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Tribunes et décryptages - 13 septembre 2005
Consensus médiatique autour de la « guerre au terrorisme »
Décryptage
À l’occasion des commémorations entourant le quatrième anniversaire des attentats de New York et de Washington du 11 septembre 2001, la presse internationale se penche très largement sur la question de la « guerre au terrorisme » et des politiques qui ont été menées en son nom depuis quatre ans.
Toutes sont fondées sur un credo que le Premier ministre australien John Howard, allié on ne peut moins critique de George W. Bush, récite dans une tribune publiée par The Age. Il affirme, comme l’administration Bush, que « le » terrorisme est une menace pour les démocraties libérales occidentales et pour le mode de vie de leurs citoyens. La défense de la démocratie exige donc qu’on repense le fonctionnement des États et qu’on envisage une lutte globale. Ce combat exige à son tour une redéfinition du droit international, conséquence logique, bien que non assumée, des idées et objectifs défendus par John Howard.
Le directeur adjoint du quotidien russe Vremya Novostyey, Semen Novoprudsky, n’a pas un point de vue très éloigné de cette approche. Lui aussi affirme que le 11 septembre a ouvert une nouvelle ère, marquée par la peur globale de la menace terroriste et une désillusion sur la capacité des États à assurer la sécurité de leurs citoyens. Il estime également que les attentats de New York et Washington ont causé la disparition de la croyance en un monde unifié, sous une même idéologie marquée par les valeurs chrétiennes. Bref, même s’il ne tire pas lui-même les conclusions de son analyse : il faut réformer les États pour les préparer au combat contre les adversaires du monde chrétien.
Martelées par les médias dominants, les problématiques de la « guerre au terrorisme » se sont largement invitées dans les débats nationaux.
En Allemagne, la question de la lutte contre le terrorisme, telle qu’elle a été définie par Washington, apparaît dans la campagne électorale en cours. Le Welt an Sonntag, a réalisé une interview croisée d’Otto Schilly, ministre fédéral allemand de l’Intérieur, et de Günther Beckstein, son successeur putatif en cas de victoire conservatrice le 18 septembre. Pour le conservateur, la lutte va durer des siècles et pour la mener efficacement, il faut un renforcement des structures anti-terroristes. Il demande également une remise en cause du droit d’asile en Allemagne et un rapprochement avec les États-Unis. Il estime qu’aujourd’hui l’Allemagne est une plaque tournante de l’activité terroriste. Mis en cause, le ministre social-démocrate se défend sans oser, ou sans vouloir, remettre en questions les principes fondateurs de la guerre au terrorisme. Otto Schily affirme donc, lui aussi, que la guerre au terrorisme va durer des siècles et vante sa gestion du problème, s’enorgueillissant d’avoir réduit le nombre d’entrées de demandeurs d’asile sur le territoire allemand et d’avoir rapproché ses services de ceux des États-Unis.
En France, la question de la « guerre au terrorisme » s’invite dans la campagne des primaires de l’UMP, le principal parti de droite, pour la candidature à la mairie de Paris. Le député français et président de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, le très atlantiste Pierre Lellouche, profite ainsi des célébrations du 11 septembre pour agiter l’épouvantail terroriste islamiste. Il affiche son soutien à la politique anti-terroriste menée par Nicolas Sarkozy, mais dénonce l’inaction de la municipalité parisienne pour se préparer à faire face à une attaque terroriste. Pour se présenter comme l’antithèse de ce qu’il désigne comme du laxisme, il met en avant ses liens outre-Atlantique avec le directeur de la police de New York ou l’ancien sénateur démocrate Sam Nunn.
Le discours accompagnant la « guerre au terrorisme » n’est que rarement remis en cause. Toutefois, au nom de ce combat, Washington a mené une guerre d’agression en Irak qui l’a isolé. Ce qui inquiète une partie des élites états-uniennes.
Le stratège états-unien Harlan Ullman appelle les Australiens, dans The Australian, à remettre en cause le lien entre « guerre au terrorisme » et Guerre d’Irak. Ce conflit est une erreur stratégique qui s’est fondée sur l’idéalisme néo-conservateur. Pour l’auteur, le fractionnement de la société états-unienne et l’appel aux grands principes dans la légitimation de sa politique étrangère ont poussé Washington à s’inventer un ennemi surpuissant et à chercher à atteindre des objectifs irréalistes. Il convient d’adopter des positions plus pragmatiques. Toutefois, bien que ce texte soit une critique de la politique de l’administration Bush, les reproches portent essentiellement sur les aspects les plus néo-conservateurs de la stratégie états-unienne. Il n’y a pas de remise en cause réelle des grands axes de la propagande états-unienne. Ainsi, l’auteur affirme que les États-Unis sont allés en Irak pour instaurer une démocratie et que ce pays est profondément divisé entre groupes ethnico-religieux.
Cette tribune semble donc adopter la même démarche que celle de Francis Fukuyama ou d’autres analystes états-uniens qui, sans remettre en question l’impérialisme de leur État, dénoncent des erreurs tactiques de l’administration Bush qui risquent selon eux d’affaiblir la stratégie globale.
L’analyste syrien Marwan Al Kabalan estime, lui aussi, que la politique du département d’État est dans l’impasse. La nouvelle doctrine stratégique mise en place après le 11 septembre, connue sous le nom de doctrine des frappes stratégiques, visait à rendre la situation des États-Unis plus sûre mais, en réalité, elle ne fait qu’accroître les risques pour Washington. En effet, si jusqu’ici les États hostiles aux États-Unis estimaient qu’attaquer ce pays les exposait à une riposte, aujourd’hui, ils savent que quoi qu’ils fassent ils risquent la même chose. Dans ce cas, autant prendre l’avantage en attaquant.
D’un point de vue logique, cette analyse se tient, mais elle ignore un point central : les États-Unis n’ont pas mis au point la doctrine des frappes préventives en pensant se protéger davantage, mais pour justifier des agressions.
En fait, ce qui inquiète une parties des élites états-uniennes, c’est que par ses erreurs, la Maison-Blanche a fait éclater la coalition née de l’après 11 septembre et l’unité nationale derrière la figure du commandant en chef aux États-Unis.
L’ambassadeur états-unien en France et ancien partenaire en affaire de George W. Bush, Craig Roberts Stapleton, s’efforce de ramener la France dans le giron de Washington en jouant sur la corde de la solidarité dans l’adversité. Dans Le Monde, il loue l’action de la France dans l’aide aux victimes de l’ouragan Katrina et s’appuie sur cet acte de solidarité pour demander une coopération plus forte entre Paris et Washington dans la guerre au terrorisme.
De son côté Carie Lemack, présidente d’une association de familles de victimes des attentats du 11 septembre 2001, lance un appel en faveur de l’unité nationale dans le Boston Globe. Pour elle, la lutte anti-terroriste ne doit pas être un objet de débat et doit être dépolitisée. Jouant fortement sur la carte de l’émotion et rappelant fréquemment le souvenir de sa mère disparue, elle demande que l’analyse des progrès dans la guerre au terrorisme soit laissée aux seuls experts. Faisant parler les morts, elle invite les États-uniens à abandonner toute velléité de contrôle de l’action de leur gouvernement dans ce domaine.
À l’opposé de cette image quasi-unanime de la guerre au terrorisme, de rares auteurs tentent de faire entendre une voix dissidente.
Le professeur Noam Chomsky s’intéresse aux arguments employés par les États-Unis et leurs alliés. Dans le Khaleej Times et El Periodico, il s’appuie sur des exemples historiques pour démontrer que les appels à la lutte contre le terrorisme international ne sont que des réactualisations du discours impérialiste classique : dans cette mise en scène éculée qu’on vend désormais sous des oripeaux modernes, la nation est toujours en danger, la menace importante et les aspirations des dirigeants toujours guidées par des idéaux et des valeurs altruistes.
Sur le site Alarabonline.org, le député jordanien Aouda Boutros Aouda s’agace de l’acceptation des principes de la doctrine de la guerre au terrorisme par les dirigeants arabes. Il félicite l’ex-Premier ministre de la Malaisie, Mahatir Mohamed, pour avoir osé présenter les forces de la Coalition comme les vrais terroristes. En effet, le lien entre islam et terrorisme est devenu une telle évidence pour la presse occidentale mainstream que l’action des gouvernements occidentaux contre des populations civiles afin d’obtenir un bénéfice politique n’est plus jamais présentée pour ce qu’elle est : du terrorisme d’État.
La journaliste française Naima Bouteldja dénonce elle aussi la banalisation de l’association entre terrorisme et islamisme. Dans The Guardian et le Taipei Times, elle rappelle que les attentats de 1995 en France ont été longtemps présentés comme le fait de réseaux islamistes alors que l’implication des généraux algériens ne fait plus de doute. Sans aller jusqu’à dénoncer la thèse officielle sur les attentats du 11 septembre, elle appelle ses lecteurs à la prudence sur les accusations rapides servant des intérêts politiques.
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13 septembre 2005
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Paris (France)
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Thèmes
Guerre globale au « terrorisme »
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Les attentats ont changé nos vies »
Auteur
John Howard
Source
The Age (Australie)
Référence « Attacks changed our lives », par John Howard, The Age, 10 septembre 2005.
Résumé Cette année, nous célébrons le quatrième anniversaire des attentats de New York et nous avons une pensée pour les 3 000 victimes, dont dix Australiens, et les dizaines de milliers de personnes affectées. Les évènements du 11 septembre étaient une attaque contre notre mode de vie. Les attentats de Madrid, Bali, Londres, Jakarta ou les attaques en Irak sont la suite de ce combat.
Malgré ces attentats, nous avons vu des démocraties se développer dans le monde et c’est pourquoi l’Australie réaffirme son engagement en Afghanistan et en Irak. Depuis le 11 septembre, nous avons développé notre arsenal législatif pour lutter contre le terrorisme et améliorer la sécurité de nos installations publiques. Cela nous rappelle la menace qui pèse sur nous.
Suite au 11 septembre, la clause de sécurité collective de l’ANZUS a été utilisée pour la première fois en 50 ans et l’Australie participe à la guerre contre Al Qaïda et les talibans tout en développant ses défenses contre le terrorisme. Depuis le 11 septembre, nous avons changé notre conception du terrorisme.

La révolution 911 »
Auteur
Semen Novoprudsky
Source
Vremya Novostyey (Fédération de Russie)
Référence « Революция 9/11 », par Semen Novoprudsky, Vremya Novostyey, 12 septembre 2005.
Résumé Il est possible d’affirmer que toute l’humanité est entrée hier dans la cinquième année de la nouvelle ère qui a commencé avec l’attaque terroriste du 11 septembre sur l’Amérique. Il y a eu, avant et après le 11 septembre 2001, des évènements plus horribles dans l’histoire de l’humanité, mais cette date est un signe de reconnaissance de cette nouvelle ère. Pour la première fois dans l’histoire de la civilisation, toutes les bases de ce qui coordonne l’existence sociale de l’humanité ont été anéanties instantanément en un seul acte barbare. Ce fut d’abord un coup magistral à l’idée d’État. Cela a démontré que l’État envisagé sous sa forme actuelle ne constitue plus une forme efficace d’organisation et de protection de la vie humaine.
Ensuite, cet attentat témoigne de la fin de la civilisation chrétienne et peut-être de la civilisation selon des fondements religieux. Les espoirs de voir émerger des valeurs communes à toute l’humanité se sont révélés n’être qu’illusions. Même la vie humaine n’est pas une valeur commune.
La tragédie du 11 septembre a modifié les conceptions fondamentales de la guerre et de la paix. L’adversaire est partout et nulle part, la guerre jamais là mais toujours là. On peut détruire tout ces « Al Qaïdas », mais leurs méthodes pourront être réutilisées.
Ce que l’on observe est un éclatement métaphysique de l’humanité ; la majorité ne décide plus, elle subit. La seule conséquence positive c’est le lien véritablement physiologique entre les gens aux quatre coins de la planète en face d’un danger commun : il n’avait jamais été tel.

« Le combat contre la terreur va durer des siècles »
Auteur
Günther Beckstein

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Günther Beckstein est ministre de l’Intérieur du Land de Bavière, il est pressenti au ministère de l’Intérieur si les conservateurs allemands remportent les législatives du 18 septembre. Chrétien-social, CSU, il est proche d’Edmund Stoiber. Depuis 1996, il est membre du synode de l’Église évangélique de Bavière.
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Source
Welt an Sonntag (Allemagne)
Référence « Kampf gegen den Terror dauert noch Jahrzehnte « , par Günther Beckstein, Welt an Sonntag, 11 septembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview croisée avec Otto Schily.
Résumé Nous sommes mieux armés aujourd’hui. J’avais alerté sur les dangers d’une attaque d’Al Qaïda une semaine avant le 11 septembre. La dimension des attentats n’était pas prévisible. Je pense aussi que la lutte contre le terrorisme islamiste va durer des siècles.
Je pense que le rôle de l’Allemagne dans le terrorisme est plus grand que ce que l’on dit ; ce n’est pas un hasard si notre pays a été un lieu de préparation et de retraite pour le Hamas et le Hezbollah. Cela a aussi à voir avec les nombreux demandeurs d’asile que nous avons accueillis d’Orient. Notre système juridique est aussi à prendre en compte. Les difficultés rencontrées face aux extrémistes islamistes sont plus faciles à surmonter dans un système fédéral qu’avec une architecture centralisée de la sécurité.
Je ne suis pas encore satisfait du travail commun en Europe et avec les États-Unis. Cela fait 17 ans que je suis en poste et je n’ai jamais reçu la moindre information sur un suspect qui se dirigerait vers chez nous, alors que nous savons que c’est parfois le cas. Les États-Unis ont la particularité de volontiers recevoir des informations, mais de ne pas beaucoup aimer les transmettre. Si le travail commun avec les agents fédéraux avait été efficace, cela aurait donné des résultats.
Nous avons besoin d’une base de données anti-terroriste. La Basse Saxe l’avait proposé mais cela a été refusé par les verts-rouges. Le terrorisme islamiste d’une telle ampleur date de 2001 et nous étions tous d’accord lors de la grande conférence d’Erfurt sur le terrorisme. Le nouveau centre de lutte contre le terrorisme à Berlin est une bonne chose, mais il n’y a pas de véritable travail en commun entre la police et les renseignements.
L’armée devrait décharger la police de certaines tâches comme l’encadrement des compétitions sportives. Des logements de soldats américains ont été protégés par la Bundeswehr pendant la guerre d’Irak, car je n’avais pas assez de personnel à disposition. Elle est aussi la mieux préparée au monde pour la lutte contre les armes chimiques ou bactériologiques.

« Le combat contre la terreur va durer des siècles »
Auteur
Otto Schily

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Ancien avocat de la Fraction Armée rouge, député au Bundestag depuis 1983, et ancien vice-président du groupe parlementaire du SPD au Bundestag (1994-1998), Otto Schily est ministre fédéral allemand de l’Intérieur.
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Source
Welt an Sonntag (Allemagne)
Référence « Kampf gegen den Terror dauert noch Jahrzehnte « , par Otto Schily, Welt an Sonntag, 11 septembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview croisée avec Günther Beckstein.
Résumé La dimension profonde de la menace qui existait déjà est apparue avec les attentats du 11 septembre. Il n’y aura pas de victoire rapide sur la terreur. Le combat va encore durer des siècles. Nous ne devons pas donner l’impression que l’Allemagne est un centre du terrorisme. La majorité des terroristes impliqués dans le 11 septembre n’y sont jamais venus. Nous faisons partie, comme d’autres pays, d’une zone de danger où les terroristes se déplacent. Les auteurs des attentats qui ont séjourné chez nous avaient des visas en règle, ils étudiaient. Il est cependant vrai que le droit d’asile est parfois utilisé à nos dépends : leur nombre est d’ailleurs passé de 100 000 en 1989 à 30 000 cette année.
La coopération internationale est essentielle pour combattre le terrorisme et George W. Bush s’est félicité des progrès faits en la matière. Je m’étais entendu avec le ministre français de l’Intérieur, à l’époque M. Dominique de Villepin, sur les échanges d’informations. Nous organisons cela multilatéralement avec le traité de Prüm.
Nous disposons de nouveaux moyens d’action avec les lois antiterroristes, mais malheureusement nous n’avons pas pu nous mettre d’accord sur un transfert à la police fédérale des interventions préventives en matière de terrorisme. Il serait dangereux d’impliquer l’armée dans la lutte contre le terrorisme intérieur. Nous donnerions l’impression d’être déjà en guerre civile et le terrorisme aurait déjà à moitié gagné la partie. De plus, l’armée n’est pas qualifiée pour cette tâche, nous devrions plutôt augmenter les effectifs de la police. La Bundeswehr (l’armée fédérale) peut intervenir dans les cas de catastrophes ; qu’elles soient le fruit de la nature ou de terroristes n’a pas d’importance.

« Terrorisme : la menace urbaine »
Auteur
Pierre Lellouche
Source
Le Figaro (France)
Référence « Terrorisme : la menace urbaine », par Pierre Lellouche, Le Figaro, 10 septembre 2005.
Résumé Triste anniversaire que celui du 11 septembre 2001. Aux images sans équivalent dans l’Histoire viennent s’ajouter dans nos mémoires celles de Madrid ou de Londres. Par ailleurs, le tsunami en Asie et l’ouragan Katrina viennent nous rappeler l’extraordinaire fragilité des concentrations urbaines modernes. Actes de Dieu ou de fous de Dieu, ce type de catastrophe, à très grande échelle, ne peut plus rester à l’écart du débat public. En effet, la protection des biens et des personnes est au cœur de la légitimité de la puissance publique et dans une société démocratique, les citoyens ont le droit de savoir ce que font les autorités pour les protéger.
Aujourd’hui, nous vivons à l’heure du terrorisme de masse, d’une quatrième guerre mondiale qui ne dit pas son nom. Il suffit d’écouter les déclarations des dirigeants d’Al Qaïda pour s’en convaincre. Ce n’est sans doute qu’une question de temps avant que nous soyons pris pour cible. Fort heureusement, la France est l’un des pays qui, au niveau de ses services, fait le plus en matière de prévention du terrorisme, en termes de renseignement, de démantèlement des filières, de lutte contre l’islamisme radical, les prédicateurs extrémistes et autres prêcheurs de haine. Il faut continuer cet effort et je ne peux que soutenir le projet de loi de Nicolas Sarkozy visant à renforcer nos moyens d’action. Si des actions sont menées au niveau national, l’action au niveau local reste insuffisante. Quelles mesures le maire de Paris a-t-il pris ? En dehors d’afficher le portrait des otages sur le fronton de l’Hôtel de ville ou de dédier telle Nuit blanche aux victimes du terrorisme, l’action de la municipalité a été tout simplement inexistante. Je suis atterré par les conséquences possibles d’un attentat au cœur de Paris ; a fortiori s’il devait être commis en faisant usage d’armes de destruction massives, nucléaires, radiologiques, bactériologiques ou chimiques.
Dernièrement, j’ai discuté avec le chef de la police de New York sur les mesures qu’il avait prises dans sa ville après le 11 septembre. J’ai participé à une réunion avec mon ami Sam Nunn qui préside une ONG internationale originale, Nuclear Threat Initiative, cherchant à relayer les efforts du G8 pour empêcher les terroristes d’acquérir des armes nucléaires.
La prochaine campagne municipale à Paris, y compris la primaire interne au sein de l’UMP, doit donner l’occasion d’ouvrir le débat devant les Parisiens sur ce dossier dont je mesure l’extrême difficulté et la sensibilité dans l’opinion publique. Mais il est inimaginable que le maire de Paris reste à l’écart de cette problématique.

« Une guerre pleine d’erreurs qui nécessite un réexamen »
Auteur
Harlan Ullman
Source
The Australian (Australie)
Référence « A war full of errors calls for a rethink », par Harlan Ullman, The Australian, 12septembre 2005.
Résumé Une grande partie du monde se demande comment les États-Unis et l’administration Bush ont pu gérer aussi mal la situation en Irak. Ces mêmes personnes sont perplexes face au manque de débat autour du fondement de la guerre : la croyance selon laquelle la démocratisation de l’Irak rendrait toute la région plus pacifique et plus stable. Il est important d’étudier attentivement les erreurs de cette stratégie afin de comprendre les forces et les faiblesses des États-Unis en tant que dirigeant global. L’Australie a tout intérêt à se poser cette question.
Le système politique états-unien est un facteur de division de la société et pour surmonter cette division, il faut un ennemi commun. Cela fait partie d’une culture née il y a des siècles. Quand les tours jumelles se sont effondrées, il y a quatre ans, les États-Unis avaient besoin d’un ennemi et l’attaque a été immédiatement comparée à Pearl Harbor. La réponse automatique a été de déclarer formellement la guerre aux auteurs des attentats mais il n’y a eu techniquement aucune vraie déclaration de guerre. Le Congrès est simplement resté passif depuis devant les actions de l’exécutif.
Du point de vue de l’idéologie il n’y a rien de neuf. Au Vietnam, l’objectif était déjà la défense de la liberté coûte que coûte. En Irak, c’est l’idéologie néo-conservatrice de promotion de la démocratie qui prévaut : si ce pays devient une démocratie, qu’importe qu’il ait ou non des liens avec Al Qaïda ou des armes de destruction massive. Cette combinaison d’idéologie, d’erreur et une incapacité à reconnaître ses erreurs à conduit l’administration Bush à déstabiliser tout le « Grand Moyen-Orient ». On ne peut pas appliquer le modèle démocratique états-unien à un Irak divisé entre communautés ethnico-religieuses. Aux États-Unis, l’idéologie a pris le pas sur la raison ; il faut espérer que Washington change de point de vue.

« La politique étrangère post-11 septembre des États-Unis est dans l’impasse »
Auteur
Marwan Al Kabalan
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Le Dr Marwan Al Kabalan est professeur d’études médiatiques et de relations internationales à la faculté des Médias et de Science politique de l’université de Damas.
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Source
Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence « Post-9/11 US foreign policy is in doldrums », par Marwan Al Kabalan, Gulf News, 9 septembre 2005.
Résumé Quatre ans après le 11 septembre, il est temps d’observer la politique menée par George W. Bush et de réfléchir pour savoir si elle a effectivement permis aux États-Unis d’être davantage en sécurité.
La révolution bushienne en politique étrangère a pris forme dans la stratégie de sécurité nationale de 2002, réponse officielle aux attentats du 11 septembre. Dans son cinquième paragraphe, ce texte prévoit des actions unilatérales des États-Unis contre des ennemis présumés en se fondant sur leurs intentions. C’est le cœur de la doctrine des frappes préventives. Des guerres préventives ont été menées contre l’Afghanistan et l’Irak, bien que dans le cas de l’Afghanistan, l’action militaire puisse être interprétée comme une réponse au 11 septembre. Outre les États, la doctrine des frappes préventives prévoit de s’en prendre également aux acteurs non-étatiques.
Le fondement de la prévention dans les rapports internationaux est que les acteurs font des calculs coût-avantage avant de s’en prendre à un adversaire. L’adversaire n’attaque pas en premier s’il pense que son action entraînera de trop grands dommages pour lui en contrepartie. Avec la doctrine des frappes préventives, ce calcul n’a plus lieu d’être puisque les adversaires des États-Unis savent qu’ils peuvent être attaqués n’importe quand. Par conséquent, cette doctrine expose bien plus les États-Unis que par le passé. Les États-Unis s’en rendront bientôt compte et devront favoriser le « soft power ».

« Du 11 Septembre à Katrina »
Auteur
Craig Roberts Stapleton

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Ancien ambassadeur états-unien en République tchèque (2001-2004), Craig Roberts Stapleton est ambassadeur des États-Unis en France. Il fut co-propriétaire avec George W. Bush de l’équipe de base-ball des Texas Rangers et participa au financement de la campagne de ce dernier.
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Source
Le Monde (France)
Référence « Du 11-Septembre à Katrina », par Craig Roberts Stapleton, Le Monde, 11 septembre 2005.
Résumé Les images horribles du 11 septembre 2001 sont gravées dans les mémoires du monde entier et en ces temps de commémorations, les États-Unis se souviennent de la fraternité unissant la France et les États-Unis à cette occasion, marquée par l’inoubliable titre du Monde : « Nous sommes tous Américains ». A nouveau, après le passage de l’ouragan Katrina, les Américains ont trouvé les Français à leur côté. Tout comme en septembre 2001, les Français ont été prompts à réagir et à offrir de l’aide ; nous montrant, à nous Américains, que nous pouvons toujours compter sur nos amis français dans les moments les plus désespérés. Le département d’État et le Quai d’Orsay travaillent ensemble et les dons de particuliers et d’entreprises affluent.
Alors que des commémorations marqueront l’anniversaire de la tragédie du 11 septembre à travers le monde, seront également présentes dans nos pensées et nos prières toutes les victimes d’attentats terroristes. Si les nations peuvent se rassembler lors des catastrophes naturelles, nous pouvons également nous rassembler pour lutter contre le terrorisme. La lutte contre le terrorisme est une priorité absolue et très vite après le 11 septembre, la France a participé aux côtés des États-Unis à l’action militaire en Afghanistan contre les responsables des attentats. Nos gouvernements continuent à travailler ensemble pour assurer la sécurité de nos concitoyens.

« Nous restons divisés (par le 11 septembre) »
Auteur
Carie Lemack
Source
The Boston Globe (États-Unis)
Référence « Divided (by 9/11) we stand », par Carie Lemack, Boston Globe, 9 septembre 2005.
Résumé J’ai toujours du mal à accepter la mort de ma mère, assassinée il y a quatre ans lors du 11 septembre. Depuis le jour de sa mort et de celle de 3000 personnes, le 11 septembre a été au cœur de notre dialogue national. Quand on parle du 11 septembre, on parle souvent d’héroïsme, de bravoure, de patriotisme mais plus récemment, les thèmes ont été la division, l’appartenance partisane et l’exploitation. Juste après le 11 septembre, le temps était à l’unité mais progressivement, cet évènement a été récupéré politiquement. Karl Rove a attaqué les libéraux en les accusant d’être trop conciliants avec les terroristes du 11 septembre et Cynthia McKinney a fait campagne sur les écrans avec Fahrenheit 9/11.
Ce 11 septembre, qui autrefois nous rassemblait, est en train de nous diviser. Alors que nous avons besoin d’être unis pour affronter le formidable ennemi qui a assassiné ma mère, nous nous battons entre nous. Imaginez ce que nous pourrions faire si nous étions tous unis. La semaine prochaine, les membres de la Commission d’enquête sur le 11 septembre se rassembleront pour commenter l’action de l’administration Bush. Il ne faut pas que ces analyses ne deviennent un prétexte de combat politique. Il faut tirer les leçons du 11 septembre et travailler ensemble. Nous sommes tous Américains et c’est le plus important.

« La doctrine des bonnes intentions »
Auteur
Noam Chomsky
Sources
El Periodico (Espagne), Khaleej Times (Émirats arabes unis)
Référence « Doctrine of good intentions », par Noam Chomsky, Khaleej Times, 3 septembre 2005.
« Malas intenciones desde el 11-S », El Periodico, 11 septembre 2005.
Résumé Lorsqu’on analyse les affaires humaines, il est bon de comprendre le fonctionnement des systèmes doctrinaires. Pour faciliter le marketing politique, ces systèmes se doivent de présenter leurs ennemis comme mauvais par nature. C’est le traitement qui fut réservé à Saddam Hussein, cible sans défense, présenté comme une menace pour notre survie, responsable des attentats du 11 septembre et prêt à nous attaquer à nouveau. Pourtant, durant la présidence de Ronald Reagan, tout lui était pardonné.
Outre cette caractérisation de l’adversaire, il faut toujours entourer les actions commises d’une certaine noblesse. On n’attaque jamais, on ne fait que se défendre. Les nazis ou les mouvements impérialistes japonais lors de la Seconde Guerre mondiale ne disaient pas autre chose. On affirme toujours que face à l’agression de l’ennemi on agit pour se défendre mais aussi par altruisme, pour le bien des autres et cela rend la nation exceptionnelle. Le colonialisme britannique au XIXième siècle se parait déjà de cet aspect idéaliste.
Derrière cette rhétorique, les États-Unis ont cependant mis en place de nombreuses dictatures et c’est avoir la mémoire courte que de penser qu’ils vont instaurer des démocraties en Irak et en Afghanistan. Comme les puissances impérialistes du passé, les États-Unis assurent leurs intérêts économiques et stratégiques au nom des grandes valeurs.

« Les Terroristes ! »
Auteur
Aouda Boutros Aouda

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Aouda Boutros Aouda est député, journaliste et écrivain jordanien. Il publie ses articles dans plusieurs journaux arabes tels Al-vefagh et Asharqalarabi.
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Source
Alarabonline.org
Référence « الارهابيون ! », Par Aouda Boutros Aouda, Alarabonline.org, 11 septembre 2005.
Résumé Les responsables et dirigeants d’un monde arabe divisé se battent pour servir les intérêts des États-Unis et pour s’acheter la bénédiction de l’administration Bush. Dans ce cadre, et pour confirmer leur soumission absolue à cette dernière, lesdites personnes n’ont pas cessé, depuis le 11 septembre, de soutenir les accusations états-uniennes reliant le terrorisme à l’Islam. Alors que nos responsables arabes ont choisi une stratégie de l’hypocrisie envers celui qui les protège de la rage de leurs peuples, une voix non-arabe s’est élevée de l’extrême Est de l’Asie pour défendre l’Islam et les musulmans. Il s’agit de l’ex Premier ministre de la Malaisie, Mahatir Mohamed.
Mahatir a associé le terrorisme aux États-uniens et aux Britanniques menés par George W. Bush et son allié Tony Blair. Il a osé déclarer, devant un groupe d’ambassadeurs et d’activistes dans le domaine des Droits de l’homme, que l’invasion de l’Irak était basée sur de fausses prétextes.
Mahatir, que les responsables états-uniens et britanniques connaissent depuis l’époque Reagan et Bush père, s’est interrogé en demandant ironiquement à l’ambassadeur britannique de définir les vrais terroristes ! Sont-ils ceux qui en bas subissent les attaques aériennes, ou ceux qui les attaquent ? Les vrais terroristes sont les États-uniens et les Britanniques, a répondu Mahatir Mohamed.
L’ambassadeur britannique en question n’a pas supporté cette accusation. Il a préféré quitter la conférence, suivi de quelques autres ambassadeurs. D’ailleurs, les responsables états-uniens ont refusé d’assister à cette conférence, tenue pour traiter les questions des Droits de l’homme. Ils ont raison ; comment y assister alors qu’ils représentent, avec les Britanniques et les Israéliens, la source du terrorisme internationale et des atteintes aux Droits de l’homme ? Quant à nos responsables arabes, ils préfèrent organiser des conférences plus « sécurisées », en n’invitant que ceux qui lèchent les pieds parmi les responsables de l’administration Bush et leurs alliés. Et ceux qui considèrent les résistants irakiens, luttant pour leur indépendance, comme des terroristes qui n’ont rien à voir avec l’Islam.
Plusieurs personnes, partout dans le monde arabe, partagent le point de vue de Mahatir, mais les conditions différent. Car, si la situation en Malaisie encourage à attaquer les États-Unis et ses alliés, en leur faisant endosser la responsabilité du terrorisme international, sans craindre de poursuites judiciaires, dans les pays arabes on ne peut pas jouir des mêmes conditions. Le citoyen arabe est obligé d’adopter l’idéologie de son gouverneur, sinon la loi le fait taire.

« Qui a vraiment commis des attentats à la bombe à Paris »
Auteur
Naima Bouteldja
Sources
The Guardian (Royaume-Uni), Taipei Times (Taïwan)
Référence « Who really bombed Paris ? » par Naima Bouteldja, The Guardian, 8 septembre 2005.
« Who was the real culprit in the bombing of Paris ?, Taipei Times, 13 septembre 2005.
Résumé Suite aux attentats de Paris de 1995, on a fréquemment affirmé que la France avait été le premier pays occidental à être touché par les attentats terroristes islamistes. Les politiciens et experts ne cessèrent pas alors de mettre en garde la Grande Bretagne contre l’accueil des islamistes et des prédicateurs radicaux. Suite aux attentats de Londres, les commentateurs ont eut tôt fait de recommander que la Grande Bretagne adopte le modèle français de tolérance zéro et d’intégration au nom des valeurs républicaines. Ce modèle aurait permis de protéger la France des attentats et Tony Blair a annoncé que les règles du jeu avaient changé au Royaume-Uni.
Mais comment regarderions nous le modèle français si, dix ans après les attentats, nous apprenions que les attentats de Paris sont le fait des services de renseignement algériens ? En 1991, l’armée algérienne organisa un coup d’État en Algérie en exploitant la peur de l’islamisme en Occident. Mais pour conserver le pouvoir, il fallait que l’opposition islamique soit discréditée. Les milieux islamistes algériens étaient depuis longtemps infiltrés par le DRS, les services secrets algériens ; ils placèrent à la tête du Groupe islamique armé (GIA) un homme à eux, Jamel Zitouni, et chaque fois que le régime militaire vacillait, les attentats reprenait.
Pour éviter que paris ne retire son soutien aux généraux algériens, ces derniers utilisèrent leurs agents en France comme des agents provocateurs qui commirent des attentats. Dans le même temps le GIA assassinait des responsables du Front islamique du salut (FIS). Suite aux attentats, la France retira son soutien aux accords de Rome prévoyant une réconciliation en Algérie et un processus de démocratisation. Le cerveau des attentats fut identifié comme étant Ali Touchent, mais celui-ci ne fut pas inquiété. La France préféra conserver la version des attentats islamistes en raison de ses liens économiques avec l’Algérie, liens accompagnés de rétro-commission alimentant les caisses des principaux partis politiques français.
Cette histoire rappelle qu’il faut se méfier du qualificatif « islamiste » concernant les auteurs des attentats.

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