de Sharon actuellement, c’est un système de dictature de type latino-américain. Seul Ben Gourion avait bénéficié d’un tel pouvoir par le passé, mais lui construisait l’État, actuellement on le privatise. Sharon a placé ses hommes à la tête des grandes entreprises d’État, il a brisé le consensus. Le pouvoir appartient en réalité au forum « Shikmim » qui s’occupe des privatisations et non au parlement. C’est un tacticien hors-pair, il a neutralisé la gauche. La presse ne publiera rien sur les privatisations tant que le retrait ne sera pas remis en question. Si le retrait échouait, c’est tout le groupe de Sharon qui se retrouverait derrière les barreaux.

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