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Tribunes et décryptages - 10 novembre 2005
Assassinat d’Hariri : il n’y a plus besoin de preuves contre la Syrie
Décryptage
A la suite de l’attentat à la bombe qui avait causé la mort de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri et de 22 autres personnes, nous avions vu avec quelle promptitude les éditorialistes et les « experts » atlantistes avaient accusé la Syrie. Ces analystes se passaient très bien de preuves pour porter leurs accusations contre Damas, ils acceptent donc aujourd’hui sans le moindre regard critique le rapport Melhis confirmant leurs présupposés de départ. Ainsi, la presse occidentale présente le dossier réalisé par le juge allemand comme la preuve irréfutable de la culpabilité syrienne dans l’attentat et déduit donc que tous les attentats qu’a connu depuis le Liban feraient partie d’un complot syrien pour déstabiliser le pays.
Au lendemain de l’attentat contre Rafic Hariri, l’éditorialiste du Figaro, Alexandre Adler, désignait comme coupable l’aile dure du régime syrien (qu’il prétendait associé à Al Qaïda en Irak) et voyait dans ce crime un coup de force des adversaires des réformes en Syrie contre l’entourage de Bachar El Assad. Suite à la publication du rapport Mehlis, il réitère son analyse de la situation à Damas. Selon M. Adler, aujourd’hui, les réformistes syriens, sentant leur pays de plus en plus isolé, utilisent le rapport Mehlis contre leurs adversaires conservateurs tandis que ces derniers seraient tentés d’organiser un coup d’État à Damas. Il pronostique donc un prochain éclatement interne en Syrie.
Dans un éditorial engageant toute la rédaction du Washington Post, le quotidien états-unien va encore plus loin. Il affirme pour sa part qu’il n’y a pas de divisions réelles au sein de l’appareil d’État syrien et que Bachar El Assad est directement responsable de l’assassinat de Rafic Hariri. Le journal recycle les vieux arguments contre l’Irak, affirmant aujourd’hui que depuis la chute de Saddam Hussein, aucun régime ne soutient plus le terrorisme que la Syrie. Peu importe à la rédaction du Washington Post que le lien entre l’Irak et les attentats terroristes imputés à Al Qaïda aient été démenti depuis longtemps, le postulat de ce lien est repris dans cet éditorial puis recyclé contre Damas. Le journal exige des sanctions et reprend dans son titre une référence au Syria Accountability Act, qui autorise aujourd’hui George W. Bush à attaquer la Syrie.
Toutefois, tous les analystes ne s’appuient pas de façon nette sur le rapport Mehlis pour exiger des sanctions contre la Syrie.
Doutant peut-être de la capacité de persuasion du document, l’éditorialiste et expert du cabinet de relations publiques Benador Associates Amir Taheri, se livre dans Gulf Newsà une argumentation contournant l’obstacle de la vraisemblance ou de l’invraisemblance de la responsabilité syrienne. Il ne se prononce pas explicitement sur l’implication de Damas dans cet assassinat, mais affirme que la Syrie est responsable d’un climat politique régional qui a rendu cet assassinat non seulement possible mais inévitable. Il prétend que tant que la Syrie n’aura pas changé de régime, aucune amélioration ne pourra voir le jour dans la région et les crimes politiques se perpétueront. Aussi, qu’importe le rapport Mehlis, qu’importe la mort de Rafic Hariri, il faut renverser Bachar El Assad.
L’ex-dissident soviétique et ex-ministre d’Ariel Sharon, Natan Sharansky, n’est pas loin de partager ce point de vue dans le Jerusalem Post. Il soutient le renversement du régime syrien en lui même, sans que cela ait un vrai lien avec l’assassinat de Rafic Hariri, événement auquel il fait à peine allusion. Pour lui, Israël doit s’associer à la politique de « démocratisation » du Proche-Orient voulue à Washington (et dont il est un des inspirateurs idéologiques officiels) et soutenir Washington en tout point dans le volet syrien. Cette tribune semble avoir avant tout un souci de promotion de M. Sharansky. Ce dernier se pose comme un recours possible pour Washington à la tête d’Israël face au parfois indocile Ariel Sharon. En insistant sur une supposée insubordination israélienne dans une politique qu’il est censé avoir inspirée aux États-Unis, il se met en scène comme celui qui, placé à la tête d’Israël, pourrait entretenir des relations totalement harmonieuses avec le grand frère états-unien.
Mais une fois le régime de Bashar El Assad renversé, que mettre à sa place ? L’ancien analyste de la CIA, Reuel Marc Gerecht, milite dans Die Welt pour une alliance avec les Frères musulmans au Proche-Orient. L’auteur ne cite explicitement aucun pays, mais il est difficile de ne pas songer à la Syrie et l’Égypte. L’expert du Project for a New American Century fait la promotion de cette organisation comme d’un moyen de renverser le « Ben-ladenisme » dans le monde arabe.
Face à cette tentative de persuasion de l’opinion publique internationale, ou du moins occidentale, de la nécessité de sanctions contre la Syrie, certaines voix se font entendre, remettant en cause le contenu du rapport Mehlis et soulignant les incohérences de ce dossier.
L’analyste Linda S. Heard tente de réaliser une lecture critique du rapport Melhis dans Gulf News. Selon elle, il existe des points allant à l’encontre des propos ou des réclamations des Britanniques et des États-uniens qui semblent plaider en faveur de l’indépendance du rapport. Elle estime toutefois que ce sont les incohérences qui l’emportent sur les points positifs. Ainsi, le rapport affirme que la Syrie connaissait toujours l’emplacement exact de Rafic Hariri, dès lors l’auteur s’interroge sur l’utilisation d’une bombe pour le tuer et non un sniper, une tactique beaucoup plus discrète et laissant moins de traces. Mais le principal argument de l’auteur porte sur le fait même de mener une enquête internationale. Si une enquête de l’ONU est menée c’est parce que cela arrange les puissances occidentales, dès lors quelles concluions attendre si ce n’est celles qui permettront à Washington d’atteindre ses objectifs stratégiques.
Notons également que comme l’a souligné Nafeez Mosaddeq Ahmed sur le site Iraqwar.Ru, le procureur Detlev Mehlis a déjà joué un rôle par le passé dans la justification d’une opération militaire états-unienne. Il avait enquêté sur l’attentat commis contre une discothèque fréquentée par des GI’s en Allemagne, en 1986. Ses douteuses conclusions avaient permis à Washington d’incriminer la Libye et de bombarder Tripoli.
D’autres journalistes s’intéressent pour leur part à la crédibilité des témoins interrogés par la Commission Mehlis.
Le correspondant du Guardian à Bagdad, Ghaith Abdul-Ahad, dénonce dans Der Spiegel le manque de fiabilité de celui qui est le principal témoin de la Commission Mehlis : Suheir al-Sadik. Pour l’auteur, il s’agit d’un petit escroc stipendié par Rifaat El Assad, oncle et opposant de Bachar El Assad pour intoxiquer la commission. Se baser sur son témoignage et le prendre pour argent comptant ferait perdre toute crédibilité à l’enquête.
L’ancien journaliste de Newsweek, Robert Parry estime lui aussi sur son site Consortium News que ce témoin est un affabulateur rémunéré par les adversaires de la Syrie. Il ajoute qu’il est étrange que la Commission Mehlis ne s’interroge pas davantage sur le parcours du fourgon dans lequel la bombe aurait été placée et qui a été identifié comme étant une camionnette volée au Japon. Enfin pourquoi les enquêteurs ne s’interrogent-ils pas davantage sur les contradictions entre les témoignages accusant la Syrie ?
Les éditorialistes arabes ne commentent même plus sur la fiabilité du rapport. Pour eux, il s’agit d’un document à charge visant à justifier des sanctions ou une agression contre la Syrie.
Pour l’écrivain égyptien, Abdellah Assanaoui, dans Arabrenewal, le rapport Mehlis n’est qu’un prologue, prévu de longue date, à une condamnation de la Syrie et à des sanctions ayant pour finalité un changement de régime. Tout a été mis en place pour cela, de la sélection des témoins aux fuites dans la presse. Le rédacteur en chef d’Alquds al-Arabi , Abdel Bari Atouan, ne donne pas plus de crédit au rapport, mais le trouve instructif sur trois points. Feu le ministre de l’intérieur syrien Ghazi Kanan n’étant pas cité dans le rapport, on peut déduire que son suicide n’a pas de liens avec l’émission de ce document. L’éditorialiste croit savoir que le ministre a été assassiné car il préparait une collaboration avec les États-Unis. Le deuxième point est que les communications des dirigeants arabes sont toutes écoutées et enregistrées. Le troisième est qu’il y a un intérêt stratégique à incriminer les Palestiniens pour des opérations futures. Quoi qu’il en soit, il estime que la Syrie n’a rien à gagner à se soumettre puisque quoi qu’elle fasse, cela ne changera rien.
Cette offensive annoncée contre Damas inquiète la gauche états-unienne. Dans ZMag, les historiens du mouvement social états-unien, Jeremy Brecher et Brendan Smith, s’inquiètent de la direction que leur pays prend vis-à-vis de la Syrie. D’après eux, l’administration Bush veut clairement attaquer la Syrie et/ou l’Iran pour faire oublier les problèmes en Irak. Il recommande aux citoyens états-uniens et aux citoyens du monde de tout faire pour empêcher une nouvelle violation du droit international et des principes constitutionnels états-uniens.
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10 novembre 2005
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Paris (France)
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Pays
Syrie
Thèmes
Contrôle du « Grand Moyen-Orient »
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« L’équation syrienne »
Auteur
Alexandre Adler

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Ancien collaborateur du Monde, de Libération, du Point et de L’Express et ancien directeur éditorial de Courrier international, Alexandre Adler est chroniqueur au Figaro et à Proche-Orient.Info. Connu pour ses positions atlantistes et pro-israéliennes, il avait qualifié de « traîtres juifs », des personnalités juives s’opposant à la politique d’Ariel Sharon. Il est l’auteur de J’ai vu finir le monde ancien.
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Source
Le Figaro (France)
Référence « L’équation syrienne », par Alexandre Adler, Le Figaro, 27 octobre 2005.
Résumé Après l’Irak, la Syrie. Personne n’imaginait que la solide dictature d’Hafez El Assad allait démontrer une telle brutalité aveugle et une telle impuissance. Contrairement à son successeur, le fondateur du régime syrien savait mêler une brutalité peu commune et une couverture diplomatique imparable.
Mais aujourd’hui, à la liste des adversaires traditionnels de Damas que sont Israël et l’Autorité palestinienne, l’assassinat de Rafic Hariri a ajouté une cohorte de nouveaux adversaires : la Turquie, très liée à l’ancien Premier ministre libanais, l’Arabie saoudite pour les mêmes raisons, l’Irak où les chiites combattent l’insurrection soutenue par Damas et la Jordanie, qui combat à la fois les djihadistes irakiens et les jusqu’au-boutistes palestiniens qui ont pignon sur rue à Damas. La Syrie a pu, un temps, espérer tirer des bénéfices de la victoire d’Ahmadinejad en Iran, mais Téhéran veut en finir avec les djihadistes irakiens pour permettre une domination chiite dans le pays. Washington, Paris, Riyad et Moscou avaient tout misé sur une stabilisation du Liban avec le consentement syrien mais aujourd’hui, ils se sentent floués par Damas et ils ne viendront pas au secours d’un régime aux abois. Moscou avait repris des livraisons d’armes en direction de la Syrie il y a quelques mois mais Damas n’est pas son allié prioritaire. Pour la Russie, il faut avant tout s’allier dans la région avec l’Égypte et l’Iran tout en gardant de bonnes relations avec Israël et les États-Unis.
Toutefois, ce qui menace le plus le régime actuel en Syrie, c’est le parti technocratique et réformateur qui s’est peu à peu constitué à Damas sous la protection malheureusement inefficace de Bachar Assad. Ce parti soutenait notamment la normalisation complète des relations diplomatiques, par conséquent le retrait du Liban, la fermeture des bases du djihad irakien et l’abandon progressif du Hamas en Palestine. L’entourage de Bachar Assad espère toujours pouvoir ouvrir le pays et se réconcilier avec les États-Unis et la France, sous le parrainage protecteur de la Russie de Poutine et de Rafsandjani en Iran. Nous ne sommes pas loin de l’affrontement entre les factions de Syrie et les tenants de la ligne dure pourraient bien tenter un coup d’État contre les réformateurs.

« Tenir la Syrie pour responsable »
Auteur
Rédaction du Washington Post
Source
Washington Post (États-Unis)
Référence « Accountability for Syria », par la Rédaction du Washington Post, Washington Post, 22 octobre 2005.
Résumé L’administration Bush a eu raison de réagir rapidement au rapport de l’ONU liant la Syrie à l’assassinat de Rafic Hariri. Les États-Unis et la France travailleraient aujourd’hui à la rédaction de deux résolutions demandant des comptes au gouvernement de Bachar El Assad. Washington a des tas de raisons de faire pression sur Damas, compte tenu de son soutien aux terroristes étrangers et à l’insurrection sunnite en Irak, mais le rapport Mehlis en lui même requiert une réaction urgente.
Il faut obliger la Syrie à coopérer. Il faut enfin que les crimes commandités par les États soient punis au Moyen-Orient. Depuis la chute de Saddam Hussein, aucun régime ne soutient plus le terrorisme que celui de M. Assad. Certains affirment que M. Assad est la victime des tenants de la ligne dure en Syrie, mais le rapport Mehlis affirme le contraire. Il faut appliquer contre la Syrie ce à quoi nous avons condamné la Libye en 1988.

« Punir la Syrie peut aura un effet boomerang »
Auteur
Amir Taheri
Source
Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence « Punishing Syria will boomerang », par Amir Taheri, Gulf News, 26 octobre 2005.
Résumé Alors que le Conseil de sécurité débat du rapport Mehlis, il est bon de réfléchir au meilleur et au pire scénario. Dans le meilleur des cas, le Conseil de sécurité demandera une coopération à la Syrie, que celle-ci acceptera, autorisant les inspecteurs à interroger les suspects. Dans le pire des cas, la Syrie est condamnée par le Conseil de sécurité, puis Damas défie cette organisation et est puni. Aucun de ces scénarios n’est satisfaisant.
Il faut se souvenir que l’assassinat d’Hariri est la conséquence inévitable d’un modèle politique mis en place par la Syrie, qui fait que l’assassinat est une pratique routinière. La Syrie a conçu un système basé sur la violence et la répression. Tant que le système existe, les crimes et violences continueront, que la Syrie soit responsable de l’assassinat d’Hariri ou pas. Or, paradoxalement, le régime de Damas pourrait gagner du temps en « coopérant ». Pendant ce temps, les dirigeants libanais affiliés à la Syrie continueraient leur travail au Liban ; la Syrie continuerait d’appuyer le Hezbollah et les terroristes d’Irak et les opposants resteraient en prison. Si la Syrie coopère, il faudra des années pour mettre fin à cela. De même, si des sanctions sont décidées, cela ne mettra pas fin au régime, qui ne changera pas de comportements.
La seule issue positive serait un changement de régime.

« Silence autour de la Syrie »
Auteur
Natan Sharansky

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Ancien dissident soviétique, Natan Sharansky est président et fondateur du parti Yisrael B’Alyia Anglos qui a rejoint le Likoud. Ancien ministre de la Diaspora et de Jérusalem du gouvernement d’Ariel Sharon, il a démissionné pour marquer son opposition au plan de retrait de Gaza.
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Source
Jerusalem Post (Israël)
Référence « Silence on Syria », par Natan Sharansky, Jerusalem Post, 27 octobre 2005.
Résumé Le lien entre les États-Unis et Israël se fonde sur des intérêts communs et aussi sur des valeurs partagées. Compte tenu de ces liens forts, nous pouvons parfois avoir des désaccords. Pourtant, il est un point sur lequel notre désaccord est problématique. L’axe central de la politique de l’administration Bush dans la région est la démocratisation. C’est la seule chance de paix dans la région. Or, les élites politiques de Jérusalem rejettent cette vision, ce qui nourrit l’opposition du département d’État à la politique de George W. Bush et lui permet de mieux résister aux tentatives de réformes de Condoleezza Rice.
Pourtant, la politique de George W. Bush a permis la démocratisation du Liban et le développement de mouvements démocratiques en Égypte ou au Koweït. Aujourd’hui, les États-Unis pointent la Syrie du doigt. Damas est le premier soutien du terrorisme dans la région et le rapport Mehlis démontre son implication dans l’assassinat de Rafic Hariri. Cela offre une forte chance de changer le régime dans le pays. Malheureusement, Israël n’y contribue pas car il préfère une dictature faible à une démocratie. Le régime d’Assad pourrit de l’intérieur ; il faut lui donner le coup de grâce et cesser de chercher des hommes forts dans le monde arabe. Israël doit s’associer aux États-Unis.

« Seuls les islamistes fondamentalistes peuvent vaincre le djihadisme ! »
Auteur
Reuel Marc Gerecht
Source
Die Welt (Allemagne)
Référence « Die Demokratisierung im Irak macht Fortschritte », par Reuel Marc Gerecht, Die Welt, 20 octobre 2005.
Résumé Quel est l’intérêt des États-Unis d’encourager la démocratie au Moyen Orient ? Il est souhaitable que les musulmans prennent leur propre avenir en main. Il faut qu’ils discutent ensemble, se disputent, se crient dessus… c’est le seul moyen pour éroder la mentalité du djihadisme et la faire s’effondrer.
Le camp laïc et libéral en Occident nous accuse de prendre le risque de voir les Frères musulmans ou autres partis islamistes fondamentalistes arriver au pouvoir. Pourtant il faut savoir que les Frères musulmans sont fondamentalistes, mais ils ne sont pas djihadistes. Les traditions culturelles des musulmans, l’importance qu’ils accordent à la charia, tout cela ne signifie pas automatiquement qu’ils sont plus favorables à la dictature que d’autres personnes. Depuis la Deuxième Guerre mondiale ils ont eu à subir des expériences extrêmement douloureuses sous différentes dictatures et cette répression leur a fait réaliser qu’ils devaient se tourner vers une autre forme de gouvernement politique. Mais les libéraux et les progressistes comme nous n’ont que peu de chances de défaire le Ben-Ladenisme sur un plan philosophique. Nous ne pouvons pas gagner les cœurs et les esprits, nous n’avons pas assez d’influence sur la grande majorité de la population du Moyen Orient, qui se définit de plus en plus à partir de critères religieux. La laïcité y a mauvaise réputation car elle est trop étroitement associée aux dictatures soutenues par l’Occident et aux mœurs dissolues de la société occidentale. Les seuls qui peuvent vaincre l’idéologie du jihadisme sont les fondamentalistes islamiques.

« La Syrie a-t-elle été "blixée" ? »
Auteur
Linda S. Heard

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Analyste politique et journaliste, Linda S. Heard est spécialiste du Moyen-Orient. Ses articles paraissent dans Gulf News, Dar Al-Hayat, Al Jazeera ou le Christian Science Monitor.
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Source
Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence « Has Syria been ’blixed’ ? », par Linda S. Heard, Gulf News, 21 octobre 2005.
Résumé Detlev Mehlis, chef de la Commission de l’ONU sur l’assassinat de Rafic Hariri, a déclaré au magazine Der Stern qu’il savait que son rapport facilitait la campagne contre la Syrie et qu’il comprenait ce qu’avait dû ressentir Hans Blix. Pourtant, contrairement à M. Blix, qui a admis avoir subi des pressions, Detlev Mehlis déclare avoir eu les mains libres.
Analysons ce rapport pour juger de son impartialité.
Dans le paragraphe 8 du résumé du rapport, il déclare qu’il y a des éléments convergents pointant la responsabilité des dirigeants libanais et syriens dans une action qualifiée de terroriste. Cette remarque est intéressante à deux niveaux. Premièrement, les dirigeants états-uniens et britanniques ont toujours évité d’impliquer les Libanais. Deuxièmement, John Bolton s’est toujours opposé à ce qu’une action d’un État puisse être présentée comme « terroriste ». Le paragraphe 9 demande une poursuite de l’enquête tandis que Condoleezza Rice et Jack Straw veulent des sanctions immédiates. Le rapport n’exclut pas non plus que Rafic Hariri ait pu être tué pour des raisons mafieuses.
Mehlis a également eu une action admirable en refusant que les noms des suspects soient révélés. Toutefois, les fuites diffusant les noms de ces suspects dans la presse sont beaucoup moins admirables. La conséquence est que les témoins restent anonymes, mais pas les accusés. Comme c’est commode ! Le rapport affirme que les Syriens savaient toujours où se trouvait Hariri. Mais dans ce cas, pourquoi commettre un attentat à la bombe laissant plein d’éléments à charge, mais couvrant une zone suffisante pour toucher quelqu’un qu’on situe difficilement, plutôt que d’utiliser un sniper ? Ce dernier mode opératoire est beaucoup plus discret, laisse moins de trace et aurait été beaucoup plus avantageux pour une Syrie qui se savait menacée par les États-Unis.
Après les mensonges sur l’Irak et compte tenu de la place de la Syrie dans la liste des cibles des néo-conservateurs, il faut être extrêmement méfiant. Surtout qu’on peut s’interroger sur les raisons de cette enquête internationale. Il n’y en a pas eu pour la mort d’ Arafat, de Sadate, de Nasser, d’Allende ou même sur l’empoisonnement de Yushchenko. Pourquoi ? Parce que ces enquêtes ne favorisaient pas les intérêts occidentaux. Ne nous laissons pas entraîner dans ce jeu politique suspect.

« Le principal témoin à charge du rapport Mehlis est un escroc notoire qui s’est vanté d’avoir été payé pour son témoignage »
Auteur
Ghaith Abdul-Ahad

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Ghaith Abdul-Ahad est journaliste et photographe de presse d’origine jordanienne. Il est le correspondant pour le Moyen-Orient du Guardian. Il est basé à Bagdad.
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Source
Der Spiegel (Allemagne)
Référence « Zentraler Zeuge in Mehlis-Report ist verurteilter Betrüger », par Ghaith Abdul-Ahad , Der Spiegel, 26 octobre 2005.
Résumé Il y a un sérieux doute sur la crédibilité des déclarations du principal témoin sur lequel s’appuient les conclusions du rapport d’enquête de Detlev Mehlis, enquêteur spécial de l’ONU sur l’assassinat de Hariri. En effet Suheir al-Sadik est un escroc notoire, plusieurs fois condamné par la justice. Al-Sadik, 42 ans, qui affirme être un membre des services secrets syriens, est le témoin clé permettant d’impliquer les services de l’État syrien dans cet assassinat. Or, par le passé il a été à plusieurs reprises condamné pour détournement et escroquerie. Même les membres de la commission d’enquête ont de sérieux doutes quand à la véracité de son témoignage.
Plusieurs membres de cette commission ont révélé que Sadik leur avait plusieurs fois menti. Ainsi avait-il affirmé au début avoir quitté Beyrouth un mois avant l’attentat, avant de revenir sur sa déclaration en septembre dernier et affirmer soudain avoir été un des organisateurs de l’attentat. Son appartement dans la banlieue de Beyrouth aurait servi de QG pour la préparation et aurait accueilli à plusieurs reprises des hauts gradés des services secrets syriens. Il semblerait que Sadik ait reçu beaucoup d’argent en échange de son témoignage. Aux dires de ses frères, Sadik les aurait contactés depuis Paris pour leur annoncer : « Je suis un millionnaire maintenant ».
Le scepticisme est également nourri par le fait que Sadik a été mis en contact avec Mehlis par l’entremise du dissident syrien Rifaat El Assad, oncle du Président Bachar El Assad, dont il est un ennemi connu. Il y a quelques semaines, le gouvernement syrien avait fait parvenir à de nombreuses chancelleries occidentales un dossier contenant des documents à charge contre Sadik afin de démontrer que Mehlis s’est fait intoxiquer par un menteur notoire, spécialiste des coups montés.

« Le rapport sur l’affaire Hariri est dangereusement incomplet »
Auteur
Robert Parry
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Journaliste à l’Associated Press et Newsweek, Robert Parry a été un des principaux enquêteurs sur l’affaire dite de l’Irangate sous la présidence Reagan. Déçu par la futilité et l’incurie des journalistes de la presse anglo-saxonne, il a fondé en 1995, avec Robert Solomon, le magazine d’investigation Consortium News et réalisé des documentaires sur les tractations secrètes autour de la libération des otages en Iran (October Surprise), les narcotrafiquants politiques soutenus par l’administration US (Contra-Coca), l’influence grandissante de la secte Moon à Washington ainsi que l’ascension de la famille Bush et les manipulations électorales lors de l’élection 2000. Il est notamment l’auteur de Secrecy & Privilege : Rise of the Bush Dynasty from Watergate to Iraq et de Lost History : Contras, Cocaine, the Press & ’Project Truth’."
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Source
Consortium News (États-Unis)
Référence « The Dangerously Incomplete Hariri Report », par Robert Parry , Consortium News, 23 octobre 2005.
Résumé Le rapport de l’ONU sur l’assassinat de Rafic Hariri apporte de l’eau au moulin de George W. Bush, qui exige un « changement de régime « à Damas. Mais l’enquête comporte de nombreuses lacunes.
Le rapport conclut que la bombe qui a coûté la vie à Hariri ainsi qu’à 22 autres personnes était probablement à bord d’un fourgon Mitsubishi et actionnée par un kamikaze. Alors que l’on ne connaît toujours pas l’identité du conducteur, une équipe d’experts japonais a identifié précisément le véhicule. Il semblerait donc que la liste des propriétaires successifs du fourgon ait un élément crucial pour l’identification des assassins. Mais sur ce point essentiel, l’enquête de l’ONU a peu progressé, ne consacrant que quelques paragraphes à la manière dont ce fourgon s’est retrouvé à Beyrouth.
Pour appuyer ses conclusions incertaines qui montrent la Syrie du doigt, l’enquête de l’ONU repose aussi beaucoup sur des témoins, dont la crédibilité peut être mise en doute ; ces témoins mettent en cause des responsables syriens de la sécurité malgré le fait que leurs témoignages sont en partie contradictoires. Par exemple, les deux soi-disant témoins n’étaient pas d’accord sur ce qui était arrivé au jeune militant islamiste libanais, Ahmad Abou Adass, ayant revendiqué la responsabilité de l’attentat-suicide dans une vidéo diffusé sur la chaîne de télévision Al Jazeera. Mais Mehlis s’appuie sur des soi-disant témoins pour décrédibiliser la vidéo, affirmant qu’elle faisait partie d’une campagne de désinformation visant à détourner les soupçons de la Syrie.
Un des témoins - que le rapport décrit comme « étant d’origine syrienne mais résidant au Liban et prétendant avoir travaillé pour les services du renseignement syriens au Liban « a dit qu’Abou Asass qui « n’avait joué aucun rôle dans l’assassinat et n’avait servi qu’à détourner l’attention, « était détenu « en Syrie où on l’avait obligé, sous la menace d’une arme à feu, à enregistrer la vidéo « avant de le tuer. Un autre soi-disant témoin, Zouhir Ibn Mohamed Said Saddik, prétend avoir vu Abou Adass dans un camp à Zabadani en Syrie où, dit-il, le fourgon Mitsubishi avait été bourré d’explosifs ; Saddik dit qu’Abou Asass avait eu l’intention de commettre l’assassinat puis avait changé d’avis et avait été ensuite éliminé par des Syriens qui avaient mis son cadavre dans le véhicule piégé.
Un des problèmes que soulèvent de tels « témoins « est qu’ils ne sont pas crédibles pour tout un tas de raisons, y compris la possibilité qu’ils puissent être soudoyés ou autrement amenés à faire de faux témoignages, dans le but d’atteindre un résultat qui aille dans le sens d’hommes politiques, ou de pays puissants. Les États Unis - et le New York Times - ont appris cette leçon pendant la période qui a précédé la guerre en Irak, lorsque les groupes d’exilés irakiens arrangeaient des rencontres entre des soi-disant témoins d’une part et des représentants du gouvernement et des journalistes états-uniens d’autre part, leur donnant des renseignements sur les armes de destruction massive irakiennes. Ces affirmations s’étaient révélées montées de toutes pièces. On se pose déjà des questions similaires au sujet de Saddik, témoin-clé dans l’affaire Hariri.
Le risque que les enquêteurs acceptent des témoignages douteux émanant de sources sujettes à caution est maximal lorsque les allégations visent des pays où des dirigeants déjà mal vus - comme ça a été le cas avec l’Irak, et comme c’est maintenant le cas avec la Syrie. La plupart des gens étant déjà prêts à croire le pire, peu d’enquêteurs ou de journalistes osent mettre leur réputation et leur carrière en danger en exigeant qu’on leur fournisse des preuves solides. Il est plus aisé de suivre le mouvement général. Dans l’affaire Hariri, le chef de la commission d’enquête Detlev Mehlis, un magistrat allemand, s’est retrouvé soumis à des pressions internationales intenses que certains observateurs ont comparées à celles qu’avait subies Hans Blix début 2003.

« Le rapport Mehlis est un jeu politique »
Auteur
Abdellah Assanaoui
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Écrivain égyptien et rédacteur en chef du journal Al Arab, Abdellah Assanaoui est également membre du congrès populaire arabe.
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Source
Arabrenewal (Arabia Saudita)
Référence « تقرير ميليس لعبة سياسية », par Abdellah Assanaoui, Arabrenewal, 28 octobre 2005.
Résumé La crédibilité du rapport Mehlis a fondu quelques heures à peine après la distribution de quelques copies à la presse. Il s’est avéré qu’il existe deux copies dudit rapport. Une remise au secrétaire de l’ONU, et une deuxième rectifiée et destinée à la presse.
Cela veut dire que le rapport qui va devoir déterminer le sort de la région est soumis à des considérations politiques. Autrement dit, le juge allemand n’est plus qu’un employé sous l’autorité de Kofi Annan. Mehlis, qui a été désigné par l’ONU pour enquêter sur la mort d’Hariri, ne devait pas se référer qu’à son esprit professionnel. Or, l’enquête permettra à la commission qui l’a menée de régler des comptes politiques, désignant ainsi ceux qu’elle veut sans aucune objectivité.
La crédibilité de la commission en question et peut-être même son respect ont déjà été touchés lorsqu’elle a permis à la presse libanaise d’accéder aux résultats du rapport avant même sa publication. C’est-à-dire qu’elle n’a pas pris les mesures de sécurité garantissant le secret professionnel.
Le déroulement de ladite enquête a pris, depuis le début, une dimension politique. Cela semblait même être une phase de préparation d’une charte de condamnation de Damas pour, ensuite, passer à la deuxième étape qui consistera à placer la Syrie sous embargo politique et économique. Ce qui mènera, en fin de compte, à la chute du régime Assad.
Il existe une grande différence entre une enquête internationale soumise à la loi et à la transparence, et une enquête politique dont les objectifs ont déjà été soulignés. Dans ce cadre, le rapport Mehlis n’a pas cessé de susciter des doutes et des accusations de plusieurs parties, principalement palestiniennes. L’enquête s’est basée sur des informations et des déclarations provenant des pires ennemis du régime syrien, ce qui n’est pas juste.
Peut-être que ce rapport contient des informations vraies et confirmées, peut-être même des fautes graves commises par les services de sécurité libanais et syriens, mais cela ne suffit pas pour accuser ces services. De même, l’intervention du secrétaire de l’ONU en supprimant des noms, tel celui de Maher Assad, sur la liste, peut occasionner plusieurs interprétations. La première est celle de permettre aux États-uniens et aux occidentaux de mettre plus de pression sur Bachar pour le mettre à l’écart pacifiquement. Ou d’accorder plus de temps à l’Égypte pour convaincre El Assad d’adopter, sans condition, l’agenda états-unien. Sinon, enfin, de permettre à l’envoyé onusien Larson d’introduire ses nouvelles suggestions pour mettre en œuvre la résolution 1559.
Le jeu est dangereux et des conséquences effrayantes sont à prévoir.

« L’embarras de la Syrie »
Auteur
Abdel Bari Atouan

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Abdel Bari Atouan a occupé le poste de rédacteur en chef du journal Asharq Alaousat (1984-1988) avant de devenir le rédacteur en chef du journal palestinien Al qods Al arabi, publié à Londres. Il est connu par sa position en faveur des pays arabes qu’il ne cesse pas de défendre publiquement lors de ses interviews sur des chaînes telles que CNN, la BBC... etc.
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Source
Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « المأزق السوري الأخطر », par َAbdel Bari Atouan, Alquds al-Arabi , 22 octobre 2005.
Résumé L’embarras dans lequel se trouve le régime syrien, suite aux accusations de Mehlis, nécessite une gestion stratégique raisonnable et bien précise pour éviter les possibles sanctions.
La Syrie a le choix entre deux options face au rapport Mehlis. Le premier est celui de Saddam, c’est-à-dire le refus de collaborer efficacement avec l’ONU et Mehlis. Donc, ne pas livrer les sept suspects dont les noms figurent dans le rapport. Quant à la deuxième alternative, il s’agit de celle de Kadhafi. Autrement dit, la soumission inconditionnée aux pressions états-uniennes traduite par la livraison de tous les accusés, le démantèlement des programmes nucléaires et chimiques, la collaboration illimitée avec les services et les politiques états-uniennes et le changement radical des politiques du régime et ses orientations.
Le problème c’est que le cas de la Syrie, avec son emplacement géographique et ses hauts responsables accusés dans le rapport, ne ressemble guère à celui de la Libye. L’administration Bush profitera sans doute du rapport pour sanctionner le régime El Assad. Surtout que ce dernier refuse toujours de servir les intérêts états-uniens dans la région, alors que les néo-conservateurs exigent une totale docilité des dirigeants arabes. Le président syrien se trouvera seul en face de pressions états-uniennes. Ses amis et ceux de son père vont l’abandonner en se soumettant aux ordres états-uniens qui leur garantissent leur maintien au pouvoir.
La lecture du rapport Mehlis permet de tirer trois conclusions principales. La première concerne Ghazi Kanan, dont le nom ne figure pas sur la liste des accusés. Cette absence rend douteuse l’hypothèse d’un suicide, et donne plus de crédibilité aux versions parlant d’un probable assassinat l’empêchant de prendre le pouvoir et de représenter l’administration états-unienne après la chute du régime à Damas. La deuxième conclusion confirme qu’aucun dirigeant arabe ne possède un statut supérieur aux autres. Le rapport Mehlis a montré que tous les appels téléphoniques du président Lahoud et les autres hauts responsables libanais sont enregistrés quelque part à Washington ou à Tel-Aviv. La troisième et dernière conclusion concerne les tentatives d’impliquer, directement ou indirectement, des responsables palestiniens dans l’assassinat d’Hariri. Ce qui servira, dans le futur, pour un usage politique au Liban et en Syrie.
Collaborer ou pas avec Mehlis ne changera pas grande chose. D’ailleurs, l’expérience irakienne et libyenne nous a enseigné où commence et où finissent les demandes états-uniennes. C’est-à-dire, l’humiliation et la perte de la dignité nationale et personnelle. Néanmoins, compter sur les interventions de la Russie ou la Chine pour empêcher les sanctions à l’ONU n’est pas une chose garantie. Pour une simple raison, c’est que les Arabes ne méritent plus ni crédibilité ni respect.

« Attaquer la Syrie ? Envahir l’Iran ? Au nom de quelle Constitution ? »
Auteurs
Jeremy Brecher, Brendan Smith

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Jeremy Brecher, ancien conseiller du député états-unien Bernie Sanders, est un historien du mouvement ouvrier et chercheur en sciences économiques et sociales. Il est l’auteur de nombreux livres et documentaires sur les mouvements sociaux et syndicaux, et notamment le célèbre Strike ! et Global Village or Global Pillage.
Jeremy Brecher, ancien conseiller du député états-unien Bernie Sanders, est un historien du mouvement ouvrier et chercheur en sciences économiques et sociales. Il est l’auteur de nombreux livres et documentaires sur les mouvements sociaux et syndicaux, et notamment le célèbre Strike ! et Global Village or Global Pillage.
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Brendan Smith est juriste, auteur, avec Jeremy Brecher et Jill Cutler de l’ouvrage « In the Name of Democracy : American War Crimes in Iraq and Beyond.
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Source
ZMag (États-Unis)
Référence « Attack Syria ? Invade Iran ? By what Constitution ? », par Jeremy Brecher et Brendan Smith , ZMag, 20 octobre 2005.
Résumé L’Histoire nous montre que des régimes confrontés à une situation embarrassante sur le plan militaire ont tendance à étendre le théâtre de leurs opérations. Embourbé au Vietnam, Nixon porta la guerre au Cambodge. Et les mêmes grosses ficelles qui nous ont mené en Irak sont en train d’être tirées pour l’Iran et la Syrie. Les accrochages militaires à la frontière se multiplient et le 1er octobre, une réunion à la Maison-Blanche a étudié les "options" contre la Syrie, y compris les "opérations spéciales". Les agents du gouvernement préparent déjà la machine de propagande qui justifiera une attaque.
L’administration Bush semble croire que le président des États-Unis a le pouvoir de déclarer la guerre à quiconque lui déplait sans avoir à consulter le Congrès. Lors du briefing de la secrétaire Condoleezza Rice devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, le Sénateur Chafee fit remarquer : « La résolution d’entrer en guerre avec l’Irak précise bien que toute action militaire est limitée au sol irakien. Sommes-nous d’accord sur le fait que si quoi que ce soit devait se produire sur le sol iranien ou syrien, vous devrez préalablement revenir devant le Congrès pour en obtenir l’autorisation ? » La réponse de Rice ? « Je ne vais pas tenter de circonscrire les pouvoirs du président en temps de guerre. Et vous comprendrez que le Président se réserve l’exercice de ces droits tant pour la guerre contre le terrorisme que la guerre en Irak, il garde toutes les options ouvertes".
Les articles de notre Constitution qui limitent les pouvoirs du président pour faire la guerre ont été conçus précisément pour protéger notre pays du type de guerre douteuse que l’administration Bush a mené contre l’Irak - et qu’une majorité des citoyens états-uniens considère aujourd’hui comme une erreur. La Charte des Nations Unies protège par ailleurs non seulement les pays qui pourraient être attaqués, mais aussi les populations des pays dont les leaders pourraient être tentés de passer à l’attaque. Rien ne renforcerait plus la sécurité nationale que la revalorisation de ces garde-fous contre l’aventurisme militaire. Le Congrès et le Peuple des États-Unis doivent clairement faire entendre au président que toute action militaire menée sans l’accord explicite des députés de ce pays, ainsi que celui de l’ONU, n’est pas une "option".
Comme le dit le président lui-même à la fin du film Fahrenheit 911 : « Si tu m’escroques une fois, honte sur toi ; si tu m’escroques une deuxième fois, honte sur moi ! » Nous avons permis à Bush de nous escroquer une première fois pour nous mener en Irak. Honte sur nous si nous lui permettons de le faire une deuxième fois pour la Syrie, l’Iran, ou n’importe où ailleurs !

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