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Tribunes et décryptages - 9 décembre 2005
« Mission accomplie » en Irak
Décryptage
Douloureux ou doux ? L’hypothèse du retrait des troupes états-uniennes et britanniques d’Irak est aujourd’hui largement débattue aux Etats-Unis, y compris dans la presse conservatrice. La question n’est plus s’il faut partir, mais comment partir. Un analyste du Washington Times suggérait la semaine dernière à George W. Bush de s’inspirer du général De Gaulle qui avait su transformer la défaite en Algérie en un tremplin politique ; la France partant la tête haute, vaincue mais victorieuse, avec un sentiment de mission accomplie. Ce n’est pas pour rien que le nouveau conseiller politique de la Maison-Blanche, Peter D. Feaver, auteur du discours du président états-unien à l’Académie militaire d’Annapolis, est un spécialiste du gaullisme et des décolonisations au Maghreb.
Dans sa « Stratégie de Victoire en Irak », rédigée par le nouveau conseiller comme l’a montré une analyse des méta-données du document officiel, George W. Bush emploie 15 fois les mots « victoire » et « vaincre » pour souligner les succès de sa stratégie politico-militaire. Lors de ce discours, George W. Bush parlait devant un auditoire docile : des élèves officiers, passibles de la cour martiale en cas de signe de désapprobation de la politique du « commandant en chef ». À le croire, tout va mieux en Irak, les quelques opposants sont soit en cours de conversion (les sunnites) ou bien en déroute (les nostalgiques de Saddam Hussein). Quant aux terroristes dirigés par Zarkaoui, ils sont une poignée d’assassins rejetés par tout le monde et bientôt écrasés. Il refuse toutefois de donner une date butoir pour le départ des troupes, se contentant d’y préparer l’opinion en valorisant l’action des forces d’occupation. George W. Bush n’est pas seul dans son gouvernement à sur-valoriser les résultats de l’action états-unienne en Irak puisque Donald Rumsfeld allait même jusqu’à dire, à la télévision la semaine dernière, lors de la conférence de presse du général Pace, que les résistants (rebaptisés « EOLEIGs » par le Pentagone, c’est à dire « ennemis du gouvernement irakien légalement élu ») étaient démoralisés et désertaient par centaines.
Les perspectives sont donc positives et s’il est encore trop tôt pour envisager un départ des troupes, on est en bonne voie. Mission accomplie.
Cette campagne de communication répond aux attaques d’une partie des démocrates états-uniens sur le thème du désastre irakien et aux craintes des républicains redoutant une catastrophe électorale en novembre 2006 lors des élections de mi-mandat. Toutefois, les démocrates comptent également leur lot de néo-conservateurs soutenant la politique de l’administration Bush au Proche-Orient. Parmi eux, on compte bien sûr l’ancien colistier d’Al Gore lors de la présidentielle états-unienne de 2000, Joseph Liebermann, par ailleurs administrateur du Nixon Center et défenseur de Donald Rumsfeld après le déclenchement du scandale d’Abu Ghraib.
Dans le Wall Street Journal, le sénateur du Connecticut, développe la même analyse que l’administration Bush. Se déclarant expert en affaires irakiennes au retour de son quatrième voyage en Irak - voyage durant lequel il n’est presque pas sorti de la zone sécurisée de Bagdad et s’est contenté de recevoir des dignitaires du régime en place – il affirme que la situation ne cesse de s’améliorer dans le pays. Les dirigeants irakiens collaborant avec l’occupant se sont empressés de lui dire que tout allait de mieux en mieux dans le « pays le plus démocratique des pays arabes ». Sans rire, il assure que l’Irak est le futur modèle politique pour les Palestiniens, les Libanais, les Koweitiens, les Égyptiens et les Saoudiens et que la population soutient massivement la nouvelle équipe au pouvoir. La mission que les États-Unis s’étaient donnés, il y a trois ans, au début de la guerre, est donc accomplie. Les critiques des démocrates sont sans fondement. On a eu raison de faire cette guerre. Toutefois, poursuit l’auteur, il y a encore du travail pour former la police irakienne à combattre la poignée de terroristes qui veut empêcher les Irakiens d’être libres. Les troupes doivent donc encore rester quelque temps. Et bien sûr, il faut réformer l’économie irakienne, comme le nouvel ambassadeur, Zalmay Khalilzad, théoricien de la superpuissance états-unienne, s’attache à le faire.
L’économie justement, pour laquelle Heather Wokusch, de l’organisation MoveOn, rappelle dans Dissident Voice qu’ici aussi, la « mission est accomplie ». Avec la mise en place d’un gouvernement élu en Irak, l’administration Bush dispose enfin d’un interlocuteur « légal » avec qui conclure des accords d’exploitation. Profitant du désordre sur place et de la faiblesse des institutions irakiennes, le département d’État impose des accords de production partagée (PSA) dont les termes sont extrêmement favorables aux compagnies pétrolières occidentales et qui priveront pendant ces 50 prochaines années, les citoyens irakiens d’une grande part de la manne pétrolière. Le lobby pétrolier parachève ainsi sa mainmise sur les ressources énergétiques du pays, principale raison de l’invasion. Mais ce n’est pas tout. Si l’on en croit l’ONG britannique PLATFORM, spécialiste des questions pétrolières, les accords PSA en Irak ne seraient qu’un test grandeur nature en vue d’étendre cette mainmise sur les autres ressources de la région et notamment en Iran. Pour le lobby pétrolier, ce n’est pas tant le programme nucléaire iranien qui pose problème que la volonté de Téhéran de créer une bourse au pétrole concurrente qui délaisserait le dollar au profit de l’euro. Cette initiative est intolérable pour Washington qui préparerait déjà la déstabilisation et la mise sous contrôle de l’Iran.
Sur le terrain, en Irak, les propos rassurants de l’administration Bush ou de Joseph Lieberman sont contredits. PressAction publie le dernier mail envoyé par Tom Fox, l’un des quatre otages états-uniens prisonniers en Irak. Il rappelle les difficiles conditions de vie des Irakiens et précise que la violence qui frappe jour après jour la société irakienne est directement liée à la présence des troupes étrangères. Il affirme que les Irakiens ont du pain sur la planche dans le domaine de la résolution de leurs conflits internes, mais ne pourront le faire tant que les soldats de MM. Bush et Ben Laden continueront à s’entretuer dans le pays. Pour lui, il n’est pas étonnant que, malgré leurs nombreuses et profondes divergences, les différentes composantes de la société irakienne aient pu tomber d’accord sur un seul point à la conférence du Caire : le départ immédiat des troupes étrangères de leur pays
La « guerre civile » en Irak ne fait pas que des malheureux. Dans un article du Los Angeles Times largement repris par la presse internationale, le politologue Schlomo Avineri explique que, d’un point de vue purement utilitaire, la destruction de l’Irak de Saddam Hussein et son éclatement en trois provinces favorisent Israël. Bien sûr, un échec en Irak affaiblirait les États-unis, ce qui aurait des répercussions sur son allié, Israël. Toutefois, un Irak éclaté en trois petits États ou déchiré par une guerre civile ferait disparaître pour longtemps toute menace pour Israël de ce côté là. Les États-Unis doivent comprendre qu’on ne peut pas construire une démocratie à l’occidentale en Irak. Leur départ est donc inéluctable. Dans tous les cas, Israël est gagnant. Mission accomplie.
Pour l’Iran, le « désordre irakien » est moins positif. Ce pays a en effet pleinement profité du système politique mis en place par les forces d’occupation pour développer une influence massive en Irak. L’action de la résistance ne le favorise donc pas réellement même si elle force les États-Unis à rester déployer en Irak et empêche Washington de libérer des troupes pour une nouvelle agression militaire.
L’éditorialiste du Tehran Times et porte-parole semi-officiel de la République islamique, Hassan Hanizadeh, rappelle la volonté iranienne d’empêcher un éclatement de l’Irak. Outre la visite du président irakien en Iran, Téhéran s’est impliqué dans la conférence pour la réconciliation nationale et apporte son aide à la tenue des élections de décembre 2005 dans l’espoir qu’elles stabiliseront le pays.
Le quotidien conservateur arabe Asharqalawsat souligne que, pour inéluctable qu’il soit, personne en Irak n’a intérêt à ce que le retrait se fasse trop rapidement. Il risquerait de laisser un vide qui nécessiterait d’immenses efforts pour le combler et aurait des retombées catastrophiques sur la stabilité de la région. Tant que le pays n’est pas stabilisé par un programme politique efficace et l’existence de véritables forces de maintien de l’ordre, le retrait ne peut être que « doux ». Quitte à ce que les États-Unis, pour ne pas perdre la face, se tournent vers les acteurs régionaux pour prendre la relève. L’Iran a déjà envoyé des signaux clairs comme quoi il est prêt à collaborer avec les forces d’occupation - ne serait-ce que pour des raisons de détente stratégique avec Washington.
L’analyste politique irakien en exil Abdul-Ilah Al-Bayaty rappelle de son côté dans le quotidien officiel égyptien Al-Ahram que l’histoire irakienne est caractérisée par une résistance constante à toute hégémonie étrangère, notamment sur la question de la gestion du pétrole. Les politiques irakiens savent qu’ils ne pourront survivre s’ils prétendent vouloir confier la gestion du pétrole national à des intérêts étrangers. Pour y parvenir malgré tout, les États-Unis tentent donc de détruire l’unité étatique irakienne et de diviser le pays en plusieurs entités ethniques ou religieuses. Mais la population est attachée à son identité pan-arabo-musulmane et plus celle ci sera attaquée, plus elle sera hostile aux États-Unis et refusera toute légitimité au gouvernement.
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9 décembre 2005
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Pays
Irak
États-Unis
Thèmes
Contrôle du « Grand Moyen-Orient »
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Le président développe la stratégie pour la victoire en Irak »
Auteur
George W. Bush

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[George W. Bush] est président des États-Unis.
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Source
Département d’État (États-Unis)
Référence « President Outlines Strategy for Victory in Iraq », par George W. Bush, Département d’État états-unien, 30 novembre 2005. Ce texte est adapté du discours prononcé devant les promotions de l’Académie militaire d’Annapolis.
Résumé Merci pour ce chaleureux accueil. Je suis heureux en retour de vous donner une excuse pour manquer les cours. C’est la première fois que toutes les promotions de cette Académie regroupent des élèves qui se sont engagés après le 11 septembre 2001. Vous vous êtes tous engagés en temps de guerre et les États-Unis vous remercient pour votre dévotion.
Il y a six mois, je suis venu féliciter la classe de 2005 et souligner l’importance de ses actions dans les guerres du XXIième siècle. Aujourd’hui, elle fait honneur à l’uniforme et nous aide à gagner la guerre au terrorisme. Cette guerre se mène sur de nombreux fronts : les rues des villes occidentales, les montagnes d’Afghanistan, les îles du Sud-Est asiatique, la corne de l’Afrique… etc. Mais le front principal de cette guerre est aujourd’hui l’Irak. Il est important de comprendre qui nous y combattons. Il y a un premier groupe de sunnites qui a refusé le processus politique, mais que nous sommes en train de convaincre. Il y a un deuxième groupes de nostalgiques de Saddam Hussein que nous allons marginaliser et vaincre. Enfin, il y a les islamistes guidés par Zarkaoui qui veulent seulement empêcher les Irakiens d’être libres en tuant des civils. Ils échoueront et en les vainquant en Irak, nous développons également notre sécurité.
Pour les vaincre, nous construisons une société libre en Irak. Nous développons la sécurité et nous réformons l’économie. Pour les combattre, nous devons former les troupes irakiennes, particulièrement efficaces pour lutter contre le terrorisme. Nous développons également la police irakienne. Nos troupes constatent l’étendue des progrès. Quand les troupes locales seront prêtes, et alors seulement, nous pourrons envisager notre retrait d’Irak. Il n’est pas possible de fixer de date butoir. Le sénateur Joseph I. Liebermann l’a parfaitement exposé dernièrement. Nous nous adapterons aux progrès sur le terrain.
Une fois l’Irak devenu un pays libre, nous poursuivrons notre lutte contre l’idéologie de la haine dans tout le Moyen-Orient.
Que Dieu vous bénisse tous et continue de bénir l’Amérique.

« Nos troupes doivent rester »
Auteur
Joseph I. Lieberman

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Joseph I. Lieberman est sénateur démocrate du Connecticut et ancien candidat à l’investiture démocrate à l’élection présidentielle états-unienne de 2004. Il est membre du conseil d’administration du Nixon Center.
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Source
Wall Street Journal (États-Unis)
Référence « Our Troops Must Stay », par Joseph I. Lieberman, Wall Street Journal, 5 décembre 2005.
Résumé Je reviens de mon quatrième voyage en Irak en 17 mois et j’ai pu constater les évolutions et les progrès dans ce pays qui sort du modèle construit par la dictature de Saddam Hussein. Même dans le triangle sunnite on enregistre des avancées. La vie en Irak s’améliore et il y a une forte croissance économique. La véritable guerre en Irak oppose en réalité les 27 millions d’Irakiens aux 10 000 terroristes, nostalgiques de Saddam Hussein ou combattants d’Al Qaida, qui ne veulent pas que le pays soit libres et démocratiques. Les vaincre est une priorité pour notre sécurité nationale et notre sécurité économique.
Avant de me rendre en Irak, je me suis rendu en Israël. C’est la seule vraie démocratie de la région, mais elle sera bientôt rejointe par les Irakiens, les Palestiniens les Libanais, les Koweitiens, les Égyptiens et les Saoudiens. Aujourd’hui, l’Irak est le plus démocratique des pays arabes. À chaque fois qu’on a donné la parole aux Irakiens, ils ont montré qu’ils soutenaient le processus politique.
Les responsables irakiens m’ont tous demandé lors de mon voyage si les États-Unis comptaient s’investir en Irak sur le long terme. Je pense que cela est nécessaire et je me désole qu’au Congrès des démocrates continuent de s’interroger sur les raisons du déclenchement de la guerre il y a trois ans et que des républicains continuent de s’inquiéter avant tout des élections de novembre prochain. Il faut donner la liberté aux Irakiens et vaincre les 10 000 terroristes. Nous y travaillons en formant les troupes irakiennes et en réformant l’économie locale comme Zalmay Khalilzad l’a déjà fait en Afghanistan.

« Mission accomplie : les grandes compagnies pétrolières se sont accaparées l’Irak »
Auteur
Heather Wokusch

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Heather Wokusch est journaliste et éditorialiste dans la presse de gauche états-unienne. Elle est membre fondatrice de la coalition MoveOn dont elle est conseillère pour les questions internationales.
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Source
Dissident Voice
Référence « Mission Accomplished : Big Oil’s Occupation of Iraq », par Heather Wokusch, Dissident Voice, 3 décembre 2005.
Résumé Le plan secret de l’administration Bush pour aider les compagnies d’énergie à voler le pétrole de l’Irak risque fort d’aboutir dans quelques semaines. Les conséquences de cette opération sont considérables : des profits accrus pour le lobby pétrolier, un plus grand assujettissement des Irakiens, plus de troupes états-uniennes dans la région, et une plus grande probabilité d’une invasion de l’Iran . Et ce n’est que le début.
Le problème de l’administration a été de transférer le contrôle des ressources pétrolières irakiennes vers des entreprises privées anonymes sous le manteau de la légitimité, tout en maintenant simultanément des prix élevés. Ils ont trouvé une solution aussi simple que perverse : les PSA (Production Sharing Agreements).
Les PSA sont une moyen pour un gouvernement d’aider l’exploitation pétrolière dans des zones où l’extraction est difficile d’un point de vue technique. Les entreprises foreuses reçoivent des conditions avantageuses qui leur garantissent des profits plus élevés. L’organisation non gouvernementale PLATFORM, spécialisée dans les questions pétrolières, affirme dans son rapport « Crude Designs : The Rip-off of Iraq’s Oil Wealth » que le modèle PSA est en cours d’adoption en Irak, probablement après les élections de décembre, sans aucun débat public. Cela entraînera un coût énorme pour les Irakiens. Ces accords, rédigés par le département d’État états-unien seront une aubaine pour les compagnies pétrolières, dégageant une marge bénéficiaire allant de 42 % à 162 %, très loin des 12 % de ROI habituellement pratiqués dans la branche. Par contre, avec un baril à 40 dollars, l’Irak sera lésée d’entre 74 et 194 milliards de dollars sur les seuls 12 premiers accords signés. Ceci représente sept fois le budget de l’État irakien. Il faut noter que les PSA sont très difficiles à renégocier sans lourdes pénalités. Pendant ces 50 prochaines années les électeurs irakiens seraient de fait interdits de toute modification de ces accords conclu par une administration illégitime.
Pour Greg Muttitt, auteur du rapport, « derrière tous les discours de l’administration voulant créer un Irak démocratique, la politique d’imposer les PSA aboutit à priver l’Irak de tout contrôle démocratique de sa plus importante ressource naturelle. J’irais même plus loin : les États-unis, la Grande-Bretagne et les compagnies pétrolières tirent profit de la faiblesse des institutions irakiennes et de la violence dans le pays pour forcer le gouvernement à signer des accords de longue durée, peu favorables au pays. »
Une fois cette étape franchie en Irak, les perspectives d’une invasion de l’Iran deviennent plus réalistes, étant donné l’ampleur des réserves pétrolières de ce pays. Téhéran est déjà sur la liste des cibles de l’administration Bush, non pas tant pour ses aspirations nucléaires mais pour son intention d’ouvrir, début 2006, un marché d’échanges pétroliers internationaux et basé sur l’euro. La « bourse » pétrolière iranienne serait en compétition directe avec le NYMEX de New York et permettrait à l’OPEP de négliger le billet vert au profit de « pétro-euros » plus profitables. Washington est déterminé à empêcher cette initiative à n’importe quel prix. Si le modèle PSA s’impose en Irak ce sera un précédent pour la région et fournira à l’administration Bush une raison supplémentaire de préparer le prochain changement politique en Iran.

« Tôt ou tard, ça va craquer »
Auteur
Tom Fox
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Quaker originaire de Virginie, aux États-unis, Tom Fox est un des quatre membres de l’ONG Christian Peacemaker Teams retenu en otage par un groupe se faisant appeler « Brigade des épées du Juste en Irak ». À Bagdad il était particulièrement chargé de faire des recherches sur les atteintes aux droits humains commis contre la population tant par les forces de la Coalition que par les diverses factions irakiennes.
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Source
PressAction
Référence « Sooner or later it will snap », par Tom Fox, PressAction, 05 décembre 2005. Ce texte est adapté du dernier e-mail envoyé par l’auteur la veille de son enlèvement.
Résumé Les nouvelles qui me parviennent sur la conférence de la Ligue Arabe au Caire me redonnent espoir. Il semblerait que les différentes factions religieuses et politiques en Irak ont exigé des États-Unis un calendrier pour le retrait de ses troupes. Cela signifie que les leaders sunnites, chiites et kurdes ont été capables de mettre temporairement de côté leurs très grandes divergences et de s’unir pour un appel au départ immédiat des troupes étrangères de leur pays.
J’aimerais pouvoir être aussi optimiste concernant les nouvelles sur le terrain, mais ici -en particulier à Bagdad-, la violence sectaire n’a fait qu’augmenter de jour en jour. Pas une journée sans qu’on y assassine une figure politique ou religieuse.
Le quotidien des Bagdadis est tout sauf normal. Les files devant les stations services s’étendent sur deux kilomètres. Dans un pays qui contient 22 % des réserves de pétrole, les automobilistes poireautent pendant au moins 6 heures pour faire le plein et ne peuvent conduire leur voiture que les jours alternés, en fonction du dernier numéro de leur plaque d’immatriculation. L’éléctricité n’est disponible que quatre heures par jour en moyenne. L’emploi va un peu mieux, à cause des nombreux chantiers de BTP privés qui se mettent en place. Et bien sûr, la sécurité est toujours aussi catastrophique.
Je n’ai jamais rencontré des personnes aussi endurantes que les Irakiens. Mais c’est comme un élastique… on peut l’étirer, l’étirer jusqu’à un certain point, mais tout ou tard il craque. Je prie simplement pour qu’ils tiennent encore un peu, le temps que les troupes états-uniennes s’en aillent et entraînent les autres combattants étrangers avec elles. Les Irakiens ont du pain sur la planche dans le domaine de la résolution de leurs conflits internes, mais je ne pense pas que la résolution de ces conflits soit possible tant que les soldats de M. Bush et les soldats de M. Ben Laden ne se sont pas trouvés un autre endroit pour s’entretuer.

« Israël peut vivre avec un Irak fracturé et en déliquescence »
Auteur
Shlomo Avineri

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Shlomo Avineri est professeur de sciences politiques à l’université hébraïque de Jérusalem. Il est ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien. Membre d’un institut satellite de la CIA chargé de l’assistance aux partis de gauche, il a été impliqué dans les processus de démocratisation de nombreux pays de l’Est européen
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Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Israel could live with a fractured, failed Iraq », par Shlomo Avineri, Los Angeles Times, 4 décembre 2005.
Résumé La plupart des Israéliens soutenaient le renversement de Saddam Hussein. Tout le débat sur les armes de destruction massive irakiennes ne les a pas beaucoup touché, eux que Saddam avait forcé à mettre les masques à gaz par deux fois dans les années 90. Pour les Israéliens, Saddam Hussein ressemblait beaucoup à Hitler dans les années 30 et la politique française d’apaisement à la politique de Vichy. Sa chute a débarrassé Israël d’une menace.
Toutefois, en ce qui concerne le souhait messianique états-unien de faire de l’Irak une démocratie, les Israéliens sont plus sceptiques. Dans les 20 dernières années, on a vu un mouvement de démocratisation global, mais les États arabes en sont restés éloignés. Ce n’est pas l’islam qui est en cause, c’est le fonctionnement des sociétés arabes, sans références démocratiques. En outre, comment créer une démocratie dans un pays qui n’est pas une nation ? Les Arabes sunnites ont toujours dominé l’Irak et ils continuent de se battre pour assurer leur domination. Les élections du 15 décembre n’y changeront rien.
Est-ce une source d’inquiétude pour Israël ? Oui et non. Israël ne veut pas qu’un échec en Irak affaiblisse les États-Unis. Toutefois, un Irak éclaté en trois petits États ou déchiré par une guerre civile ferait disparaître pour longtemps la menace qu’a incarné Saddam Hussein. Quand les États-Unis comprendront-ils qu’on ne peut pas construire une démocratie à l’occidentale en Irak ?

« Le rôle influent de l’Iran en Irak »
Auteur
Hassan Hanizadeh

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Hassan Hanizadeh est éditorialiste du Tehran Times.
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Source
Tehran Times (Iran)
Référence « Iran’s influential role in Iraq », par Hassan Hanizadeh, Tehran Times, 23 novembre 2005.
Résumé Jalal Talabani s’est récemment rendu en Iran pour rencontrer les responsables iraniens. C’est un signe du rôle positif et de l’influence de la république islamique dans la vie politique de l’Irak. Cette visite avait lieu après la conférence pour la réconciliation nationale en Irak organisée au Caire. Cette conférence n’a dû son succès qu’à la présence iranienne. L’Iran continue son action politique en faveur de l’unité et de l’intégrité territoriale de l’Irak.
Toutefois, aujourd’hui, les pays voisins de l’Irak sont affectés par le désordre qui y règne. Avec cela à l’esprit, l’Iran encourage les responsables irakiens à régler leur problème via la discussion. Bien que certains pays voisins tentent de réduire le rôle positif et constructif de l’Iran en jouant la carte du panarabisme, l’attitude favorable de l’Irak a permis de neutraliser leur complot. Téhéran aide aujourd’hui à l’organisation d’élections pacifiques en Irak le 15 décembre. Ces élections permettront de stabiliser la structure politique de l’Irak.
Nous travaillons également à la lutte contre les terroristes arabes qui déstabilisent l’Irak et massacrent des innocents.

« Un retrait états-unien immédiat, programmé ou « doux »…C’est bien le défi irakien »
Auteur
Abdelrahmen Al Rachid

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Abdelrahmen Al Rachid est le rédacteur en chef du quotidien Asharqalawsat .
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Source
Asharqalawsat
Référence « انسحاب أمريكي فوري أم مجدول أم مرن .. هذا هو تحدي العراق », par Abdelrahmen Al Rachid, Asharqalawsat, 04 décembre 2005.
Résumé Le débat ne porte plus sur la nécessité du retrait états-unien, qui est devenu indispensable, mais sur la forme de ce retrait. Ce dernier doit il être immédiat, programmé ou doux ?
Le premier choix ne semble pas être le bon, vu qu’un retrait immédiat laissera un vide qui nécessitera d’immenses efforts, états-uniens ou irakiens, pour le combler. D’ailleurs, face à la complexité de la situation intérieure, les responsables du gouvernement fantoche savent bien que le retrait des forces d’occupation ne peut voir le jour qu’après deux étapes complémentaires. La première concerne la stabilité et l’élaboration d’un programme politique efficace, et la deuxième consiste en la création des services de l’armée et de la sécurité intérieure. Les étapes en question semblent, même pour les pires ennemis de l’occupant, aussi importantes que le retrait lui-même.
C’est le cas des groupes « jihadistes » en Irak qui ne souhaitent pas un retrait immédiat des forces d’occupation. Surtout que ces groupes ont enfin trouvé, après l’Afghanistan, une meilleure base pour mener leur guerre sacrée contre les « mécréants ». L’alternative donc ne peut être qu’un retrait « doux », vu que l’administration états-unienne refuse toujours de présenter son calendrier définitif de départ. Un refus qui peut être expliqué par l’obstination des États-uniens de reconnaître leur défaite contre la résistance qu’ils préfèrent appeler « groupes terroristes ». Car, une défaite annoncée publiquement risque d’avoir des retombées catastrophiques sur la stabilité de la région. Ce qui va profiter aux groupes terroristes, qui ne tarderont pas à mettre la main basse sur ce qui reste de l’Irak et ses ressources.
Ce qui est logique est un retrait « doux » en parallèle avec la mise en place d’organismes gouvernementaux, élus démocratiquement et représentatifs des différentes communautés irakiennes, veillant sur la sécurité et la stabilité du pays. Les acteurs régionaux ont eux aussi un rôle très important dans le déblocage de la situation en Irak. Ainsi, les néo-conservateurs peuvent toujours faire appel à l’assistance iranienne par exemple. Surtout que le régime de Téhéran semble prêt à collaborer avec les forces d’occupation. Ce qui lui permettra, sans doute, de reprendre son souffle après avoir éloigné le danger.
Donc, les différents acteurs irakiens ne doivent pas insister sur un retrait dont les conditions ne sont pas encore mises en place. Par contre, il va falloir préparer un terrain favorable au retrait en question. La communauté internationale est appelée, elle aussi, à assister la population irakienne en lui garantissant une stabilité économique et sociale qui leur permettra de trouver une issue.

« Pourquoi les États-Unis vont perdre »
Auteur
Abdul-Ilah Al-Bayaty
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Abdul-Ilah Al-Bayaty est un analyste politique irakien exilé en France.
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Source
Al-Ahram (Égypte)
Référence « Why the US will lose », par Abdul-Ilah Al-Bayaty, Al Ahram, 9 novembre 2005.
Résumé Dans l’histoire du mouvement patriotique irakien, le principal critère de la lutte patriotique a été l’opposition à toute hégémonie étrangère. On note également que la nationalisation du pétrole irakien a été un succès économique et qu’il n’existe aucune justification à ce que ce pétrole ne soit plus géré par l’État. Dans ces conditions, aucun gouvernement en Irak ne peut survivre si son intention est de confier la gestion du pétrole irakien à des intérêts étrangers. Pour y parvenir malgré tout, les États-Unis veulent détruire la citoyenneté irakienne et diviser le pays en diverses entités ethniques ou religieuses.
La société irakienne, contrairement aux politiciens corrompus et aux chefs de guerre, rejette la politique états-unienne en Irak. Plus les États-Unis s’attaqueront à l’État irakien, plus la société irakienne leur sera hostile. C’est ce qui explique l’échec des forces d’occupation. Les Irakiens sont attachés à leurs racines arabo-musulmanes. Tant que le gouvernement n’aura pas reconnu la souveraineté populaire et le principe de solidarité dans la gestion de l’économie et du système social irakien, il ne sera pas légitime.
Nous rejetons le modèle états-unien de globalisation néo-libérale et l’impérialisme. Nous ne sommes pas seuls, cette opposition se développe partout dans le monde.

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