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Tribunes et décryptages - 25 novembre 2005
Après avoir été « pacifiste », Sharon est « centriste »

Décryptage

Il y a un peu plus d’un an, le 11 novembre 2004, le président Yasser Arafat mourrait dans un hôpital parisien. Aujourd’hui, les rumeurs puis la confirmation d’élections israéliennes anticipées et les commémorations de l’assassinat d’Isaac Rabin, vides de sens vu ce qu’on a fait de son héritage politique, ont presque totalement occulté les commémorations de sa disparition, toujours largement entourée de mystère. Si Rabin continue à être présenté comme un martyr de la paix dans la presse mainstream, ce n’est pas le cas de Yasser Arafat, décrit comme un obstacle à une résolution du conflit.
L’ancienne représentante de l’OLP au Royaume-Uni, Karma Nabulsi, s’insurge contre ce mythe dans The Guardian. Une représentation négative du vieux dirigeant palestinien, présenté comme un obstacle à la paix, a obstrué l’image médiatique sur le conflit israélo-palestinien. Yasser Arafat a été diabolisé, présenté comme la principale entrave à la paix et ce mythe a servi de justification à la perpétuation de la domination coloniale dans les territoires occupés. Aujourd’hui, Mme Nabulsi demande qu’on détruise ce mythe et qu’on regarde la réalité en face.

Contrairement aux souhaits de l’auteur, non seulement ce mythe perdure, mais il est renforcé par un autre, plus ahurissant encore : celui d’un Mahmoud Abbas peinant à lutter contre les extrémistes palestiniens pour parvenir à la paix et celui d’un Ariel Sharon rassembleur centriste israélien en lutte contre son extrême droite. Au prétexte qu’Ariel Sharon a effectivement abandonné partiellement le rêve du Grand Israël, la presse occidentale, frappée d’amnésie, oublie son passé de commandant d’un commando d’assassin, son rôle dans le massacre de Sabra et Chatilla et sa provocation ayant déclenché la seconde Intifada. Convaincus que l’homme est un pragmatique ou un « De Gaulle israélien », les médias ne voient pas l’extension des colonies en Cisjordanie et les bombardements de populations civiles à Gaza. Le Premier ministre et ses conseillers revendiquent eux-mêmes l’utilisation du retrait de Gaza pour maintenir une emprise sur la Cisjordanie et attisent régulièrement le racisme anti-arabe mais, de cela, la presse conformiste ne tient pas compte.
La création d’un nouveau parti (Kadima), scission du Likoud, par Ariel Sharon est donc présentée par les médias atlantistes comme la formation d’un rassemblement centriste à mi-chemin entre les « extrémistes » du Likoud et les « populistes » du parti travailliste ayant rejeté la stratégie de Shimon Peres.

Les analystes sionistes de la vie politique israélienne vont bien évidemment dans le même sens. Ainsi, Barry Rubin, directeur du Centre GLORIA de l’université interdisciplinaire d’Israël se réjouit de la création du Kadima dans une tribune diffusée par Project Syndicate. À l’heure où nous écrivons ces lignes, « seuls » The Australian (Australie), le Taipei Times (Taiwan), et le Daily Star (Liban et diffusion au Proche-Orient) ont repris ce texte, mais une prochaine diffusion plus large est à anticiper. Pour l’auteur, le nouveau parti remplit un vide dans la vie politique israélienne, il va incarner le nouveau consensus national : le rejet de toute négociation avec les Palestiniens accompagné de retraits territoriaux ponctuels et unilatéraux. Il prédit une grande victoire de Sharon lors des prochaines élections.
Son homologue du BESA Center, Shmuel Sandler, se montre moins affirmatif dans le Jerusalem Post en ce qui concerne la victoire finale du général Sharon. Il estime que malgré les déclarations d’Ariel Sharon, le système politique israélien ne sera pas bouleversé par la naissance d’un nouveau parti, pour cela il faudrait changer les mentalités. Par contre, il pense que cette formation va occuper un espace entre le parti travailliste et le Likoud et qu’elle deviendra le centre de gravité de la vie politique israélienne, incarnation d’un consensus national tournant le dos au projet de Grand Israël et au processus d’Oslo. il prédit donc au nouveau parti non pas une victoire écrasante mais un destin comparable à celui de la démocratie chrétienne italienne de l’après-guerre avec une position hégémonique dans toutes les coalitions de gouvernement.

Côté arabe, on n’est pas dupe de la nature d’Ariel Sharon et on anticipe les prochaines agressions qu’il organisera. L’écrivain libanais et journaliste d’Al Watan, Zouhair Madjed, estime que Sharon va préparer l’élection en attaquant le Hezbollah et la Syrie. Il s’agit de deux cibles contre lesquelles on a mobilisé l’opinion internationale. Cela permettra d’affaiblir l’Iran et, surtout, cela créera un consensus national autour de son nouveau parti.

Face à l’impressionnante campagne de promotion d’Ariel Sharon, ses adversaires à gauche ne peuvent se raccrocher qu’à un mince espoir : la victoire d’Amir Peretz à la tête du parti travailliste contre Shimon Peres.
Le nouveau dirigeant travailliste affiche d’ailleurs ses convictions pacifistes dans une interview qu’il accorde au LabourStart. Amir Peretz affirme que le problème israélien n’est pas celui de ses frontières, mais le principe même de l’occupation. Quand un peuple en occupe un autre, il crée un climat de violence et de corruption incompatible avec l’exercice normal d’une démocratie. Il estime donc que la fin de l’occupation est nécessaire pour l’identité même d’Israël, un argument classique de la gauche israélienne.
Le politologue palestinien Saleh Abdul Jawad place tous ses espoirs en Amir Peretz dans le Daily Star. Dans une tribune empreinte de tristesse, l’auteur constate, comme Karma Nabulsi, que le mythe d’un Arafat adversaire de la paix est éventé par les faits eux-mêmes, mais se désole que rien ne change. Les Palestiniens ont fait la preuve que les blocages ne venaient pas d’eux, dès lors, l’auteur espère un partenaire pour la paix côté israélien et souhaite la victoire de Peretz lors de la prochaine élection. L’éditorialiste israélien de gauche et adversaire de l’occupation, Gideon Levy, (récent participant à la conférence Axis for Peace 2005)présente lui aussi Peretz comme un homme providentiel dans sa chronique d’Ha’aretz. Par contre, il ne croit pas du tout à son élection. Pour lui, les adversaires de Peretz sont trop nombreux : La classe fortunée ne veut pas de ses politiques sociales, les militaires ne veulent pas d’un civil et ses origines marocaines le livre au racisme rampant de la société israélienne.

Mais Amir Peretz est-il vraiment l’homme providentiel que certains voudraient voir en lui ? Autre éditorialiste d’Ha’aretz, Akiva Eldar apporte lui aussi son soutien à Peretz mais ne décrit pas le même homme que Gideon Levy. Si ce dernier assurait que Peretz était un homme capable de respecter les droits des Arabes d’Israël/Palestine, M. Eldar se réjouit plutôt que Peretz soit un « pacifiste » à poigne qui refusera le retour des réfugiés, gardera Jérusalem et ne fera que quelques modifications au tracés du Mur d’annexion en Cisjordanie.
Ce type de remarques émanant de partisans d’Amir Peretz fait douter Graham Usher, correspondant de The Economist dans la région, des vertus du nouveau dirigeant travailliste. Dans Al-Ahram, il s’interroge : Que peut-on attendre de plus de Peretz qui n’a pas déjà été promis par d’autres avant lui et qui n’a pas été appliqué une fois l’arrivée au gouvernement effectuée ? Pessimiste, le journaliste estime qu’on ne le saura pas, Peretz n’ayant quasiment aucune chance d’être élu selon lui.

Réseau Voltaire




25 novembre 2005

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Paris (France)

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Pays
 Palestine/Israël

Thèmes
 Résistance en Palestine

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« On voit désormais que l’obstacle Arafat était un mythe »

Auteur Karma Nabulsi
Karma Nabulsi est chercheuse au Nuffield College d’Oxford. Elle est ancienne représentante de l’OLP et elle a participé aux négociations de paix de 1991-1993.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « Arafat the obstacle has been exposed as a myth », par Karma Nabulsi, The Guardian, 15 novembre 2005.

Résumé Un an après sa mort, le mythe Arafat perdure et continue d’influencer le présent. En Occident, ce mythe est presque totalement négatif. Il a été construit par la presse, les élites politiques et les cercles diplomatiques. On voit bien en quoi Israël avait intérêt à ternir la réputation de son ennemi, mais pourquoi cette image a-t-elle été si bien acceptée ailleurs ?
C’est que les mythes sont des justifications de ce qu’on fait, mais aussi de ce qu’on ne fait pas. Après l’échec de Camp David, Clinton a pris à son compte le mythe d’un Arafat obstacle à la paix pour rester dans l’histoire comme un président ayant tenté de parvenir à la paix et pour aider Ehud Barak. En fait, en validant ce mythe, il n’a permis que l’émergence d’Ariel Sharon. En effet, l’opinion publique israélienne a vu Sharon comme le seul homme capable d’affronter le monstre mythique qu’était devenu Arafat. C’est grâce à ce mythe qu’on enferma dans son QG et qu’on laissa mourir à petit feu le seul dirigeant arabe démocratiquement élu. Le mythe a permis cela.
Aujourd’hui, un an après sa mort, on peut constater qu’il n’était pas l’obstacle qu’on a voulu décrire. Les politiques israéliennes n’ont pas changé et c’est cela qui fait obstacle à la paix. Il faut détruire le mythe négatif pour faire éclater la vérité : celle d’un peuple colonisé et appauvri par une occupation militaire.

« Le centrisme de Sharon est le probable vainqueur du tremblement de terre israélien »

Auteur Barry Rubin

 Barry Rubin est le directeur du Centre Global Research in International Affairs (GLORIA) de l’université interdisciplinaire d’Israël. Il est rédacteur en chef de la Middle East Review of International Affairs et l’auteur de The Long War for Freedom : The Arab Struggle for Democracy in the Middle East.

Sources Daily Star (Liban), Taipei Times (Taïwan), The Australian (Australie)
Référence « Sharon’s centrism the likely winner of Israel’s shake-up », par Barry Rubin, The Australian, 23 novembre 2005.
« Israel’s political earthquake, Taipei Times, 23 novembre 2005.
« Israel is on the verge of a political earthquake », Daily Star, 24 novembre 2005.

Résumé La vie politique israélienne va connaître le plus formidable changement depuis 30 ans du fait du réalignement des partis et des hommes politiques israéliens. Il est important de comprendre ce qu’en seront les implications pour le futur d’Israël, de la région et des relations israélo-arabes.
Le système politique israélien est en train de vivre la fin de sa deuxième ère. La première a été la période 1948-1977, avec l’hégémonie du parti travailliste. Progressivement, un espace à droite et au centre a été laissé libre et le Likoud s’est formé, ouvrant une seconde ère durant laquelle les deux partis se sont disputés le leadership en Israël. Cette opposition est plus complexe que celle opposant faucons et colombes. En fait, le parti travailliste était optimiste sur la possibilité de trouver un jour un interlocuteur arabe avec lequel discuter, tandis que le Likoud ne l’était pas. Les accords d’Oslo en 1993 a permis de mettre ces hypothèses en pratiques.
Quand en 2000, Arafat a relancé sa guerre terroriste contre Israël, un nouveau consensus national est né. Selon cette pensée dominante, il faut qu’Israël se retire de Gaza et de la Cisjordanie pour parvenir à la paix, mais il n’est pas possible de négocier avec les Palestiniens. Ce nouveau consensus est incarnée par la politique d’Ariel Sharon qui est ferme face aux Palestiniens mais est prêt à appliquer une politique modérée. Pour cela, certains au sein du Likoud le traitent de traître, mais les travaillistes sont en déliquescence. C’est pourquoi, avec son nouveau parti, Sharon devrait gagner les élections. Il sera alors en position de force face au monde arabe.

« Déplacer la vie politique vers le centre »

Auteur Shmuel Sandler

 Shmuel Sandler est analyste politique au BESA Center et professeur d’analyses des questions démocratiques et de citoyenneté à l’université Bar-Ilan.

Source Jerusalem Post (Israël)
Référence « Moving politics to the center », par Shmuel Sandler, Jerusalem Post, 23 novembre 2005.

Résumé L’annonce lundi par Ariel Sharon de la formation d’un nouveau parti centriste est un acte courageux. Selon tous les observateurs, Sharon aurait pu mener le Likoud à une nouvelle victoire électorale, mais il a abandonné ce parti pour pouvoir suivre une politique permettant à Israël d’être davantage en sécurité.
Le Premier ministre a déclaré qu’il voulait changer le système politique israélien, mais créer un parti était il le bon moyen ? Aujourd’hui, le projet de réforme est presque aussi incertain que l’avenir politique d’Ariel Sharon. Le système politique israélien est sapé par le système des coalitions parlementaires. Il est courant que des ministres déclarent des choses à l’encontre de ce qu’à dit le Premier ministre. En outre, les Premier ministres doivent négocier au sein de leurs propres partis divisés en courants. En créant un parti qui lui est fidèle, Sharon espère disposer d’une base plus stable. Toutefois, rien n’est sûr dans ce domaine.
Sharon devrait avoir une trentaine de siège au maximum, ce qui est bien pour un nouveau parti. Il devra donc négocier pour former une nouvelle coalition et il est probable que son parti soit aussi parcouru par des tensions internes. La réforme de la vie politique israélienne ne se fera pas en un jour. Par contre, bien que beaucoup d’Israéliens sont centristes, aucun parti n’avait émergé dans ce lieu du spectre politique. Par conséquent, Sharon se positionne à un endroit stratégique. Les travaillistes et le Likoud rivaliseront avec le nouveau parti pour obtenir les voix du centre et cela renforcera le consensus national sur le rejet d’Oslo.

« Les préparations de Sharon »

Auteur Zouhair Madjed

 Zouhair Madjed est écrivain libanais et journaliste dans le quotidien saoudien Al Watan.

Source Al Watan (Koweit)
Référence « ØªØ±ØªÙŠØ¨Ø§Øª شارون  », par Zouhair Madjed, Al Watan, 23 novembre 2005.

Résumé Existe-t-il un lien entre les opérations militaires dans les fermes de Shaba, dont les acteurs sont Israël et le Hezbollah, la crise intérieure dans l’État hébreu, et enfin la réunion de préparation irakienne et ses résolutions ?
Après avoir déclaré publiquement son divorce avec le Likoud, le Premier ministre israélien a entamé la phase suivante, celle de créer son propre parti politique. La naissance de ce dernier ne devait pas donc passer inaperçue. Ainsi doit-il attaquer un front lui assurant sa suprématie et son arrogance. La cible ne pourrait être que le Hezbollah dans le sud du Liban. De même, Sharon tient toujours à jouer un rôle remarquable sur le front irakien.
Une guerre contre le Hezbollah aura sûrement des échos dans toute la région. Car la cible visée, en attaquant les militants dans le sud du Liban, est représentée par les deux acteurs principaux dans la scène régionale, à savoir l’Iran et la Syrie. Damas étant dans une position fragile, il ne manque qu’un prétexte à Sharon pour passer à l’attaque.
Le premier ministre israélien voulait, à travers une attaque inattendue des fermes de Shaba, marquer une nouvelle ère lui permettant de remettre les choses en ordre après son départ du Likoud. D’ailleurs, il ne faut surtout pas croire que Sharon se contentera de ce qu’il vient de faire. Car Israël doit accomplir sa mission, celle d’augmenter la pression, à la fois sur le Liban, la Syrie, l’Iran et l’Irak.

« Le concept de paix est devenu une idée élitiste, associé à la minorité riche »

Auteur Amir Peretz

 Ancien maire de la ville de Sderot dans le Negev et secrétaire général du syndicat Histadrout depuis dix ans, Amir Peretz a été élu à 53 ans, le 10 novembre 2005 à la présidence du Parti travailliste - contre le candidat attendu, Shimon Pérès. D’origine marocaine (il est né à Boudhar, un village de l’Atlas), Peretz s’est fait une réputation d’agitateur social et de défenseur du processus de paix. Il est membre du mouvement Shalom Ashav (La Paix Maintenant) qui manifeste contre les colonies dans les territoires occupés et fondateur de B’tselem, la principale organisation israélienne des Droits de l’homme. Entré au gouvernement de coalition avec Kadima, le parti d’Ehud Olmert, il est devenu ministre de la Défense et a donc, à ce titre, était responsable de l’agression israélienne contre le Liban.

Source LabourStart (Israël)
Référence « The concept of peace has become an elitist product  », par Amir Peretz, LabourStart, 12 juin 2005. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé La politique israélienne est unique au monde, car c’est le seul pays où les notions de "gauche" et "droite" ont été déformées par l’occupation militaire et les considérations politiciennes. Aujourd’hui un Israélien ne se dit pas de gauche ou de droite à cause de son opinion sur des points tels que la fiscalité ou les retraites, mais sur des points tels que la création d’un État palestinien ou l’accord de paix. En conséquence, nous avons une drôle de situation dans laquelle les classes inférieures et la masse des travailleurs modestes soutiennent la droite prédatrice tandis que les classes fortunées soutiennent la gauche. Non seulement ceci garantit l’échec électoral de la gauche, mais de plus cela a contribué à faire du concept de paix une idée élitiste, associée aux patrons des usines et non aux travailleurs de ces usines.
Ces dernières années le Parti Travailliste d’Israël a adopté des politiques socio-économiques d’ultra droite qui ne diffèrent pas beaucoup de celles de Benjamin Netanyahu et du Likoud. 30 % des actifs gagnent moins de 2,000 shekels par mois (400 Euros), créant une classe de travailleurs miséreux qui ne gagnent pas assez pour faire vivre une personne, et encore moins une famille entière. C’est un processus destructeur de la société qui génère la frustration et la colère ainsi que la violence et la criminalité.
Avant toute chose, l’occupation est, à mes yeux, un acte immoral. Il ne s’agit pas d’une question de frontières et de territoires, mais de morale. Je veux en finir avec l’occupation non pas à cause de la pression internationale ou palestinienne mais parce que pour moi c’est d’une importance vitale pour les intérêts de la nation israélienne.
L’occupation a cette caractéristique, même si ce n’est pas toujours sensible immédiatement, d’avoir un impact tout autant sur l’occupé que sur l’occupant. Nos enfants sont envoyés au casse-pipe avec une mission impossible — régner en maîtres sur un autre peuple. Nombreux reviennent meurtris, leur âme endommagée et cette blessure affecte toute la société israélienne. Pour moi l’occupation est l’une des principales raisons de la violence de notre société, de son déclin moral, de sa corruption. Quand une nation écrase un peuple pendant 38 ans, les normes morales de cette société deviennent corrompues.

« Amir Peretz est peut-être un rayon d’espoir pour les Palestiniens »

Auteur Saleh Abdul Jawad

 Saleh Abdul Jawad est politologue à l’université de Birzeit.

Source Daily Star (Liban)
Référence « From Amir Peretz, a possible ray of Palestinian hope », par Saleh Abdul Jawad, Daily Star, 21 novembre 2005.

Résumé Quand Yasser Arafat est mort, les Palestiniens ont éprouvé un sentiment mitigé, un mélange de peur de l’inconnu, de peine pour avoir perdu une figure paternelle et d’espoir de changement. Ce sentiment explique les réactions à la transition à la tête de l’Autorité palestinienne. Toutefois, depuis sa mort, les Palestiniens continuent d’être séparés par un mur, d’être humiliés aux checkpoints et les colonies continuent de s’étendre. Comme si cela ne suffisait pas, la pauvreté fait rage, la société palestinienne est divisée par les politiques israéliennes qui visent à la détruire et la corruption est généralisée.
Cette situation montre que la propagande d’Ariel Sharon présentant Yasser Arafat comme le principal obstacle à la paix était fausse. Mais comme cette propagande a fait long feu, le ministre de la Défense israélien Shaul Mofaz affirme désormais que c’est toute la génération actuelle des dirigeants palestiniens qui est un obstacle à la paix.
Face à ce triste tableau, il existe pourtant un nouvel espoir, un espoir inattendu : la victoire d’Amir Peretz à la tête du parti travailliste israélien. C’est un homme qui comprend la souffrance des Palestiniens et qui est conscient que les droits des travailleurs juifs et arabes ne seront appliqués qu’en temps de paix. Il faut donc espérer la victoire de Peretz lors de la prochaine élection israélienne.

« Ce n’est pas un des leurs »

Auteur Gideon Levy

 Gideon Levy est journaliste au quotidien de gauche israélien Ha’aretz. Très critique de l’occupation israélienne, il tient dans ce journal une chronique hebdomadaire des violations commises contre les Palestiniens sous le titre de « Twilight Zone ». Au fil des ans il est devenu pour la droite israélienne une icône du « gauchiste pro-palestinien » et un alibi-repoussoir pour les autres. « Comment pourrions nous ne pas être une démocratie ? Nous laissons écrire Gideon Levy ! » a coutume de dire le ministre de la Défense, Shaul Moffaz. Gideon Levy est membre de la conférence anti-impérialiste Axis for Peace organisée par le Réseau Voltaire.

Source Ha’aretz (Israel)
Référence « Not one of their own », par Gideon Levy, Ha’aretz, 23 novembre 2005.

Résumé Trois puissantes bombes - sans compter la droite et Shimon Peres, attendent d’exploser au passage d’Amir Peretz sur sa route vers le poste de Premier ministre : elles ont été placées par les deux groupes d’opinion les plus puissants du pays ainsi que par un mauvais génie. S’il trouve le moyen des les désamorcer, il atteindra les sommets, sinon il échouera.
La première bombe, bien sur, a été posée par la classe fortunée. Il est inutile de s’étendre sur la puissance de cette communauté et sur son intérêt à ne pas voir les idées sociales défendues par Peretz accéder au pouvoir. Peretz connaît bien ce groupe, il l’affronte depuis longtemps et n’a pas besoin de conseils pour savoir comment le gérer.
La deuxième bombe lui est moins familière : la communauté militaire et policière. Elle n’a pas l’habitude de recevoir d’ordres des civils et si Peretz accède au pouvoir, lui qui n’a aucun passé militaire, aucune histoire glorieuse et sanglante à son actif, il constituera une menace pour tous ceux qui ne croient qu’en la force armée, les défenseurs d’un "État Shin Bet". S’il était élu, ce serait une révolution inimaginable, l’arrivée aux affaires d’un homme qui n’a jamais entendu siffler des balles à ses oreilles, dans un pays ou le sifflement de balles est considéré comme un bruit de fond normal.
Un leader civil qui contemplerait la réalité depuis un autre point de vue que la tourelle d’un char ou le viseur d’un fusil, qui considèrerait les Palestiniens comme des êtres humains et non pas comme des "êtres recherchés par la police", qui saurait que la puissance militaire n’est pas la solution passe-partout et que la pauvreté et la fracture sociale sont tout aussi dangereuses pour le pays que le Jihad islamique… un tel homme serait, pour notre pays, providentiel.
Profondément enfouie, au beau milieu de la route, attend la troisième bombe, celle qu’il est les plus difficile de désamorcer. Peretz est un Mizrahi, un juif oriental - et du Maroc en plus ! - c’est à dire qu’il est un pue-la-sueur, un morricaud de tout en bas de l’échelle sociale. La capacité de la société israélienne à accepter un Premier ministre de cette origine, parlant cette langue, reste à prouver. Même caché dans une bouteille, le génie du racisme et des discriminations est toujours prêt à bondir dans notre pays. On fait mine de le nier, le politiquement correct le masque sous toute sorte de fanfreluches verbales, mais il est bien là.

« Replions la feuille de route »

Auteur Akiva Eldar

 Akiva Eldar est le directeur de la rédaction politique du quotidien israélien Ha’aretz et ancien conseiller politique d’Itzak Rabin.

Source Ha’aretz (Israel)
Référence « Fold up the road map », par Akiva Eldar, Ha’aretz, 11 novembre 2005.

Résumé Sharon pense que les enfants palestiniens tètent la haine d’Israël avec le lait de leur mère et qu’ils ne trouveront le repos qu’une fois le pays rayé de la carte. En conséquence, un traité de paix avec eux n’a aucune valeur et Israël n’a pas d’autre choix que de vaincre l’ennemi par la force jusqu’à ce qu’il capitule et se contente du peu qu’on lui concède.
Peretz, par contre, traite quotidiennement avec des cadres de l’OLP depuis plus de 20 ans, ayant commencé quand il était maire de Sderot et à une époque où les réunions israélo-arabes étaient l’exception. Sa femme Ahlama est médiatrice israélo-arabe professionnelle.
Chez les Peretz, on pense que les voisins ont autant à gagner de la paix et autant à perdre de l’absence de paix. Autrement dit, on considère les Arabes comme étant des êtres aussi rationnels que les juifs et qu’un chômeur du camp de Balata tout comme un chômeur de Sderot soutiendra une politique qui lui permettra de gagner sa vie, d’éduquer correctement ses enfants et qui lutte contre les éléments qui menacent sa vie et son bien-être. Pour Peretz la vie humaine est bien plus précieuse que quelques kilomètres de sable à Gaza ou quelques arpents de terre dans le Golan. Il ne cesse de dire depuis des années que l’occupation corrompt l’occupant et qu’Israël a retiré plus de dommages que d’avantages de l’occupation des territoires. S’il le pouvait, il ferait à Abbas une offre que celui-ci ne pourrait refuser et reprendrait les discussions avec la Syrie à l’endroit où Barak les a abandonnées.
Ceci dit, Peretz est loin d’être un pacifiste naïf. Il sait que le public israélien adore la clôture de séparation, qu’il est enferré sur la question d’une "Jérusalem unie" et ne craint rien de plus qu’un retour en masse des réfugiés palestiniens. En conséquence, il proposera d’ajuster le tracé de la clôture pour limiter son impact sur le quotidien des Palestiniens, pour Jérusalem il proposera une autonomie religieuse qui ne scindera pas la ville et concernant les réfugiés, il recherchera des solutions en dehors des frontières du pays, avec quelques exceptions pour tenir compte du regroupement familial.

« La percée Peretz »

Auteur Graham Usher
Graham Usher est correspondant en Palestine pour The Economist et la revue Middle East International, il est l’auteur du livre sur le processus d’Oslo : Dispatches From Palestine : The Rise and Fall of the Oslo Peace Process.

Source Al-Ahram (Égypte)
Référence « The Peretz breakthrough », par Graham Usher, Al-Ahram, 23 novembre 2005.

Résumé L’élection surprise d’Amir Peretz à la tête du parti travailliste à déjà fait honneur à la signification de son nom en hébreu : percée. Tout au long de sa campagne, Peretz a promis de revenir sur les politiques néo-libérales et unitaléralistes et de s’engager pour la justice sociale et pour la paix, y compris en faveur de cet "Israël de seconde zone" que le parti travailliste a longtemps négligé :"Nous tendons la main aux habitants des bidonvilles, aux Sépaharades, aux nouveaux arrivants et aux Arabes". Aux Arabes justement, quelle est la signification pour eux de l’élection de Peretz ?
Peretz est une des premiers adhérents du mouvement La Paix Maintenant, un membre fondateur de la principale organisation israélienne des Droits de l’homme B’tselem et signataire en 2002 de l’Accord de Genève, un accord de paix "virtuel" dans lequel Israël s’engage à restituer 98% de la Cisjordanie en échange d’un abandon du droit au retour par les Palestiniens. Lors du meeting en mémoire de Rabin, le discours de Peretz aurait pu être prononcé par Abu Mazen. "Ce n’est qu’en quittant les territoires occupés, en mettant fin à la violence qui en provient que nous mettrons également fin à la violence parmi nous. Il nous faut une feuille de route morale, une feuille de route qui mette fin à l’occupation et mène à un accord permanent concernant le statut de nos deux pays. "
Mais les Palestiniens ont une longue expérience des politiques israéliens qui promettent la paix quand ils sont dans l’opposition et prêchent la guerre une fois au gouvernement. Ils savent aussi que les chances de Peretz de remporter les prochaines élections sont faibles. Peretz est-il enfin l’interlocuteur que les Palestiniens attendent depuis longtemps ? Ou bien est il un autre de ces faux messies dans le style de Rabin, Barak et Peres ? Par contre, à travers sa victoire, Peretz a déjà prouvé une chose - et pas seulement aux Palestiniens : que Sharon n’est pas et ne sera jamais cet interlocuteur.

 



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