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Tribunes et décryptages - 27 septembre 2005
Quelle orientation pour la diplomatie allemande ?
Décryptage
L’élection législative allemande du 18 septembre 2005 n’a pas permis de dégager une majorité claire et les tractations entre partis politiques se poursuivent. Au demeurant, les résultats définitifs ne sont pas encore connus, une circonscription restant à pourvoir et celle-ci conditionnant l’octroi des sièges attribués à la proportionelle.
La coalition rouge-verte (SPD-Verts) au pouvoir a perdu sa majorité absolue au Bundestag, mais ses adversaires chrétiens-démocrates et libéraux ne l’ont pas obtenue non plus. L’émergence d’un nouveau parti de gauche a rendu les vieilles alliances inapplicables.
Alors que les négociations entre appareils se poursuivent, les responsables de partis politiques commentent les intentions de leurs formations dans la presse. Toutefois, les déclarations évitent les formules trop tranchées afin de ne pas nuire aux négociations. Ainsi, dans une interview au Tageszeitung, l’ancienne ministre fédérale de l’Environnement, l’écologiste Bärbel Höhn, exclut toute participation à un gouvernement dont ferait partie Angela Merkel, mais ne se prononce pas formellement sur la participation des Verts à un gouvernement avec la CDU. Rien ne semble impossible si le parti conservateur renonce aux excès de son programme trop ouvertement néolibéral. Mme Höhn estime que le projet d’Angela Merkel se rapproche dangereusement du modèle étatique anglo-saxon. Or, ce modèle a montré ses limites lors de l’ouragan Katrina aux États-Unis. Elle semble donc se résigner à revenir dans l’opposition et affirme qu’elle croît à un retour rapide au pouvoir lors d’une nouvelle alternance.
Le Président-ministre conservateur de la Basse-Saxe, le très populaire Christian Wulff, estime que son parti a gagné les élections, mais que la campagne du SPD visant à faire peur aux plus bas salaires à propos du programme de la CDU a empêché son parti de remporter plus nettement l’élection. Il affirme que la réforme est nécessaire, mais qu’elle continue à effrayer. Il nie toute ambition personnelle, soutenant Angela Merkel.
On le voit dans cet échange, le débat en Allemagne entre partis de gouvernement se focalise sur le degré de réforme à apporter et le degré de libéralisme à instiller dans le « modèle social rhénan ». À aucun moment, il n’est question de remettre en cause la nature de ces réformes. Le principe d’un alignement sur le système socio-économique anglo-saxon, c’est-à-dire l’intégration dans la globalisation, est accepté sans discussion par les élites politiques et médiatiques allemandes, hormis le Parti de gauche, qui se trouve de ca fait marginalisé, c’est-à-dire qualifié d’extrême gauche alors même qu’il est dirigé par l’ancien président du SPD. Cet unanimisme se dissimulant derrière des débats autour de la rapidité des transformations à imposer au pays est sans doute la principale raison de la double défaite du SPD et de la CDU (ce parti est bien devenu le premier d’Allemagne, mais a perdu 23 sièges au Bundestag). On peut voir dans ce résultat la réplique d’un phénomène qui touche la France et amène toujours plus d’électeurs à se détourner des partis traditionnels. En Allemagne, ce rejet des politiques proposées par les grands partis s’est traduit par un succès pour le Parti libéral (qui tient son nom du libéralisme des Lumières et pas du tout du « libéralisme » de l’École de Chicago) et surtout du Parti de gauche (Linkspartei) (coalition regroupant l’ex-Parti communiste est-allemand, des déçus du SPD et des militants de la mouvance altermondialiste) qui a enregistré un excellent résultat et devient le 4ème parti politique allemand.
L’un de ses dirigeant, Gregor Gysi, se réjouit dans Die Tageszeitung de son score. Selon lui, ce résultat est le signe d’une volonté des Allemands de rejeter le modèle néolibéral qui est devenu dominant dans les médias et les partis politiques. Il appelle donc au renforcement de l’alliance électorale qui s’est formé lors de cette élection, lui prédisant un avenir radieux.
Dans les médias étrangers, la plupart des analystes glosent sur l’ingouvernabilité allemande et sur l’impact de ces résultats sur la « nécessaire » adaptation de l’économie allemande. Certains comme l’éditorialiste du Figaro, Alexandre Adler, voient même dans une grande coalition CDU-SPD une chance d’accélérer les réformes. Toutefois, d’autres préfèrent analyser l’élection comme une preuve supplémentaire du rejet du modèle anglo-saxon par les populations européennes.
Dans El Periodico, le directeur du Monde Diplomatique, Ignacio Ramonet, voit dans le score du Linkspartei le grand événement de la période. Il estime même que ce parti aurait pu faire un bien meilleur score si Angela Merkel n’avait pas tant effrayé les électeurs allemands, au point que certains préfèrent voter utile et pardonner les trahisons de Gerhard Schröder. L’auteur conseille au nouveau parti d’éviter les outrances verbales à l’encontre des sociaux-démocrates mais, plus encore, il recommande au SPD de se souvenir de ce qui l’a sauvé d’une correction électorale.
Si ce raisonnement est exact, et nous le pensons, ces élections doivent non seulement être comparées à la présidentielle française pour ce qui est du rejet des partis dominants, mais aussi aux referenda français et néerlandais sur la Constitution européenne pour ce qui est du rejet des politiques pseudo-libérales. On observe alors une véritable révolte des urnes en Europe.
Dans Assafir, l’analyste libanais Ghassan Abou Hamed estime, pour sa part, que le patronat allemand va vouloir résoudre la crise politique au plus vite et va pousser à une grande coalition. Comme Schröder et Merkel ne parviendront jamais à s’entendre sur ce point, il prédit l’élection d’un chancelier falot, sans relief, capable d’appliquer un compromis entre les deux grands partis et de plaire aux milieux d’affaires, ce qui devrait encore davantage développer le discrédit de ces partis. Il s’étonne également de l’ingérence étrangère dans l’élection allemande. La Turquie a soutenu Schröder et les États-Unis, Merkel. L’auteur aurait pu ajouter que la coalition sortante, et plus précisément le chancelier sortant, ont été soutenus par la Russie qui n’a pas ménagé ses efforts.
Les questions de politique étrangère n’ont semble-t-il pas pesé sur ces élections de façon déterminante. Pourtant, les cercles atlantistes se réjouissent du départ programmé de Gerard Schröder. La rédaction du Washington Post avait ouvertement souhaité sa défaite, il y a quelques semaines et, suite à l’élection, a manifesté sa joie de voir enfin éliminé ce chancelier trop indépendant. Le journal déplorait toutefois que cela n’ait pas pour autant abouti à une victoire d’Angela Merkel. Cette dernière n’a, en effet, pas ménagé ses efforts pour signifier sa vassalité à Washington.
Israël a également bénéficié des attentions de Mme Merkel. Avant les élections, la candidate conservatrice avait accordé une interview au quotidien de référence Ha’aretz. Elle y affirme son soutien à la politique d’Ariel Sharon. Elle estime également que la lutte contre l’antisémitisme est une de ses priorités et pour mieux le combattre elle promet de mettre en place des programmes d’échanges entre jeunes Israéliens et Allemands. Ce faisant, elle confond Israéliens et juifs et, par conséquent, antisémitisme et antisionisme. Par ailleurs, elle sape les efforts de ceux qui, dans les milieux universitaires, veulent faire pression sur Israël pour le pousser à faire la paix en organisant un boycott universitaire.
Les néoconservateurs avaient, eux aussi, fait campagne pour Mme Merkel. Le directeur du Project for a New American Century (le think tank électoral de George W. Bush), Gary Schmitt, affichait, avant l’élection, son soutien à Angela Merkel en Allemagne et à Nicolas Sarkozy en France, dans une interview au Figaro. Il prétendait que c’est l’alliance avec les États-Unis qui peut faire du couple franco-allemand le moteur de l’Europe et estimait que l’influence globale de l’Allemagne et celle de l’Union européenne ne doivent passer que par l’OTAN. Pour les faucons, l’Union européenne ne doit rester qu’une puissance supplétive de la politique de Washington, aussi la volonté d’indépendance du couple franco-allemand ne pouvait que déplaire. Aujourd’hui, l’alliance entre Paris-Berlin-Moscou-Pékin est sur le point de perdre le maillon allemand qui devrait revenir totalement dans la sphère d’influence états-unienne. M. Schmitt ne dit pas autre chose quand il réduit les liens de l’Allemagne avec la Russie et la Chine à une lubie de Gerhard Schröder qui n’aura bientôt plus de suites.
Dans le même quotidien, mais cette fois après l’élection, les chercheurs allemands de la Rand Corporation, Andreas Hotes et Kai Wegrich, estiment que compte tenu des résultats, rien ne changera de façon significative en Allemagne. Même si la CDU l’avait souhaité et avait gagné plus nettement l’élection, elle n’aurait pas pu se rapprocher trop fortement des États-Unis. Se montrant rassurant avec leur lectorat du jour, ils affirment que, quoi qu’il en soit, la France n’a pas à s’inquiéter, elle restera le partenaire privilégiée de l’Allemagne.
Réseau Voltaire
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27 septembre 2005
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Pays
Allemagne
Thèmes
Contrôle de l’Europe
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Pas ministre sous Merkel »
Auteur
Bärbel Höhn

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Bärbel Höhn est ancienne ministre fédérale allemande de l’Environnement (1995-2000) et ancienne ministre de l’Environnement du Land de Rhénanie du Nord-Westfalie (2000-2005).
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Source
Die Tageszeitung (Allemagne)
Référence « "Keine Minister unter Merkel" », par Bärbel Höhn, Die Tageszeitung, 20 septembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview
Résumé Nous n’allons pas refuser les discussions sur une éventuelle coalition noir-jaune-verte, si l’Union nous y invite, mais nous ne serons pas les garants d’une politique pour laquelle l’Union et le FDP n’ont pas obtenu de majorité. Je ne peux pas m’imaginer ministre avec Merkel pour chancelière. Elle va revenir sur l’abandon du nucléaire, promouvoir les techniques de modifications génétiques, supprimer des acquis sociaux et mener une politique étrangère risquée.
Nous ne sommes pas favorables aux baisses d’impôts, mais pour une simplification du système d’imposition. Si l’État prend sa tâche au sérieux, nous ne pouvons pas nous permettre cette baisse. Je ne veux pas d’un État faible qui n’est pas capable d’aider ses citoyens après une catastrophe naturelle, comme aux États-Unis.
Nous devons nous occuper des programmes et des personnes qui existent actuellement, c’est à dire Merkel et Westerwelle. Ce qui est sûr, c’est que le chapitre rouge-vert sur le plan fédéral est bel et bien clos. Nous avons perdu la majorité, nous devons revenir à l’origine, à un rôle d’opposition. Il est très important de donner des réponses claires concernant cette tendance à l’individualisation de la société et concernant le besoin de structures sociales pour l’homme. C’est parce que ces points ont été négligés que l’Union a perdu.
Les nouvelles majorités noires ont déjà été sanctionnées au Schleswig-Holstein et en Rhénanie du Nord-Westphalie à cause de leur politique de sélection et de leur raideur sociale. C’est pour cela que nous avons des solutions à proposer pour les prochaines municipales et les élections des parlements des Länders.

« Nous n’avons pas rassemblé la majorité des citoyens »
Auteur
Christian Wulff
Source
Die Welt (Allemagne)
Référence « "Wir haben die Mehrheit der Bürger nicht mitgenommen" « , par Christian Wulff, Die Welt, 20 septembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Les gens ne voulaient pas continuer ainsi, ils voulaient un changement, c’est pour cela que la CDU-CSU devancent les rouges-verts de 440 000 voix. La peur du changement était cependant trop forte et c’est pour cela que plus de gens ont voté à gauche que ce que l’on avait prédit. Les rouges-verts avec le PDS sont devant l’Union plus le FDP, mais les gens voulaient un changement modéré. Le SPD a réussi à effrayer les plus bas salaires.
Angela Merkel a mené un combat engagé ; elle est le leader de la fraction la plus forte au Parlement et elle a le devoir de former un gouvernement et de devenir chancelière.
Nous allons discuter avec tous les partis sauf le Linkspartei. Nous commencerons par le FDP, ensuite le SPD et ensuite les Verts. Dans l’intérêt de notre pays, nous devons montrer clairement que la campagne électorale est terminée et que nous allons accepter avec humilité le résultat que les électeurs nous ont donné. Nous devons être efficaces concernant la réforme de la fédération et la réforme du système d’imposition. C’est un signal attendu de nous aussi à l’étranger. Tout est possible en Allemagne sauf une chose : perdre du temps.
Je ne serai pas candidat aux prochaines présidentielles, d’abord la logique veut que la chancelière qui arrive actuellement au pouvoir soit aussi candidate en 2009, ensuite ma place est à Hannovre, je veux y rester longtemps Premier Ministre.

« Le pays change »
Auteur
Gregor Gysi

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Leader des ex-communistes allemands, Gregor Gysi est né en 1948 à Berlin. Lors de la chute du mur (1989), il participe à la transformation du parti communiste SED (au pouvoir en RDA) en PDS, parti qu’il présidera et qui le fera élire au Bundestag. Avec Oskar Lafontaine, il a formé le « nouveau parti de gauche », rassemblant les néo-communistes à l’est et les déçus du SPD à l’ouest.
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Source
Die Tageszeitung (Allemagne)
Référence « "Das Land verändert sich" « , par Gregor Gysi, Die Tageszeitung, 20 septembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Nous sommes les véritables gagnants de ces élections car nous avons 4 % de voix de plus que la dernière fois. Le FDP n’est plus fort que parce que la CDU a perdu des voix. Le plus important est ailleurs ; la République fédérale a changé. Pour la première fois depuis le début des années 50, il y a dans les vieux Länders le besoin d’une force à gauche de la social-démocratie. Il y a encore un an, je ne pensais pas que c’était possible. Nous avons longtemps été entre 4 et 5,1 % et nous venons de faire 8,7 %, grâce à une alliance avec une force de l’Ouest, grâce à Oskar Lafontaine (ancien président du SPD), c’est un très bon résultat.
De nombreux journaux se sont prononcés non seulement politiquement mais aussi personnellement contre Lafontaine et beaucoup de gens, surtout à l’Est, réagissent de façon épidermique à cela, ils ont dit : maintenant ça suffit.
Le néo-libéralisme s’est imposé dans les grands partis et même chez les Verts, il domine aussi à la télévision et dans les autres médias. Il y a cependant un début d’opposition, comme on le constate dans le Tageszeitung et dans Die Zeit. Il y a de nouveau avec nous une force qui s’oppose à cet état d’esprit au Bundestag.
Nous vivons une situation unique, le gouvernement des Verts et du SPD a été rejeté, et un autre entre l’Union et le FDP n’a pas été plébiscité. Ce n’est pas un signe d’instabilité, c’est un signe de normalité européenne.
Nous avons actuellement une majorité à gauche avec l’Union et le FDP. Je ne sais pas s’il s’agit d’une majorité de gauche, ou comme le dit Oskar Lafontaine, d’une majorité à gauche du centre. Si le SPD participe, la régression sociale ne sera pas aussi dramatique que si la CDU et le FDP gouvernaient seuls.
Le WASG (Wahlalternative Arbeit und soziale Gerechtigkeit, choix électoral pour l’égalité professionnelle et sociale) a gagné avec nous et nous devons fusionner le plus vite possible. Le SPD a davantage de membres, mais le WASG va dominer dans une dizaine de régions et nous dans 6 seulement. Peut-être serons-nous unis pour les élections à Berlin au printemps prochain.

« Pourquoi Schröder n’a pas perdu »
Auteur
Ignacio Ramonet
Source
El Periodico (Espagne)
Référence « Por qué Schröder no perdio », par Ignacio Ramonet, El Periodico, 20 septembre 2005.
Résumé Les élections en Allemagne peuvent aboutir à de nombreuses coalitions différentes. Si on analyse les résultats selon la division classique droite-gauche, on constate que les partis de gauche ont obtenu une majorité des votes. Mais Merkel tente de nier ce résultat et cette importante leçon du scrutin. D’un autre côté, Gerhard Schröder avait écarté par avance toute possibilité d’alliance avec le nouveau parti de gauche du fait de son antipathie pour Oskar Lafontaine et de l’incompatibilité des programmes de ces partis.
La naissance et le bon score d’un mouvement de gauche antilibéral est la grande nouveauté de ce scrutin. Ce nouveau parti regroupe le parti du socialisme démocratique issu de la refondation du PC de RDA et le Wasg, un parti construit par des syndicalistes et des militants altermondialistes. Ce parti pourrait nuire pour longtemps au SPD. Schröder a mené une politique néolibérale et a envoyé des troupes allemandes au Kosovo. Une partie de l’électorat de gauche a perçu ces mesures comme une trahison. Le nouveau parti de gauche a été crédité de 12 % des intentions de vote, mais a finalement fait un score moins bon à cause d’Angela Merkel. Cette dernière a présenté un programme ultralibéral si délirant que cela est parvenu à lisser l’image de Schröder.
Il y a deux leçons à tirer de ce vote : la rhétorique de la trahison de la social-démocratie peut nuire aux altermondialistes en paraissant excessive. La deuxième leçon est que Schröder devrait se souvenir de ce qui l’a sauvé.

« L’Allemagne : Y’a-t-il une troisième alternative ? «
Auteur
Ghassan Abou Hamed
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Ghassan Abou Hamed est écrivain et journaliste dans le quotidien libanais Assafir.
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Source
As Safir (Liban)
Référence « ألمانيا : هل هناك خيار ثالث؟ », par Ghassan Abou Hamed, Assafir, 21 septembre 2005.
Résumé Les résultats des élections en Allemagne n’ont pas été décisifs. Ainsi, le nom du nouveau chancelier ne peut pas être connu avant la rencontre attendue entre les deux partis principaux, à savoir le Parti Chrétien-Démocrate et le Parti Sociale Démocrate. Les deux partis concernés sont appelés à trouver un terrain d’entente permettant de mettre fin à la crise que vit le pays.
L’égoïsme politique et la mésentente ont marqué les premières négociations entre les partis en jeu. Deux formules se profilent ; la première, qui est d’ailleurs la pus probable, s’agit d’une « coalition élargie » entre les deux grands partis. Mais qui sera le chancelier dans ce cas-là ? La deuxième alternative consiste à mettre en écart les deux rivaux, Schröder et Merkel, et de choisir une troisième personne faisant consensus dans les deux partis. Cette deuxième alternative doit avoir été proposée par les hommes d’affaires allemands, qui sont les plus touchés par cette crise politique. Les coalitions anticipées avant l’élection, entre différents partis avec des couleurs différentes, n’ont pas pu voir le jour. Ainsi, le fait de choisir un chancelier (sans couleur ni saveur) comme solution, aggravera sûrement la situation en Allemagne. Surtout que le pays passe par une phase d’angoisse qui nécessite une gouvernance exceptionnelle.
Toutefois, ce qui est étonnant dans ce scrutin est l’intervention étrangère dans le conflit entre les partis allemands. La Turquie, par exemple, a manifesté son soutien au Parti Social Démocrate et à Gerhard Schröder en personne. Alors que les États-Unis ont décidé de soutenir le Parti Chrétien Démocrate et son leader Angela Merkel. À rappeler, dans ce cadre, que le gouvernement d’Ankara a adressé un message de soutien aux responsables du SPD. Sans oublier, toutefois, que les ressortissants turcs en Allemagne, qui représentent 2,2 millions d’habitants, peuvent y avoir une influence directe sur tous les plans.

« La chancelière putative promet de combattre l’antisémitisme »
Auteur
Angela Merkel

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Angela Merkel est chancelière d’Allemagne, elle dirige une grande coalition regroupant la CDU (son parti) et le SPD.
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Source
Ha’aretz (Israel)
Référence « Would-be German chancellor promises to fight anti-Semitism », par Angela Merkel, Ha’aretz, 14 septembre 2005. Ce texte est adapté d’un compte rendu d’interview.
Résumé Pour nous, les relations avec Israël sont un précieux trésor qui doit être préservé. Nous devons nous rappeler de son histoire et de la responsabilité qu’elle implique. Nous devons prendre une position claire en faveur de relations étroites avec la communauté juive en Allemagne et bien sûr avec Israël. Il est essentiel que nous conservions des relations vives. Je n’ai accordé que deux interviews à des médias étrangers. Une au New-Yorker et une à Ha’aretz. J’aurais voulu passer en Israël, mais la campagne a été anticipée et je n’ai pas eu le temps.
La CDU utilise la couleur orange dans ses campagnes depuis deux ans et demi. Ce choix n’a donc rien à voir avec la révolution orange en Ukraine ou l’action des opposants au désengagement de Gaza qui ont utilisé la même couleur. Au contraire, je suis une fervente partisane du retrait de Gaza. C’est un grand pas franchi par Ariel Sharon. Cela peut créer une nouvelle approche pour le processus de paix israélo-palestinien.
L’antisémitisme est un problème sérieux et nous comptons le combattre résolument. Nous souhaitons pour cela développer les programmes d’échanges entre jeunes d’Allemagne et d’Israël.
En Iran, nous avons un objectif commun : empêcher Téhéran d’acquérir des armes nucléaires. Compte tenu des difficultés de ce pays, l’Iran ne peut pas éviter le dialogue. L’approche de la France, de la Grande Bretagne et de l’Allemagne, soutenue par les États-Unis, est la bonne.

« L’alliance Merkel-Sarkozy sauverait la relation transatlantique »
Auteur
Gary Schmitt
Source
Le Figaro (France)
Référence « L’alliance Merkel-Sarkozy sauverait la relation transatlantique », par Gary Schmitt, Le Figaro, 19 septembre 2005.
Résumé Je pense, comme beaucoup d’Américains, qu’Angela Merkel est le meilleur choix pour l’Allemagne car ses discours rompent avec l’antiatlantisme du SPD. Par ailleurs, les Allemands savent bien que les réformes radicales sont aujourd’hui nécessaires. Paradoxalement, le bon résultat du Linkspartei peut s’expliquer par une volonté désespérée d’une partie du peuple allemand d’en découdre avec la politique traditionnelle. D’une manière ou d’une autre, désemparés par le marasme économique, les Allemands sont manifestement prêts à suivre une politique de rupture.
Aujourd’hui, l’Allemagne a le choix entre une réforme de son système social pour l’adapter au marché globalisé, ou une méthode plus conforme à la vision américaine consistant à baisser les impôts et inciter à la consommation. La première méthode a subi les huées et la seconde sera difficile à mettre en place culturellement et financièrement. Pourtant, un tel procédé saurait aussi entraîner à moyen terme une reprise de la croissance au-delà des 3%.
L’état actuel des relations transatlantiques est largement dû à Gerhard Schröder et Jacques Chirac, qui ont fait des calculs personnels. Tous deux ont pu penser qu’une confrontation contre les États-Unis pouvait leur assurer un certain magistère national. Mais si l’Allemagne et la France s’associent sur une autre base que ce vieux tropisme antiaméricain, c’est toute l’orientation globale de la stratégie européenne qui en sortira renforcée. L’élection d’Angela Merkel pourrait sortir l’Allemagne de cette option stérilisante qu’est la défiance vis-à-vis des États-Unis. Berlin ne limiterait pas sa politique étrangère à un bilatéralisme franco-allemand réducteur et finalement facteur d’isolement. Que des personnalités comme Angela Merkel et Nicolas Sarkozy accèdent au pouvoir induirait un changement rapide et significatif au plan tant des relations transatlantiques qu’infraeuropéennes. C’est en effet sur la base d’une alliance retrouvée avec Washington que le couple franco-allemand pourrait peser positivement sur le destin européen.
Il est difficile de savoir quel sera le poids de l’Allemagne en Europe mais ce pays, comme le reste de l’Union européenne, doit repenser son rapport à l’OTAN et inférer à cette organisation un rôle clef pour en faire le lieu de négociations des décisions portant sur des enjeux planétaires cruciaux comme la situation en Afghanistan, en Irak et au Proche et Moyen-Orient. Les liens entre Berlin, Pékin et Moscou sont liés à Schröder, pas au continuum de la diplomatie allemande. Le vrai problème de l’Allemagne contemporaine réside dans son désir de jouer un plus grand rôle sur la scène internationale, mais de le faire d’une manière indirecte, à travers des institutions telles que les Nations unies et l’Union européenne.

« L’ambiguïté n’annonce pas l’instabilité »
Auteurs
Andreas Hotes, Kai Wegrich
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Andreas Hotes est directeur de la Rand Corporation à Berlin et responsable de l’aviation pour l’Europe dans cette organisation.
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Source
Le Figaro (France)
Référence « L’ambiguïté n’annonce pas l’instabilité », par Andreas Hotes et Kai Wegrich, Le Figaro, 20 septembre 2005.
Résumé Contrairement à ce qu’annonçaient les sondages, la CDU a obtenu un résultat décevant lors des élections allemandes. Le parti arrive certes en tête, mais loin des scores qui lui étaient promis depuis que Gerhard Schröder avait annoncé des élections anticipées suite aux contre-performances de son parti lors des élections régionales et le délitement du soutien populaire pour ses réformes. La spectaculaire remontée des démocrates libéraux n’a pas permis d’assurer une majorité au bloc de centre droit. La situation est complexe et l’issue pourrait bien dépendre du vote de Dresde, où le vote a été repoussé au 2 octobre.
L’ancienne majorité est aujourd’hui minoritaire au Bundestag, mais on ignore encore quelle coalition arrivera au pouvoir. Le parti de gauche a exclu la participation à un gouvernement, les libéraux ne veulent pas s’allier avec un autre parti que la CDU. L’option la plus probable est donc une « grande coalition » réunissant le SPD et la CDU. Mais Gerhard Schröder a refusé de soutenir un gouvernement dirigé par Mme Merkel. Une alliance des deux principaux partis semble donc exclue, s’agissant en tout cas des deux leaders. Dans ces conditions, après avoir perdu notre rôle de locomotive de la croissance économique européenne, sommes-nous confrontés à la fin de la stabilité gouvernementale, qui a toujours été la clé du succès économique et politique en Allemagne ?
La réponse est simple : non. Ce n’est pas la première fois que ce jeu politique prend place en Allemagne. C’est même une situation fréquente au niveau régional. Cette fois ci, l’issue est incertaine mais les conséquences en termes d’affaires domestiques et diplomatiques sont plus rassurantes qu’inquiétantes. L’impérieuse nécessité de compromis sur le plan intérieur pourrait permettre d’affronter les questions les plus épineuses. Ce compromis nécessaire a également un intérêt dans le dossier des relations transatlantiques. On attend de Mme Merkel davantage d’implication dans la politique germano-américaine, mais il ne faut pas espérer de changements trop radicaux, l’opinion allemande restant fortement opposée à tout engagement militaire. Concernant la relation franco-allemande, n’importe quel gouvernement devrait chercher à mettre fortement l’accent sur le rôle joué par cette alliance.
En somme, une vue distanciée offre des perspectives plus rassurantes pour les plus importants des partenaires allemands que ces résultats ambigus ne sauraient le suggérer au premier regard.

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