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Tribunes et décryptages - 6 décembre 2005
Faire taire les médias par la soumission ou les bombes

Décryptage

Le 22 novembre 2005, le quotidien britannique Daily Mirror provoquait un scandale au Royaume-Uni en révélant un mémo secret attestant que le président états-unien George W. Bush avait projeté le 16 avril 2004, pendant l’attaque de Fallouja, de bombarder les locaux de la chaîne d’information arabe Al Jazeera à Doha. Il aurait finalement été convaincu par Tony Blair de ne rien en faire compte tenu des conséquences d’un bombardement d’un État allié.
Cette affaire a fait grand bruit au Royaume-Uni où le gouvernement Blair a refusé de la commenter, mais a engagé une procédures disciplinaire contre un de ses fonctionnaires pour révélation de documents confidentiels. Hors du Royaume-Uni, la plupart des médias occidentaux restent discrets sur cette affaire, eux pourtant si prompts à dénoncer les atteintes aux libertés de la presse quand un journaliste occidental est visé. L’image très négative en « Occident » de la chaîne Al Jazeera, régulièrement fustigée par les néo-conservateurs et leurs relais, ainsi que ses origines ne sont sans doute pas étrangers à ce manque d’intérêt.

Le directeur général de la chaîne qatarie, Wadah Khanfar, vient demander des comptes au gouvernement britannique à Londres et prend l’opinion britannique à témoin dans The Guardian. Il rappelle toutes les attaques dont sa chaîne à fait l’objet, du bombardement de ses locaux de Kaboul, puis de Bagdad, à l’assassinat ou l’arrestation de certains de ses journalistes dont Tayseer Allouni. Aujourd’hui, ce sont les bureaux mêmes de la chaîne au Qatar qui sont visés. Il exige des explications. Cet appel est resté vain et l’auteur n’a pas été reçu par Tony Blair et n’a pas reçu d’explications.
Dans The Independent, le journaliste vedette du quotidien, Robert Fisk, rappelle qu’Al Jazeera est la cible régulière des États-Unis à cause de son indépendance à l’égard de la vision du monde et des guerres de l’administration Bush. Il rappelle l’assassinat prémédité de Tariq Ayoub à Bagdad et le bombardement des locaux de Kaboul. Pour lui, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une stratégie globale visant à faire taire une voix dissidente. Il estime donc que le projet de bombardement d’Al Jazeera est véridique. Toutefois, l’auteur rappelle que ce que subit Al Jazeera n’est que le prolongement de la destruction de la télévision serbe par l’OTAN en 1999. À cette occasion, les forces atlantistes ont démontré que désormais, les médias ayant une vision dissidente étaient des cibles.

Cette information fait également débat chez les conservateurs britanniques, partisans de la Guerre d’Irak, mais divisés sur ce sujet.
Le député conservateur britannique, rédacteur en chef du Spectator et chroniqueur du Daily Telegraph, Boris Johnson, profite de son éditorial dans ce dernier journal pour s’insurger contre ce projet de bombardement. Affirmant avoir été trompé sur les armes de destruction massive, les plans de démocratisation de l’Irak et l’usage des armes au phosphore, il refuse aujourd’hui qu’une chaîne, que par ailleurs il affirme ne pas aimer, puisse être prise pour cible. Il annonce fièrement que s’il doit être arrêté pour avoir diffusé des informations classifiées sur le sujet, il est prêt à courir le risque pour défendre la liberté d’informer. Ce député étant un habitué des déclarations fracassantes et des effets d’annonce, ce texte nécessite d’être pris avec prudence.
Le rédacteur en chef du Daily Telegraph et chroniqueur du non moins réactionnaire New York Sun, Daniel Johnson, ne partage pas le point de vue de son employé. Dans le quotidien new-yorkais il affirme que le projet de bombardement d’Al Jazeera n’est pas une question de liberté de la presse ou de droit international, mais d’opportunité tactique. L’auteur estime que « l’Occident » est en guerre contre le terrorisme, incarné par Al Qaïda. Or, d’après lui, Al Jazeera est un vecteur de propagande de l’islamisme et des théories d’Al Qaïda, il faut donc s’attaquer à cette source de propagande. Le fait qu’il soit sur le sol du Qatar n’est pas un problème, au contraire le Qatar devrait laisser faire Washington, son protecteur. Quant à la divulgation des éléments secrets dans la presse, qui ont permis de faire éclater le scandale, il estime que comme « l’Occident » est en guerre, il s’agit d’un crime de trahison et doit être traité comme tel.

Dans la presse arabe, l’annonce du projet états-unien provoque la consternation. Amer Abdelmonem, l’ancien rédacteur en chef et responsable du site internet du journal d’opposition égyptien Al-Shaab s’alarme de ces révélations. Il estime que le simple fait d’avoir pu imaginer s’attaquer à une chaîne de télévision dans un pays allié est une preuve de maladie mentale. Aujourd’hui, il ne fait plus de doute que l’administration Bush mène non pas une guerre au terrorisme, mais une guerre terroriste. Il appelle les journalistes arabes à se mobiliser pour continuer à faire valoir leur point de vue.

Toutefois, se focaliser sur Al Jazeera, n’est-ce pas perdre une compréhension plus large du traitement de la presse par l’administration Bush ? Comme nous l’avions affirmé dans nos colonnes, la stratégie visant les journalistes s’opposant aux desseins de l’administration Bush est globale. Elle ne vise pas une chaîne en particulier, mais tout ceux qui s’opposent à sa propagande.
À l’opposé, la presse mainstream continue de faire preuve de la plus parfaite docilité. L’ancien conseiller de Bill Clinton et directeur du journal en ligne Salon.com, Sidney Blumenthal, publie dans The Guardian une tribune aux accents nécrologiques pour la carrière de Bob Woodward. Autrefois considéré comme un brillant journaliste d’investigation ayant fait tomber Nixon il apparaît aujourd’hui comme un agent de communication « révélant » ce que les dirigeants états-uniens souhaitent voir diffuser. Woodward n’est que le symbole de la soumission de la presse états-unienne. Aujourd’hui, estime Blumenthal en titre de son article, il n’y aurait plus de scandale du Watergate.
Sur le site AdBusters, le journaliste John Pilger s’agace des grands discours régulièrement énoncés par la presse mainstream états-unienne sur son éthique, son professionnalisme et son impartialité et fait le même constat que Blumenthal. Il assure qu’aujourd’hui, la presse par ses pratiques et sa docilité est une alliée objective de l’administration Bush : elle cache la vérité sur les massacres en Irak et a été la complice de l’intoxication des armes de destruction massive irakiennes.

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6 décembre 2005

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Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Pourquoi voulez vous me bombarder MM. Bush et Blair ? »

Auteur Wadah Khanfar

 Wadah Khanfar est directeur général d’Al-Jazeera.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « Why did you want to bomb me, Mr Bush and Mr Blair ? », par Wadah Khanfar, The Guardian, 1er décembre 2005.

Résumé J’ai cessé de compter les accusations contre Al-Jazeera et les tentatives de harcellement que nous avons subies depuis 1996. D’après les rumeurs, nous avons successivement été l’instrument du Mossad, de la CIA, de Ben Laden, puis de Saddam Hussein. Nous avons réussi à être à la fois critiqué par Zarkaoui et par Rumsfeld. Nous savons que certaines de ses rumeurs sont véhiculées par des services de renseignement arabes qui veulent détourner les spectateurs arabes de la chaîne.
Jusqu’en 2001, la chaîne plaisait à l’Occident en général et aux États-Unis en particulier parce que nous diffusions un point de vue différent dans le monde arabe. L’hostilité de régimes arabes était perçue comme une preuve de notre professionnalisme et de notre objectivité. Mais après le 11 septembre, Al Jazeera a été à la pointe de l’information en Afghanistan, puis en Irak. Mais cette fois, la présentation d’autres opinions n’a plus été du goût des décideurs internationaux.
L’Irak a été un tournant. 74 journalistes, membres d’équipes techniques ou traducteurs sont morts dans ce conflit. Deux étaient des employés d’Al Jazeera. Nous avons subis des pressions et on nous a accusé d’inciter à la violence. Nos locaux à Kaboul et Bagdad ont été bombardés. Les deux fois, on nous a dit que c’était une erreur, mais il n’y a pas eu d’enquêtes et aujourd’hui nous apprenons qu’il a été question de bombarder nos bureaux au Qatar.
J’ai exigé des explications, je n’ai pas reçu de réponses des autorités britanniques. Nous voulons la vérité sur ce projet, sur l’incarcération de Tayseer Allouni en Espagne, celle de Sami Al-Haji à Guantanamo et sur la mort de Tariq Ayoub en en Irak.

« Il n’est pas étonnant que Al-Jazira soit une cible »

Auteur Robert Fisk

 Journaliste et écrivain, Robert Fisk est le journaliste vedette et le correspondant au Proche-Orient du quotidien britannique The Independent. Il est l’auteur de Pity the Nation : Lebanon at War et de The Great War for Civilisation : the Conquest of the Middle East.

Source The Independent (Royaume-Uni)
Référence « No wonder al-Jazeera was a target », par Robert Fisk, The Independent, 26 Novembre 2005.

Résumé Le 4 avril 2003, je me tenais sur le toit du bureau d’Al Jazeeraà Bagdad. L’horizon était peuplé d’immeubles en flammes et de colonnes de fumée noire, quand je vis un missile de croisière remonter le Tigre, passer en sifflant sous un des ponts et disparaître au loin. Je descendis retrouver le chef du bureau, le Palestinien de Jordanie Tariq Ayoub et lui dis qu’il avait probablement le bureau le plus dangereux de l’histoire de l’humanité. Il serait facile aux Américains de faire cesser ses émissions, suivies dans tout le monde arabe, et montrant les victimes civiles des bombardements anglo-américains. "Ne t’inquiète pas Robert" me dit-il "Nous sommes en contact avec les Américains et leurs avons donné l’emplacement exact de nos bureaux afin qu’ils ne nous bombardent pas." Trois jours plus tard il était mort. Le 7 avril, alors que Tariq Ayoub émettait en direct depuis le toit de l’immeuble, un jet américain solitaire arriva derrière lui "volant si bas que j’ai cru un instant qu’il allait se poser sur le toit" explique le collègue de Tariq, le journaliste Tayseer Alouni. L’avion tira un unique missile, droit sur les bureaux d’Al Jazeera, tuant Tariq immédiatement. Ce n’était pas un erreur.
Pour Tayseer ce n’est pas nouveau, il était le correspondant d’Al Jazeera à Kaboul en 2001 quand un missile de croisière frappa ses locaux, heureusement vides. Personne ne doutait que cette attaque contre une chaîne qui diffusait les messages de Ben Laden était parfaitement volontaire. À Bagdad, le jour de la mort d’Ayoub, un char Abrams M-1 A-1 tira un obus sur le Palestine Hotel, tuant trois journalistes. Le Pentagone affirma qu’on lui avait tiré dessus depuis l’hôtel. Un mensonge contredit par tous les témoins sur place.
De mon coté non plus ce n’est pas nouveau. À Belgrade, en 1999, j’étais présent quand l’aviation américaine avait bombardé les locaux de la télévision nationale. Une action qui - comme je l’avais écrit le lendemain - signifiait que l’OTAN se réservait le droit de frapper des personnes à cause des paroles qu’elles proféraient plutôt qu’à cause des actions qu’elles auraient commises. Qu’est ce que cela impliquait pour l’avenir ? J’aurais du m’en douter.
Quand Al Jazeera est né, les Américain ont chanté ses louanges, y voyant l’émergence de la liberté parmi les dictatures du Moyen-Orient. L’éditorialiste messianique du New York Times, Tom Friedman en parla comme d’un fanal de la liberté - ce qui est toujours un compliment dangereux dans la bouche de Friedman. Pour la Maison-Blanche cette chaîne de télévision était la preuve que les Arabes voulaient la liberté d’expression. En effet… mais les Arabes voulaient aussi voir et entendre des vérités que leur leaders politiques leur avaient cachées. Ainsi, quand la télévision libanaise refusa de diffuser une série en 16 épisodes sur la guerre civile, c’est sur Al Jazeera qu’on la vit…
Mais quand Al Jazeerase mit à diffuser les propos tenus par Ben Laden, tout enthousiasme de la part de Friedman et du département d’État disparut. En 2003 le sous-secrétaire à la Défense Paul Wolfowitz - ce parangon de démocratie qui incita les généraux turcs à se manifester quand les gouvernement démocratiquement élu de Turquie refusa le passage aux troupes états-uniens pour l’invasion de l’Irak - prétendait ouvertement que les journalistes d’Al Jazeera »mettaient en danger la vie des soldats US ». Son patron, Donald Rumsfeld, proféra un mensonge encore plus grand : Al Jazeera était de mèche avec la rébellion et ces journalistes étaient prévenus à l’avance des embuscades contre les soldats états-uniens. J’ai passé des journées à enquêter la dessus, c’était faux. Mais le pli était pris. Et la première chose que fit le nouveau gouvernement irakien fut de montrer à quel point il était démocratique en expulsant Al Jazeera de Bagdad, comme l’avait déjà fait Saddam Hussein en 2001 et 2003.
Bien sûr, Al Jazeeran’est pas un modèle de journalisme. Mais c’est une voix indépendante au Moyen Orient - et c’est la raison pour laquelle les États-Unis ont tenté de la faire taire à Kaboul et à Bagdad. Ainsi que, peut-être, au Qatar. Et c’est pour cette raison que des journalistes britanniques se retrouvent traînés devant les tribunaux par Lord Blair pour avoir osé révéler un aspect du bourbier noir et sanglant dans lequel Messieurs Bush et Blair nous ont entraînés.

« Je suis prêt à aller en prison pour révéler la vérité sur Bush et Al Jazeera »

Auteur Boris Johnson

 Boris Johnson est député conservateur britannique, chroniqueur régulier du Daily Telegraph et rédacteur en chef de The Spectator. Il est ancien vice-président du Parti conservateur.

Source Daily Telegraph (Royaume-Uni)
Référence « I’ll go to jail to print the truth about Bush and al-Jazeera », par Boris Johnson, Daily Telegraph, 25 novembre 2005.

Résumé Les évènements ne rendent pas les choses faciles pour ceux qui, comme moi, étaient optimistes dans leur soutien à la guerre en Irak. Nous avons cru aux armes de destruction massive irakiennes et aux plans du Pentagone pour renverser le dictateur et introduire la paix en Irak. Mais il n’y avait pas d’armes de destruction massive et nous avons une insurrection qui a fait des dizaines de milliers de morts. Certains voulaient que la guerre empêche définitivement l’usage d’armes chimiques contre les Irakiens et on parle aujourd’hui de bombes au phosphore. Enfin, certains souhaitent le développement d’institution de la société civile, comme une presse libre, et là nous apprenons le projet de bombardement d’Al-Jazeera. Chaque fois que nous avons espéré quelque chose, une information est venue détruire nos espoirs.
Peut-être que l’idée de bombarder Al-Jazeeran’était qu’une bêtise sans importance prononcée par George W. Bush, une marque de crétinisme. Peut-être aussi l’information est-elle fausse. Mais il y a des preuves substantielles que George W. Bush et Tony Blair ont bien projeté ce bombardement lors de leur rencontre le 16 avril 2004, en plein assaut contre Fallouja. On se souvient que l’administration Bush avait détesté la façon dont la chaîne d’information arabe avait traité le sujet et les États-Unis avaient déjà bombardé les locaux d’Al-Jazeeraà Kaboul en 2002, puis à Bagdad en 2003. En 1999, c’est la chaîne de télévision serbe qui avait été visée.
Les États-Unis ont sans aucun doute de bonnes raisons d’en vouloir à Al-Jazeera. Mais ils ont aussi de bonnes raisons d’en vouloir à la BBC et ils ne vont pas envoyer un missile Tomahawk sur leurs bureaux. Nous devons savoir si les informations du Daily Mirror sont exactes. Malgré les intimidations judiciaires frappant ceux qui se risqueraient à publier des fuites de documents officiels secrets, je suis prêt à aller en prison si j’ai une chance de faire la lumière sur cette histoire.

« Bush aurait eu raison de bombarder Al Jazeera »

Auteur Daniel Johnson
Daniel Johnson est rédacteur en chef du Daily Telegraph de Londres et commentateur conservateur de la politique britannique pour la presse états-unienne, notamment le très droitier New York Sun. Il a été un des ténors de la campagne de soutien à George W. Bush contre le « terrorisme islamiste » et « l’Europe des lâches ».

Source New York Sun (États-Unis)
Référence « Should Bush and Blair Consider Bombing Al Jazeera ? », par Daniel Johnson, New York Sun, 25 Novembre 2005.

Résumé Le débat autour du projet de bombardement des locaux d’Al Jazeera est surprenant par le simple fait qu’il surprenne les commentateurs. Ce qui m’aurait surpris aurait été le fait que Messieurs George W. Bush et Blair ne discutent pas de la manière de réduire les dommages causés par la propagande islamiste, dont Al Jazeera TV est le principal vecteur de diffusion. Ont ils eu tort de le faire ? Je ne le pense pas. D’un point de vue des intérêts anglo-américains, éliminer Al Jazeera serait désirable et si le Qatar, un royaume du Golfe qui se déclare l’allié de l’Amérique (et dont la protection lui garantit son indépendance), permet à sa capitale de devenir la principale base des propagandistes d’Al-Qaida, il n’a aucun droit à empêcher les États-Unis de procéder à des actions punitives sur son territoire.
Ce débat va bien plus loin. Premièrement, jusqu’à quand l’Occident peut il tolérer la diffusion de propagande dont le but est d’empoisonner les esprits des musulmans contre les juifs et les "Croisés" ? Deuxièmement, jusqu’où les gouvernements occidentaux sont ils obligés de jouer la transparence en donnant des informations sur les décisions qu’ils ont prises en interne et ont-ils le droit de réprimer la publication de ces informations sensibles afin de protéger les intérêts occidentaux - même s’il faut pénaliser la presse pour cela ?
Le fait qu’il est un acteur majeur de la presse arabe ne donne pas le droit à Al Jazeera de diffuser des informations qui menacent directement la sécurité nationale américaine ou britannique. Tout comme nous avons déployé des méthodes de brouillage contre la propagande hostile pendant la Guerre froide, nous devons utiliser toutes les technologies modernes disponibles pour faire pression sur Al Jazeera et ses semblables. On peut débattre de l’objectivité des programmes, mais il n’y a pas de débat quand il s’agit de notre droit d’interdire la diffusion de vidéos d’Al-Qaida qui incitent au terrorisme ou d’émissions qui font courir des rumeurs sur des soi-disant atrocités commises par les soldats occidentaux. Nous devrions aussi imposer des sanctions financières aux journalistes d’Al Jazeera.
Concernant le débat sur l’interdiction par le gouvernement britannique de la publication de la note relatant la conversation entre MM. Bush et Blair. Elle est parfaitement légitime. Aucun gouvernement n’est obligé de révéler quoi que ce soit concernant des décisions opérationnelles prises en temps de guerre. En temps de guerre me direz vous ? Affirmatif. Et c’est bien là que le bat blesse. La plupart des Américains sont conscients d’être engagés dans une guerre contre le terrorisme. La plupart des Européens ne sont pas de cet avis. La plupart des Américains sont déterminés à gagner cette guerre. La plupart des Européens ont déjà abandonné la partie et accepté la défaite.

« Al Jazeera et la folie du président états-unien »

Auteur Amer Abdelmonem
Amer Abdelmonem fut le rédacteur en chef du journal Al-Shaab. Il est aussi le responsable du site Internet du même journal.

Source Al-Shaab (Égypte)
Référence « قناة الجزيرة و جنون الرئيس الأمريكي », par Amer Abdelmonem, Al-Shaab, 25 novembre 2005.

Résumé Le rapport « top secret » que les journaux britanniques ont publié, sur l’intention de George W. Bush d’attaquer les bureaux d’Al Jazeera à Doha et ailleurs, a confirmé que Bush est devenu fou. D’ailleurs, le locataire de la Maison-Blanche a affiché sa folie depuis qu’il a déclaré avoir eu des discussions avec Dieu. Au nom duquel, et de la suprématie états-unienne, il a abusé de son jeu de guerre qui ne cesse pas de faire couler du sang partout dans le monde.
Cette histoire explosive, qui n’a pas été traduite en faits, a été par contre divulguée quelques jours après le scandale d’usage d’armes de destruction massive à Fallouja. Les informations relatives à ce scandale ont été diffusées par une chaîne italienne, ce qui prouve que les pays européens impliqués dans la guerre en Irak ont commencé, à travers leurs propres média, à dénoncer la politique de l’administration Bush.
On est devant un criminel obsédé par la guerre et la destruction. Et tant qu’il occupe la Maison-Blanche, cet homme, qu’on peut qualifier de « Dracula », représente une menace pour l’humanité. Bush et ses alliés mènent une guerre « contre le terrorisme », au cours de laquelle ils ne distinguent plus entre le militaire et le civil, et entre le champ de bataille et les cibles civiles. Ils n’hésitent pas non plus à éliminer des journalistes dont la mission n’est que de transmettre la vérité aux gens.
Le rapport prouve que les attaques, qui ont visé les bureaux d’Al Jazeera à Kaboul et à Bagdad deux fois, étaient bien planifiées avant. De tels délits nécessitent la traduction en justice de Bush. Un jugement équitable permettra enfin à l’humanité de vivre en paix. La guerre « contre le terrorisme » doit être menée contre l’administration états-unienne et son président qui n’a pas hésité à attaquer Al Jazeera pour avoir démasquer les atrocités commises par ses soldats en Afghanistan et en Irak.
Les pressions du président états-unien et ses alliés sur la chaîne qatarie ne feront certes qu’encourager ses journalistes à multiplier leurs efforts pour dévoiler, de plus en plus, les scandales des néo-conservateurs.

« Il n’y aura plus de Watergate »

Auteur Sidney Blumenthal

 Sidney Blumenthal est ancien assistant et conseiller spécial du président Bill Clinton. Il est l’auteur de The Clinton Wars. Il a été éditorialiste du New Yorker, du Washington Post et de New Republic. Il est désormais éditorialiste au Guardian sur les questions de politique états-unienne et le correspondant à Washington de Salon.Com.

Source The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « No more Watergates », par Sidney Blumenthal, The Guardian, 1er décembre 2005.

Résumé Au départ, les journalistes politiques du Washington Post jugeaient l’affaire du Watergate insignifiante, peu plausible et peu sérieuse. Mais deux journalistes ont continué à travailler et à creuser l’affaire, contribuant à la chute de Nixon. Aujourd’hui, Bob Woodward, l’un de ces deux journalistes, personnifie l’exemple type de l’intégration au système de Washington et a un comportement professionnel bien éloigné de ses débuts. Il l’ approuvé le mois dernier.
Le 27 octobre, lors d’une interview à CNN, il a défendu Lewis « Scooter » Libby, accusé d’avoir joué un rôle dans la révélation de l’identité de Valerie Plame, parlant de ragot. Il a été interrogé aussi dans cette affaire et a reconnu qu’il savait qui était Valerie Plame après avoir discuté avec des officiels de la Maison-Blanche, mais qu’il s’était tu et n’avait rien révélé. En fait, par sa proximité avec le pouvoir, Bob Woodward est particulièrement vulnérable aux manipulations.
En 2002, dans Bush at War il travaille sur la base de fuites sélectives donnant le beau rôle à George W. Bush et ne parle pas du fiasco de Tora-Bora et de la traque ratée de Ben Laden. Dans Plans of Attack, il ne développe absolument pas les informations dont il dispose sur les modifications et manipulations des rapports des services de renseignement états-uniens. Bref, Woodward entend les confidences des dirigeants, mais ne révèle que ce qu’ils souhaitent voir diffuser.

« Les défaillances du journalisme d’investigation aujourd’hui »

Auteur John Pilger

 Figure de la gauche britannique, John Pilger est journaliste et documentaliste.

Source AdBusters (Canada)
Référence « Obstacles to solid, challenging, investigative reporting today », par John Pilger, AdBusters, Décembre 2005.

Résumé Le principal obstacle est la complaisance avec laquelle les journalistes et leurs rédactions acceptent de rester dans la ligne dictée par les intérêts financiers qui les possèdent et qui ont corrompu leur métier. Nombreux sont ceux qui se mentent à eux mêmes en pensant qu’ils conservent un certain professionnalisme et que leur « objectivité » est sacro-sainte. L’exemple le plus frappant de ceci est la complicité et le silence de la soi-disante « grande presse américaine » qui a directement favorisé l’invasion de l’Irak et le meurtre de dizaines de milliers de personnes innocentes ; c’est un acte de piraterie incroyable vu sa proportion. Et les pires ne sont pas les scribouillards et propagandistes de chez Fox - eux au moins ne cachent pas leur objectifs - mais plutôt les membres de la presse libérale, tout bouffis de grandes préceptes de la Columbia School of Journalism et qui pratiquement la censure par omission. Il suffit de regarder comment le New York Times ou le Washington Post font tout pour omettre de décrire l’ampleur du massacre de civils en Irak. L’approche pseudo-équilibrée des médias, en particulier, me fait hurler. J’ai coutume de blaguer en disant que si Bush affirmait que la terre est plate, les journaux titreraient le lendemain : « Forme de la terre : les vues divergent ».
Mais, quand on considère ce que nous savons déjà sur l’administration Cheney et comment les médias semi-officiels (Fox News, les pages d’éditoriaux du Wall Street Journal, Judith Miller, BobWoodward, etc.) fonctionnent ici, chez nous, cela n’est pas vraiment une surprise d’apprendre que ces mêmes techniques sont utilisées pour manipuler le « champ de bataille de l’information » en Irak. Après tout, il n’y a pas de raison que les Irakiens aient droit à plus de démocratie que nous. Ironiquement, il semble que l’éthique journalistique de certains des scribouillards embauchés par le Pentagone soit plus marquée que celle de leurs collègues états-uniens. En effet, certains des articles bidouillés étaient publiés dans les journaux irakiens sous la mention "publi-reportage" ou "info-média". C’est plus d’honnêteté que le New York Times n’en a jamais eu quand il publiait les articles de propagande de Judith Miller sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein.

 



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