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Tribunes et décryptages - 14 septembre 2005
Sharon ne se cache plus
Décryptage
Après le retrait israélien de la bande de Gaza, l’ultra-droite israélienne, opposée à tout désengagement territorial, ne désarme pas. Sans surprise, c’est dans le Jerusalem Post, que ces opposants trouvent une tribune pour s’exprimer. Coup sur coup, le quotidien israélien publie des textes émanant des deux groupes qui, à l’intérieur du Likoud, tentent de doubler Ariel Sharon par son extrême droite : les partisans de Natan Sharansky et ceux de Benjamin Netanyahu.
Le 12 septembre, c’est Natan Sharansky, lui même qui s’exprime. L’ancien opposant soviétique et ancien ministre israélien souhaite rallier l’électorat nationaliste tout en jouant les rassembleurs. Il loue la dignité des colons évacués et celle des militaires israéliens contraints par un pouvoir indigne de faire le sale travail. Il estime qu’aujourd’hui, Israël n’est pas divisé entre partisans et adversaires du retrait de Gaza mais entre une population affectée par cette décision et un pouvoir méprisant ces souffrances. L’auteur va à l’encontre de l’orientation de la propagande du gouvernement Sharon qui aime à se présenter sur la scène internationale comme un gouvernement de paix opposé à un mouvement de colons ultra-radical.
Deux jours plus tard, l’ancien responsable du planning politique du cabinet de Benjamin Netanyahu, Michael Freund, diabolise les Palestiniens pour mieux délégitimer toutes concessions territoriales. L’auteur présente les Palestiniens comme une population sauvage, guidée par ses instincts de destruction et l’Autorité palestinienne comme une structure incapable ou complice à qui on ne peut pas faire confiance. En s’appuyant sur les destructions d’anciennes synagogues abandonnées par les colons à Gaza, Michael Freund affirme que si Israël n’en prend pas soin lui même, les Palestiniens détruiront les marques historiques de la présence juive sur le territoire. Il demande donc que Tel-Aviv reprenne le contrôle de la tombe de Joseph, de l’esplanade des mosquées à Jérusalem et du caveau des patriarches à Hébron. Bref, que Tsahal réinvestisse les territoires palestiniens.
Cette opposition au retrait de Gaza est une épine dans le pied d’Ariel Sharon au sein de son parti, mais une bénédiction sur la scène internationale. En effet, il peut s’appuyer sur les discours de ses opposants pour se poser en alternative pacifique à l’ultra-nationalisme israélien. Une posture qui s’avère payante comme nous l’avons déjà étudié dans Tribunes et décryptages. La presse occidentale a eu tôt fait de voir en Sharon un équivalent israélien de Charles De Gaulle lors de la décolonisation algérienne. Pourtant, comme nous l’avons souvent rappelé, la position du gouvernement Sharon est très claire : le retrait de Gaza ne vise pas à permettre la construction d’un État palestinien viable, il sert à diminuer les pressions internationales, à faire oublier la « feuille de route » et à renforcer le contrôle israélien sur la Cisjordanie et Jérusalem.
Dans une interview au quotidien italien La Republica reprise en russe par Inopressa, Ariel Sharon ne le cache pas. Le retrait de Gaza n’a eu lieu que parce qu’il n’y avait aucune chance de voir les Israéliens y devenir majoritaires. Le Premier ministre israélien précise qu’il ne souhaite pas organiser d’autres retraits et ajoute que tant que Mahmoud Abbas ne combattra pas les groupes armés palestiniens (ce qui ne peut aboutir qu’à une guerre civile entre Palestiniens), Israël ne fera aucune autre concession. Il se déclare satisfait que les pressions exercées par la communauté internationale contre Israël aient diminué et annonce son intention de développer les colonies en Cisjordanie, c’est-à-dire d’annexer de larges parties de territoires. Difficile de prétendre après cela qu’Israël est engagé dans un processus de paix.
L’ancien gouverneur israélien de Rammalah et colonel de Tsahal, Jonathan Figel, se réjouit lui aussi du retrait de Gaza dans Vremya Novostyey. Pour lui, les conséquences positives pour Israël seront nombreuses : renforcement de la sécurité grâce au mur d’annexion, redéploiement des troupes autour des principaux territoires annexés et même l’espoir de voir les Palestiniens se déchirer entre eux. En outre, pour l’auteur, rien n’interdit à Tsahal de mener des frappes aériennes contre les Palestiniens dans Gaza.
Dans le même temps, en Israël, on s’interroge sur la meilleure façon de poursuivre le processus de paix. Toutefois, les analyses s’interrogeant dans la presse sur cette question ne contredisent pas l’annexion de larges parties du territoire de Cisjordanie. Dans ces conditions, on peut douter de leur sincérité. La question ne semble pas être quel est le meilleur moyen de parvenir à la paix, mais quel est le meilleur moyen d’annexer des territoires tout en semblant travailler pour la paix.
L’ancien directeur du Shin Bet, le travailliste Ami Ayalon s’interroge dans Ha’aretz sur la meilleure façon de relancer le dialogue avec les Palestiniens. Ne co-préside-t-il pas, en effet, une organisation affirmant travailler à la « solution des deux États » ? Il suggère qu’Israël organise de nouveaux retraits en Cisjordanie et affirme clairement qu’elle ne compte pas faire de ces territoires une partie de son espace national. Pourtant, les territoires en questions ne sont que des colonies isolées, pas les principaux centres de peuplement construit illégalement en Cisjordanie et désormais protégés par un mur annexant des pans entiers de territoires palestiniens. L’auteur appelle d’ailleurs à une poursuite de la construction du Mur d’annexion. Ces déclarations vont à l’encontre des positions défendues jusque-là par son organisation : destruction du Mur et retour aux frontières de 1967. Dans le Jerusalem Post, l’ancien expert du ministère des Affaires étrangères israélien, Shlomo Avineri, utilise une analyse différente de la situation pour aboutir aux mêmes conclusions que MM. Sharon ou Ayalon. Il estime que la situation politique en Israël et au sein de l’Autorité palestinienne ne permet pas d’avancées dans les négociations. Plutôt que de poursuivre d’inutiles palabres, mieux vaut gérer le conflit en attendant un moment plus propice aux discussion. En attendant ce moment tant attendu, Israël doit rationaliser sa colonisation des territoires palestiniens en évacuant les colonies les plus isolées. Subtile façon d’appeler à un gel du processus de paix, au nom de la paix à venir.
Côté arabe et palestinien, on n’est pas dupe de la tactique israélienne, mais l’impuissance est totale.
L’ancien ministre de l’Éducation nationale du Koweit, Ahmed Al Rabii, constate dans Asharqalawsat, la mort du plan de paix saoudien. Celui-ci prévoyait la reconnaissance d’Israël par les pays arabes et la normalisation des relations avec Tel-Aviv en échange d’un retour aux frontières de 1967. Or, tous les pays arabes sont en train, les uns après les autres, de normaliser leurs relations avec Israël, empêchant toute pression future en faveur d’un retrait de la Cisjordanie. L’auteur estime que l’argument qui veut qu’un rapprochement avec Israël favorisera la paix ne tient pas, il ne s’agit que d’un renoncement.
Dans une interview au Corriere Della Sera accordée suite à l’enlèvement d’une journaliste du quotidien par des Palestiniens, traduite en russe par Inopressa, le président palestinien, Mahmoud Abbas regrette qu’Israël refuse toute reprise des négociations. Il rappelle pourtant qu’il s’est conformé scrupuleusement à tout ce qu’on lui a demandé. La seule chose sur laquelle il ne semble pas vouloir céder, c’est l’affrontement avec le Hamas. Pour faire baisser les armes à ce mouvement, il préfère employer la négociation. Le président de l’Autorité palestinienne constate que sa docilité n’aide pas son peuple, mais se résigne à poursuivre la politique qu’on lui impose.
Dans Dar-alhayat, le journaliste, Abdellah Escander, estime qu’il y a deux façons d’interpréter le retrait de Gaza. Si c’est une victoire militaire, il faut continuer la lutte. Mais si c’est une récompense pour la bonne gestion de l’Autorité palestinienne, il faut poursuivre les réformes. Dans le doute, il opte pour la deuxième hypothèse, il estime que l’Autorité palestinienne doit faire preuve de son savoir faire à Gaza pour avoir un argument contre Israël et pour inciter à d’autres retraits.
Réseau Voltaire
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14 septembre 2005
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Paris (France)
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Español
Pays
Palestine/Israël
Thèmes
Résistance en Palestine
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« La guerre civile qui n’a pas eu lieu »
Auteur
Natan Sharansky

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Ancien dissident soviétique, Natan Sharansky est président et fondateur du parti Yisrael B’Alyia Anglos qui a rejoint le Likoud. Ancien ministre de la Diaspora et de Jérusalem du gouvernement d’Ariel Sharon, il a démissionné pour marquer son opposition au plan de retrait de Gaza.
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Source
Jerusalem Post (Israël)
Référence « The civil war that wasn’t », par Natan Sharansky, Jerusalem Post, 12 septembre 2005.
Résumé La guerre civile prophétisée par Ariel Sharon n’a pas eu lieu. Elle n’a pas éclaté car pour qu’une telle guerre éclate, il faut deux camps opposés se haïssant et estimant que leur survie dépend de l’anéantissement de l’autre. Ces deux derniers mois, j’ai passé beaucoup de temps dans les colonies et lors de l’évacuation de Gush Katif, je n’ai pas vu deux camps, j’ai vu des Israéliens, soldats et colons, placés dans une situation difficile.
Les médias ont filmé des scènes de résistance et de tragédie humaine mais ils n’ont pas enregistré des moments plus parlants de fraternisation entre soldats et colons. Des soldats ont prié avec les colons, les ont consolés, se sont excusés auprès d’eux. Lors de la dernière prière dans la synagogue de Gush Katif, on pria pour les responsables politiques israéliens et on demanda à Dieu de les bénir. Ces hommes avaient pourtant ordonné la destruction du monde que les colons avaient construit avec leur travail, leurs rêves et leur sang.
Le désengagement a été présenté comme une lutte entre le pouvoir de la démocratie et des fanatiques hors la loi. En réalité, la vraie fracture est une démarcation invisible qui se forme entre ceux qui partagent la peine des colons et ceux qui s’en moquent. Il faut continuer à expliquer à la population ce qui se passe et rappeler que nous faisons tous partie du même mouvement sioniste.

« Reprenez les lieux saints »
Auteur
Michael Freund

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Michael Freund a été sous-directeur à la communication et au planning politique dans le cabinet de l’ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
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Source
Jerusalem Post (Israël)
Référence « Take back the holy sites », par Michael Freund, Jerusalem Post, 14 septembre 2005.
Résumé Encouragé par le retrait israélien, des milliers de Palestiniens se sont attaqués aux anciennes colonies israéliennes, les dévastant et les brûlant dans une frénésie de haine et de destruction. Parmi ceux qui dirigeaient la charge, il y avait Mahmoud Abbas lui même. Il a présenté les synagogues comme des « structures vides » et il a donc conclu qu’elles seraient détruites. Les policiers palestiniens ont laissé faire les émeutiers et l’Autorité palestinienne a même aidé aux destructions en envoyant un bulldozer.
Ce n’est pas la première fois que l’armée israélienne laisse faire une foule palestinienne qui détruit un lieu sacré pour les juifs. Souvenez-vous de ce que fit la foule le 7 octobre 2000 sur la tombe de Joseph après qu’Israël ait évacué le territoire où elle se trouvait. Ce jour là, les Palestiniens découvrirent que la violence payait et qu’ils pouvaient détruire des sites historiques juifs sans craindre de vengeance d’Israël. Le mont du temple [ 1] à Jérusalem subit régulièrement des actes de désacralisation par les Palestiniens. Nos dirigeants ont eu le tort de laisser faire et les Palestiniens estiment qu’ils peuvent rester impunis quand ils vandalisent les lieux saints juifs.
En agissant ainsi, les dirigeants de l’Autorité palestinienne ont montré qu’on ne pouvait pas leur faire confiance. Voilà pourquoi il faut reprendre le contrôle de la tombe de Joseph, du Mont du Temple et le Caveau des patriarches à Hébron. Ces trois lieux symbolisent nos liens avec cette terre et nous ne pouvons pas les laisser se faire détruire.

« L’administration palestinienne doit maintenant dissoudre les groupuscules terroristes »
Auteur
Ariel Sharon

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Ancien général et ministre de la Défense israélien responsable des massacres de Sabra et Chatilla au Liban, Ariel Sharon est Premier ministre israélien.
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Source
Inopressa (Fédération de Russie)
Référence « Теперь палестинская администрация должна распустить террористические группировки », par Ariel Sharon, Inopressa, 14 septembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview publiée sur La Republica et traduite en russe.
Résumé Je n’ai jamais pensé que la petite société juive de Gaza, sept ou huit milles Israéliens qui vivent au milieu d’un million et demi de Palestiniens dont le nombre augmente sans cesse, puisse devenir majoritaire. Je n’ai jamais pensé que cela deviendrait une partie inaliénable de l’État d’Israël, c’est pour cela que j’ai décidé ce retrait. Nous sommes encore dans une phase de préparation du plan. Il faut d’abord en finir avec le terrorisme et les appels à la violence. Le pouvoir palestinien doit dissoudre tous les groupuscules terroristes. Si les actes terroristes se poursuivent après l’évacuation de Gaza, notre réaction sera dure, très dure.
Je pense que notre ancien ministre des finances ( Benjamin Netanyahu) veut devenir Premier ministre, il va faire tout ce qu’il peut. Je ne pense pas que c’est une bonne voie. Il est devenu le leader d’un groupe extrémiste de droite et cela compromet les possibilités de négociation. Je reste au Likoud, je ne me rends pas, je ne vois pas de raison pour que l’on m’exclue.
Comme les Américains le souhaitent, nous allons démonter les colonies illégales sur la rive occidentale du Jourdain. Les plus grosses colonies resteront israéliennes, nous sommes prêts à les renforcer, pour les autres, il nous reste à examiner certains aspects en accord avec la feuille de route. Abu Mazen a conscience du danger que représente le terrorisme mais on peut se demander dans quelles mesures il est prêt à entreprendre des actions sérieuses pour éliminer les organisations terroristes.
Après ce retrait de Gaza, la position d’Israël s’est améliorée dans le monde. Je voulais franchir un pas important et essayer de résoudre les problèmes entre nous et les Arabes. Il n’y aura plus de retrait unilatéral. Désormais nous attendons que les Palestiniens agissent à leur tour pour continuer. Si Abu Mazen remplit son contrat, alors nous pouvons faire beaucoup. Mais pour cela il doit remplir son contrat.

« L’armée israélienne peut revenir à Gaza »
Auteur
Jonathan Figel
Source
Vremya Novostyey (Fédération de Russie)
Référence « Израильская армия может вернуться в Газу », par Jonathan Figel, Vremya Novostyey, 14 septembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Le résultat du retrait est sans aucun doute positif, et pas seulement pour l’amélioration de l’image d’Israël sur le plan international. Nous ne perdrons plus de forces à défendre les colonies et nous serons plus à même de lutter contre le terrorisme palestinien.
Le retrait du secteur de Gaza ne signifie pas que les forces israéliennes n’y reviendront pas si les attentats et les assassinats d’Israéliens continuent. Nous pouvons très bien intervenir par les airs et même y envoyer des troupes pour une période courte et déterminée. L’évacuation des quatre colonies de Samarie du Nord ne signifie pas que nous quittons cette zone, il reste des colonies et l’infrastructure militaire.
Étant donné les développement actuels, il n’est pas impossible que nous voyions se former en Palestine, dans les années à venir, des territoires autonomes contrôlées par des groupes islamistes radicaux au sein de des territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne.
L’édification du mur va se poursuivre car telle est la décision du gouvernement. Toutefois, s’il peut rendre plus difficile l’intrusion de terroristes sur notre sol, il ne permettra pas de se protéger totalement des Palestiniens.
La doctrine de l’armée israélienne est de frapper préventivement les terroristes en cas de nécessité, si d’après les services de renseignement ils se préparent à commettre des attentats.

« La voie royale après Gaza »
Auteur
Ami Ayalon

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Ami Ayalon est ancien amiral de la marine israélienne et directeur du Shin-Bet. Il copréside avec Sari Nusseibeh le mouvement Mifkad, une organisation israélienne défendant la solution des deux États. Il a adhéré au parti travailliste israélien.
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Source
Ha’aretz (Israel)
Référence « The golden path after Gaza », par Ami Ayalon, Ha’aretz, 9 septembre 2005.
Résumé Le retrait de Gaza est fini mais le peuple juif est toujours confronté à des questions d’une énorme importance. Avant de prendre de nouvelles mesures pour sécuriser un État juif et démocratique, nous devons tirer les leçons de ce premier désengagement. Lors de nos prochaines initiatives, nous devrons nous montrer plus sages et plus respectueux des critères démocratiques.
Depuis l’échec des négociations de Camp David, Israël est obsédé par une question : existe-t-il un partenaire palestinien avec qui faire la paix ? Ceux qui affirment que non ont milité pour des actions unilatérales. Or, de telles initiatives ne font que renforcer le terrorisme. En effet, pourquoi les Palestiniens combattraient-ils le terrorisme s’il les aide à atteindre leurs buts ? Il est préférable d’employer ce que j’appellerai une voix royale pour la paix. Il faut une initiative israélienne capable d’encourager une dynamique de dialogue.
Pour cela, Israël doit reconnaître que tous les territoires en dehors de la barrière de sécurité ne feront pas partie d’Israël ; il faut donc cesser de considérer ces zones comme des priorités de développement national. Cette politique doit être combinée avec la poursuite de la construction de la barrière et des opérations antiterroristes. Il faut également qu’Israël montre une adhésion forte à l’objectif des deux États. Une telle politique serait bonne pour les juifs et aussi pour les Palestiniens. Il faut en débattre avec la population et nous aurons son soutien.
Le désengagement est derrière nous, pensons à l’avenir.

« Oublier la feuille de route »
Auteur
Shlomo Avineri

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Shlomo Avineri est professeur de sciences politiques à l’université hébraïque de Jérusalem. Il est ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien. Membre d’un institut satellite de la CIA chargé de l’assistance aux partis de gauche, il a été impliqué dans les processus de démocratisation de nombreux pays de l’Est européen
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Source
Jerusalem Post (Israël)
Référence « Forget the road map », par Shlomo Avineri, Jerusalem Post, 9 septembre 2005.
Résumé Maintenant que les colons ont évacué Gaza, il faut naturellement penser à ce que nous allons faire à présent. La sagesse conventionnelle voudrait qu’on relance la « feuille de route ». Même si elle est bien intentionnée, cette approche est fondée sur une illusion majeure. Toutes les négociations à venir devront traiter des frontières d’Israël et de la Palestine, du sort de 200 000 réfugiés en Palestine, du statut de Jérusalem et de celui des réfugiés de 1948. Or, rien n’indique que le différend constaté à Camp David en 2000 est aujourd’hui résolu. Bien au contraire, on pourrait penser que les attentats palestiniens et les ripostes israéliennes n’ont fait que nous éloigner de la solution et que le fossé c’est agrandi.
Aujourd’hui, il n’existe pas de coalition potentielle en Israël pouvant s’accorder sur ce qui peut être accordé sur ces questions. De même, Mahmoud Abbas est pour l’instant incapable de contrôler les territoires palestiniens et les différentes factions palestiniennes, il ne peut donc pas se permettre de grandes concessions. Ni Israël, ni l’Autorité palestinienne ne sont en mesure de discuter des sujets sensibles.
Certains, conscients de ces difficultés, veulent que les négociations se résument, pour l’instant, à décider de frontières provisoires mais les Palestiniens vont vouloir obtenir les frontières de 1967, ce qu’aucun gouvernement ne peut concéder pour l’instant. Face à l’impossibilité de parvenir à un accord, il faut s’inspirer de Chypre et de la Bosnie et faire de la gestion de conflit.
Israël doit poursuivre son retrait progressif de certains territoires tandis que l’Autorité palestinienne devra faire ses preuves dans la gestion politique. Il faut également qu’elle prépare les descendants des réfugiés de 1948 au fait qu’ils en reviendront pas en Israël.

« Un retrait arabe vers Israël »
Auteur
Ahmed Al Rabii

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Ahmed Al Rabii est l’ancien ministre koweïtien de l’Éducation nationale. Il est membre du conseil de la nation koweïtienne et écrivain et journaliste dans le journal Asharqalawsat.
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Source
Asharqalawsat
Référence « انسحاب عربي لإسرائيل », par Ahmed Al Rabii, Asharqalawsat, 6 septembre 2005.
Résumé Se précipiter pour normaliser les relations avec Israël affaiblirait sûrement le négociateur palestinien, il pousserait de plus l’État hébreu à hésiter mille fois avant de se retirer du reste des territoires de la Palestine occupée. Dans ce cadre le Pakistan, dont la haine pour Israël dépasse celle des pays arabe et des Palestiniens même, a annoncé la normalisation des relations avec son ennemi numéro un. Le président tunisien, quant à lui, n’a pas hésité à inviter Ariel Sharon à une conférence prévue à Tunis. De même, le roi Abdallah de la Jordanie et son homologue égyptien Hosni Moubarak sont attendus à Tel-Aviv.
Certains responsables croient que l’établissement des relations avec l’État hébreu aidera à mettre la pression sur ce dernier pour qu’il se retire du reste des territoires occupés. Ces gens pensent que l’amélioration des relations entre les deux parties donnera plus de confiance à Sharon, ce qu’il l’aidera à se retirer. Par contre, d’autres considèrent cette normalisation si rapide comme un élément renforçant la position extrême israélienne. Sharon a gagné, pas seulement les territoires qu’il occupe toujours, mais aussi la reconnaissance gratuite des pays arabes.
Certes, le retrait de Gaza est un pas très important, mais qui a nécessité des conditions de pression dont la Cisjordanie ne dispose pas. Gaza était devenue comme une braise dans la main d’Israël, le nombre de colons qui l’occupent, et qui n’étaient plus à l’abri des attaques de la résistance, ne dépasse pas quelques milliers. Le gouvernement israélien ne cache pas sa volonté de relier les plus grandes colonies israéliennes à la ville de Jérusalem, pour se retirer ensuite de zones limitées et sans grande valeur. La normalisation des relations avec Israël affaiblira l’initiative arabe de paix qui refuse toute reconnaissance sans retrait israélien.
Sharon, s’assurant que les pays arabes se rapprochent de lui, reniera tous ses engagements. Ainsi, le retrait israélien voulu deviendra un retrait arabe vers le pays hébreu.

« Je ne vais pas désarmer le Hamas mais je vais mettre un terme au chaos »
Auteur
Mahmoud Abbas
Source
Inopressa (Fédération de Russie)
Référence « Я не буду разоружать "Хамас", но остановлю хаос », par Mahmoud Abbas, Inopressa, 14 septembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview publiée sur Corriere Della Sera et traduite en russe.
Résumé Certains Palestiniens veulent que l’on reconnaisse leur apport à l’Intifada et qu’on leur offre une place au gouvernement ; ainsi cesserait la violence. Nous l’avons déjà fait au plus fort de l’Intifada, après que certains aient quitté le Fatah pour rejoindre les Brigades des Martyrs d’Al Aqsa par exemple. Il s’agissait de quelques centaines, aujourd’hui ils sont des milliers, nous allons faire tout notre possible mais il n’est pas possible de donner du travail à tout le monde.
Il ne fait aucun doute que les ravisseurs qui avaient enlevé le journaliste du Corriere Della Sera faisaient partie d’un groupe criminel. L’enlèvement n’est pas une méthode acceptable.
Bien sûr nous pouvons contrôler le Hamas et le Jihad islamique mais il nous faut du temps. Nous avons commencé à reconstituer la police il y a cinq mois seulement et nous manquons de tout. Maintenant que le retrait est effectué, nous pouvons rétablir l’ordre, je pense que pour les législatives du 25 janvier ce sera fait. Contrairement à ce qu’affirme le Hamas, je n’ai pas l’intention de reporter les élections.
Rendez-vous compte, le gouvernement Sharon continue d’agrandir les colonies sur la rive occidentale. Cela empêche la formation d’un État palestinien et peut empêcher l’établissement de la paix à Gaza. Durant les derniers mois, nous avons essayé d’établir des canaux secrets de négociation à plusieurs reprises, comme à Oslo en 1993, mais cela n’a jamais fonctionné : Ariel Sharon n’est pas prêt à des négociations. Nous avons fourni la preuve que nous sommes décidés à agir, notre position a abouti à une lutte avec les combattants du Hamas il y a un mois. Notre gouvernement est débarrassé de la corruption à 60 %.
Le geste de Sharon est très intelligent et très important, nous savons désormais qu’il est possible de supprimer les colonies de la rive occidentale, chose que nous pensions impossible il y a peu. Il n’est pour l’instant pas nécessaire de désarmer le Hamas, cela pourrait entraîner une guerre civile. Le Hamas a déclaré son intention de participer aux élections, il va devenir un parti comme les autres et si tout se passe bien il n’aura plus besoin d’armes, il fera partie du système démocratique et nous arriverons enfin à une normalisation de la société palestinienne.

« La libération de Gaza »
Auteur
Abdellah Escander
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Abdellah Escander est journaliste et écrivain.
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Source
Dar Al-Hayat (Royaume-Uni)
Référence « « تحرير » غزة », par Abdellah Escander, Dar-alhayat, 13 septembre 2005.
Résumé L’occupation militaire de Gaza s’est belle et bien achevée, mais sur le plan juridique Israël a laissé, volontairement, une ambiguïté liée audit retrait. Ariel Sharon a enfin concrétisé une décision unilatérale. Il a donc pu faire échouer même les modalités accompagnant le retrait, empêchant ainsi que Gaza redevienne palestinienne du point de vue du droit international. Cela va lui permettre également d’y intervenir en toute légitimité.
Le retrait israélien peut être soumis à deux interprétations. La première considère la décision de l’État hébreu comme une défaite militaire contre les Palestiniens, donc Gaza a été libérée militairement. Il faut donc, selon la première interprétation, poursuivre ces attaques militaires pour libérer le reste des territoires occupés. La deuxième lecture considère tout retrait israélien comme profitant effectivement aux Palestiniens que lorsque ceux-ci peuvent mettre en pratique leur souveraineté sur ce territoire avec ses dimensions politique, économique et sociale. Cette souveraineté doit être un élément de pression pendant les prochaines négociations.
Sharon, en se rendant partout dans le monde, profitera de son retrait pour convaincre la communauté internationale que son pays ne cherche que la paix. D’ailleurs, le ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, n’a pas hésité de donner une mauvaise image du peuple palestinien après les incendies qui ont visé des synagogues dans les colonies évacuées. Sharon a fait appel aux citoyens israéliens pour pouvoir mettre en œuvre son plan d’évacuation. Il a également réussi à convaincre les colons les plus extrémistes. Cependant, l’Autorité palestinienne est appelée à montrer son savoir-faire à Gaza. Une bonne gestion des colonies libérées prouvera que de tels retraits représentent un pas très important dans le processus de paix globale. La performance des institutions palestiniennes dans la bande de Gaza déterminera ainsi à quel point ces dernières sont capables de gérer les autres colonies pouvant être libérées.

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