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Tribunes et décryptages - 3 octobre 2005
Irak : qui fait encore confiance à la Coalition ?

Décryptage

En pleine préparation de la venue du ministre irakien des Affaires étrangères à Moscou, le conseiller du président irakien Jalal Talabani, Jalal al-Mashta, accorde une interview à l’agence de presse russe Ria Novosti. C’est l’occasion pour lui de se livrer à une entreprise de séduction en direction de Moscou. Il affirme que son pays bénéficie d’une large marge de manœuvre, d’une bonne autonomie et ne dépend pas des États-Unis. Il prétend que l’Irak est en voie de stabilisation et que la Russie aurait tout à gagner économiquement à travailler avec lui.
Cette supposée indépendance ou autonomie de l’Irak est taillée en pièce par l’analyste palestinien Hamden Hamden dans Alquds al-Arabi. L’auteur s’insurge contre la propagande coloniale qui veut que l’Irak puisse progresser en direction de l’indépendance, alors qu’il est occupé et que les puissances occupantes ont rédigé son projet de constitution. Par ailleurs, il affirme que les déclarations sur l’éclatement de l’Irak ne sont qu’une manœuvre supplémentaire de la Coalition pour se maintenir sur place. Aujourd’hui, la Coalition tente d’installer un régime vassal et le seul moyen de repousser ce projet est de s’opposer à tout texte émanant d’un organisme contrôlé par les forces d’occupation.
Dans une interview au Monde, le religieux chiite de Bagdad cheikh Jawad Al-Khalessi partage ce point de vue, et appelle pour sa part au boycott des élections. Aujourd’hui, les occupants font tout pour conserver une présence en Irak sur le long terme. Et cela passe par une partition du pays en trois. La meilleure arme des occupants est Abou Moussab Al-Zarkaoui. Selon l’interviewé, celui-ci est mort et sert de prête-nom aux manœuvres des occupants pour attiser les tensions entre communautés et empêcher un rapprochement des chiites et de la Résistance. Ces déclarations vont dans le sens de plusieurs informations que nous avions révélé dans nos colonnes sur l’implication de la Coalition dans des attentats contre les civils irakiens. La vraie surprise ne réside donc pas dans les propos tenus par le religieux chiite, mais dans le fait que, désormais, Le Monde les relaye, même frileusement.
En effet, le quotidien de référence des élites françaises, tout comme le reste de la presse mainstream occidentale, s’est toujours interdit de ne serait-ce qu’envisager une implication de gouvernements occidentaux, dits démocratiques, dans des actions terroristes. En dépit des nombreux précédents historiques crédibilisant ces hypothèses et des nombreuses incohérences truffant les comptes-rendus officiels dans les attentats en Irak, aux États-Unis ou en Europe, cette possibilité est toujours repoussée par principe. Pourtant, dans l’opinion occidentale, la thèse d’un lien entre attentats et gouvernements occidentaux se développe. Le Monde s’est donc senti dans l’obligation de laisser une place marginale à l’expression de cette opinion éloignée de l’orthodoxie.

L’image de la Coalition occupant l’Irak ne cesse de se dégrader partout dans le monde, y compris au Royaume-Uni et aux États-Unis. Samedi, deux rassemblements à Londres et à Washington ont réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes (au moins 100 000 à Washington, entre 40 000 et 100 000 selon les sources à Londres).
Juste avant la manifestation de Londres, les images de soldats britanniques en feu à Bassora avaient largement fait la "une" de la presse britannique, portant un nouveau coup à la propagande des occupants.

Le dirigeant de la « Stop the war coalition », Tariq Ali, dénonçait avant la manifestation la politique de Tony Blair en Irak et au Royaume-Uni. Comme MM. Hamden et Al-Khalessi, il affirme que la division de l’Irak n’est pas la conséquence naturelle de la chute du régime de Saddam Hussein, c’est un objectif de guerre de la coalition. L’auteur rappelle que la division d’un pays est une tactique habituelle lors d’une colonisation et la constitution irakienne va dans ce sens. Aujourd’hui, le gouvernement travailliste mène une guerre contre l’avis de la population britannique et la prive de liberté au nom de la « guerre au terrorisme ».
Le vice-président du parti Libéral démocrate britannique, Menzies Campbell, condamne lui aussi la politique de Tony Blair dans The Independent. L’auteur se montre bien moins virulent que Tariq Ali et ne remet pas autant en cause les postulats de la rhétorique de l’occupation, mais il n’en réclame pas moins le départ des troupes britanniques d’Irak. Il estime que l’action du gouvernement travailliste met inutilement les soldats britanniques en danger et est en train de provoquer l’éclatement de l’Irak. Il appelle donc à ce que Londres reconstruise les services publics irakiens, organise une transition démocratique et quitte le pays dès que possible.

Aux États-Unis, une part des élites politiques s’inquiète elle aussi des développements de la situation en Irak. Le sénateur démocrate Joseph R. Biden, qui vota en faveur du déclenchement de la guerre et fut un temps pressenti pour entrer dans la seconde administration Bush, condamne dans le Washington Post la tactique adoptée par la Maison-Blanche. L’auteur remet au goût du jour les propositions émises par le candidat démocrate, John Kerry, à l’élection présidentielle : irakisation et internationalisation de l’occupation afin de désengager les États-Unis. Le sénateur démocrate estime que pour irakiser le remodelage de l’Irak, il faut un Irak uni, or la constitution proposée est un facteur de division ; il demande donc un abandon du projet et une réécriture du texte. Il demande également que les États qui s’étaient opposés au conflit soit associés à sa reconstruction.
Ce point de vue n’est pas isolé aujourd’hui aux États-Unis et il provoque l’ire des milieux néo-conservateurs. Analyste appartenant à ce mouvement, l’éditorialiste du Washington Post Robert Kagan s’agace des condamnations de la guerre d’Irak émanant de la classe politique. Il rappelle aux démocrates qu’eux aussi ont voté la guerre, eux aussi l’ont soutenue et eux aussi ont participé à la fable des armes de destruction massive. Bref, il rappelle à ses complices qu’eux aussi ont participé au crime.
Il s’agit d’une leçon que nous n’avions pas oubliée.

Réseau Voltaire




3 octobre 2005

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Pays
 Irak

Thèmes
 Contrôle du « Grand Moyen-Orient »

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« L’Irak est prêt à coopérer avec la Russie dans tous les domaines »

Auteurs Ria Novosti, Jalal al-Mashta

 Ancien directeur de la chaîne de télévision irakienne Al Iraqiya, Jalal al-Mashta est conseiller du président irakien Jalal Talabani.

Source
Référence « Ирак готов сотрудничать с Россией во всех сферах », par Jalal al-Mashta, Ria Novosti, 13 septembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé Je suis venu à Moscou sur invitation d’Oumar Djabraïlov, du comité aux affaires étrangères de la fédération, pour participer à la table ronde « Russie-Irak, perspectives de coopération ». Cette table ronde est à l’initiative du mouvement « Héritage islamique russe ». Ce n’est pas un secret que les médias présentent la plupart du temps le côté sombre de la situation en Irak et cette table ronde a permis d’apporter des informations sur la situation actuelle dans le pays et sur le processus politique.
Avant ma visite à Moscou, le président irakien Jalal Talabani a déclaré que les Irakiens sont prêts à coopérer avec la Russie dans tous les domaines. Des contacts plus poussés et des visites sont nécessaires pour donner une impulsion positive à nos relations. Nous préparons la visite du ministre des Affaires étrangères irakien et nous souhaitons aussi qu’une délégation russe fasse le voyage en Irak. Bien sûr les conditions de sécurité ne sont pas optimales, mais des présidents et ministres d’autres pays viennent régulièrement.
En Irak on a l’impression que les Russes sont dans l’expectative. La visite de l’ambassadeur était un pas dans la bonne direction, mais nous aimerions entendre plus souvent la Russie soutenir le processus politique en Irak et s’impliquer économiquement.
Il y a bien sûr des divergences de vues en Irak, comme on l’a constaté lors de l’élaboration de la constitution, mais nous sommes sur la voie de la démocratie. Tout est fait pour qu’aucun groupe ne reste en dehors du processus d’élaboration de la constitution.
Il y a un manque d’information à Moscou sur la situation irakienne ; cela vient peut-être des conditions de travail en Irak qui ne permettent pas de se déplacer et d’évaluer objectivement cette situation. Contrairement à ce que les Russes ont plusieurs fois réclamé, les Irakiens n’ont pas besoin de médiateur : nous menons les négociations seuls. Les États-Unis sont présents, mais ils n’interviennent pas dans le processus de prise de décision politique. Ils ont cependant contribué à rapprocher les positions divergentes dans la dernière étape de l’élaboration de la Constitution.
La Russie doit comprendre que le processus politique éloigne le pays de la violence. Cela implique qu’il n’y ait pas d’interview de terroristes dans des organes de presse officiels. Voilà un vrai soutien, avant même une coopération économique.
J’ai parlé avec des industriels russes, ils sont prêts à réaliser des projets en Irak. Ce n’est pas un pays pauvre, il y a de grandes possibilités, surtout quand les courts du pétrole sont élevés. Nous examinons actuellement les contrats russes qui avaient été passés sur des bases légales ; ils peuvent être renouvelés ou prolongés. La situation est vraiment instable dans quatre provinces du pays, mais il en compte 18 au total.

« La constitution est sur le papier alors que l’occupation est sur terre »

Auteur Hamden Hamden
Hamden Hamden est un écrivain palestinien et vit en Syrie. Il est journaliste dans le quotidien Alquds al-Arabi .

Source Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « الدستور علي الورق فيما الاحتلال علي الارض », par Hamden Hamden, Alquds al-Arabi , 26 septembre 2005.

Résumé Le fait de préoccuper les Irakiens, depuis le premier jour de l’occupation, par le jeu politique, avait pour objectif de leur faire oublier leur première priorité : faire face aux forces d’occupation. Les États-Unis et le gouvernement fantoche irakien ont cherché et cherchent toujours à déclencher une guerre civile, dont l’objectif est d’affaiblir la résistance.
Après les différents scénarios dramatiques, qui visaient à approfondir le désaccord et la haine entre les communautés, arrive la constitution et ses fameux articles. Cette dernière est l’une des manœuvres servant à gagner du temps et à prolonger la duré de vie de l’occupation états-unienne. Seule la résistance a tourné le dos à ce qui est appelé « processus politique « . Un processus dont le but est de masquer la vérité de ce qui est en train de passer dans le pays du Tigre et de l’Euphrate. Cette constitution est la dernière étape dans le parcours de la colonisation du pays. Le fait d’appeler à mettre en place un système fédéral, d’enterrer les deux principaux aspects identitaires du pays, l’arabité et l’islam, ou d’annoncer la souveraineté en pleine occupation, tous ces éléments prouvent que ceux qui ont élaboré la constitution sont ceux qui refusent le retrait des forces occupantes.
Admettant que toutes les parties acceptent une nouvelle constitution, omettant l’article sur la fédération et confirmant l’arabité du pays, sans mettre fin à l’occupation, cela signifiera t-il que le pays retrouvera une vie normale ? En supposant que la constitution réponde également aux revendications des sunnites, y a-t-il quelqu’un qui puisse garantir le respect de cette constitution ? De flagrantes violations ont eu lieu en l’espace de deux semaines seulement, dont la prolongation de mandat accordée à l’assemblé nationale et l’intervention de l’ambassadeur états-unien en Irak, rappelant qu’il introduira des modifications supplémentaires, dans la constitution, en faveur des sunnites.
Les États-Unis ne se sont pas rendus en Irak pour lui attribuer la souveraineté, la démocratie, la constitution, etc. Les humiliations et le génocide dont les citoyens irakiens ont été victimes reflètent la vraie raison derrière une telle occupation. D’ailleurs, toutes les étapes politiques qui ont succédé à l’invasion ont été qualifiées d’historiques par le président Bush. Il faut se protéger contre le nouveau jeu mené par l’ambassadeur états-unien en Irak, qui consiste à modifier, selon son gré, la constitution. Logiquement, on doit chasser cet ambassadeur, fermer l’ambassade et, ainsi, mettre fin à l’occupation. Les modifications consistent en fait à mettre en place la stratégie appliquée aux Philippines. C’est-à-dire, des bases aux frontières et un gouvernement fantoche dans le centre. Donc, peu importent les articles de la constitution tant que l’Irak ne représente pas plus qu’un puits de pétrole à la disposition de l’occupant. L’Irak n’acceptera pas d’être un pion dans la main des néo-conservateurs que les citoyens états-uniens, eux même, commencent à haïr.
L’Irak a toujours été le berceau de la civilisation arabo-musulmane, et le peuple irakien ne refuse pas d’avoir une constitution, une armée et un État. Mais ils ne veulent pas de ceux proposés par l’administration Bush. Les Irakiens doivent associer leur « non » à la constitution à un « non » à l’occupation.

« Abou Moussab Al-Zarkaoui est mort. Son nom est utilisé par les occupants pour rester en Irak »

Auteur Jawad Al-Khalessi
Cheikh Jawad Al-Khalessi est imam chiite de la mosquée Al-Kazemiya, à Bagdad, et doyen de l’école religieuse attenante.

Source Le Monde (France)
Référence « Abou Moussab Al-Zarkaoui est mort. Son nom est utilisé par les occupants pour rester en Irak », par Cheikh Jawad Al-Khalessi, Le Monde, 16 septembre 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé Je ne pense pas qu’Abou Moussab Al-Zarkaoui existe. Il est mort dans le Nord de l’Irak au début de la guerre (sa famille lui a même consacré une cérémonie funéraire en Jordanie) et désormais son nom n’est qu’un jouet, une excuse utilisée par les Américains pour rester en Irak. Déclarer une « guerre totale aux chiites », c’est un moyen de rapprocher cette population des forces d’occupation et les éloigner de la résistance.
Contrairement à ce qu’on annonce, les forces irakiennes ne contrôlent pas la situation dans le pays. Les troupes d’occupation restent à la périphérie des villes pour intervenir au moindre problème.
Le projet de constitution est un projet hâtivement rédigé pour répondre aux objectifs des Américains, mais il ne correspond pas aux aspirations des Irakiens. J’appelle personnellement au boycott des élections mais je sais que George W. Bush est déjà en train de préparer sa déclaration sur le succès de la Constitution. Cela n’empêche pas l’Irak de sombrer. Ceux qui sont en faveur du processus vont essayer d’utiliser l’ayatollah Sistani pour favoriser le référendum. Cela avait déjà été le cas avant les élections précédentes. Ibrahim Al-Jaafari est un mauvais Premier ministre qui n’a fait qu’empirer la situation.
Si on veut sauver l’Irak, il faut un calendrier de retrait des troupes, mettre les compétences nationales sous contrôle de l’ONU et organiser un vrai dialogue national avec des élections sous contrôle international.

« La logique du pouvoir colonial »

Auteur Tariq Ali

 Tariq Ali est journaliste et écrivain. Il est l’auteur de Bush in Babylon : the Recolonisation of Iraq et de The Clash of Fundamentalisms : Crusades, Jihads and Modernity.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « The logic of colonial rule », par Tariq Ali, The Guardian, 23 septembre 2005.

Résumé Aujourd’hui, presque tout le monde s’accorde sur le fait que l’occupation occidentale en Irak est un désastre pour la population d’Irak et pour les soldats. La rhétorique trompeuse de George W. Bush et Tony Blair a perdu toute crédibilité. La seule option est le retrait des troupes.
L’argument selon lequel le retrait des forces étrangères provoquerait une guerre civile est absurde. C’est l’occupation coloniale qui est un facteur de division. La division est inhérente à la gestion coloniale d’un territoire : c’est ce que prévoit la constitution soutenue par le proconsul états-unien Zalmay Khalilzad. L’occupation a également créé un grave désordre géopolitique dans la région.
Au Royaume-Uni, il y a également une guerre, une guerre contre les libertés cachée derrière une guerre au terrorisme. Il n’y aura pas de progrès tant que Tony Blair restera Premier ministre. Il a ce poste bien que son parti n’ait reçu que 35 % des suffrages exprimés et un cinquième des voix des inscrits. Il y a une crise de la représentation. La majorité des Britanniques souhaite le départ des troupes et c’est ce que nous demanderons samedi.

« Blair doit construire une stratégie de sortie pour nos troupes »

Auteur Menzies Campbell

 Sir Menzies Campbell est vice-président du parti Libéral démocrate britannique et son porte parole pour les affaires étrangères.

Source The Independent (Royaume-Uni)
Référence « Blair must deliver an exit strategy for our troops », par Menzies Campbell, The Independent, 21 septembre 2005.

Résumé Les évènements de Bassora démontrent le danger auquel nos troupes font face. Ces dernières huit semaines, six soldats et deux agents de sécurité britanniques ont donné leur vie en Irak. Ce n’est pas aux dirigeants militaires qu’il faut poser des questions sur ce point ; ils font ce qu’ils estiment devoir faire face à la situation. C’est vers les ministres qu’il faut se tourner. Que prévoient-ils pour faire face au développement de la violence en Irak ? Quand les troupes vont-elles revenir ? Quel est notre stratégie de retrait ?
Cette guerre était illégale et construite sur une fable, mais maintenant que le Royaume-Uni y est engagé, il a une obligation morale à reconstruire ce qu’il a détruit en Irak et à amener ce pays à la stabilité et à la démocratie. Les gouvernements britannique et américain n’ont pas rempli ces objectifs et aujourd’hui l’Irak est au bord de la guerre civile et de l’éclatement. Les troupes britanniques font un travail admirable et nous avons le devoir de les exposer le moins possible. Nous avons aussi des devoirs envers la population d’Afghanistan, mais nous diminuons notre présence dans ce pays pour les envoyer en Irak. Ce n’est pas un bon choix. Nous devons quitter l’Irak progressivement.
Pour pouvoir partir, nous devons intégrer les Arabes sunnites au processus de stabilisation et réparer les services publics. Nous sommes assez largement prisonniers des évènements et il est urgent que le gouvernement clarifie sa politique.

« Pour un succès en Irak, changer d’orientation »

Auteur Joseph R. Biden Jr.

 Joseph R. Biden Jr. a conduit une carrière exclusivement politique. Élu sénateur du Delaware, en 1972, dès l’âge légal de 30 ans, il s’est d’abord fait connaître pour ses positions libérales au sein de la Commission de la Justice. En 1991, il met en scène de très médiatiques auditions à l’occasion de la nomination du juge Clarence Tomas à la Cour suprême alors que le magistrat est accusé de harcèlement sexuel. En 1997, il devient le leader démocrate, puis le président, de la Commission des Affaires étrangères. Il pousse son pays à l’engagement militaire en Yougoslavie, puis en Irak, mais s’oppose au programme de « guerre des étoiles ». Il est aujourd’hui leader démocrate de la Commission des Affaires étrangères du Sénat.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « For Success in Iraq, Change Course », par Joseph R. Biden Jr., Washington Post, 14 septembre 2005.

Résumé La mauvaise gestion du dossier irakien par l’administration Bush est sur le point de conduire à une débâcle de notre sécurité nationale. Pour sauver la situation, l’administration doit changer de stratégie en Irak, dans la région et au niveau international.
Stabiliser l’Irak est un défi politique et militaire. Aujourd’hui, les États-Unis préparent un référendum sur la constitution en Irak. Mais ce texte va probablement être rejeté par les sunnites irakiens, qui ne parviendront pas pour autant à empêcher son adoption. Cela va attiser les rancœurs de cette communauté ; les divisions et violences sectaires pourraient évoluer en guerre civile, s’étendant à toute la région. La constitution ne sera pas un facteur d’unification.
Les Arabes sunnites n’ont qu’à s’en prendre qu’à eux-mêmes pour avoir boycotté les élections et pour leur soutien à l’insurrection, mais si on leur impose une constitution qu’ils ne peuvent pas avaler, on ne résoudra rien. Il faut repousser le référendum et rédiger un nouveau projet. Pour cela, il faut qu’un nouveau comité de rédaction soit constitué sur la base des élections de décembre. Cela encouragera les sunnites modérés, désireux de participer au processus.
Nous devons également renforcer le soutien international à notre action en Irak. Il faut construire un groupe de contact rassemblant des pays comme la France, le Japon, la Grande Bretagne et la Russie ou des organisations internationales comme l’Union européenne, l’OTAN et l’ONU. Il faut également développer des contacts dans la région. L’administration Bush doit par ailleurs rassurer la population états-unienne et mieux expliquer sa politique. On ne peut plus se contenter de formules vagues.

« Des mémoires courtes concernant l’Irak »

Auteur Robert Kagan

 [Robert Kagan] est membre de la Carnegie Endowment for International Peace et directeur du Project for a New American Century, le think-tank électoral de George W. Bush. Il est analyste sur les questions de stratégie militaire pour le Weekly Standard et écrit une tribune mensuelle dans le Washington Post. Il est l’auteur de Of Paradise and Power : America and Europe in the New World Order.
Robert Kagan est le fils de Donald Kagan (professeur d’histoire à l’université de Yale), le neveu de Frederik W. Kagan (professeur d’histoire à l’Académie militaire de West Point), et l’époux de Victoria Nuland (représentant adjoint des États-Unis à l’OTAN).

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « On Iraq, Short Memories », par Robert Kagan, Washington Post, 12 septembre 2005.

Résumé Si vous lisez la presse ces derniers jours, y compris ce journal, vous pourriez croire qu’il n’y a pas eu plus de six ou sept personnes qui ont un jour soutenu la guerre en Irak. Ce n’est pas ainsi que je me souviens des dernières années.
Dans les années 90 et 2000, l’idée de renverser Saddam Hussein était très populaire chez les Démocrates et les Républicains. Tous les responsables politiques états-uniens et tous les responsables d’inspections en Irak disaient la même chose sur les armes de destruction massive irakiennes. Richard Butler, ancien responsable des inspections en Irak, écrivit un livre très précis sur la menace irakienne en 2000. Je me souviens également qu’en 1997, Madeleine Albright compara Saddam Hussein à Hitler. A l’époque, l’administration Clinton préparait le pays à la guerre contre l’Irak. Plus tard, en septembre 2002, Al Gore lui-même dénonça le danger que représentaient les armes de destruction massive de Saddam Hussein.
C’est sur la base de toutes ces affirmations que moi et d’autres avons écrit en 1998 une lettre ouverte en faveur du renversement de Saddam Hussein. Un an plus tard, le Congrès adopta une loi proposée par Joseph I. Lieberman et John McCain puis débloqua 100 millions de dollars pour soutenir un renversement de Saddam Hussein. Le 20 septembre 2001, j’ai également signé une lettre bipartisane présentant Saddam Hussein comme un soutien du terrorisme et cet appel fut renouvelé en mars 2003.
Aujourd’hui, beaucoup des signataires ou de ceux qui ont soutenu la guerre réécrivent l’Histoire.

 



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