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Tribunes et décryptages - 30 novembre 2005
Barcelone : chronique d’un échec annoncé

Décryptage

Le sommet euro-méditerranéen de Barcelone des 27 et 28 novembre 2005 a été un fiasco. Censé renouveler le partenariat entre les pays méditerranéens et les 25 pays de l’Union européenne, ce sommet sous présidence britannique, qui a vu les absences de nombreux chefs d’État arabe, n’est pas parvenu à un document final et n’a abouti qu’à une déclaration de principe condamnant le terrorisme. Ce sommet vient illustrer une fois de plus l’incapacité de l’Union européenne à avoir une politique étrangère commune cohérente. Il faut toutefois reconnaître que le partenariat euro-méditerranéen a été gravement mis à mal durant ces dix dernières années par le conflit israélo-arabe. En 1995, l’Europe, grisée par la signature deux ans plus tôt des accords d’Oslo pensait pouvoir disposer d’une politique unique vis-à-vis de l’ensemble des pays méditerranéens et construire un marché commun dans toute la région sur le long terme. Cet objectif a perdu très vite toute actualité et seules les relations bilatérales entre États européens ou Union européenne et États méditerranéens prévalent.

Toutefois, les responsables européens n’avaient pas été avares d’articles vantant le partenariat euro-méditerranéen juste avant et pendant le sommet. Ainsi Javier Solana, José Manuel Barroso, Tony Blair et José Luis Zapatero ont publié des argumentaires assez similaires louant les grandes réalisations du processus de Barcelone et appelant à une accélération des réformes dans les pays du Sud de la Méditerranée.
Pour le haut représentant de l’Union européenne pour la Politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana, (qui était ministre des Affaires étrangères espagnol lors du premier sommet) est le premier à se prêter à l’exercice dans le quotidien des élites de gauche israélienne Ha’artez. Il assure que le processus de Barcelone est un facteur de réforme pour les pays du Sud et le meilleur moyen pour lutter contre les maux modernes que sont le trafic d’être humain et le terrorisme. Il affirme également que l’Europe peut soutenir le processus de paix israélo-palestinien via le processus de Barcelone en aidant les Palestiniens à réformer l’Autorité palestinienne.
Dans une tribune largement diffusée et publiée dans Le Figaro, le Daily Star et le Jerusalem Post, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, milite pour la démocratisation des pays du Sud de la Méditerranée via le processus de Barcelone. D’ici 2007, il annonce la création d’un programme aidant les États qui se démocratiseront. Il ne précise pas toutefois quels sont les facteurs qui permettront de juger si les réformes « démocratiques » sont cosmétiques ou réelles et si des actions servant les intérêts occidentaux seront perçues comme des réformes « démocratiques ». L’auteur se déclare également favorable à une ouverture des marchés du Sud de la Méditerranée et la création d’un « marché commun » proche oriental.
Enfin, dans El Pais, le Premier ministre britannique et président de l’Union européenne, Tony Blair, et le président du gouvernement espagnol, accueillant le sommet, José Luis Zapatero, louent eux aussi le dialogue euro-méditerranéen. Mettant en avant les difficultés des pays du Sud, ils affirment que l’Union européenne peut les aider à améliorer leur gouvernance. Les deux Premiers ministres sociaux-démocrates affichent également leur confiance en la capacité de l’Union européenne à soutenir la paix entre Israéliens et Palestiniens en finançant la réforme de l’Autorité palestinienne.

Bref, dans ces trois textes, le discours est à peu près le même : les pays méditerranéens ont des problèmes (mauvaise gouvernance économique, non-respect des Droits de l’homme et des principes démocratiques) et constituent des périls pour les pays européens (immigration, terrorisme et crime organisé). La conclusion est claire : il faut les assister en les réformant par des incitations financières qui ne seront accordées qu’en accompagnement d’une ouverture des marchés aux économies européennes. Bien que le mot partenariat soit martelé, ce n’est pas de ça dont il s’agit. Le discours est paternaliste jusqu’à la caricature puisque les pays du Sud sont présentés exclusivement sous l’angle de leurs problèmes et de leur incapacité à les résoudre et les États européens comme des pays que ces difficultés menacent mais qui sont prêts à aider les pauvres États du Sud par générosité. À aucun moment les auteurs n’assument que le sommet de Barcelone de 1995 conditionnaient l’ouverture du marché européen sur le long terme aux économies du Sud de la Méditerranée à leur ouverture préalable aux exportations européennes.
Les auteurs s’accordent également sur la responsabilité du conflit israélo-palestinien dans les difficultés rencontrées dans les discussions euro-méditerranéenne. Ils sont également tous d’accord pour reprendre à leur compte le discours de Tel-Aviv et de Washington selon lequel c’est par la réforme de l’Autorité palestinienne que la paix pourra survenir au Proche-Orient. À aucun moment, il n’est question de la responsabilité israélienne. On vante les investissements européens dans les territoires occupés depuis dix ans comme un moyen pour l’Europe de favoriser la paix, mais on n’ose même plus rappeler que beaucoup des infrastructures payées par les fonds européens ont été démolies par Tsahal lors des opérations de punitions collectives des Palestiniens.
Enfin, MM. Solana, Barroso, Blair et Zapatero s’entendent sur la nécessité d’une démocratisation des pays méditerranéens sans en préciser les facteurs d’appréciation. Compte tenu du tropisme atlantiste de MM. Solana, Barroso et Blair, on peut estimer que la proximité de cette rhétorique avec celle de Washington n’est pas un hasard et recouvre des objectifs communs. La « démocratisation » du monde méditerranéen ne sera sans doute que le soutien à une ouverture des marchés de ces pays ou l’installation de régimes pro-occidentaux.

Sur la question de la démocratisation et des Droits de l’homme, le site internet Cafe Babel publie une tribune de l’eurodéputé verte Hélène Flautre. Cette dernière estime que le processus de Barcelone n’a pas enregistré de grandes réussites en matière de Droits de l’homme. En revanche, les relations bilatérales entre pays européens et pays du Sud ont donné de bien meilleurs résultats. Toutefois, cette approche à des limites et illustre la politique de double standard de l’Union européenne. En effet, en raison de l’opposition d’Israël, il n’existe aucune grille d’analyse des progrès des pays partenaires en matière de Droits de l’homme.
L’ancien directeur pour la région méditerranéenne et du Proche-Orient à la Commission européenne, Abrahard Rain, met lui aussi en doute les résultats du processus de Barcelone dans le quotidien libanais arabophone As Safir. Pour lui, le sommet de 1995 n’avait fait qu’affirmer de belles intentions sans moyens d’y parvenir. Si réformes il y a eu, c’est uniquement du fait de l’action de certains dirigeants des pays du Sud de la méditerranée. Le processus de Barcelone a pu servir d’encouragement ou de forum de discussion, mais n’aura eu qu’un faible impact. Aujourd’hui, il appelle de ses vœux une intensification des réformes en reprenant à son compte la problématique occidentale qui veut que la réforme des pays arabes soit le prélude à la sécurité.

Pour l’analyste français Sami Naïr, dans Libération, il n’y avait rien à attendre du sommet de Barcelone de 2005 car le processus d’intégration euro-méditerranéen est mort depuis longtemps. L’auteur dénonce la cécité européenne et annonce que loin de ces déclarations officielles, l’Union européenne a tué le partenariat méditerranéen pour le remplacer par une politique de « grand voisinage » : un système de relations bilatérales avec tous les pays à ses frontières, soit aussi bien la Moldavie que la Tunisie. L’auteur estime pourtant, qu’il existe des questions spécifiquement méditerranéennes à régler tel que la circulation des personnes ou le commerce trans-méditerranéen. Après avoir voulu s’ouvrir les marchés du Sud à coup de promesse, l’Europe se masque aujourd’hui la face.
Le conseiller du gouvernement israélien, Sharon Pardo, estime, lui aussi que le processus de Barcelone est mort et il s’en réjouit dans le quotidien de droite israélien Yedioth News. En effet, il souligne qu’il n’est pas souhaitable pour Israël de se voir lier à la même politique que ses voisins. Par contre, les partenariats privilégiés et bilatéraux que met en place l’Union européenne avec les pays voisins est une formule à la carte dont Israël peut tirer avantage. L’auteur estime donc que l’agressivité d’Israël à l’égard de l’Europe doit diminuer afin que ce pays puisse pleinement bénéficier des avantages de relations bilatérales intéressantes tout en rejetant tout ce qui nuirait à la « souveraineté israélienne », c’est à dire la libre circulation des personnes et des biens.

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30 novembre 2005

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 Palestine/Israël
 Union européenne (UE)

Thèmes
 Contrôle de l’Europe
 Contrôle du « Grand Moyen-Orient »

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Vers un partenariat de l’espoir »

Auteur Javier Solana

 Ancien ministre socialiste espagnol des Affaires étrangères (1992-1995) et ancien secrétaire général de l’OTAN (1995-1999), Javier Solana est le haut représentant de l’Union européenne pour la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC).

Source Ha’aretz (Israel)
Référence « Toward a partnership of hope », par Javier Solana, Ha’artez, 25 novembre 2005.

Résumé Cette semaine marque le dixième anniversaire du partenariat euro-méditerranéen, anniversaire que nous célébrons dans la ville où tout a commencé : Barcelone. J’étais très fier de présider la première réunion qui visait à faire de la méditerranée un espace de sécurité, de solidarité et d’échanges partagés. Le lancement de ce processus faisait partie intégrante de la réponse de l’Europe à la fin de la Guerre froide et à la globalisation. Ce processus reconnaît notre interdépendance et crée une « identité méditerranéenne ». Nous discutons de tout, franchement, et le processus de Barcelone est un formidable laboratoire d’idée.
Toutefois, le monde a changé de puis 1995, et plus précisément depuis le 11 septembre 2001. La Méditerranée risque de devenir le carrefour de nombreux périls du monde moderne. Nous devons ajuster notre partenariat pour faire face à la pauvreté, à la mauvaise gouvernance, au trafic d’êtres humains et à l’extrémisme politique. Le partenariat euro-méditerranéen n’est pas le seul outil de coopération international, mais il s’agit du plus développé et c’est le seul qui fait à la fois la promotion de la sécurité et de la réforme.
Il est vrai que le processus de Barcelone est né des espoirs suscités par le processus de paix israélo-palestinien d’Oslo et que l’absence de paix entre Israéliens et Palestiniens jette une ombre sur notre travail. Toutefois, le processus de Barcelone visait à soutenir le processus de paix, pas à le supplanter. L’Europe encourage l’accord de paix et elle est la première donatrice aux Palestiniens. Notre objectif est de promouvoir à la fois la démocratie et la sécurité. Nous pensons que les deux sont liées et nous soutenons les réformes démocratiques dans la région. Nous allons également nous pencher sur l’éducation et l’immigration.

« Le Partenariat euro-méditerranéen, pour le dialogue et l’action »

Auteur José Manuel Durao Barroso

 José Manuel Durao Barroso est Premier ministre du Portugal.

Sources Jerusalem Post (Israël), Daily Star (Liban), Le Figaro (France)
Référence « Le Partenariat euro-méditerranéen, pour le dialogue et l’action », par José Manuel Barroso, Le Figaro, 28 novembre 2005.
« Barcelona and beyond : The Euro-Mediterranean Partnership prepares for its second decade », Daily Star, 28 novembre 2005.
« Barcelona and beyond », Jerusalem Post, 28 novembre 2005.

Résumé Le partenariat euro-méditerranéen s’est construit dans une logique d’évolution et non de révolution. Sans faire de bruit, il s’est développé et a enregistré des succès enviés.
Dans le contexte international actuel, ce partenariat est essentiel afin de répondre à l’instabilité de certains pays et aux États en déliquescence qui sont des pépinières de nouvelles crises régionales. La radicalisation idéologique et le terrorisme ont privatisé la guerre et certaines villes méditerranéenne en ont fait les frais. Il faut aussi lutter contre les problèmes globaux que sont la pauvreté ou la dégradation de l’environnement. Ces défis montrent que la ligne de démarcation entre la politique étrangère et la politique interne s’atténue de jour en jour et que, par conséquent, il y a des problèmes qui ne peuvent être résolus par un seul pays. Dans ce contexte, la politique euro-méditerranéenne est d’une importance cruciale pour l’Europe. En effet, la zone méditerranéenne est au croisement des plus grands défis : la paix, la sécurité et la lutte contre le terrorisme, le développement, le respect des Droits de l’homme, la protection de l’environnement, l’éducation, l’immigration.
Le dixième anniversaire du lancement du processus de Barcelone est l’occasion de faire le point mais aussi de relever les défis. Notre programme de travail a établi la priorité sur trois sujets essentiels : les droits de l’homme et la démocratie, la croissance et la libéralisation économique durable ainsi que l’éducation. A partir de 2007, nous aiderons économiquement les pays qui veulent entamer des réformes politiques démocratiques. Nous voulons développer la richesse du sud en créant un marché régional et encourager l’intégration sud-sud. L’éducation est, elle aussi, au cœur de notre programme. En effet, un tiers de la population de nos partenaires méditerranéens a moins de 15 ans et représente une ressource puissante pour l’avenir.
Ces défis requièrent de la maturité et de la continuité dans les relations entre l’Europe et ses partenaires méditerranéens.

« Un sommet pour le futur »

Auteurs Tony Blair, José Luis R. Zapatero

 Tony Blair est le Premier ministre travailliste britannique.

 José Luis Rodriguez Zapatero est président socialiste du gouvernement espagnol.

Source El Pais (Espagne)
Référence « Una cumbre para el futuro », par Tony Blair et José Luis Zapatero, El Pais, 28 novembre 2005

Résumé Il y a dix ans, les pays du bassin méditerranéen et de l’Union européenne se sont rassemblés à Barcelone. Aujourd’hui, dans la même ville, 35 pays se rassemblent pour poursuivre le processus. Il est important de réactualiser nos ambitions et de faire face aux nouveaux défis : le terrorisme, l’immigration, le crime organisé, etc. Nous allons devoir tout particulièrement parvenir à un accord pour réguler les flux migratoires. Tous ces thèmes sont à l’ordre du jour. Nous reconnaissons ensemble que nous avons tout à gagner à une plus grande prospérité et une plus grande sécurité dans la région.
L’élargissement de l’Union européenne a contribué à apporter la sécurité et le développement économique au continent européen. Le processus de Barcelone aide les pays méditerranéens, mais il faut aller plus loin. L’Union européenne travaille notamment à la résolution du conflit israélo-palestinien en aidant à la reconstruction de l’économie palestinienne et au développement d’infrastructures étatiques. Nous avons également une mission d’observation à la frontière entre Gaza et l’Égypte, par ailleurs nous soutenons la « feuille de route ». Cependant nous ne devons pas nous en contenter. Il faut intensifier notre action pour soutenir les réformes politiques et les Droits de l’homme dans la région. Il faut également développer l’économie méditerranéenne et les échanges en nous attaquant aux barrières commerciales. Nous devons aussi nous pencher sur l’amélioration de la gouvernance, de l’éducation et sur la lutte contre le terrorisme.

« L’UE n’est pas le professeur en matière de démocratie »

Auteur Hélène Flautre

 Eurodéputée française, Hélène Flautre est membre du groupe des Verts au parlement européen. Elle est présidente de la Sous-commission des Droits humains au Parlement de Strasbourg

Source Cafe Babel (France)
Référence « L’UE n’est pas le professeur en matière de démocratie », par Hélène Flautre, Cafe Babel, 28 Novembre 2005.

Résumé Au bout de dix ans de partenariat Euromed, le bilan en matière de Droits de l’homme est largement mitigé au niveau de la réalisation des droits fondamentaux. La liberté de la presse, l’indépendance de la justice, la démocratisation des systèmes politiques ou encore le droit d’association laissent à désirer. Néanmoins, le processus a permis de mettre en place des instruments financiers et d’établir des relations avec les ONG et les sociétés civiles à travers un dialogue politique.
Au cœur d’Euromed, se trouvent deux problématiques européennes majeures : gestion des flux migratoires et lutte contre le terrorisme. Hélas, nos parlementaires et les sociétés civiles ne sont pas assez associés à l’évaluation des progrès réalisés. La mise en réseau des acteurs politiques et associatifs de cette région est nécessaire afin que tous puissent participer.
La nouvelle politique européenne de voisinage (PEV) comprend des plans d’actions nationaux avec des objectifs plus précis en matière de démocratie et de droits fondamentaux, qui sont de fait très opérationnels. Mais ces objectifs ne sont pas encore évalués de manière claire au sein du sous-comité pour les Droits de l’homme, puisque l’Union européenne a accepté la demande d’Israël de ne pas avoir de sous-comité d’évaluation. Dès lors, l’Europe mène une politique à deux poids, deux mesures et perd sa crédibilité face aux autres partenaires tels que le Maroc, la Jordanie ou la Tunisie. Quant à l’idée d’étudier la situation des Droits de l’homme, au cas par cas, cela reste une question à débattre. Le caractère individuel de l’évaluation reste essentiel lorsque dans ces pays, les défenseurs des Droits de l’homme ne peuvent mener leur travail à bien.
L’Union européenne est incapable de mettre en place un dispositif de pression. La Tunisie est emblématique à ce sujet. Il est donc primordial que l’UE trouve un moyen de pression afin d’éviter l’affaiblissement de son image sur le plan international. Il faudrait, par exemple suspendre certains types de fonds, sans bien sûr mettre en péril le développement économique du pays. En fin de compte, la Tunisie constitue un défi à la crédibilité du processus euro-méditerranéen.
Il faut sortir de l’idée que l’Union européenne est le « professeur » en matière de démocratie et éviter de frôler une attitude néo-colonialiste. Il s’agit plutôt de mettre en œuvre une base d’engagement démocratique commune à travers un pacte international. La société civile des pays tiers partage nos valeurs telles que la liberté d’association, de presse et de justice. J’observe également que les exigences qui découlent de la lutte contre le terrorisme mettent à l’épreuve la promotion de la démocratie et du développement des droits de l’homme.

« La Méditerranée, enfin une zone de la paix et de la stabilité ? »

Auteur Abrahard Rain
Abrahard Rain fut conseiller supérieur au Centre de la politique européenne à Bruxelles, entre 1985 et 1996. Il fut directeur pour la région méditerranéenne et du Proche orient à la Commission européenne.

Source As Safir (Liban)
Référence « المتوسط، منطقة سلام واستقرار أخيراً؟. », par : Abrahard Rain, As Safir, 24 novembre 2005.

Résumé « La Méditerranée, enfin une zone de la paix et de la stabilité ? ». La réponse est bien évidement négative. On est toujours loin d’une zone méditerranéenne démocratique selon le souhait de ses chefs d’États et de ceux de l’Union européenne exprimés à Barcelone en 1995.
Depuis, les pays de l’Europe centrale, comparés aux méditerranéens, ont affiché un énorme progrès. Ce dernier est dû, principalement, à la volonté des pays concernés et de leurs peuples à joindre le plus vite possible l’Union européenne, qui n’a pas tardé, pour sa part, à leur venir en aide en leur offrant l’aide nécessaire. Quant aux régimes méditerranéens, excepté Chypre, Malte et la Turquie, l’absence d’une volonté politique d’empêcher de mener des changements profonds dans leurs pays.
D’ailleurs, les accords de 1995 ressemblaient à une liste de choix, élaborée par des diplomates et acceptée par les chefs d’États. Ceux là n’ont pas pensé aux moyens permettant de concrétiser l’objectif principal, celui de créer une zone de paix, de sécurité et de prospérité. Pourtant, les développements politiques et économiques qui ont eu lieu dans la zone méditerranéenne, pendant les dix dernières années, sont remarquables. Ainsi, par exemple, les citoyens et les gouvernements méditerranéens se sont, enfin, rendus compte que de profondes réformes politiques sont désormais indispensables. De même, les taux de fécondité ont baissé avec un rythme impressionnant. Ce qui va sûrement limiter, à long terme, les taux de chômage. En plus, la zone a su éviter les affrontements militaires, à l’exception du conflit israélo-palestinien et algéro-marocain à propos du Sahara occidental. Cela n’a pas empêché d’augmenter les budgets et les dépenses militaires dans les pays en question. En gros les résultats n’étaient pas mauvais, sauf qu’en comparant les pays méditerranéens à d’autres pays, hors de la zone, on constate que ces derniers ont franchi des pas plus importants dans les divers domaines.
Peut-on dire que les accords de Barcelone et l’Union européenne ont été derrière de tels changements ? Personne ne peut nier le fait que les accords de Barcelone ont fourni un climat de discussion et de négociation entre les différentes parties, tout en facilitant la libéralisation des économies arabes. Mais les vrais auteurs d’un tel développement sont d’abord les citoyens et, ensuite, quelques hauts responsables méditerranéens désireux de construire une vraie démocratie, attachée au respect des Droits de l’homme et à un système économique libéral. Tout cela ne peut représenter que le début d’une phase de développement dans l’histoire des pays méditerranéens. Un début qui devait être inauguré par les partenaires européens, pour lesquels ces réformes sont la seule garantie d’une sécurité vivement souhaitée.

« Le mal de Méditerranée »

Auteur Sami Naïr

 Conseiller de Jean-Pierre Chevènement, Sami Naïr est ancien député européen du Pôle républicain.

Source Libération (France)
Référence « Le mal de Méditerranée », par Sami Naïr, Libération, 29 novembre 2005.

Résumé En dépit de son importance, la Méditerranée donne de plus en plus l’impression d’être le parent pauvre de l’Europe. C’est une ligne de fracture nette entre le Nord et le Sud, mais l’Europe s’est réfugiée ces vingt-cinq dernières années dans une attitude de dénégation et de refus qui ne peut s’expliquer que par l’absence de projet stratégique d’ensemble pour son flanc Sud. La politique d’élargissement européen s’est tournée d’abord vers le Nord, puis vers le Sud de l’Europe et enfin vers le grand Est au détriment des pays du Sud de la Méditerranée. La frontière a été d’emblée tracée : elle délimite soigneusement les pays du Sud méditerranéen, en y incluant la Turquie, de « l’Europe ». Cette politique a été dramatique pour les relations entre les populations des deux rives en raison de l’absence de liberté de circulation et des difficultés pour mettre au point des relations commerciales. Cela a créé la suspicion et la mise en cause perpétuelle de l’immigration et a rendu cette frontière inquiétante pour les Européens.
Jusqu’à la conférence de Barcelone en 1995, la relation est en réalité plus d’indifférence que de voisinage. A partir de cette date, une politique strictement commerciale a été mise en place ; celle-ci, en échange de transferts financiers et de la promesse de participer à une zone de libre-échange avec l’Europe en 2010, exigeait le démantèlement des barrières douanières au Sud et l’ouverture des marchés aux produits européens. Le bilan de cette politique est morose et le processus de Barcelone devrait disparaître au profit de celui du « grand voisinage ». Pourtant, la Méditerranée regorge de conflits qui, de l’Irak à la Palestine, ont une incidence directe sur la vie des Européens. Mais l’Europe tourne le dos à cette région et s’apprête à enterrer en grande pompe le processus de Barcelone.
Pourtant, l’Europe ne peut pas ignorer le Sud de la Méditerranée. La pression migratoire venant des pays de cette région ne s’arrêtera pas. Les mouvements migratoires africains se déroulent d’abord à l’intérieur de l’Afrique. Mais ils se dirigent de plus en plus vers le nord, pour accéder à l’Europe. Or, face à cette demande migratoire, l’UE n’a d’autre stratégie que de construire une immense tranchée. Elle veut transformer l’Espagne, l’Italie, mais aussi le Maroc, l’Algérie et la Libye en zones tampons, par l’institutionnalisation de camps de rétention pour réfugiés et émigrés.

« Israël doit revoir sa politique agressive vis à vis de l’Europe »

Auteur Sharon Pardo

 Sharon Pardo est conseiller du gouvernement israélien et professeur d’études européennes à la Ben Gurion University du Negev.

Source Yedioth News (Israël)
Référence « Israël should re-think its aggressive policy towards Europe », par Sharon Pardo, Yedioth News, 28 Novembre 2005.

Résumé La quasi non-participation israélienne au sommet célébrant les dix ans du processus de Barcelone a des racines plus profondes que les simples questions de politique intérieure évoquées.
Depuis le début de l’Europe en 1957, l’attitude d’Israël a été schizophrène. D’un coté on admire la culture européenne "classique", gastronomie, littérature, économie, tourisme… et de l’autre on pratique des politiques tièdes, voire agressives et carrément militantes par moment vis-à-vis de l’Europe. De l’autre coté l’Europe chrétienne ne peut cesser sa relation particulière avec la "Terre Sainte" et admire les progrès scientifiques et techniques de l’industrie israélienne… tout en estimant, à 59%, que l’Etat d’Israël est une menace pour la paix dans le monde.
La clé pour comprendre cette relation ambiguë réside dans le fait que le sang juif coule dans toutes les veines européennes et que le refrain "Europe berceau de l’antisémitisme" coule dans les nôtres. Israël a les yeux rivés sur la lointaine Amérique et maintient une distance avec l’Europe toute proche, se comportant plus comme un îlot au milieu de l’Atlantique que comme un pays méditerranéen. Et ce malgré son statut particulier avec l’Union Européenne, qui lui accorde des droits étendus dans les domaines de l’économie, de la recherche et du développement. Il suffit de rappeler que notre balance commerciale penche bien plus du coté de l’Europe que de celle de notre "grand ami et allié" de l’autre coté de l’océan.
Face à l’échec du processus de Barcelone, l’Union européenne a commencé à proposer à ses voisins un nouveau type d’alliance qui invite les pays amis de l’Union - de l’Ukraine au Maroc, à rejoindre le projet européen. Cette nouvelle initiative suscite de nombreuses questions difficiles et émotionnellement chargées chez les Israéliens - à commencer par la question de la nature juive de l’État d’Israël, en passant par l’affaiblissement de notre souveraineté, l’acceptation de législations étrangères et la soumission à des principes juridiques étrangers (et la supériorité de la cour européenne) ainsi que, dans nos relations étrangères, une acceptation plus grande du multilatéralisme des Nations Unies.
Israël doit évaluer si ce nouveau mode de partenariat individuel est bénéfique à ses intérêts. C’est une occasion pour nous de moderniser nos relations avec l’UE et de coopérer sur le plan policier, juridique et environnemental, tout en rejetant d’autres domaines qui pourraient porter atteinte à notre sécurité ou notre stabilité - par exemple la libre circulation des biens et personnes. Le moment est venu de faire le bilan de l’échec du processus de Barcelone, mais aussi de nos propres limitations. Dans le contexte israélien, Barcelone nous a forcés à nous mettre dans le "panier méditerranéen" qui a retardé nos relations avec l’Europe pendant des années. En ce sens, la nouvelle politique européenne de voisinage est un héritage qui vaut la peine.

 



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