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Tribunes et décryptages - 22 septembre 2005
L’Iran et la Russie souhaitent renouer avec l’Europe de l’Ouest

Décryptage

L’Union européenne multiplie les déclarations agressives contre l’Iran sur la question de son programme nucléaire. Avec les États-Unis, les pays de la troïka européenne font du lobbying au sien de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) pour qu’elle saisisse le Conseil de sécurité de l’ONU. Ce revirement de stratégie qui s’est amorcé cet été n’a cessé de se renforcer jusqu’à susciter l’agacement du directeur de l’AIEA, Mohammed ElBaradeï, qui a rapellé que les demandes états-uno-européennes outrepassent le Traité de non-prolifération.

Les Européens se voient opposer le refus de la Chine, de l’Inde (partenaires économiques de l’Iran) et des pays non-alignés qui craignent un scénario à l’irakienne. Contre Bagdad, la saisie du Conseil de sécurité avait été l’ouverture d’une campagne de propagande intensive en faveur de la guerre, la saisie ayant légitimé la menace aux yeux de l’opinion. Dans le New York Times, puis l’International Herald Tribune, Pierre Goldschmidt, l’ancien vice-directeur de l’AIEA et membre du directoire d’Eurodif, consortium nucléaire un temps associé à l’Iran, cherche à atténuer ses inquiétudes et demande la saisie du Conseil de sécurité. Tentant de vaincre les appréhensions de ceux qui souhaitent éviter un approfondissement de la crise, il affirme que le passage devant le Conseil n’ouvrira pas nécessairement un scénario à l’irakienne mais, au contraire, renforcera l’action des inspecteurs de l’AIEA. Cet argument ressemble étrangement à celui employés avant la guerre d’Irak par certains cercles atlantistes : la pression militaire autour de l’Irak orchestrée par les États-Unis et les sanctions internationales renforçaient le travail des inspecteurs en désarmement en Irak et éloignait le spectre de la guerre, prétendaient-ils.
Le même jour, toujours dans l’International Herald Tribune, Philip H. Gordon de la Brookings Institution et Charles Grant du Center for European Reform ont rédigé un appel signé par de grands noms atlantistes, dont Francis Fukuyama. Il est en fait le fruit du travail d’un groupe interne à la Brookings Institution dédié au rapprochement transatlantique, c’est-à-dire à l’alignement de l’Europe sous le « parapluie américain ». Le texte se propose de trouver une sortie de crise iranienne par la coopération entre l’Europe et les États-Unis. En réalité, en véhiculant la classique propagande anti-iranienne de Washington et en demandant à l’Union européenne de se tenir prête à des sanctions au cas où l’Iran n’accepterait pas les conditions fixées unilatéralement, le texte vise avant tout à engager l’Europe aux côtés des États-Unis contre Téhéran. Ainsi, pour les signataires de ce texte, il ne fait pas de doute que l’Iran cherche à acquérir l’arme atomique derrière un programme nucléaire d’apparence civile, que l’Iran soutient le terrorisme international et sape les efforts de paix israélo-palestiniens. Les auteurs appellent États-uniens et Européens à saisir pour la forme l’ONU, puis à organiser leur propre système de sanction en dehors du droit international. Sans surprise, de nombreux signataires de ce textes ont participé à l’intoxication des armes de destruction massive irakienne il y a deux ans. Ce sont les mêmes qui aujourd’hui tentent de convaincre les Européens du bien-fondé de la menace iranienne. Certains d’entre eux ont déjà participé à la rédaction du rapport à charge publié par l’IISS de Londres.

Difficile de comprendre la stratégie de la France dans cette affaire. Après s’être opposé à la Guerre d’Irak, Paris est aujourd’hui aux côtés de Washington sur les dossiers syriens et iraniens et manie des arguments de mauvaises foi. Cela n’est pas sans rappeler les débuts de l’affaire irakienne au cours desquels la France avait également accrédité la thèse de l’existence des armes de destruction massive irakiennes avant de s’opposer à toute intervention militaire en s’appuyant sur la résolution de l’ONU. Quelle est aujourd’hui, la stratégie française, s’il y en a une ? Cette question s’impose d’autant plus à la lecture de la tribune que l’ancien ambassadeur français en Iran, François Nicoullaud, publie dans Le Monde. Son point de vue est d’autant plus précieux qu’il était, jusqu’à sa retraite en juillet 2005, en poste à Téhéran. Il connaît donc bien des aspect de la crise en cours et les intentions réelles de la France dans ce dossier. L’auteur se livre à une analyse très pragmatique de la situation en Iran. Il se déclare favorable à l’enrichissement de l’uranium par l’Iran pourvu que celui-ci soit conduit de façon à permettre la seule alimentation électrique et non pour fournir des armes nucléaires et que tout le processus ait lieu sous contrôle de l’AIEA. Se livrant à des commentaires techniques, il rappelle que si la plupart des technologies nucléaires sont bien duales (c’est-à-dire peuvent avoir à la fois une utilité civile et militaire), leur usage n’est pas le même selon le but recherché. Une précision parfaitement connue d’un expert comme Pierre Goldschmidt, mais que ce dernier avait occulté dans sa tribune. Pour M. Nicoullaud, l’Iran peut parfaitement produire de l’uranium enrichi d’autant que si Téhéran venait à transgresser cet accord, il serait largement temps de sévir avant que l’Iran ne dispose effectivement de la bombe. La militarisation du programme nucléaire iranien ne peut échapper à l’AIEA si les contrôles restent denses.
Cette analyse parfaitement pragmatique ne trouve que peu d’échos dans la presse européenne qui préfère donner la parole aux « experts » dénonçant l’imminence du péril nucléaire iranien.

Aux États-Unis, chez les faucons, on a déjà adopté une position plus dure et on se demande quand on va attaquer l’Iran. Le coordinateur de ce courant, Franck J. Gaffney Jr., estime que les frappes contre Téhéran doivent être imminentes et s’emploie à développer encore l’image d’un Iran menaçant dans le Washington Times. Toutefois, sa tribune hebdomadaire est l’occasion d’insister sur d’autres questions qui lui tiennent à cœur. Il affirme en effet que l’Iran pourrait provoquer une impulsion électro-magnétique de grande ampleur au dessus des États-Unis grâce à ses armes nucléaires et ainsi mettre Washington à genoux. Cela nécessite donc une frappe préventive rapide. Malheureusement, les armées états-uniennes sont équipées avec un logiciel allemand pour la gestion de leur matériel. L’auteur en déduit donc que Berlin a les moyens d’empêcher Washington d’attaquer l’Iran, ce que ne manquera pas de faire Gerard Schröder. On voit mal comment l’Allemagne pourrait empêcher les États-Unis de faire quoi que ce soit en leur vendant un logiciel et le raisonnement paraît bien obscur. Toutefois, soyons indulgents avec l’analyste néo-conservateur. En effet, dans une seule tribune, il avait décidé de faire la promotion de la guerre contre l’Iran, de la défense anti-missile états-unienne, de l’achat patriotique en matière d’armement et de la nécessité d’avoir une Allemagne soumise. Une telle débauche d’efforts ne pouvait passer que par des raccourcis dans l’argumentation.
Toutefois, si les faucons s’imaginent déjà attaquant l’Iran, une guerre contre la République islamique ne sera pas chose aisée. C’est ce que s’efforce de démontrer, l’analyste syrien d’Alquds Alarabi, Mohamed Ajlani. L’auteur rappelle que l’Iran a une position stratégique idéale et attire bien des convoitises en raison de ses richesses. Toutefois, ce n’est pas un adversaire facile. L’armée iranienne n’a jamais subit d’embargo et bénéficie d’un soutien populaire, elle n’est pas considérée comme l’armée d’un régime. En outre, l’Iran peut appeler à l’aide le monde chiite pour lui venir en aide et bénéficie des alliances avec la Chine et l’Inde. Dans ces conditions, les États-Unis se casseraient les dents en l’attaquant. L’auteur craint cependant que Washington ne soit prêt à lancer une attaque quand même.

Il est bien évident que l’Iran n’est pas l’Irak de Saddam Hussein. Ce pays bénéficie de bien plus de soutiens internationaux et fais preuve de bien plus d’habileté que l’Irak avant son invasion. Conscient de sa force, Téhéran tente de se livrer à une contre-propagande en direction de l’Europe. Si les cercles atlantistes agitent la menace nucléaire iranienne et appellent à l’unité du monde occidental, l’Iran appelle pour sa part à une alliance pour contrer l’hégémonie états-unienne.
L’ambassadeur iranien à Londres, Seyed Mohammad Hossein Adeli, se désole dans The Guardian de l’attitude de l’Union européenne dans le dossier nucléaire et regrette son inféodation aux États-Unis. Pour le diplomate, les relations entre l’Iran, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne étaient bonnes jusqu’à ce que Washington ne parvienne à infléchir les positions européennes. Il réaffirme la position traditionnelle de son pays : le programme nucléaire est uniquement civil et le besoin de diversification énergétique est reconnu de longue date par les Occidentaux. Sur ce dernier point, il s’appuie sur une étude de BP, affirmant que l’Iran pourrait devenir importateur net de pétrole en 2024. Cette étude a été jugée optimiste par certains qui estiment que l’Iran pourrait importer du pétrole dès 2015. L’ambassadeur rappelle également la légalité du programme nucléaire de son pays. Il engage donc les Européens à se détourner des États-Unis. Le choix du quotidien diffusant ce texte n’est pas neutre. Le Guardian est, en effet, le quotidien britannique qui dénonce le plus la mainmise des États-Unis sur la politique étrangère britannique. Cet appel intervient également alors que des rumeurs d’affrontement au sein du gouvernement travailliste sur la question iranienne apparaissent dans les quotidiens du Royaume-Uni.

Dans sa tentative de rapprochement avec les Européens, l’Iran peut compter sur la Russie et notamment sur l’action diplomatique de Vladimir Poutine. Le site Iran.ru reproduit les principaux extraits de l’interview qu le président russe a accordé à Fox News. Il se déclare favorable à la poursuite du programme nucléaire iranien tout en se prononçant fermement contre la prolifération nucléaire… sans y associer explicitement l’Iran. Il se félicite de ses relations avec Mahmoud Ahmedinejad et avec les Européens et les Américains. Il invite avant toute chose au respect du droit international et pose son pays comme un garant du respect de ce droit, position qu’il souhaite voir adopter par la troïka européenne.
Sur le même site, le président de l’Agence pour l’énergie nucléaire russe, Alexandre Roumiantsev, va encore plus loin. Il estime que les Européens devrait rejoindre l’association entre Moscou et Téhéran pour développer le programme nucléaire iranien. Par ailleurs, il adopte la position diplomatique classique de la Russie : l’Iran a tout à fait le droit de posséder un programme nucléaire civil et il faut que ce droit soit respecté tout en évitant que ce programme ne dérive.

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22 septembre 2005

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Thèmes
 Questions nucléaires
 Contrôle de l’Europe
 Contrôle du « Grand Moyen-Orient »
 Iran : les atlantistes déjà en guerre

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Le temps de la décision en Iran »

Auteur Pierre Goldschmidt

 Ancien membre du Directoire d’Eurodif et directeur général de Synatom, Pierre Goldschmidt a été vice-directeur général pour les garanties de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) (1999-juin 2005). Il est chercheur à la Carnegie Endowment for International Peace. Бывший член правления « Eurodif » и генеральный директор компании « Synatom »

Sources International Herald Tribune (France), New York Times (États-Unis)
Référence « Decision Time on Iran », par Pierre Goldschmidt, New York Times, 14 septembre 2005.
« Iran : Call in the Security Council », International Herald Tribune, 15 septembre 2005.

Résumé En novembre 2003, l’Iran évita une crise quand il décida de suspendre ses activités qui lui auraient permis de produire du matériel nucléaire militaire. L’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) avait découvert le fruit de 18 ans de non-respect par l’Iran de ses obligations de déclaration de ses activités nucléaires, conformément au Traité de non-prolifération. Comme Téhéran accepta de suspendre ses activités, l’AIEA ne saisit pas le Conseil de sécurité de l’ONU de ce dossier. Le mois de novembre dernier, l’Iran a passé un accord avec la Grande Bretagne, la France et l’Allemagne pour suspendre l’activité de toutes ses installations de conversion d’uranium. Mais le mois dernier, juste avant que les trois pays européens ne fassent leurs propositions, l’Iran annonça la reprise de son activité de conversion d’uranium.
Le bureau des gouverneurs de l’AIEA doit se retrouver à Vienne pour décider de la réponse à apporter, mais il n’y a pas de consensus. Cette question devrait être confiée au Conseil de sécurité de l’ONU mais beaucoup de membres, soumis au lobbying de Téhéran, sont réticents. Ils craignent que cela déroule un scénario comparable à ce qui s’est passé pour l’Irak. Ne pas saisir le Conseil de Sécurité affaiblirait l’AIEA et l’ensemble du système de non-prolifération. Il faut rappeler que saisir le Conseil de sécurité n’entraînera pas automatiquement de sanctions. Cela peut, en revanche, renforcer le travail des inspecteurs.
L’Iran n’accepte pas de coopérer et il faut donner à l’AIEA l’autorité nécessaire. Pour cela, il faut une résolution du Conseil de Sécurité.

« Unis contre les armes atomiques iraniennes »

Auteurs Philip H. Gordon, Charles Grant

 Philip H. Gordon est chercheur à la Brookings Institution à Washington. Il est ancien directeur des affaires européennes du National Security Council et consultant à la Rand Corporation. Il est coauteur de Allies at War : America, Europe and the Crisis Over Iraq.

 Ancien journaliste pour The Economist, Charles Grant est directeur du Center for European Reform. Il est membre du conseil d’administration du British Council et membre du Committee for Russia in a United Europe.

Source International Herald Tribune (France)
Référence « United against Iranian nukes », par Philip H. Gordon et Charles Grant, International Herald Tribune, 15 septembre 2005. Ce texte a également été signé par Urban Ahlin, Giuliano Amato, Gerassimos Arsenis, Samuel R. Berger, Richard Burt, Jean-Claude Casanova, Ivo H. Daalder, Marta Dassu, Thérèse Delpech, Lawrence Freedman, Francis Fukuyama, Leslie Gelb, Robert Gelbard, John Gibson, Nicole Gnesotto, Ulrike Guérot, David Hannay, Douglas Hurd, Robert Hutchings, G. John Ikenberry, Josef Janning, Géza Jeszensky, Robert Kagan, Daniel Keohane, Ivan Krastev, Mart Laar, Anthony Lake, Mark Leonard, Andrew Moravcsik, Kalypso Nicolaidis, Joseph S. Nye, Jr., Michael O’Hanlon, Soli Özel, Ana Palacio, William J. Perry, Thomas Pickering, Susan Rice, George Robertson, Gary Samore, David Sandalow, Simon Serfaty, Narcís Serra, Jeremy Shapiro, Stefano Silvestri, Anne-Marie Slaughter, James B. Steinberg, Strobe Talbott, Antonio Vitorino et Joris Vos.

Résumé Le fossé entre les États-Unis et l’Union européenne est dommageable des deux côtés de l’Atlantique. Nous avons été déçus par le rejet iranien de la proposition d’accord de la France, de la Grande Bretagne et de l’Allemagne, soutenus par les États-Unis. Téhéran a préféré rejeter cette main tendue et relancer le programme d’enrichissement de l’uranium. Nous pensons qu’un Iran disposant de la capacité de produire des armes nucléaires est déstabilisant pour toute la région. Les États-Unis et l’Iran ont un intérêt commun à ramener Téhéran à la table des négociations. Pour cela, il faut convaincre l’Iran qu’il a tout à gagner à un accord et à cette fin, les États-Unis et l’Europe doivent rester unis.
Il faut qu’États-uniens et Européens fassent une déclaration commune sur les points suivants :
- Les États-Unis et l’Union européenne doivent demander la fin de l’enrichissement de l’uranium par l’Iran et l’envoi hors du pays de tout le matériel produit à Ispahan depuis la réouverture de ce centre.
- Les États-Unis doivent soutenir les négociations entre l’Iran et l’Europe et accepter que l’Iran puisse disposer d’un programme nucléaire civil.
- Les États-Unis doivent se déclarer prêt à ouvrir des discussions bilatérales avec l’Iran sur les sanctions économiques contre l’Iran, le soutien de Téhéran aux groupes terroristes internationaux, l’opposition de l’Iran au processus de paix israélo-palestinien et sur l’entrée de l’Iran à l’OMC. L’Union européenne et les États-Unis doivent soutenir les efforts du peuple iranien pour les Droits de l’homme.
- L’Union européenne doit renouveler son soutien à un programme nucléaire civil iranien, mais doit s’associer aux menaces de sanctions en cas de refus de Téhéran de cesser son programme d’enrichissement de l’uranium.
Il faudra essayer de trouver un consensus au Conseil de sécurité de l’ONU, cependant les probables oppositions russes et chinoises doivent pousser l’Union européenne à réfléchir à un système de sanctions transatlantiques avec le Japon.

« Pour sortir par le haut de la crise nucléaire iranienne »

Auteur François Nicoullaud

 François Nicoullaud est diplomate. Il a été ambassadeur de France en Iran de 2001 à juillet 2005.

Source Le Monde (France)
Référence « Pour sortir par le haut de la crise nucléaire iranienne », par François Nicoullaud, Le Monde, 18 septembre 2005.

Résumé L’ampleur prise aujourd’hui par le dossier nucléaire iranien doit beaucoup à la nature et aux comportements du régime islamique. Une partie de la communauté internationale a soutenu l’action de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni, qui souhaitaient mettre fin à la dérive inacceptable d’un pays signataire du Traité de non-prolifération (TNP). Le dossier iranien est cependant parfaitement gérable et rien ne sert que la crise se développe.
L’Iran a relancé son programme nucléaire dans les années 80 pour contrer Saddam Hussein, mais après des années d’efforts conduits en violation de ses engagements internationaux, l’Iran est sans doute arrivé à la conclusion qu’il s’agissait d’une entreprise plus difficile qu’il ne l’avait cru. Quand le programme clandestin fut révélé en 2002, il n’avait produit que quelques milligrammes de plutonium et quelques grammes d’uranium. Depuis lors, aucun progrès significatif n’a été relevé au cours des campagnes intensives d’inspection conduites sur le terrain par les experts de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) et Téhéran a accepté l’application sur son territoire du système de contrôle additionnel de l’agence. Ce contrôle est toujours en cours, y compris les activités du site d’Ispahan, bien que celles-ci aillent à l’encontre des demandes de la communauté internationale.
Cet acquis n’est pas négligeable et il a été obtenu grâce à l’action de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni. Il faut s’appuyer sur lui pour progresser. L’Iran est membre du TNP et doit le rester. Il applique le protocole additionnel de l’AIEA, il doit à présent le ratifier. Aujourd’hui, il doit également donner des garanties que les technologies nucléaires ne seront pas détournées à des fins militaires. C’est là que les négociations achoppent. Les Européens demandent à l’Iran de renoncer à la technologie particulièrement sensible de l’enrichissement par centrifugation et lui garantissent la fourniture du combustible nécessaire. L’Iran craint de voir son secteur énergétique dépendant du bon vouloir européen. Aucun ne veut en démordre.
Il existe toutefois une zone de convergence possible. Les Iraniens ont le droit en vertu du TNP de faire des recherches et du développement de centrifugation. Il est possible de leur reconnaître ce droit en le limitant à un engagement à ne pas enrichir d’uranium au-delà des 3 % à 5 % nécessaires et suffisants pour le combustible des centrales, mais très insuffisants pour les armes nucléaires. Si les installations sont contrôlées par l’AIEA, il suffirait de quelques jours pour se rendre compte si le contrat a été rompu alors qu’il faudrait bien plus longtemps pour disposer du matériel nucléaire nécessaire à une bombe. Si l’AIEA s’estime en mesure de mener les contrôles nécessaires, alors la querelle serait prête d’être réglée.
Les opposants à un tel accord déclarent que l’Iran pourrait sur la base de ce contrat développer un programme clandestin mais cela est tout aussi vrai si Téhéran affirmait cesser son programme d’enrichissement d’uranium. Il est aisé de cacher l’activité d’une douzaine de centrifugeuses, mais pas d’en faire travailler des milliers et d’assembler secrètement l’uranium. Il faut construire ce système de sécurisation tout en se méfiant et en gardant les yeux ouverts. Souvenons-nous que le pire serait que l’Iran sorte du protocole additionnel, sorte du TNP, au motif de pressions ou d’agressions inacceptables, et du déni de ce qu’il considère, à tort ou à raison, comme un droit imprescriptible d’accès aux technologies de la modernité.

« Un veto allemand ? »

Auteur Frank J. Gaffney Jr.

 Frank J. Gaffney Jr. est président du Center for Security Policy, le think tank qui rassemble les principaux « faucons » états-uniens. Le Réseau Voltaire lui a consacré une enquête : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ». Il a participé au sommet de Jerusalem.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence « A German veto ? », par Franck J. Gaffney Jr., Washington Times, 20 septembre 2005.

Résumé Il y a des années, les pacifistes se posaient la question rhétorique suivante : que se passerait-il si une guerre était déclarée et que personne n’acceptait de la faire ? Aujourd’hui, nous devons nous poser une autre question. Que se passerait-il si le Pentagone devait faire une guerre et que l’Allemagne ne l’autorise pas ?
Il est de plus en plus probable que l’Amérique devra utiliser la force contre le régime islamo-fasciste d’Iran pour l’empêcher de disposer d’armes nucléaires. Mahmoud Ahmadinejad a été très clair : l’Iran va poursuivre son programme nucléaire militaire et se dit prêt à fournir cette technologie à d’autres États islamiques. La France, la Grande Bretagne et l’Allemagne ont d’abord joué l’apaisement, mais se rendant compte de l’inutilité de cette politique, ils semblent prêts à rejoindre la position états-unienne et veulent soumettre cette question à l’ONU. Toutefois, la protection de la Russie et de la Chine permettront à l’Iran d’échapper à toute sanction de cette organisation.
Grâce à ce parrainage, l’Iran peut continuer à défaire la libération de l’Irak et à transformer Gaza en refuge pour terroristes. Si ce n’était pas suffisant, l’Iran cherche un moyen de frapper les États-Unis avec une impulsion électromagnétique massive qui détruira les programmes électroniques sur tout notre pays. Il faut donc préparer nos défenses contre une attaque de l’Iran. Malheureusement, pour cela, il faudrait que l’US Army, la Navy et les bureaux du Pentagone soient en mesure de le faire. Or, ils dépendent d’un logiciel de gestion des ressources peu fiables qui leur a été vendu par une société allemande. Or, non seulement Gerhard Schröder est opposé à une guerre contre l’Iran mais en plus ce programme informatique est également vendu en Iran. Faute de disposer d’un logiciel états-unien, l’Allemagne dispose d’un droit de veto sur nos interventions.

« L’emplacement géopolitique de l’Iran et son impact sur ces relations internationales »

Auteur Mohamed Ajlani
Mohamed Ajlani est écrivain syrien. Il est journaliste dans le quotidien Alquds Alarabi et réside à Paris.

Source Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « الموقع الجغرافي السياسي لايران واثره علي علاقاتها الدولية », par Mohamed Ajlani, Alquds Alarabi, 2 septembre 2005.

Résumé L’Iran, l’un des pays les mieux placés géographiquement, a été depuis toujours une cible pour les grandes puissances coloniales. Son emplacement lui a permis, également, de devenir un marché commercial sans égal, tout en assurant le passage des plus importants pipelines pétroliers.
Ainsi, plusieurs pays, tels l’Inde ou la Chine, se sont précipités pour établir de très bonnes relations avec Téhéran. Dans ce cadre, l’Iran préfère le marché indien comme destination pour ses exportations, tout en optant pour les produits indiens en matière d’importations. L’Europe aussi ne peut pas se passer du gaz et du pétrole iraniens. La preuve était la violation de la loi d’Amato par Lionel Jospin. L’ex premier ministre français est allé signer des contrats pétroliers avec le gouvernement iranien, par le biais de la grande compagnie française Total. Les États-Unis, eux-mêmes, se sont rendus compte depuis le début de la Guerre froide de l’importance de l’Iran comme front stratégique pour défendre l’Occident. Les différentes administrations états-uniennes de l’époque n’ont donc pas tardé à mettre leurs armes les plus avancées à la disposition de Téhéran, en échange de contrats pétroliers.
L’importance de l’Iran a dépassé son emplacement géographique et ses relations avec les grandes puissances. Téhéran a commencé à jouer ses cartes, dont, dans un premier lieu, son poids démographique chiite. Désormais le facteur chiite, représenté par l’Iran, peut jouer un rôle déterminant dans la politique intérieure irakienne. De même Téhéran, représentée par le mouvement chiite du Hezbollah dans le sud du Liban, est impliqué dans le conflit arabo-israelien.
Les États-Unis sont actuellement face à un vrai dilemme. Faut-il attaquer l’Iran pour lui faire renoncer à ses activités nucléaires ? Mais l’Iran, avec son poids démographique, géographique et pétrolier n’est pas accessible à l’occupant états-unien. Le pays des Ayatollahs n’est pas celui de Saddam. Les Iraniens ont des bases populaires partout dans le monde arabe, et leur armée n’a jamais été sous embargo. En plus, le gouvernement de Téhéran a des bonnes relations avec des pays disposant du droit de veto au Conseil de Sécurité.
Pourtant, tous ces éléments n’empêcheront pas les États-Unis, s’ils le veulent, de déclencher la guerre contre L’Iran. Une guerre qui fera subir d’énormes pertes à l’administration Bush.

« C’est uniquement le travail préjudiciable des États-Unis »

Auteur Seyed Mohammad Hossein Adeli

 Ancien vice-ministre iranien des Affaires étrangères chargé des questions économiques, Seyed Mohammad Hossein Adeli est l’ambassadeur iranien au Royaume-Uni.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « This is solely the work of US prejudice », par Seyed Mohammad Hossein Adeli, The Guardian, 8 septembre 2005.

Résumé Quand l’Iran s’est tourné vers l’Europe il y a deux ans pour gérer la controverse sur son programme nucléaire civil, il a créé une opportunité. Cette main tendue aurait pu engendrer une solution qui aurait bénéficié à tous, renforçant la stature internationale de l’Europe et forgeant une alliance dont aurait pu bénéficier la région et le monde.
En raison de sanctions économiques internationales injustes, l’Iran doit diversifier son alimentation énergétique. Ce besoin était reconnu bien avant la révolution de 1979. Pourtant l’occident remet en cause le droit de l’Iran à disposer de technologies nucléaires civiles. Selon une étude de la firme BP, l’Iran sera un importateur net de pétrole d’ici 2024 s’il consomme son propre pétrole au niveau actuel [1]. Les trois grands pays européens et l’Iran ont négocié sur cette base : l’Iran doit donner des garanties sur le caractère exclusivement civil de son programme nucléaire et l’Union européenne doit l’aider dans cette voie.
Les négociations avançaient quand les États-Unis ont fait pression sur l’Union européenne. L’Europe changea de ton et exigea l’arrêt de toutes les activités nucléaires iraniennes. Face à cette attitude, l’Iran a repris son programme d’enrichissement de l’uranium. Désormais, l’Union européenne suit les États-Unis et tente de convaincre l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) de prendre des sanctions. C’est oublier que les objectifs de l’Iran sont légaux selon le Traité de non-prolifération. L’Europe est en train de perdre une opportunité.

« La Russie est prête à coordonner son action avec les États-Unis et l’Union Européenne concernant le problème nucléaire de l’Iran »

Auteur Vladimir V. Poutine

 Vladimir V. Poutine est président de la fédération de Russie.

Source Iran.Ru (Fédération de Russie)
Référence « РФ готова координировать с США и ЕС действия по ядерной поблеме Ирана », par Vladimir Poutine, Iran.ru, 18 septembre 2005. Ce texte est adapté des extraits d’une interview accordée à Fox news.

Résumé Je viens de rencontrer le président iranien à New York et il m’a affirmé que la partie iranienne désire poursuivre le processus de négociation avec la troïka européenne ; nous partons de ce principe. Nous sommes prêts à coordonner notre action avec celle des Européens et des Américains, nos positions sont vraiment proches. Dans tous les cas, nous avons une position commune sur un sujet : nous sommes tous catégoriquement contre la prolifération des armes nucléaires et c’est valable pour l’Iran.
Aujourd’hui, les Iraniens coopèrent avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) et nous espérons que le travail commun va se prolonger. Si vous êtes familiers avec le droit international, vous devez savoir que n’importe quel membre permanent du Conseil de Sécurité a le droit de soumettre un problème au conseil de sécurité de l’ONU, et cela de sa propre initiative, c’est donc comme si c’était fait. Si l’AIEA se prononce dans ce sens, alors nous collaborerons avec les partenaires du Conseil de Sécurité. Plus nous camperons sur nos positions, plus il y aura de problèmes et nous pouvons même nous trouver dans une impasse.
L’Iran a incontestablement commis beaucoup d’erreurs dans ses relations avec l’AIEA, elle l’a reconnu. Elle nous a montré les travaux en cours et elle coopère aux inspections. J’espère que cela va se poursuivre.

« Une union de la Russie avec l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne est possible pour proposer à l’Iran un nouveau projet de centrale nucléaire »

Auteur Alexandre Roumiantsev

 Alexandre Roumiantsev est le président de l’Agence pour l’énergie nucléaire russe.

Source Iran.Ru (Fédération de Russie)
Référence « Возможно объединение РФ с Германией, Францией и Великобританией для предложения Ирану проекта новой АЭС », par Alexandre Roumiantsev, Iran.ru, 20 septembre 2005.

Résumé La Russie pourrait s’associer avec l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne pour proposer un projet commun de nouvelle centrale nucléaire, ce serait la solution idéale. Dans le cadre de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), nous dialoguons avec la troïka européenne pour savoir si nous pourrions augmenter notre présence commune en Iran en construisant de nouveaux blocs. De nombreux pays sont intéressés par l’Iran comme acteur potentiel sur le marché, la meilleure variante consisterait pour la Russie à participer avec la troïka à la construction d’une centrale nucléaire.
Pour développer l’énergie nucléaire, l’Iran doit respecter à la lettre le programme de non-prolifération, mais c’est un droit pour eux. La principale critique que l’on fait à l’Iran qui est de dire qu’avec la quantité de gaz et de pétrole qu’ils possèdent ils n’ont pas besoin du nucléaire est valable aussi pour la Russie. Notre pays a aussi une industrie nucléaire très développée alors que nous avons beaucoup de gaz et de pétrole, simplement nous pensons à l’avenir, à l’économie et à l’épuisement des ressources.

 



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