« L’indiscutable crise du libéralisme russe et les moyens pour la résoudre »
Auteur
Mikhail Khodorkovsky

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Mikhail Khodorkovsky est ancien PDG de Yukos et son principal actionnaire. Anciennement considéré comme l’un des plus puissants oligarques russes et l’un des vingt hommes les plus riches du monde selon le magazine Forbes, il est aujourd’hui en prison pour fraude et en attente de jugement. Il est toujours formellement membre du Carlyle Group. Il est ancien administrateur de l’International Crisis Group.
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Source
Moscow Times (Fédération de Russie)
Référence « The Indisputable Crisis of Russian Liberalism », 31 mars 2004.
« Liberalism in Crisis : What Is to Be Done ? », 1er avril 2004.
Par Mikhail Khodorkovsky, Moscow Times.
Résumé Il y a peu de doute que le libéralisme russe est en crise. Pourtant si on m’avait dit il y a un an que ni le parti Yabloko, ni le Parti des forces de droite, ne parviendraient à franchir la barre des 5 % aux élections à la Douma, je ne l’aurais pas cru. Officiellement, deux candidats libéraux se sont présentés à l’élection présidentielle, mais aucun n’était crédible.
Nous sommes en train d’assister à une capitulation des libéraux. Les termes « liberté d’expression », « liberté de pensée » et « liberté de conscience » sont devenus des clichés vides de sens. Plus personne ne s’intéresse au sort de ces partis, leur projet de fusion ne suscite pas de réaction non plus, et le « Comité 2008 », censé devenir la conscience du libéralisme russe, admet son impuissance. Pendant ce temps, les partis nationalistes revanchards prospèrent et, en comparaison, Vladimir Poutine apparaît comme un libéral.
On ne peut pas se résoudre cependant à la mort du libéralisme russe et la soif de liberté demeure en chaque homme. Si les partis libéraux se sont effondrés, c’est parce que, contrairement aux précédentes élections, le gouvernement ne les a plus soutenu. Le gros problème des libéraux et qu’ils n’ont pas assez tenu compte des problèmes du pays dans leur projet et qu’ils n’ont pas voulu dire la vérité à la population sur les difficultés qu’allaient engendrer les privatisations. De plus, ils ont mal géré la crise de 1998 et vécu dans un luxe ostentatoire qui a achevé de les discréditer. Certains ont, en plus, décrédibilisé le discours libéral en soutenant la liberté d’expression tout en tentant de prendre le contrôle des médias.
Le monde des affaires, en soutenant les politiciens libéraux, s’est rendu complice de leur mensonge et cela nous a nuit. Nous avons été qualifiés « d’oligarques » alors que nous étions à la merci de la bureaucratie et nous étions accusés de tous les maux du pays alors que nous avons créé deux millions d’emplois bien rémunérés. Quoi que nous fassions, nous ne pouvions pas améliorer notre image car nous étions associé au « parti de la tromperie ».
C’est une erreur commune de croire que le monde des affaires est forcément partisans des réformes libérales. Le monde des affaires veut avant tout gagner de l’argent. Il est plus facile pour lui de le faire en discutant avec des autorités autocratiques qu’avec des dirigeants soumis aux contrôles d’institutions civiques. Le monde des affaires trouvera toujours des moyens de faire de l’argent avec quelque régime que ce soit, quelle que soit sa nationalité. Pour ma part, j’aime la Russie, qui est ma patrie, et j’ai compris trop tard qu’il fallait que je m’investisse dans la philanthropie pour l’aider. C’est lors de cette prise de conscience que je me suis éloigné du monde des affaires.
Aujourd’hui, que doivent faire les libéraux ? :
 Nous devons élaborer une nouvelle stratégie d’interaction avec l’État.
 Il faut chercher ce qui est bon pour la Russie et pas forcément ce qui est bon pour l’Occident.
 Il faut cesser de contester la légitimité de Poutine. Qu’on l’aime ou pas, il est président.
 Il faut cesser de mentir à nos concitoyens sur les conséquences économiques des actions entreprises.
 Il faut cesser de regarder au niveau mondial et reconnaître que le projet libéral doit avant tout fonctionner dans un contexte national.
 Il faut légitimer les privatisations en en faisant profiter toute la population en réformant les systèmes de taxation sur les bénéfices qui en sont retirés.
 Il faut créer de nouvelles institutions sociales.

« Moins de carottes, plus de bâtons »
Auteur
Mohamed el-Ghanam
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Mohamed el-Ghanam a été colonel dans la police égyptienne et ministre de l’Intérieur égyptien jusqu’en 1999. Chargé de la formation de la police aux techniques anti-terroristes, il est aujourd’hui retraité et vit réfugié en Suisse.
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Source
International Herald Tribune (France)
Référence « Fewer carrots, more sticks », par Mohamed el-Ghanam, International Herald Tribune, 1er avril 2004.
Résumé En tant que citoyen égyptien et ancien ministre de l’Intérieur, je voudrais faire quelques remarques sur le projet états-unien de « Grand Moyen-Orient » qui vise à instaurer la démocratie dans les États arabes.
Je pense, comme les États-Unis, que les dictatures et la corruption dans le monde arabe sont la cause du terrorisme et que, par conséquent, les dictatures arabes sont la vraie cause du 11 septembre. La politique états-unienne de soutien à ces dictatures a échoué. Le projet américain pour établir la démocratie ne sont pas des ingérences injustifiées dans les affaires intérieures arabes car la torture, les emprisonnements abusifs, les assassinats et les confiscations de biens sont des crimes contre l’humanité qui réclament une réaction de la communauté internationale. Ces abus sont aussi importants que le problème palestinien dans l’émergence du terrorisme. Les dirigeants arabes ont trop longtemps utilisé la cause palestinienne pour continuer à dominer leur peuple.
Quelques dictatures arabes, dont la Syrie et l’Égypte, ont proposées des mesures de réforme alternative limitées pour répondre au projet états-unien, mais leurs projets ne sont pas acceptables car les dirigeants arabes qui sont une partie du problème ne peuvent pas être une partie de la solution. Il est temps de soutenir les dissidents arabes qui vivent en Europe et aux États-Unis pour faire pression sur les pays arabes et les obliger à accepter la démocratie. Pour ne pas prêter le flanc aux critiques conspirationistes, les États-Unis doivent respecter l’islam et travailler avec les forces musulmanes modérées. Dans la politique de la carotte et du bâton, les États-Unis doivent privilégier le bâton car ils ont pu constater avec Hosni Moubarak que donner beaucoup aux dictateurs ne servait à rien.

« Kosovo : vite, le pouvoir aux Albanais ! »
Auteur
François Crémieux
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François Crémieux, ancien directeur de l’hôpital de Mitrovica au Kosovo et casque bleu français, est directeur adjoint de l’hôpital Louis Mourier de Colombes (Hauts-de-Seine).
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Source
Le Monde (France)
Référence « Kosovo : vite, le pouvoir aux Albanais ! », par François Crémieux, Le Monde, 1er avril 2004.
Résumé L’un des paradoxes de la crise kosovare est que plus la communauté internationale tardera à transférer la souveraineté aux Albanais, plus les minorités serbes seront en danger dans la province. Les évènements récents démontrent en effet la fragilité des systèmes mis en place par l’ONU et la communauté européenne. À partir d’une bête guerre des boutons entre enfants albanais et serbes, on est arrivé à des émeutes au bilan tragique.
La haine entre communautés existe bien, mais si les manifestations silencieuses du jour ont dégénéré en émeute, c’est que certains sont désireux d’en découdre : des « héros de l’après-guerre » qui veulent, par la violence, obtenir le respect de leur village et des filles. Ces jeunes serbes et albanais agissent ainsi car ils n’ont plus d’espoir dans un présent dans lequel ils considèrent que les forces de l’ONU n’apportent rien et dont ils jugent la présence illégitime.
Il faut donner le pouvoir à des Albanais ultra majoritaires dans le pays pour clarifier l’avenir de tous. C’est ce que Bernard Kouchner avait commencé à faire, les Serbes acceptant progressivement la situation, mais ce processus est aujourd’hui gelé. Il faut le reprendre sous peine de servir les intérêts des extrémistes serbes et albanais. Il faut soutenir le Premier ministre kosovar Bajram Rexhepi, homme modéré prônant la coexistence et la réconciliation.

« Les Balkans occidentaux revisités au Kosovo »
Auteur
Borut Grgic
Source
Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence « Western Balkans revisited in Kosovo », par Borut Grgic, Gulf News, 1er avril 2004.
Résumé Compte tenu des récentes violences au Kosovo, il faut repenser la politique de l’Europe occidentale dans les Balkans. Alors que la Bulgarie et la Roumanie vont adhérer en 2007 et alors que l’adhésion de la Turquie sera débattue en décembre, l’avenir des Balkans reste coincé entre l’instabilité interne et un engagement équivoque de l’Union européenne.
Il y a aujourd’hui trois stratégies en route dans l’Union européenne : celle de la Commission européenne travaillant à une éventuelle adhésion de ces pays, celle des pays de l’Union européenne qui souhaitent leur adhésion et celle des pays sceptiques devant l’élargissement. De leur côté, les dirigeants des pays des Balkans restent dans l’incertitude sur leur avenir alors que leur population a perdu ses illusions sur l’Union européenne. La jeunesse émigre, le nombre de retraités augmente, le taux de natalité diminue (hormis celui des Albanais) et la situation économique est mauvaise.
Il est nécessaire de changer d’approche et de coller au plus près à la réalité des différents pays de la région. Affirmer mener une politique régionale n’a pas de sens car si la Macédoine et, surtout, la Croatie se portent bien (Zagreb pourrait même bientôt prétendre à une adhésion à l’Union européenne), la Serbie, le Monténégro et le Kosovo n’ont toujours pas réglé leurs problèmes territoriaux et cette incertitude mine les résultats économiques. La Bosnie et le Kosovo dépendant des institutions internationales et il est crucial de renforcer les institutions locales. L’Albanie enfin a une dette énorme et un gouvernement qui ne contrôle que le centre du pays, le reste étant laissé au crime organisé. Il faut traiter différemment chaque pays et ne plus voir la région comme un tout. Nous devons concevoir un élargissement progressif en fonction des possibilités de chacun.

« La société civile religieuse est l’antidote à l’anarchie en Irak et en Afghanistan »
Auteur
Amitai Etzioni

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Amitai Etzioni est professeur de sociologie à la George Washington University. Il est l’auteur de The Limits of Privacy. Il a été membre de la Task Force on National Security in the Information Age, groupe financé par la Markle Foundation, qui regroupait les principales sociétés de hautes technologies et des représentants des agences de renseignement des États-Unis.
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Source
Christian Science Monitor (États-Unis)
Référence « Religious civil society is antidote to anarchy in Iraq and Afghanistan », par Amitai Etzioni, Christian Science Monitior, 1er avril 2004.
Résumé Quand des pays comme l’Afghanistan et l’Irak sont libérés d’une dictature ou quand des régimes, comme celui de l’URSS, implosent, on assiste à un fort accroissement des comportements antisociaux : crimes, consommation de drogues, sida, alcoolisme, abandon des enfants, etc. Les États-Unis et leurs alliés ont tendance à considérer que c’est le prix à payer pour l’apprentissage de la liberté et à négliger le côté sombre des débuts de la démocratisation. Malheureusement, ces troubles sont si importants que certains citoyens en viennent à regretter l’ordre qui existait sous la tyrannie.
La Russie est un bon exemple de cette tendance avec une explosion du nombre de crimes, de toxicomanes ou de suicides en dix ans et l’Afghanistan et l’Irak suivent la même voie. Pourtant, les pays occidentaux se contentent, face à cette situation, d’accroître les forces de police. Il est vrai qu’elles doivent jouer un rôle, mais il faut surtout reconstruire un ordre qui refreine les comportements déviants et antisociaux.
Avec le temps, les sociétés libérés peuvent intégrer de nouveaux codes moraux et méthode de contrôle social, mais sur le court terme, il faut construire cet ordre sur ce qui est déjà en place. Il faut donc nous appuyer sur les musulmans modérés, ce que les réformateurs iraniens appellent « la société civile religieuse ». Nous ne devons pas tenter d’imposer la séparation de l’Église et de l’État. Il faut s’appuyer sur les institutions religieuses et tribales dans un premier temps, puis les évolutions liées au développement économique feront changer les choses d’elles-mêmes.

« Vers la pétro-apocalypse »
Auteur
Yves Cochet

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Ancien ministre français de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement du gouvernement de Lionel Jospin(2001-2002), Yves Cochet est député (Vert) de Paris.
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Source
Le Monde (France)
Référence « Vers la pétro-apocalypse », par Yves Cochet, Le Monde, 1er avril 2004.
Résumé Dans quelques années, la production mondiale de pétrole déclinera tandis que la demande ne cessera de croître. Cette famine pétrolière provoquera un choc inévitable que nous pouvons seulement espérer amortir à condition que cette échéance devienne le repère unique d’une mobilisation générale de nos sociétés. Suivant la méthode d’analyse du géologue américain King Hubbert, qui avait permis de prévoir le pic de production pétrolière domestique américain en 1970, on peut estimer que le pic de production du « triangle noir », Irak-Iran-Arabie saoudite sera atteint autour de 2010.
Les premiers secteurs touchés seront l’aviation et l’agriculture intensive, puis le reste de l’économie suivra. Cela conduira à une récession générale. L’aveuglement des politiques et le panurgisme paniqué des marchés peut nous faire craindre le pire. Cette prophétie certaine est universellement ignorée ou sous-estimée. Il faut que l’ONU convienne aujourd’hui d’un accord fondé sur les objectifs de garantie, pour les pays pauvres, d’importer encore un peu de pétrole ; d’interdiction de tirer profit de la pénurie pétrolière ; d’incitation aux économies d’énergie ; de stimulation des énergies renouvelables.
Cette priorité disconviendra aux économistes et aux politiques, notamment américains. Les gouvernements successifs des États-Unis n’ont jamais remis en cause le mode de vie américain. Depuis le premier choc pétrolier de 1973-1974, toutes les interventions militaires américaines peuvent être analysées à la lumière de la crainte du manque de pétrole bon marché. Depuis cette période, les États occidentaux ont tenté de reprendre le contrôle du pétrole et de conjurer ainsi le spectre de la pénurie plutôt que de limiter la dépendance. Peu importaient les morts des guerres successives, leurs coûts ou les budgets d’armement. Cela a conduit à la Guerre Irak-Iran, puis aux Guerres d’Irak. Les guerres des Balkans trouvent également leur source et leur résolution dans la volonté américaine d’éloigner les Russes des routes de transport du pétrole de la Mer noire et de la Caspienne vers les ports de l’Adriatique. La géopolitique du pétrole autorise tous les pactes avec tous les diables islamistes et le projet de « Grand Moyen-Orient » n’est rien d’autre que la tentative de poser définitivement la main sur les robinets pétroliers de la région.
Les pays occidentaux continuent de croire à un pétrole inépuisable. Les puits vont s’épuiser et il n’y a pas d’énergie de substitution comparable. La seule voie est la sobriété énergétique.

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