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Tribunes et décryptages - 7 septembre 2005
Le degré de dépendance face à Washington, enjeu des élections égyptiennes
Décryptage
L’Égypte vient de connaître ses premières élections pluralistes, encore que la modification de la loi électorale fut si tardive que les partis politiques n’eurent guère le temps de se constituer efficacement. Elles interviennent dans un contexte de fin de règne du président Hosni Moubarak, qui prépare sa succession à reculons, et de pressions de Washington sur l’Égypte. Certains faucons n’ont pas caché leur souhait de renverser l’actuel président, mais celui-ci a accepté de nombreuses concessions à Washington et Tel-Aviv. Dans ce contexte, la campagne électorale égyptienne offre l’occasion au pouvoir en place et à l’opposition de s’invectiver à propos de leur dépendance à l’égard des États-Unis. En effet, si le pouvoir en place au Caire dépend des subsides états-uniens et n’a rien à refuser à Washington, une partie de l’opposition touche également des subventions du département d’État.
Sur le site Egyvote.20at.com, l’écrivain et journaliste égyptien Ahmed Fathi, expose la façon dont les États-Unis financent largement le milieu associatif chargé de surveiller les élections. D’après l’auteur, certains groupes auraient reçus de fortes sommes pour « former » des observateurs. Ces pratiques ne sont pas sans rappeler celles qui ont précédé les « révolutions colorées ».
L’attitude de Freedom House, organisation dirigée par l’ancien patron de la CIA, James Woolsey, ayant joué un grand rôle dans les bouleversements politiques en Ukraine ou en Géorgie, rappelle également les prémisses des opérations de Kiev ou Tbilissi. Sur le site de l’organisation, on peut lire aujourd’hui un article affirmant par avance que l’élection ne sera pas libre et apportant son soutien à Keffaya, un regroupement composite d’opposants demandant la fin du règne du président égyptien. L’ « ONG » se réjouit toutefois de la mobilisation des Égyptiens autour du projet démocratique.
Toutefois, rien ne permet d’affirmer qu’une déstabilisation du Caire est au programme et qu’on n’assiste pas simplement à une intimidation.
Dans Al Ahram, quotidien d’État, le président Hosni Moubarak expose son programme et affirme son indépendance dans une interview plus que complaisante réalisée par Osama Saraya, le rédacteur en chef du journal. Le président-candidat affirme que la réforme politique de l’Égypte est totalement endogène et n’est en aucun cas l’émanation des pressions d’une puissance étrangère. Si cette évolution intervient maintenant, c’est seulement parce que le travail réalisé depuis 24 ans pour adapter les structures économiques et stabiliser le pays portent leurs fruits. L’interview est l’occasion en outre de flatter la fibre patriotique en présentant le pays comme une grande puissance régionale.
Cet exercice un peu vulgaire de propagande politique illustre une mainmise du pouvoir sur les médias durant la campagne. À l’inverse, dans la presse internationale, l’opposition égyptienne monopolise l’analyse sur les élections.
Au premier rang des opposants médiatiques, on trouve l’omniprésent Saad Eddin Ibrahim. L’auteur, opposant égyptien, est expert de Project Syndicate et de Benador Associates, ce qui donne une large audience à ses propos. Récemment, le 1er septembre, le sous-secrétaire d’État états-unien aux affaires européennes et eurasiennes, Daniel Fried, lui rendait hommage dans un discours prononcé à Paris.
La tribune de Saad Eddin Ibrahim est publiée dans le Taipei Times, le Jerusalem post, Le Figaro et le Daily Star, en attendant peut-être d’autres titres. L’analyse qu’il y développe est très proche de celles de la Freedom House. Il dénonce par anticipation les fraudes dans l’élection. Il brocarde le président Moubarak qui refuse de laisser les tribunaux surveiller les élections. Toutefois, il se réjouit de l’attitude des Égyptiens et voit dans cette élection le début de la fin d’une tyrannie.
Autre opposant très en vue, Hossam Bahgat, ancien journaliste du Cairo Times s’étant illustré dans la dénonciation des arrestations d’homosexuels, dénonce le bilan d’Hosni Moubarak en matière de Droits de l’homme dans le Daily Star et The Guardian. Toutefois, dans les deux quotidiens, il adopte des stratégies de communication très différentes. Dans le premier, il appelle la nouvelle équipe, rajeunie, faisant campagne autour d’Hosni Moubarak à amorcer un changement de stratégie et de convaincre le président de lutter contre la torture. Dans ce texte, on a l’impression que l’auteur impute ces pratiques non pas à une directive gouvernementale, mais à des individus isolés que Le Caire ne sanctionne malheureusement pas. Au contraire, dans le Guardian, il demande au gouvernement britannique de profiter de la présidence de l’Union européenne pour faire pression sur l’Égypte et la convaincre de renoncer à la torture et de rendre le scrutin plus transparent. Dans ce texte, c’est le régime qui est mis en cause. Au passage, l’auteur prévient Londres : le Royaume-Uni perdra toute crédibilité s’il adopte des lois terroristes portant atteintes au droits des individus.
Rifaat Saïd, le président du Tagammou, parti d’opposition égyptien de gauche appelant au boycott des élections, explique sa stratégie dans une interview au quotidien communiste français, L’Humanité. Pour lui l’élection n’est qu’une réforme cosmétique du pouvoir pour donner l’illusion d’une démocratisation, il refuse donc de participer à ce qu’il considère comme une mascarade. Il dénonce le discours de la démocratisation employé par le pouvoir. Selon lui, Moubarak a les mains liées par Washington et il a déjà dû concéder l’envoi d’un ambassadeur en Irak, la vente de gaz à Israël et une visite à Ariel Sharon. Aujourd’hui, les États-Unis utilisent les élections pour garder leur contrôle sur l’Égypte, distribuant bons points et mauvais points démocratiques en fonction de la politique suivie.
L’opposante Aida Saif Ad-Dawla trouve également une tribune dans la presse de gauche européenne. Répondant aux questions du JungeWelt, journal communiste issu de l’ex-RDA, elle dénonce avec virulence les manœuvres du pouvoir pour fausser l’issue du scrutin. Toutefois, elle se réjouit de l’importance du mouvement de contestation.
Dans Asharqalawsat, le rédacteur en chef, Abdelrahmen Al Rachid, n’accepte pas, pour sa part, les critiques contre le scrutin égyptien. Pour lui, ce vote représente une avancée importante qu’il ne faut pas négliger. En soit, même si le résultat de l’élection est couru d’avance, cette dernière est porteuse d’ouverture pour tout le monde arabe.
Réseau Voltaire
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7 septembre 2005
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Pays
Égypte
Thèmes
Contrôle du « Grand Moyen-Orient »
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Les États-Unis surveillent les élections égyptiennes par le biais des associations locales »
Auteur
Ahmed Fathi
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Ahmed Fathi est journaliste et écrivain égyptien.
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Source
Egyvote.20at.com
Référence « أمريكا تراقب الانتخابات المصرية بالجمعيات الأهلية », par Ahmed Fathi, Egyvote.20at.com, 29 août 2005.
Résumé Si Washington a réagi à l’envers de ses slogans « démocratiques » en continuant à soutenir le régime égyptien, elle a, en parallèle, mobilisé des associations populaires locales pour l’actuel scrutin. Ces associations sont employées par George W. Bush pour surveiller et enregistrer tout élément pouvant servir à attaquer Moubarak au moment voulu.
Les associations concernées figurent sur plusieurs listes. La première englobe, entre autres : l’association du « développement de la démocratie » et « Les droits de l’homme pour aider les prisonniers ». Chacune des associations en question a reçu une somme de 250 000 dollars. Quant à la deuxième liste, elle est composée de six associations. Les deux qui participeront à la surveillance ont encaissé chacune, en mars dernier, un million de livres égyptiennes. Selon un responsable du milieu associatif, le rôle desdites associations est notamment de s’assurer que Moubarak n’a pas exploité les ressources étatiques dans sa campagne électorale, et d’évaluer la neutralité des mass média égyptiens.
Le but des associations choisies par les États-Unis consiste à designer 150 journalistes et avocats pour surveiller les campagnes électorales. Ainsi, les surveillants présumés ont commencé depuis longtemps des cours de surveillance et de couverture des prochaines élections. Les associations concernées ont déposé des demandes officielles pour surveiller les élections, mais sans recevoir de réponse. Une réponse qui ne va pas changer grand-chose, puisqu’elles sont déterminées à surveiller le scrutin avec ou sans autorisation gouvernementale.

« Des engagements, pas des promesses »
Auteur
Hosni Moubarak
Source
Al-Ahram (Égypte)
Référence « Commitments, not promises », par Hosni Moubarak, Al Ahram, 1er septembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview. Nous avons choisi de ne pas traiter les parties concernant la vie économique égyptienne.
Résumé La réforme électorale pour l’élection présidentielle a ouvert une nouvelle phase vibrante et dynamique dans notre vie politique. Bien sûr, il y a eu des débordements mais cela était prévu. Ce qui est important, c’est que le peuple égyptien puisse faire son choix. Je sais qu’il sait faire la différence entre de vagues promesses électorales et des engagements fermes.
Certains de mes adversaires reprennent des propositions faites par le gouvernement, d’autres ne comprennent pas la situation régionale ou encore se contentent de critiquer. Au contraire, mon programme se fonde sur ce que nous avons déjà accompli. Nos réformes ont connu de grandes réussites, mais le public ne l’a pas toujours perçu car je n’aime pas me vanter et parce que beaucoup d’électeurs sont trop jeunes pour se souvenir de la situation en Égypte avant que nous ne reprenions le Sinaï. Toutefois, les Égyptiens voient bien les améliorations dans leur vie. Nous allons poursuivre la démocratisation afin d’obtenir une plus grande participation de la population. Si nous avançons vers la démocratie, c’est parce que désormais nous le pouvons grâce aux réformes économiques que nous avons menées.
Pendant cette campagne, je fais bien la distinction entre mes activités de candidats et mon travail de président. Entant que président ma priorité est la sécurité nationale. Or nous vivons une époque troublée avec le retrait israélien de Gaza, la situation en Irak et celle au Soudan. La Syrie et le Liban sont sous pression, la Corne d’Afrique est instable et les troubles se poursuivent dans la région des Grands lacs où le Nil prend sa source. L’Égypte a un rôle à jouer dans toutes ces questions. C’est également pour travailler à ces questions que j’ai convoqué un sommet arabe extraordinaire.
l’Égypte refuse de subir les pressions de quiconque. Nos relations avec les puissances mondiales et la seule superpuissance sont fondées sur l’amitié, le respect mutuel et l’intérêt commun. Notre réforme actuelle est le fruit de la seule volonté égyptienne. Les réformes ne peuvent pas être dictées de l’extérieur, la réforme politique se fonde sur une stabilité du pays qui reste ma priorité. Nous vivons dans une région troublée que nous contribuons à apaiser. L’Égypte a également une dimension africaine.

« Une élection présidentielle « libre » et sans suspense »
Auteur
Saad Eddin Ibrahim
Sources
Jerusalem Post (Israël), Daily Star (Liban), Le Figaro (France), Taipei Times (Taïwan)
Référence « The odds are stacked unevenly in Egypt’s upcoming poll », par Saad Eddin Ibrahim, Taipei Times, 5 septembre 2005.
« Freedom on the limp », Jerusalem post, 6 septembre 2005.
« Une élection présidentielle « libre » et sans suspense », Le Figaro, 7 septembre 2005.
« In Egypt, the ’thrill of defying tyranny’ », Daily Star, 7 septembre 2005
Résumé Les Égyptiens votent aujourd’hui pour élire un président parmi dix candidats. Il est probable qu’Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 24 ans, sera réélu. En effet, malgré les apparences, les conditions du jeu sont loin d’être équitables, car Moubarak bénéficie de la reconnaissance du nom, d’un quasi-monopole des médias électroniques contrôlés par l’État et rien moins que 85% des médias écrits. Par ailleurs, il a nommé tous les membres de la Commission électorale.
Depuis 2000, une décision de la Cour suprême stipule que les 8 000 juges égyptiens doivent superviser les élections et en certifier les résultats. Mais le gouvernement a détourné cette décision pour ne pas avoir à se soumettre à une décision garante d’un contrôle intègre des élections. Le régime a étendu la définition de « juge » et les résultats ont montré que le parti au pouvoir faisait des scores beaucoup plus élevés quand un pseudo-juge contrôlait l’élection que lorsqu’un vrai juge la surveillait. La justice a exigé que des observateurs indépendants puissent contrôler l’élection, mais le président de la Commission électorale a refusé et on semble être dans l’impasse.
L’opposition est secouée par un débat entre ceux qui appellent au boycott et ceux qui recommandent d’aller voter. Les Frères musulmans ont appelé leurs partisans à voter selon leur conscience mais pas pour Moubarak. Aujourd’hui, quelques 34 organisations de la société civile préparent des milliers de jeunes Egyptiens à surveiller les élections malgré les objections gouvernementales. La réponse du régime consiste à dire que toute surveillance extérieure est une ingérence dans la souveraineté égyptienne et que des observateurs nationaux constitueraient un affront à l’intégrité des juges. Argument qui a perdu toute pertinence quand les juges ont recommandé la présence d’observateurs indépendants.
Que le régime de Moubarak s’effraie des voix de l’intérieur et de l’extérieur qui le mettent au défi d’organiser des élections libres et justes, ou qu’il soit simplement incapable de supprimer la triche au sein du parti tant elle est devenue inhérente à son fonctionnement, la situation actuelle ne présage rien de bon quant au déroulement du scrutin. Il s’agit toutefois d’un premier défi à la tyrannie, excitant pour les Égyptiens.

« Moubarak a oublié un mot : torture »
Auteur
Hossam Bahgat
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Ancien journaliste du Cairo Times s’étant illustré dans la dénonciation des arrestations d’homosexuels en Égypte, Hossam Bahgat est directeur de l’initiative égyptienne pour les droits des personnes et président de l’association égyptienne contre la torture.
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Source
Daily Star (Liban)
Référence « Mubarak has forgotten a word : ’Torture’, par Hossam Bahgat, Daily Star, 6 septembre 2005.
Résumé Quoi qu’on pense du règne d’Hosni Moubarak, il faut noter un changement dans sa campagne électorale. Les jeunes gens qui entourent le vieux président veulent donner une nouvelle image du président et cela augure peut-être d’un nouveau ton après sa très probable victoire.
Le programme de Moubarak insiste nettement sur les réformes politiques. Pourtant, il y a un point important qu’il occulte totalement : la question de la torture et des mauvais traitements aux prisonniers. Pourtant, il s’agit d’une question largement documentée. L’activité des mouvements en faveur des Droits de l’homme a permis de démontrer que l’Égypte a l’un des pires bilans en matière de torture. L’organisation égyptienne des Droits de l’homme a recensé 22 cas de morts en détention en 2004 ; le nombre est sans doute plus élevé.
Sur les 139 signataires de la Convention internationale contre la torture, l’Égypte est l’un des cinq pays contre lesquels la Commission des nations unies contre la torture a mené une enquête en raison de l’usage systématique de la torture dans le pays. Le régime Moubarak n’a pas condamné ces pratiques et n’a pas légiféré pour les condamner plus clairement. Cela a alimenté le sentiment d’impunité.
Le slogan de Moubarak « Un citoyen libre dans un pays démocratique » est un vœux pieu tant que la population a peur de mourir en cas d’arrestation. La nouvelle équipe autour de Moubarak doit le convaincre d’affronter ce problème.

« Accompagnez vos mots avec des actions »
Auteur
Hossam Bahgat
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Ancien journaliste du Cairo Times s’étant illustré dans la dénonciation des arrestations d’homosexuels en Égypte, Hossam Bahgat est directeur de l’initiative égyptienne pour les droits des personnes et président de l’association égyptienne contre la torture.
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Source
The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « Match your words with action », par Hossam Bahgat, The Guardian, 7 septembre 2005.
Résumé Les Égyptiens se rendent aujourd’hui aux urnes pour ce qui doit être théoriquement la première élection pluraliste de l’histoire du pays. Cependant, Hosni Moubarak a refusé le contrôle international sur les élections. La commission électorale a refusé la présence d’observateurs pourtant autorisés à assister aux opérations de vote par décision de justice.
La présidence britannique de l’Union européenne s’était engagée à soutenir politiquement les Droits de l’homme dans la politique étrangère, mais cela ne s’est pas traduit par des mesures concrètes. Il est important de soutenir les Droits de l’homme via des accords bilatéraux comme on l’a fait avec la Jordanie et le Maroc. L’Union européenne doit également adopter une position ferme sur la torture. Il faut proposer des mesures concrètes sur ce point, notamment une confiscation de matériel. Il faut également insister sur l’indépendance de la justice. Aujourd’hui, les juges égyptiens veulent exercer leur droit constitutionnel à examiner tout le processus électoral. Cela a d’autant plus d’importance qu’une étude indépendante a prouvé le trucage du référendum de mai. Malgré le militantisme du mouvement Kefaya, on n’a pas tenu compte de ce rapport.
Le gouvernement britannique doit faire pression sur le gouvernement égyptien. Il n’aura toutefois un vrai poids que si lui même n’adopte pas des mesures antiterroristes allant à l’encontre des droits.

« Une comédie électorale qui va finir en drame «
Auteur
Rifaat as Said

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Rifaat as Said est président du parti d’opposition Tagamu, maître de conférence à l’université américaine du Caire. Il contribue au journal Al-Ahali et occasionnellement avec Al-Ahram.
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Source
L’Humanité (France)
Référence « Une comédie électorale qui va finir en drame, Rifaat Saïd, L’Humanité, 3 septembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Depuis le début des années 80, nous demandons une réforme constitutionnelle. En août 2004, nous avons créé une alliance avec neuf partis d’opposition, dont je suis le porte-parole. Cette coalition a réitéré nos demandes et souhaite notamment que le nombre de mandats pour un président soit limité. Comme vous avez pu le constater, le président n’a amendé qu’un seul article, instaurant l’élection présidentielle au suffrage universel et la possibilité de multiples candidatures. C’est un début mais le nouveau texte n’est pas bon. Il ne permet à personne d’offrir une opposition sérieuse à Moubarak et il n’est pas possible de superviser l’élection. C’est pourquoi nous la boycottons. Nous ne voulons pas participer à une comédie qui va se terminer par un drame. Nous ne voulons pas jouer le rôle de figurants, c’est-à-dire apparaître un peu alors que l’acteur principal, lui, serait en permanence sur la scène. Toutefois, le problème ne vient pas du texte, il vient des mentalités.
Nous travaillons avec des partis qui participent aux élections, comme le Wafd. La participation ou le boycott ne signifie pas que nous nous opposons. Nous poursuivons les mêmes buts. Les rencontres que nous venons d’avoir avec le Wafd sont une préparation pour le lendemain de l’élection présidentielle, pour avoir une nouvelle coalition apte à se battre pour une démocratie réelle et pour la liberté. Nous participerons aux élections législatives prévues au mois de novembre qui se tiennent sous la surveillance des juges, contrairement à l’élection présidentielle. Là, au moins, aux législatives, il ne faudra pas affronter un pharaon ! Durant cette élection, tous ceux qui ont été nommés par le pouvoir seront à sa merci.
Les Américains n’arrêtent pas de dire qu’ils veulent la démocratie en Égypte. En réalité, ils utilisent cet argument pour faire pression sur Moubarak. C’est ainsi que Condoleezza Rice a obtenu de l’Égypte l’envoi d’un ambassadeur en Irak, l’envoi de gaz en Israël et une visite à Ariel Sharon à la fin du mois de septembre. Suite à cette annonce, Rice a affirmé qu’il n’était pas indispensable qu’il y ait des observateurs internationaux. Et puis, lorsque Moubarak a dit qu’il voulait faire pression sur Sharon à propos du point de passage entre la bande de Gaza et l’Égypte, Washington a recommencé à parler des observateurs internationaux. Les Américains se fichent de l’intérêt des Égyptiens.

« Nous voulons remplacer Moubarak »
Auteur
Aida Saif Ad-Dawla
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Aida Saif Ad-Dawla est psychologue, co-fondatrice du centre pour les victimes de violences sexistes (NADIM) au Caire et membre du conseil de coordination de l’opposition démocratique égyptienne.
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Source
JungeWelt
Référence « Wir wollen Mubarak ablösen », par Aida Saif Ad-Dawla, JungeWelt, 2 août 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Il nous faut remplacer ce régime, pour que Hosni Moubarak et sa clique ne gouvernent plus le pays. Ensuite l’État d’urgence doit être levé et, pour finir, les prisonniers politiques doivent tous être libérés. Nous avons aussi besoin d’une nouvelle Constitution qui sera élaborée par des représentants de chaque groupe politique.
Aujourd’hui, quand on va à une manifestation, on ne connaît plus tout le monde, il y a beaucoup de jeunes et c’est bon signe. Les femmes sont bien représentées dans certains groupes, il y a une organisation de femmes « La rue nous appartient-femmes pour la démocratie » qui est née à l’issue d’une conférence lors des manifestations contre le référendum de mai 2005. Des femmes étaient venues de tout le pays ; elles mettent en place aujourd’hui un tribunal symbolique contre les violences policières lors des manifestations.
Je pense que beaucoup de gens sont troublés en ce moment. Il y a des élections législatives en septembre, après les présidentielles et certains veulent utiliser les mouvements pour obtenir plus de sièges. L’une des principales raisons qui empêche certains groupes de participer à la pseudo-démocratie de Moubarak, c’est la position des juges. Ils doivent rendre publics les résultats de leur enquête le 2 septembre, mais on sait déjà qu’ils sont arrivés à la conclusion que le référendum du 25 mai était truqué. La position des juges doit nous servir de ligne stratégique. Nous devons aussi nous occuper de la justice sociale ; le paysage politique ne changera pas tant que les gens n’auront pas les moyens matériels de vivre.
Les alliances actuelles sont destinées à satisfaire certaines revendications démocratiques élémentaires, mais dès que nous entrerons dans les détails, nous ne serons plus dans le même bateau que les Frères Musulmans. Je suis pour cette alliance et je siège en tant que membre de la gauche et en tant que femme qui ne porte pas le foulard au conseil national de coordination du mouvement. Les Frères musulmans n’ont pas de problème avec le capitalisme et la privatisation des biens publics, ils pensent que le problème de la pauvreté sera résolu par la bienfaisance. Je pense au contraire que les richesses doivent être partagées. Je suis pour la liberté de croyance et de religion, cela poserait aussi problème aux islamistes. Ces différences nous sont connues mais j’aurai aussi des disputes avec les membres de mon parti.

« Les élections en Égypte, prenez-les au sérieux »
Auteur
Abdelrahmen Al Rachid

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Abdelrahmen Al Rachid est le rédacteur en chef du quotidien Asharqalawsat .
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Source
Asharqalawsat
Référence « انتخابات مصر خذوها بجدية », par Abdelrahmen Al Rachid, Asharqalawsat, 06-09-2005.
Résumé La plupart des commentaires portant sur les élections égyptiennes ont été soit ironiques ou critiques. Les commentateurs ont préféré décrire ces élections comme étant une « mascarade » dont les résultats sont connus d’avance. Pourtant, et malgré ces critiques, le scrutin en Égypte peut représenter un pas très important vers une nouvelle ère. Ces élections, même si elles se terminent par une victoire de Moubarak, auront une influence non seulement sur l’Égypte, mais également sur tous les pays de la région.
Il est vrai que le dernier scrutin qui a eu lieu en Égypte n’était qu’un prolongement du mandat présidentiel par le président lui-même. Le même résultat est à prévoir, mais cette fois-ci avec des moyens différents. Car Moubarak a mis en place les éléments nécessaires permettant l’organisation d’un scrutin plus au moins démocratique. Ce qui nous permet de le qualifier du premier et meilleur scrutin dans l’histoire de l’Égypte. L’expérience égyptienne aura un impact très fort sur le monde arabe. Ainsi, on peut espérer que les élections dans d’autres pays tels le Yémen, le Soudan ou la Tunisie prendront la même voie.
Une nouvelle victoire de Moubarak ne mettra pas en cause l’importance et la réussite de ces élections. Sa victoire n’étonnera personne, car il est le plus présent actuellement sur la scène politique égyptienne. Ces adversaires doivent attendre plusieurs années pour pouvoir se forger une présence politique pouvant faire face à la domination de Moubarak. On n’a pas cessé, à travers nos différents articles, d’appeler Moubarak à permettre à de vrais adversaires de le défier dans un scrutin libre et transparent. Le voilà donc aujourd’hui en train de le faire, tout en ouvrant une nouvelle page dans l’histoire de l’Égypte.

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