Quel impact aurait la capture de Ben Laden sur la campagne des États-Unis contre le terrorisme ? Depuis le 11 septembre 2001, la plupart des dirigeants fondateurs de cette organisation ont été capturés ou tués. Les deux principaux dirigeants restants, Ben Laden et al-Zawahiri, le seront tôt ou tard. La fin de ces assassins terroristes sera un symbole. Les Américains ressentiront un soulagement et un sentiment de justice. Cependant, la perte de ces deux dirigeants signifierait peu de choses pour Al Qaïda.
Il ne faut pas imaginer ce groupe comme une structure hiérarchique comparable au Komintern, mais comme un rassemblement de groupes divers, parfois liés directement. Il s’agit plus d’un sentiment d’appartenance au mouvement jihadiste, sans commandement central. La plupart des jihadistes vont vouloir vous faire croire qu’ils ont vaincu l’URSS avec Ben Laden en Afghanistan, mais la plupart des pirates de l’air du 11 septembre n’avaient pas 15 ans quand l’occupation soviétique a pris fin.
A l’origine, Al Qaïda n’était qu’un regroupement de 300 extrémistes islamiques autour de Ben Laden. Si certains sont restés avec lui, beaucoup sont partis en emportant son message. C’est pourquoi même si Ben Laden et Zawahiri sont arrêtés ou tués, la guerre au terrorisme ne prendra pas fin. C’est un mouvement idéologique qu’il faut vaincre et Ben Laden est son Che Guevara. Comme pour le communiste latino-américain, sa mort ne mettra pas fin à l’islamisme. Raison de plus pour éviter d’en faire un martyr et essayer de le capturer vivant.

Source
International Herald Tribune (France)
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« Bin Laden’s capture would not stop Al Qaeda », par Milt Bearden, international Herald Tribune, 27 mars 2004.