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Tribunes et décryptages - 30 août 2005
Irak : Une constitution comme prélude de la scission
Décryptage
Le Comité de rédaction de la constitution irakienne, mis en place par les forces d’occupation, n’est pas parvenu à adopter un texte par consensus, comme l’exigeait son mandat. À défaut, il a refusé de se dissoudre et a adopté un projet à une large majorité. Celui-ci suscite fort peu d’enthousiasme chez les commentateurs internationaux qui pointent le rejet de ce texte par ceux qu’ils continuent d’appeler les « sunnites », suivant une lecture communautariste du conflit. Peu importe que Moktada Sadr, le dirigeant chiite, ait lui aussi rejeté ce texte en affirmant qu’il ouvrait la voie au démembrement du pays, la plupart des « experts » continuent de propager une vision d’un Irak divisé entre communautés rivales et un pays en situation de « guerre civile ». Cette présentation est aussi un moyen de mieux préparer l’opinion à une partition du pays en trois.
L’éditorialiste du quotidien anglophone iranien Tehran Times, Hassan Hanizadeh, adopte ce point de vue communautariste dans sa dénonciation de l’insurrection irakienne. D’après lui, elle est composée de wahhabites et de salafistes, donc d’extrémistes sunnites, voulant détourner le processus de construction d’une « démocratie religieuse » en Irak, mené par les chiites. Cet éditorial adopte un point de vue remarquablement proche de celui de Washington quant à la présentation de la résistance irakienne. Il illustre surtout le positionnement de Téhéran en Irak. Alors qu’il aurait pu être pour Washington un marche pied vers une attaque de l’Iran, l’Irak freine aujourd’hui les volontés bellicistes de l’administration Bush. L’Iran est, en effet, parvenu à développer une grande influence au sein même du nouveau pouvoir irakien, grâce aux partis politiques chiites, et jusque dans la rédaction de la constitution. Aujourd’hui, Téhéran fustige les forces qui, en Irak, sapent ses efforts, et notamment certains éléments de la résistance irakienne. Le développement de l’actuel pouvoir irakien favorise l’influence régional iranienne et menace les États-Unis sur leurs arrières en cas d’attaque contre la République islamique.
Cette situation inquiète le lobbyiste pro-kurde, l’ambassadeur Peter W. Galbraith, qui avait jadis organisé le démantèlement de la Yougoslavie. Dans une longue tribune publiée par la New York Review of Books et reprise par le quotidien libanais anglophone, le Daily Star, juste avant la présentation du texte rédigé par la Commission constituante irakienne, l’auteur poursuit sa campagne en faveur de la création d’un Kurdistan indépendant. Jusqu’à présent, il affirmait que le comité chargé par les forces d’occupation de rédiger une constitution échouerait. Pour lui, les discussions ne pouvaient aboutir car les chiites voulaient un régime à l’iranienne et un rapprochement avec l’Iran que les Kurdes, qui veulent l’indépendance, n’accepteraient jamais. Cette fois, il affirme que c’est l’influence de l’Iran qui doit pousser à la création d’un État kurde. Car c’est cette domination chiite qui est à craindre pour Washington, bien plus que l’insurrection. Cette dernière n’est, pour l’auteur, que le fait des seuls sunnites, de toute façon minoritaires. Galbraith invite donc les États-Unis à soutenir le principe d’une fédération avec un État central minimal, prélude à une indépendance du Kurdistan.
Cette présentation d’une constitution irakienne qui sera la source d’une scission est particulièrement répandue dans la presse internationale. L’analyste israélien proche de la CIA, Shlomo Avineri, autre partisan de l’indépendance kurde, feint de se désoler du texte proposé dans le Jerusalem Post. Pour l’auteur, les contradictions internes du document et le renforcement des autorités régionales au détriment de l’État central accéléreront la désintégration de l’Irak amorcée selon lui avec l’insurrection. Il n’y a aucune chance que l’Irak retrouve l’unité qu’il a acquise en 1920. L’ancien conseiller juridique de l’administration Bush, John Yoo, ne simule pas pour sa part une grande affliction face à un éclatement de l’Irak qu’il juge inéluctable. Dans le Los Angeles Times, il affirme même que la division de l’Irak en trois entités entre dans un processus global qui n’est pas propre à l’Irak, mais aux évolutions du monde. Selon lui, la multiplication des petits États est un mouvement naturel accompagnant la démocratisation. Il prétend que quand le risque de guerre diminue, l’importance de disposer d’un grand territoire diminue également et qu’il est plus intéressant de créer des petits États. L’Irak doit éclater, et c’est ce que montrent les problèmes rencontrés pour rédiger la constitution. Il déplore que les États-Unis ne soutiennent pas suffisamment, selon lui, le démembrement de l’Irak ou de l’Afghanistan.
L’ancien conseiller juridique de la Coalition en Irak, Noah Feldman, est bien seul dans le New York Times à faire l’éloge du texte constitutionnel irakien. Pour lui, c’est un texte équilibré entre fédéralisme et centralisation, entre islam et démocratie. Toutefois, le constitutionaliste arrive à la même conclusion que les autres : l’Irak va éclater. En effet, si le texte est bon, la méthode employée par l’administration Bush ne l’était pas. En intégrant les sunnites au comité de rédaction sans laisser le temps aux différentes parties en présence de négocier et de parvenir à un accord avec eux, on les a isolés. Mais n’est-ce pas le but recherché ?
Le rédacteur en chef du journal palestinien Al Quds Al Arabi, Abdel Bari Atouan, prévoyait que l’administration Bush cherchait à diviser l’Irak en s’appuyant sur la constitution irakienne dans son édition du 8 août 2005. Pour lui, la division doit permettre le retrait d’Irak avant les élection de novembre 2006 au Congrès états-unien. Selon un schéma classique, les États-Unis espèrent vaincre la résistance en divisant le pays.
L’auteur, comme les autres analystes, élude un autre objectif potentiel de Washington avec la division de l’Irak. Rappelons qu’en 1996, Douglas Feith, aujourd’hui adjoint de Donald Rumsfeld, et Richard Perle, qui fut le conseiller du secrétaire à la Défense, avaient rédigé un rapport qui conseillait à Benjamin Netanyahu, alors Premier ministre israélien, de réoccuper les territoires palestiniens et de transférer la population s’y trouvant. Les deux auteurs voyaient une destination rêvée : l’Irak, une fois celui-ci divisé en entités ethniques et confessionnelles.
Réseau Voltaire
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30 août 2005
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Paris (France)
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Thèmes
Contrôle du « Grand Moyen-Orient »
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« L’opposition wahhabite à la constitution irakienne »
Auteur
Hassan Hanizadeh

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Hassan Hanizadeh est éditorialiste du Tehran Times.
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Source
Tehran Times (Iran)
Référence « Wahhabi opposition to Iraqi constitution », par Hassan Hanizadeh, Tehran Times, 29 août 2005.
Résumé La nouvelle constitution irakienne est le sujet de discussion central des différents groupes irakiens, tous appelant à des modifications d’articles de ce document qui va devenir la loi suprême dans le pays. Les discussions ont lieu au sein de l’assemblée irakienne mais certains éléments en Irak et au dehors tenteront de faire amender le texte. C’est notamment le cas des wahhabites et des salafistes.
Ces groupes sectaires sont dangereusement opposés à tous les aspects de la civilisation occidentale. Cette dangereuse vision de l’islam a son centre dans la péninsule arabe. Elle est opposée à toute idée nouvelle dans l’islam et opposée à toutes les ententes avec les croyants d’autres religions. Il s’agit d’une mauvaise interprétation des écrits de Mahommet et c’est aujourd’hui une des principales raisons de l’actuelle confrontation entre l’Est et l’Ouest. Cette secte, autrefois limitée à la seule péninsule arabique et à l’Afghanistan, s’est maintenant développée en Irak et mène des attentats suicide. Les salafistes s’accordent avec les baasistes pour affirmer que les Arabes sont la race des maîtres du monde. Le parti Ba’as est un parti laïc, mais Saddam Hussein s’appuyait sur des agents wahhabites et salafistes pour renforcer les bases de son gouvernement. Ces groupes ont attaqué les Occidentaux et les chiites irakiens ont changé d’objectifs après la chute de Saddam Hussein.
Ils ternissent l’image de l’islam via des attentats et provoquent un conflit avec l’Occident. Leur second objectif est d’empêcher les chiites d’obtenir les droits et saper leurs efforts pour établir une démocratie religieuse. Ils ont le soutien d’autres États arabes. Il faut que l’Irak déclare l’état d’urgence temporairement pour combattre ces forces.

« En Irak, Bush pose les fondations d’une république islamique »
Auteur
Peter W. Galbraith

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Membre du Centre for Arms Control and Non-Proliferation de Washington, Peter W. Galbraith fut négociateur des accords de Dayton, puis premier ambassadeur des États-Unis en Croatie. Il est professeur au National War College. Il était présent dans la zone d’où est partie la rébellion kurde, en 1991, et est favorable à la création d’un Kurdistan indépendant.
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Sources
Daily Star (Liban), New York Review of Books (États-Unis)
Référence « Iraq : Bush’s Islamic Republic », par Peter W. Galbraith, New York Review of Books, 14 août 2005.
« In Iraq, Bush is laying the foundations of an Islamic Republic », Daily Star, 15 août 2005.
Résumé Le 4 juin, Jalal Talabani, premier président démocratiquement élu d’Irak, a assisté à Irbil à l’inauguration de l’Assemblée nationale kurde. Dans cette ville d’un million d’habitants, on ne trouve pas toutefois un seul drapeau irakien et beaucoup de parlementaires kurdes devant prêter serment en faveur de l’unité de la région du Kurdistan d’Irak oubliaient la partie « d’Irak » dans leur serment. Dans le même temps, le représentant des services de renseignement iranien à Irbil se réjouissait de l’arrivée au pouvoir en Irak des personnes soutenues par Téhéran.
George W. Bush a décrit la lutte en Irak comme un combat entre les Irakiens épris de liberté et les terroristes. Mais cette lecture n’est pas la bonne. Il n’y a pas d’insurrection irakienne, il y a une insurrection arabe sunnite. Or cette dernière n’a aucune chance de gagner en Irak car elle ne pourra jamais rassembler derrière elle les Kurdes et les chiites. Dans son discours du 28 juin, George W. Bush a mis au centre de sa stratégie irakienne la construction d’une armée irakienne et la rédaction d’une constitution. La mise en place d’une armée nationale dans un pays sans sentiment d’appartenance nationale est une gageure. Les Kurdes et les chiites soupçonnent, souvent à raison, les officiers sunnites d’être en lien avec l’insurrection et les responsables politiques chiites ou kurdes font assurer leur sécurité par leur propre milice. Les Américains ne comprennent pas que les chiites et les Kurdes ne veulent plus des associés de Saddam Hussein, qui ont du sang sur les mains, dans l’armée.
L’élection en Irak a amené au pouvoir une liste chiite qui comprenait des laïcs, comme Ahmed Chalabi, mais où le vrai pouvoir appartient aux religieux. Aujourd’hui, ces partis veulent imposer un État islamique faisant de l’islam la principale source de la loi, limitant les droits des femmes et ceux des autres croyances. Déjà, les milices de ces partis se comportent comme la police religieuse iranienne dans les villes du Sud. Le parti Daawa et le Conseil suprême de la révolution islamique en Irak ne font pas qu’appliquer une politique à l’iranienne, ils soutiennent les intérêts de l’Iran. Téhéran peut aussi s’appuyer sur ses hommes infiltrés dans les forces armées irakiennes. Le 7 juillet, un accord a été signé entre l’Iran et l’Irak, qui fait de l’Iran l’un des pays se chargeant de la formation des militaires irakiens.
Dans le même temps, le Kurdistan avance vers son indépendance. Massoud Barzani est devenu président du Kurdistan. Le parlement kurde l’a également fait commandant en chef des forces kurdes. Ce titre est limité par le fait que les forces kurdes ne peuvent pas sortir du territoire kurde. En revanche, aucune force armée irakienne non kurde ne peut pénétrer au Kurdistan sans autorisation du parlement kurde. En outre, les Kurdes ont massivement voté en faveur de l’indépendance lors d’un référendum informel.
Le débat autour du fédéralisme est en fait une lutte entre Kurdes et chiites sur l’indépendance du Kurdistan. Dans ces conditions, il est illusoire d’imaginer un accord rapide sur la constitution. Dans ce débat, les Kurdes refusent de transiger sur le sécularisme, le droit des femmes et le fédéralisme. Il serait ironique que les États-Unis ne les soutiennent pas dans ces objectifs, compte tenu de leurs objectifs affichés pour l’Irak avant la guerre. Il aurait été possible en théorie qu’une constitution théocratique s’installe dans tous l’Irak sauf au Kurdistan, mais L. Paul Bremer avait rendu cette option caduque.
Bien plus que l’insurrection, ce qu’il faut craindre en Irak c’est un rapprochement avec l’Iran. Pour l’empêcher, il faut faire de l’Irak une fédération aux liens lâches.

« Une longue litanie de contradictions »
Auteur
Shlomo Avineri

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Shlomo Avineri est professeur de sciences politiques à l’université hébraïque de Jérusalem. Il est ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien. Membre d’un institut satellite de la CIA chargé de l’assistance aux partis de gauche, il a été impliqué dans les processus de démocratisation de nombreux pays de l’Est européen
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Source
Jerusalem Post (Israël)
Référence « Long litany of contradictions », par Shlomo Avineri, Jerusalem Post, 28 août 2005.
Résumé Le projet de constitution soutenu par les chiites et les Kurdes sera probablement le texte proposé pour ratification aux Irakiens, mais il est douteux que ce texte soit le document qui permettra de garder l’Irak uni.
La raison en est que la minorité arabe sunnite fera tout pour saboter tout document qui rendra effective sa perte de pouvoir. L’insurrection n’est qu’une de ses armes, les autres sont le boycott d’élection, la terreur de la population et des agences gouvernementales, les frappes contre les lieux saints chiites et les organisations kurdes. On a toutes les raisons de croire que les sunnites vont continuer. Mais même en regardant le texte lui-même, il est évident qu’il n’a aucune chance d’être appliqué.
C’est un document de 153 articles (20 fois plus long que la constitution états-unienne) dont la plupart des articles sont des vœux pieux, politiquement corrects sur les droits des Irakiens qu’on devine soufflés par les conseillers états-uniens. Ils ont fort peu de rapport avec les réalités irakiennes. Il est truffé de contradiction. Ce texte déclare en effet dans le même article qu’aucune loi ne peut aller à l’encontre des règles de l’islam et qu’aucune loi ne peut aller contre les principes démocratiques. En outre, les articles font des autorités régionales des institutions pouvant remettre en cause les lois fédérales. Il prévoit également des représentants des régions dans les ambassades irakiennes, formant des sous-ambassades dans les ambassades.
En fait, cette constitution met fin à l’Irak tel qu’il existe depuis 1920. La désintégration de l’Irak va se poursuivre.

« Un Irak uni ? de quoi parle-t-on ? »
Auteur
John C. Yoo
Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « A united Iraq - what’s the point ? », par John Yoo, Los Angeles Times, 25 août 2005.
Résumé Les dirigeants irakiens ont fait une tentative de constitution, mais ils n’ont pas répondu à la question centrale : l’Irak existe-t-il vraiment en tant que nation ? Les Kurdes et les chiites négocient entre eux, laissant les Arabes sunnites de côté, ce qui accroît les divisions. Les États-Unis veulent construire un nouvel Irak, mais ils versent leur argent et leur sang pour un pays qui n’existe plus. L’Irak serait bien plus proche de la démocratie si tout le monde rejetait la fiction d’un Irak unifié. Malheureusement, les États-Unis ont bien du mal à admettre que les pays éclatent. Ils ont résisté de toute leurs forces à l’éclatement de l’URSS et ils tentent aujourd’hui de conserver en une seule entité l’Afghanistan et l’Irak. Cette politique a pourtant déjà échoué en Haïti et en Somalie. La seule exception à la politique américaine est la Yougoslavie.
Depuis 1945, on a vu que la démocratisation et l’accroissement du nombre de pays vont de pair. Il y a de plus en plus de démocraties dans le monde et de plus en plus d’États. Les économistes estiment que les grands États sont coûteux à conserver unis et sont surtout utiles pour assurer la sécurité. Quand les risques de guerres diminuent et que les accords commerciaux se développent, le nombre d’États augmente. En apportant la sécurité et le commerce en Irak, les États-Unis encouragent la fragmentation du pays.
Les difficultés rencontrées pour rédiger la constitution devraient pousser les États-Unis à changer de politique en Irak. Ce n’est pas parce que les États-Unis se sont construits autour d’une constitution que cette règle est généralisée.

« S’accorder sur le désaccord en Irak »
Auteur
Noah Feldman
Sources
International Herald Tribune (France), New York Times (États-Unis)
Référence « Agreeing to Disagree in Iraq », par Noah Feldman, New York Times, 30 août 2005.
« Iraq’s constitution : Sunnis in the middle », International Herald Tribune, 31 août 2005.
Résumé L’accord sur le projet de constitution en Irak aurait dû être l’occasion de célébrations. Ce ne fut pas le cas et on a vu, au contraire, émerger des critiques sur le droit des femmes, le fédéralisme et le rôle de l’islam. En réalité, le texte est un bon équilibre entre le fédéralisme et la centralisation et entre l’islam et la démocratie.
Toutefois, le problème n’est pas le texte mais ceux qui le soutiennent. Les sunnites se sont sentis mis à l’écart et ils pourraient faire échouer le processus. Pourtant, les Irakiens peuvent être fiers de cette constitution qui garantit l’égalité de tous les citoyens et met sur un pied d’égalité les valeurs démocratiques et islamiques. Les questions les plus problématiques sont toutefois laissées à la cour constitutionnelle qui devra parfois trancher entre les orientations fédérales et le pouvoir central, et entre l’islam et la démocratie.
Certaines critiques craignent que certaines dispositions ne permettent au Sud chiite de faire sécession. Cependant les dirigeants chiites agitent cette menace mais ne l’utiliseront pas autrement que pour obtenir des concessions supplémentaires. Toutefois, cette crainte aggrave les craintes des sunnites. De l’autre côté, l’insistance des États-Unis pour que la constitution soit terminée à une date précise a encore diminué les possibilités de parvenir à un accord avec les sunnites. Mettre les sunnites dans un comité de rédaction, puis les pousser à un accord rapide était une mauvaise stratégie. Le pire à présent serait que la constitution soit adoptée malgré un large rejet sunnite.

« Légitimer la division de l’Irak »
Auteur
Abdel Bari Atouan

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Abdel Bari Atouan a occupé le poste de rédacteur en chef du journal Asharq Alaousat (1984-1988) avant de devenir le rédacteur en chef du journal palestinien Al qods Al arabi, publié à Londres. Il est connu par sa position en faveur des pays arabes qu’il ne cesse pas de défendre publiquement lors de ses interviews sur des chaînes telles que CNN, la BBC... etc.
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Source
Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « تشريع تقسيم العراق », par Abdel Bari Atouan, Al Quds Al arabi, 8 août 2005.
Résumé En avril 2003, juste après avoir mis fin aux combats en Irak, George W. Bush a promis au peuple irakien que son pays se développerait tout en gardant son unité, son indépendance et sa souveraineté. Mais les Irakiens se rendent compte, après presque deux ans et quatre mois, que les promesses de Bush n’étaient que des paroles en l’air. D’ailleurs, la nouvelle constitution qui a été présentée au Parlement irakien légalise l’enterrement d’un pays qui a représenté au fil des années un facteur d’équilibre et de stabilité stratégiques dans l’un des coins les plus chauds et les plus intéressants, pour ses réserves pétrolières, dans le monde. L’administration Bush a justifié son occupation par diverses raisons dont la plus importante est de changer le régime de Saddam. Mais il s’est avéré que Bush n’a pas planifié que le changement du régime, mais aussi celui de la géographie et de la démographie irakiennes. Tout cela dans le cadre d’une stratégie bien élaborée, celle de diviser l’État nation au profit de la mondialisation et de la domination économique et sécuritaire dans le monde.
Les États-Unis ont toujours utilisé leur stratégie de division, directe ou indirecte, chaque fois qu’ils sont intervenus quelque part dans le monde. Ainsi, l’Irak ne peut pas être une exception. Les interventions états-uniennes ont provoqué la chute de l’Union soviétique et sa division. C’est ce qui a eu lieu aussi en Yougoslavie, au Somalie, à Haïti, en Afghanistan et actuellement en Irak. Les États-uniens prévoient un retrait qui doit commencer l’année prochaine, surtout avant les élections du Congrès en novembre. Le retrait sera précédé de la division du pays en trois parties : un État kurde dans le Nord, chiite dans le Sud et sunnite au centre. Ce qui va mettre fin, en pratique, à la résistance, ou au moins l’affaiblir pour permettre aux autres forces d’occupations de se retirer facilement.
La division est aussi socioculturelle. Ainsi, par exemple, le mariage entre chiites et sunnites, Arabes et Kurdes ou différentes autres communautés, est devenu impossible, après avoir été un symbole de l’unité irakienne avant l’occupation. Le virus de la division affectera sûrement les pays voisins. Ce qui se passe actuellement en Arabie Saoudite illustre bien la situation dans la région. Le système fédéral qui marque la nouvelle constitution est le premier de son genre dans le monde arabo-musulman. Bush a appelé le projet de la constitution « une victoire » de la démocratie, rajoutant que les Irakiens et le monde entier doivent être fier d’une telle constitution. La déclaration de Bush n’est pas surprenante, surtout qu’il n’a pas cessé de supplier les partis irakiens de ratifier le projet de la constitution avant la date butoir. Autrement, son plan de fuite d’Irak ne verra pas le jour au moment voulu.

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