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Tribunes et décryptages - 26 mars 2004
Les contradictions de Richard Clarke

Décryptage

Alors que la tempête provoquée par le livre-témoignage de Richard Clarke fait rage (cf. nos éditions de la semaine), le Washington Times met en évidence le manque de sincérité du personnage. Le quotidien conservateur reproduit des extraits d’une conférence de presse de Clarke, en 2002, en parallèle avec d’autres de son audition récente devant la Commission d’enquête sur le 11 septembre. Le haut fonctionnaire y développe deux versions, différentes et incompatibles, des mêmes évènements. Ses récentes accusations sont donc sujettes à caution. Quoi qu’il en soit, la polémique aura obligé de nombreux responsables politiques à s’expliquer. Tous se sont évertués à persuader qu’ils avaient identifié de longue date le danger Al Qaïda et l’avaient combattu, de sorte qu’ils ne pouvaient être accusés de responsabilité passive dans les attentats du 11 septembre. Mais comme seule preuve de leurs allégations a posteriori, ils ont dévoilé la longue préparation de l’attaque de l’Afghanistan. Par conséquent, celle-ci ne peut plus être qualifiée de légitime défense.
Martin Indyk, ancien collaborateur de Bill Clinton, observe dans The Age que la « doctrine des frappes préventives » est morte. Elle n’aura existé que le temps nécessaire à l’administration Bush pour attaquer l’Irak. Aujourd’hui, il ne vient heureusement à l’idée de personne de l’appliquer en Iran ou en Corée du Nord. Elle n’était qu’un artifice rhétorique pour une situation donnée.

L’analyste Patrick Seale énumère dix raisons cyniques qui peuvent expliquer l’assassinat de cheikh Yassine. Elles sont toutes plus terrifiantes les unes que les autres, mais aussi toutes crédibles. Il conclut dans Gulf News : Sharon veut les territoires, pas la paix et est prêt à tout sacrifier à son rêve de Grand Israël.
L’ambassadeur d’Israël en France, Nissim Zvili, relève des différences de traitement dans la presse française entre le contre-terrorisme israélien et les contre-terrorismes états-unien et français. Dans Libération, il s’interroge sur la discrimination qu’elle révèle entre les victimes juives et les autres. Ces critiques de l’assassinat de cheikh Yassine sont donc une manifestation d’antisémitisme. Notons que ce raisonnement est exact, lorsqu’on peut en vérifier les prémisses, faux, dans le cas contraire : il est antisémite d’approuver les assassinats ciblés lorsqu’ils sont commandés par George W. Bush et de les condamner lorsqu’ils sont commandés par Ariel Sharon ; mais c’est une preuve d’attachement au droit et à la paix de dénoncer les deux.

David L. Phillips du CSIS déplore les violences au Kosovo. Dans le Los Angeles Times, il renvoie dos-à-dos « Serbes » et « Albanais » et impute la dégradation de la situation au désengagement états-unien. On se contentera d’observer que cet éminent spécialiste utilise une terminologie ethnique, certes assez généralisée, mais pas vraiment neutre. Il n’y a pas de « Serbes », ni d’ « Albanais » au Kosovo, mais des populations serbophones et albanophones. Et ce n’est pas parce que ces derniers parlent la même langue que les Albanais qu’ils doivent fusionner en un seul État. Quant à la responsabilité partagée des dernières violences, elle semble peu probable : les serbophones, qui ne sont plus qu’une infime minorité, en ont été les victimes presque exclusives.

Enfin, l’ambassadeur de la Ligue arabe aux États-Unis, Hussein Hassouma, prend la défense de son organisation dans le Washington Times. La Ligue est beaucoup décriée et elle a, de fait, beaucoup de défauts. Cependant, elle a aussi un bilan dont elle peu fièrement se prévaloir, mais qui précisément indispose les États-Unis : elle soutient notamment l’initiative de paix du prince régent Abdallah.

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26 mars 2004

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 Guerre globale au « terrorisme »

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Clarke à l’époque... et Clarke maintenant »

Auteur Richard Clarke

Ancien fonctionnaire du Pentagone, Richard Clarke a été Coordinateur national contre le terrorisme sous Bill Clinton et George W. Bush. Démissionnaire, il est l’auteur de Against All Enemies, livre dans lequel il dénonce le laxisme de l’administration Bush contre le terrorisme avant le 11 septembre 2001. Il a répété ses accusations devant la Commission d’enquête états-unienne sur le 11 septembre 2001.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence

« Clarke then . . . », extrait d’une conférence de presse de Richard Clarke en août 2002.
« . . . and Clarke now », extrait du témoignage de Richard Clarke devant la Commission d’enquête sur le 11 septembre du 24 mars 2004.
Washington Times, 26 mars 2004.

Résumé

Clarke à l’époque…

Il n’y a pas eu de plan contre Al Qaïda transmis par l’administration Clinton à l’administration Bush. En janvier 2001, l’administration actuelle a été briefée sur la stratégie existante et elle a décidé de poursuivre certaines politiques en initiant un nouveau processus et une nouvelle stratégie. Cela a entraîné des changements de politique en Ouzbékistan, au Pakistan et vis-à-vis de l’Alliance du Nord. Nous avons également augmenté le financement des actions secrètes contre Al Qaïda.
La nouvelle stratégie visait non pas à obtenir un reflux d’Al Qaïda, mais son élimination rapide. Si l’administration Bush avait, comme on l’a dit, fait preuve d’une animosité totale contre les politiques de l’administration Clinton, elle ne m’aurait pas gardé. En réalité, le principal problème rencontré par l’administration Clinton a été la position du Pakistan, mais aujourd’hui l’administration Bush a réussi à la faire changer vis-à-vis des Talibans. En outre, l’administration Clinton n’a jamais prévu d’utiliser les forces terrestres car les militaires affirmaient systématiquement que ce n’était pas une bonne idée.

…et Clarke maintenant

Je pense que cette administration ne m’a jamais cru quand je disais qu’il y avait un problème urgent avec Al Qaïda et elle n’était donc pas préparée à y faire face. Dès août 1998, j’avais recommandé une réponse militaire contre l’infrastructure en Afghanistan de façon à ce qu’Al Qaïda ne soit plus une menace pour les États-Unis dans trois ou cinq ans. La CIA affirmait que si on lui donnait les ressources nécessaires, cela serait possible en trois ans. Si nous avions eu de meilleures capacités de renseignement au début des années 90, nous aurions pu agir dès la formation de cette organisation.
En août 2002, lors de la conférence de presse, on m’avait demandé au sein de l’administration Bush de présenter les choses de façon à ce que les critiques contre l’administration soient minimes. Je n’ai pas menti à la presse pour autant et personne ne m’a demandé de le faire, ce que j’aurai de toute façon refusé.


« Comment la doctrine des frappes préventives de Bush est piégée par la réalité »

Auteur Martin Indyk

Martin Indyk est ancien assistant sur les questions du Proche-Orient au département d’État et ancien ambassadeur en Israël sous l’administration Clinton. Il est directeur du Saban Center for Middle East Policy de la Brookings Institution et directeur exécutif du Washington Institute for Near East Policy.

Source The Age (Australie)
Référence

« How Bush’s doctrine of pre-emption was ambushed by reality », par Martin Indyk, The Age, 26 mars 2004. Ce texte est adapté d’un discours prononcé devant la Lowy Institute for International Policy.

Résumé

Dans la campagne opposant George W. Bush à John Kerry on peut noter que républicains et démocrates s’accordent sur l’approche du monde après le 11 septembre et que la principale différence d’analyse porte sur la doctrine des frappes préventives rejetée par Kerry.
Bush a affirmé que l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord, en construisant des armes de destruction massive qui pouvaient être données à des terroristes, représentent un danger immédiat qui justifie une action préventive. Depuis l’énonciation de cette doctrine, on a compris que la menace avait été exagérée et que la vraie menace de prolifération ne venait pas de ces pays, mais du Pakistan, un allié des États-Unis. Elle est, de plus, apparue comme un moyen de justifier une guerre contre un régime particulier, celui de Saddam Hussein. L’Iran, qui correspond beaucoup mieux à la description du danger immédiat que l’Irak, n’est pas menacé d’invasion, pas plus que la Corée du Nord.
Dans les cas iranien et nord-coréen, comme pour la Libye, l’administration Bush a choisi d’adopter l’option qu’elle décriait tant dans l’administration Clinton : la négociation. Ayant participé aux négociations de 1999 avec la Libye, je peux affirmer que le choix libyen de renoncer à ses armes de destruction massive n’a rien à voir avec l’invasion de l’Irak.
Bien qu’elle s’en défende, l’administration Bush est en train de revenir à une forme de multilatéralisme avec un retour au soutien à l’ONU en Irak et à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) en Iran. Les frappes préventives ne sont plus une doctrine, c’est une option.


« Les dix raisons pour lesquelles Sharon a tué le cheikh Yassine »

Auteur Patrick Seale

Patrick Seale est un analyste et auteur réputé sur le Proche-Orient. Contributeur régulier à Gulf News. Il a notamment publié des ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Syrie et une biographie d’Abu Nidal.

Source Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence

« Ten reasons why Sharon killed Sheikh Yassin », par Patrick Seale, Gulf News, 26 mars 2004.

Résumé

Comprendre les motivations d’Ariel Sharon est toujours un travail hasardeux à moins de le faire s’allonger sur le divan d’un psychanalyste ou de lui administrer les tortures qu’on pratique dans ses prisons. Pourquoi a-t-il ordonné la mort du cheikh Yassine, chef spirituel du Hamas ?
- Tuer est ce que Sharon fait de mieux, les exemples abondent dans sa carrière militaire et politique. La mort de Yassine n’est que la dernière mort en date dans l’ambition d’une vie : briser le nationalisme palestinien et annexer la Cisjordanie au grand Israël.
- Il ne peut pas y avoir de paix négociée pour Sharon, il faut une victoire totale. La mort de Yassine entre dans une stratégie de la terreur qui a pour objectif que les adversaires, agressés, passent plus de temps à se défendre qu’à attaquer.
- Sharon espère que la mort de Yassine diminuera le nombre d’attentats suicide sur le long terme en effrayant les organisateurs des attentats.
- Cette mort a pour but de démontrer que les Palestiniens doivent rester passifs et que s’ils combattent ils seront abattus.
- Cette frappe entre dans la théorie des néo-conservateurs de l’usage unilatéral de la force. L’analyste Uri Dromi a comparé cette semaine la mort de Yassine à celle d’un dirigeant d’Al Qaïda au Yémen.
- Sharon a agi car il se savait couvert par les États-Unis.
- Il fallait discréditer l’idée qu’Israël est obligé de quitter Gaza à cause du Hamas.
- Il fallait faire taire les critiques israéliennes sur le retrait de Gaza.
- Il fallait tuer le seul homme capable de faire accepter une trêve chez les Palestiniens.
- Il fallait aussi empêcher le sommet de la Ligue arabe de travailler à une nouvelle proposition de paix dans un climat favorable.
Sharon veut les territoires, pas la paix. Il est prêt à tout sacrifier à son rêve de Grand Israël.


« Madrid-Ashdod, même combat »

Auteur Nissim Zvili

Nissim Zvili est ambassadeur d’Israël en France. Il est ancien membre de la Knesset, élu sous l’étiquette travailliste.

Source Libération (France)
Référence

« Madrid-Ashdod, même combat » Libération, 26 mars 2004.

Résumé

Personne ne s’indigne qu’après le 11 septembre 2001 le président des États-Unis déclare vouloir Ben Laden « mort ou vif », que les troupes pakistanaises pourchassent depuis trois semaines Al-Zaouahri ou qu’après les attentats de l’été 1995 à Paris, la gendarmerie française tue Khaled Kelkal. Mais quand Israël élimine le chef d’une organisation terroriste ayant commis des centaines d’attentats, on juge l’acte « inacceptable, injustifié » et « contraire au droit international ». On juge les attentats de Madrid inacceptables, mais l’attentat d’Ashod, trois jours plus tard, n’est que l’expression excessive d’une lutte politique. Attention, si on considère qu’il y a de bons et de mauvais terroristes, qu’il y a terrorisme et terrorisme, c’est qu’il y a victimes et victimes.
Yassine voulait la fin d’Israël, mais il ne parlait pas d’Israël ou des Israéliens, il parlait des « juifs ». Celui qui désignait tous les juifs de la planète comme cible est aujourd’hui salué avec solennité par de nombreuses capitales. Yassine exaltait la mort, le suicide au service du meurtre. Les terroristes du Hamas ne meurent pas et ne tuent pas pour fonder une démocratie palestinienne, mais pour tuer des juifs israéliens, le reste leur est indifférent.
Si on ne regarde pas la guerre contre le Hamas comme la guerre contre Al Qaïda, je crains qu’on arrive à une hiérarchisation des victimes. Pourtant, si les juifs israéliens sont les premières cibles et les juifs de la diaspora les secondes, les troisièmes sont tous ceux qui préfèrent la liberté à la servitude. Le Hamas est allié à Al Qaïda dans une guerre de la barbarie contre toutes les civilisations. On est une cible si on est un civil et qu’on appartient au monde libre. C’est une guerre mondiale contre nous tous.


« Sans les États-Unis, la menace balkanique peut éclater »

Auteur David L. Phillips

David L. Phillips est directeur adjoint du Center for Preventive Action du Council on Foreign Relations à New York et conseiller au département d’État des États-Unis. Avant guerre, il a assisté le groupe de travail sur les principes démocratiques de l’opposition irakienne. Il est membre du Preventive Diplomacy Program du Center for Strategic and International Studies.

Source Los Angeles Times (États-Unis)
Référence

« Without U.S., Balkan Threat May Explode », par David L. Phillips, Los Angeles Times, 26 mars 2004.

Résumé

Le Kosovo a connu des affrontements sanglants la semaine dernière qui ont entraîné l’incendie de centaines de maisons, 600 personnes ont été blessées et plus de deux douzaines de personnes tuées. Alors que Serbes et Albanais se rejettent la responsabilité, ils s’accordent pour affirmer que l’administration Bush a négligé les Balkans, formant ainsi les conditions de la reprise des affrontements.
En 1999, les Albanais du Kosovo ont accueilli avec enthousiasme l’action militaire de l’OTAN menée par les États-Unis qui a stoppé la menace de génocide et a fait quitter de la région les forces de sécurité yougoslaves. Les Serbes comme les Albanais du Kosovo ont également accueilli avec plaisir la chute de Milosevic, mais aucun progrès n’a été fait depuis. Le Kosovo n’a pas de statut définitif car d’une part les États-Unis ont laissé la situation entre les mains de l’Union européenne et à l’ONU, d’autre part les Albanais doivent d’abord répondre à certains critères avant que les négociations soient ouvertes.
L’administration Bush tente de quitter les Balkans. Si on écoutait Donald Rumsfeld, il n’y aurait pas de troupes états-uniennes en Bosnie et presque plus au Kosovo. Difficile de dire qui a commencé les violences récentes au Kosovo, mais elles sont la manifestation de la frustration due au manque de progrès et à la stagnation économique. Les échecs de la direction américaine ont radicalisé les Serbes et les Albanais. Les Serbes doivent être protégés dans la région, mais pas par les forces de sécurité yougoslaves qui ne doivent pas passer la frontière. Il faut également rejeter le plan de Kostunica proposant la partition du Kosovo sur une base ethnique.
Les diplomates américains doivent soutenir un accord prévoyant l’autonomie pour les Serbes et l’indépendance du Kosovo. Il ne faut pas laisser les tensions réveiller le nationalisme serbe.


« Regarder en avant »

Auteur Hussein Hassouna

Diplomate égyptien ayant participé aux négociations de Camp David de 1979, Hussein Hassouna est l’ambassadeur de la Ligue arabe aux États-Unis.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence

« Looking ahead », par Hussein Hassouna, Washington Times, 26 mars 2004.

Résumé

Les 22 membres de la Ligue arabe célèbreront lundi le 59ème anniversaire de l’organisation alors que le monde arabe s’interroge sur sa capacité à gérer les questions régionales et mondiales. Les critiques de la Ligue arabe portent sur ses divisions internes, sa structure, son incapacité à appliquer ses résolutions, sa bureaucratie, sa crise financière et son incapacité à faire face aux préoccupations des Arabes. Si certaines sont justes et bien intentionnées, il ne faut pas négliger la réalité historique et les réalisations de la Ligue dans une grande variété de domaines.
La question principale sur laquelle a travaillé la Ligue arabe est le conflit israélo-arabe. Lors du sommet de Beyrouth de 2002, les pays membres ont adopté « l’initiative de paix arabe ». En dépit du manque de réponse israélienne, le sommet arabe à venir réaffirmera l’attachement à cette initiative. La Ligue arabe réaffirmera également lors du sommet de Tunis son attachement à un Moyen-Orient sans armes de destruction massive, y compris israéliennes. La Ligue soutient un retour à la souveraineté de l’Irak, la reconstruction économique du Soudan et la réconciliation nationale en Somalie. Elle condamne toute forme de terrorisme contre des civils innocents. Elle rejette la diffamation contre la culture arabe et l’islam ainsi que le racisme.
La Ligue arabe veut établir une zone de libre échange et de développement et le sommet de Tunis sera l’occasion d’une réforme structurelle. Notre objectif premier restera la mise en place d’un processus de réforme et de modernisation arabe qui n’est pas imposé de l’extérieur.


 



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