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« Nous avons beaucoup de choses à raconter sur Beslan »

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Pour faire les bons choix et prendre les bonnes décisions, il faut être indépendant. Les sympathisants et frères qui me critiquent sont non-seulement dépendants mais sont les otages des pays qui leur servent d’asile. Ils peuvent à tout moment être remis aux Russes s’ils s’expriment librement. Ils sont les otages de cette politique erronée qui est menée depuis le début de la guerre, pensant être protégés et soutenus par l’Occident. C’est de là que vient toute l’incompréhension.
Nous avons tous été témoins des gémissements poussés par les « Russistes » [1] après mon interview donnée à Babitsky. Tout cela parce que j’ai répété les revendications des martyrs à Beslan, « le retrait des troupes ou le départ de Poutine ». La logique voudrait que je garde le silence sur Beslan mais pourquoi se démarquer d’une opération réussie qui a montré le vrai visage des « Russistes ». Pourquoi endosser une culpabilité qui ne nous revient pas ?
Cette attaque nous a été inspirée par des responsables des services spéciaux d’Ossétie du nord qui ont introduit dans nos rangs leur agent Abdullah Khodov, connu sous le nom de code de « Putnik ». Il avait été enlevé lors de l’enterrement d’un frère et ils lui ont laissé le choix : la prison et la torture ou une collaboration avec eux. Pour qu’il ait ma confiance, ils l’ont aidé à organiser quelques plastiquages à Vladikavkaz. Khodov, sur ordre des services russes, nous a alors proposé une opération kamikaze sur le parlement d’Ossétie du Nord. Au bout d’un mois, Khodov a avoué qu’il travaillait pour le FSB, je l’ai rencontré et je lui ai proposé de devenir un agent double au nom de l’Islam. Il s’est ensuite plaint à ses supérieur d’un manque de confiance de notre part envers lui, ils l’ont alors aidé à organiser des attentats plus importants. A partir du printemps 2004, « conjointement » avec les services russes, nous avons préparé l’attaque du parlement ossète, prévu le 6 septembre, jour de l’indépendance de l’Ichkérie. Il était prévu que les services spéciaux nous éliminent à la sortie de Vladikavkaz mais quand on nous a ouvert un corridor à partir du 31 Août, nous nous sommes dirigés vers Beslan, changeant le moment et le lieu de l’opération.
Nous sommes prêts pour une enquête internationale transparente sur Beslan, nous avons un participant vivant qui peut témoigner. Nous devons arrêter les discussions vides et déterminer nos véritables ennemis comme Michka Goutseriev qui a pillé le pays pendant la première guerre et qui continue actuellement. C’est lui qui dans l’espoir de s’accaparer le pétrole tchétchène, a armé Kadyrov, c’est lui qui a versé 5 millions de dollars à Alkhanov, c’est lui qui a payé les forces de police à Beslan, qui nous avait garanti qu’il n’y aurait pas d’assaut. Grâce à tout cela, il a pu acheter deux gisements de pétrole en Sibérie.
Aujourd’hui, nous ne combattons pas le peuple russe, nous combattons le « russisme », cette idéologie schizophrénique, impériale, mêlant le fascisme, le racisme, le chauvinisme et d’autres.

Source
Kavkaz Center (Lituanie)
Site pro-séparatiste tchétchène . La Lituanie héberge sur son territoire le Kavkaz Center d’où a été diffusé le communiqué de Bassaïev revendiquant le carnage de Beslan. C’est l’interface de communication du gouvernement de la république indépendante non-reconnue d’Ichkérie (nom que les séparatistes donnent à la Tchétchénie). Disponible en russe, anglais et turc, il avait été fermé durant quelques mois en 2004 par la sécurité lituanienne sur demande des autorités russes.

« У нас есть много, что рассказать по Беслану... », par Chamil Bassaïev, Kavkaz Center, 31 Août 2005.

[1] C’est le mot qu’il utilise, Rus’ étant en russe l’équivalent de la grande Russie

Chamil Bassaïev

Chamil Bassaïev Chef de guerre et terroriste, Chamil Bassaïev vient d’être nommé vice-Premier ministre du gouvernement rebelle de Tchétchénie. Il sera le bras droit du successeur de Maskhadov, Abdoul Khalim Sadoulaïev. Reconnu terroriste par la communauté internationale, il a été inscrit sur la liste noire du Conseil de sécurité de l’ONU.

 
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