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Tribunes et décryptages - 13 décembre 2005
Goulag états-unien : arrogance, hypocrisie et la fin de l’indépendance européenne

Décryptage

Interrogé la semaine dernière sur Pacifica Free Radio par des étudiants en journalisme de l’université de Berkeley, le politologue allemand Jacob Singer, ancien conseiller du chancelier Schmidt, résume l’impression qui se dégage de la visite de Condoleeza Rice en Europe « Un pays ami kidnappe un de vos ressortissants [Khaled El Masri] lors de ses vacances, le fait disparaître, lui retire tous ses droits légaux, le torture pendant un an dans une prison secrète, puis finalement le relâche sur un parking en Albanie en lui disant « désolé, on c’est trompés de nom ; rentre chez toi et ferme-la si tu veux pas avoir des ennuis ». Et tout cela sans que le gouvernement de M. Masri, censé protéger ses ressortissants, censé protéger les droits garantis par sa propre constitution, ne s’en émeuve ? Et quand le pays ami reconnaît (après avoir menti) que c’est vrai, vous ne lui posez pas de questions ? Vous vous contentez d’une vague excuse et une promesse que ça ne se reproduira plus ? Et quand le pays ami refuse l’entrée sur son territoire à M. Masri, lui interdisant de fait l’accès à la justice des tribunaux ? Et quand la presse révèle que ce sont vos propres services secrets qui ont livré M. El-Masri à l’arbitraire et la torture ? On ferme les yeux pour ne pas se fâcher avec le Grand Frère. Et cela ce se passe en Europe, toujours si prompte à donner des leçons de civilisation et de droits de l’homme. ». L’auteur concluait que les États-Unis se moquaient aujourd’hui des Droits de l’homme, mais que l’Europe ne faisait qu’adopter une posture oppositionnelle pour satisfaire son opinion toute ne restant soumise : « Si, en 2003, on pouvait encore croire à l’existence d’un axe de la justice et des droits de l’homme en Europe, on voit aujourd’hui qu’il n’en est rien. Nous sommes des nains et nous le savons, mais nous ne voulons pas l’admettre ».

Le très conservateur éditorialiste du Wall Street Journal, Paul Gigot, illustre à merveille l’arrogance états-unienne sur le sujet de la torture en critiquant sévèrement l’attitude européenne « enfantine et hypocrite ». Selon lui, l’Europe fait mine de croire aux « histoires abracadabrantes » inventées par les médias, majoritairement anti-américains (rappelons pourtant que le scandale a éclaté suite à un article du Washington Post), sur la façon dont les États-Unis traiteraient les terroristes. Pratiquant l’amalgame, le Wall Street Journal ramène à nouveau le débat sur le terrain du 11 septembre en affirmant que les personnes ainsi maltraitées sont une poignée de super terroristes et que leur torture est justifiée pour prévenir de nouveaux attentats. De plus, les méthodes employées sont non seulement « relativement douces » mais en plus elles le sont en pleine connaissance de cause des gouvernements européens. Tout critique de l’action des Etats-unis dans sa lutte contre le terrorisme n’est donc que l’expression d’un anti-américanisme démagogue. Les États-Unis n’ont pas besoin de l’Europe, mais l’Europe risque d’être bien embarrassée le jour où elle viendra, comme à l’accoutumée, demander aux « yankees » de la débarrasser d’un nouveau fasciste qui la menace. On retrouve là le mythe originel de la politique étrangère états-unienne (les États-Unis sont les défenseurs du monde libre) qui permet de balayer toute critique et relativiser toute exaction.
Et cela marche ! Lors de sa visite en Allemagne, Condoleeza Rice n’a eu à affronter que quelques remontrances de la part de la nouvelle chancelière Angelika Merkel. Pas un mot pour plaider la cause du citoyen allemand Khaled El-Mesri, innocent enlevé et torturé pour « délit de sale nom » et qui ne peut même pas entrer aux États-Unis pour y demander justice devant les tribunaux. Nazim Makit, élue allemande d’origine kurde s’en émut sur la radio Berliner Kanal : « Est ce que Mesri est passé par pertes et profits parce qu’on ne veut pas faire de peine à notre grand frère d’Amérique ? Ou bien est ce que c’est parce qu’on estime qu’il n’est finalement pas vraiment allemand, avec son nom d’arabe ? En tout cas on se mobilise bien plus pour d’autres otages allemands, aux noms bien de chez nous, en Irak par exemple ». Mais le reste de la gauche allemande se tait, embarrassée par la révélation que l’ancien chancelier Schröder (qui avait été réélu en 2003 à cause de son opposition à la guerre en Irak) et son ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer, ancien militant d’extrême gauche, étaient au courant depuis deux ans des vols secrets de la CIA. Non seulement ils ne s’y sont pas opposés mais on incité les services allemands à participer aux interrogatoires. Quant à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN, qui aurait pu se transformer en tribunal des activités de la CIA, Condoleeza Rice y a obtenu un étonnant succès diplomatique. Coupant court à toute discussion (la France brillant par son mutisme), l’OTAN s’est déclarée « satisfaite par les explications données ». Si Condoleeza Rice dit que les États-Unis ne torturent pas, respectent le droit international et que désormais ses soldats devront s’abstenir d’utiliser des méthodes d’interrogatoire « brutales », alors ce n’est pas la peine d’aller chercher plus loin. Peu importe les faits qui contredissent ces paroles, « on ne voudrait pas passer pour anti-américains primaires » comme l’explique le ministre allemand des affaires étrangères, Walter Steinmeier.
Cette attitude semble tristement donner raison à la militante d’extrême gauche Sabine Meinhoff, qui disait déjà à propos de l’Allemagne et des États-Unis : « ce n’est pas la peine de dialoguer avec les singes, il faut voir directement le patron de la ménagerie ».

Pourtant l’ancien secrétaire d’État au Foreign Office, le travailliste Chris Mullin, rappelle dans The Independent que, au moins, depuis la lutte « anti-insurrectionnelle » au Vietnam (et bien avant si on étudie l’histoire de l’Amérique latine), il n’y a rien de neuf dans l’implication de la CIA dans des tortures et des disparitions inexpliquées. Ce qui est nouveau, c’est que depuis le 11 septembre, c’est un réseau de prisons secrètes, un goulag américain, qui a été construit et dans lequel des prisonniers disparaissent afin d’être soustraits aux garanties que leur accorde la justice états-unienne ou le droit international. La preuve que ces prisons sont perçues comme « honteuses » par les gouvernements occidentaux est le fait que, face à l’agitation européenne, les prisonniers clandestins ont été transférés vers des pays plus « compréhensifs ».

Cette affaire est perçue dans la presse arabe ou proche-orientale non pas comme un signe de plus de la duplicité des États-Unis en matière de Droits de l’homme (car les éditorialistes de cette presse n’attendent plus rien de Washington) mais comme la triste démonstration de la soumission européenne.

L’éditorialiste iranien Mohammed Ali Saki rebondit sur la polémique en rappelant, dans le Tehran Times, les nombreux faits avérés de violation des Droits de l’homme, constatés par des instances internationales irréprochables. Le silence de l’Europe face à ces faits remet en cause le statut de défenseur des Droits de l’homme et de la démocratie dont se targuait l’Union européenne. Bien sûr, la riposte iranienne n’est pas exempte d’arrière-pensées stratégiques, la campagne en cours par l’UE sur le nucléaire iranien faisant souvent appel à la question des Droits de l’homme et de la démocratie pour faire pression sur Téhéran. Les Iraniens se font donc un plaisir de renvoyer la balle en pointant les incohérences des donneurs de leçons.

D’une manière générale, dans la presse arabe, la duplicité voire la lâcheté européenne est vécue comme une déception. Face à l’arrogance et aux exactions commises par les États-Unis ces dernières années - et notamment, comme le rappelle Jacob Singer, suite aux grandes manifestations contre la guerre en Irak - il s’était créé un mythe, celui d’une Europe « contre poids » aux visées impériales des néo-conservateurs. L’absence de réaction véritable aux cas de violations de Droits de l’homme sur son propre territoire met sérieusement en question ce mythe. Pour l’intellectuel et député koweitien Ahmed Youssef Al Daiij dans Al Watan, cette affaire montre bien le double langage des politiques. Alors que l’Occident ne cesse d’appeler à respecter les Droits de l’homme et se permet de traduire en justice les pays qu’ils estiment en être violateurs, il se soumet sans broncher à une administration états-unienne qui officialise la torture et le mépris des droits humains. La crédibilité non seulement des États-Unis, mais de l’Occident donneur de leçons tout entier est sérieusement remise en question. L’écrivain libanais Hazem Saghieh, qui avait pourtant soutenu les États-Unis lors des deux guerres d’Irak, ne dit pas autre chose dans le quotidien pan-arabe anglophone Dar Al-Hayat. Il regrette que l’Europe et les États-Unis, autrefois pionniers dans le domaine des Droits de l’homme, voient cette image infirmée quotidiennement par les nouveaux scandales éclatant sur les exactions commises par les États-Unis et la complicité européenne.
Mais il faut espérer que cette déception accélère la destruction du mythe de l’Europe « vertueuse », de l’Occident « civilisé », deux ingrédient fondamentaux de la guerre des civilisations et des justifications morales des aventures coloniales

De manière quelque peu pathétique, la haute commissaire aux Droits de l’homme à l’ONU, Louise Arbour, qui brigue le fauteuil de premier secrétaire en remplacement de Kofi Annan, rappelle dans l’International Herald Tribune que l’interdiction absolue de la torture est la pierre angulaire de l’édifice international des Droits de l’homme. La lutte contre le terrorisme ne peut pas servir à éroder cette interdiction. Elle appelle donc tous les gouvernements à s’engager à prendre des mesures pour, non seulement, condamner la torture mais aussi interdire les transferts de prisonniers dans des pays où la torture se pratique et interdire l’usage d’informations obtenues sous la torture. Outre la faiblesse d’un tel appel face à la gravité de la situation, on se demande quelle chance il a d’aboutir dans une organisation dirigée par un conseil de sécurité de cinq membres… dont Amnesty International et HRW rappellent qu’ils pratiquent chacun la torture à des degrés divers.

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13 décembre 2005

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 Torture
 Contrôle de l’Europe

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« La torture européenne de Condi »

Auteur Paul Gigot

 Ancien collaborateur du Far Eastern Economic Review de Hong Kong et de la National Review, Paul Gigot est éditorialiste du Wall Street Journal

Source Wall Street Journal (États-Unis)
Référence « Condi’s European Torture », par Paul Gigot, The Wall Street Journal, 7 décembre 2005.

Résumé Quel spectacle cette semaine, lors du voyage à travers l’Europe de Condoleezza Rice et qui rencontrait à chaque pas des personnes outrées que la CIA ait pu - peut-être - détenir des terroristes dans des prisons européennes ! Si la secrétaire d’État n’avait pas été aussi diplomate, elle aurait carrément annulé son voyage et annoncé qu’elle ne reviendrait que le jour où les hommes politiques du continent auront décidé de se comporter comme des adultes.
Cela fait partie des obsessions européennes que de se soucier sans cesse de l’arrivée imminente du fascisme en Amérique, et ce alors que c’est en Europe que des nouveaux dictateurs semblent surgir à chaque décennie. Et quand cela se produit, l’Europe crie à l’aide et Washington s’empresse de faire son devoir. La dernière fois c’était il y a quelques années, quand les États-Unis ont mis fin au règne de Milosevic, qui narguait l’Europe depuis longtemps. Ce serait bien si l’Europe nous disait, pour une fois, merci et se décidait à aider l’Amérique avec son problème de sécurité, ne serait-ce que parce que le terrorisme islamique concerne également la sécurité de l’Europe. Au lieu de cela, Mmme Rice doit supporter de se faire sermonner à propos de soi disant « prisons secrètes » dans lesquelles se trouvent des terroristes qui ont assassiné plus de 3000 Américains.
Nous disons "soi-disant" car il est inimaginable que la CIA ait pu agir sans que les pays concernés soient au courant. Au contraire, dans la plupart des cas, le gouvernement états-unien marque des points contres les terroristes « grâce à l’étroite collaboration de nos services secrets avec les services étrangers » comme l’a rappelé Mme Rice. Les mesures de « Rendition », qui impliquent plusieurs services nationaux dans le transport, l’emprisonnement et l’interrogation de terroristes, sont exactement le type d’arme dans la lutte anti-terroriste qui devrait plaire aux européens multilateralistes.
Mais quand le Washington Post publia un article sur ces « prisons secrètes », ce fut un festival d’hypocrisie. Le ministre britannique Jack Straw se déclara choqué au nom de l’Union européenne et réclama par courrier des éclaircissements, le commissaire européen à la Justice menaça les États membres ayant soutenu les États-Unis de graves conséquences pouvant aller jusqu’à l’interdiction de voter dans les instances européennes. La presse anti-américaine qui domine en Europe tournait à plein régime.
Pourquoi cela ? Essentiellement par opportunisme et lâcheté politique. Il faudrait féliciter les pays qui aident les États-Unis dans la lutte contre le terrorisme. Mais les médias européens n’ont cessé de publier des histoires abracadabrantes sur la façon dont les États-Unis traitent leurs prisonniers, pour les démagogues anti-américains c’est donc une occasion rêvée d’enfoncer le clou et même les politiques européens amis n’ont pas le courage de s’y opposer.
La promesse de Madame Rice, qui rappelle fermement que les États-Unis ne torturent personne, que ce soit en Europe ou ailleurs, devrait suffire aux Européens. De plus, si l’on en croit les rapports de la CIA, ces prisons « secrètes » n’abritent qu’une douzaine de cadres haut placés d’Al Qaida, parmi eux l’organisateur des attentats du 11 septembre, Khalid Sheikh Mohammed. La méthode d’interrogation la plus dure utilisée contre ces terroristes est le « Waterboarding », qui provoque une sensation d’étouffement. Elle est dure, mais elle est aussi utilisée sur des soldats américains pour les préparer aux interrogatoires. Nous supposons que de très nombreux Européens l’accepteraient s’ils savaient qu’elle permettrait de prévenir un nouveau Madrid.
Avant comme après le 11 septembre, les services secrets européens ont étroitement collaboré avec les États-Unis. Ceux qui ont failli ce sont les leaders politiques, les représentants du peuple qui refusent de reconnaître cette collaboration et d’en défendre la nécessite morale. Ceci est moins dangereux pour l’Amérique - nous avons les moyens de nous défendre nous-même - que pour l’Europe. Les Européens feraient bien de s’inquiéter de ce qui se passera le jour où l’opinion publique américaine leur rendra la monnaie de leur pièce, quand l’Europe viendra à nouveau supplier les Yankees de la débarrasser un de ces fascistes qu’elle sait si bien engendrer.

« L’Amérique doit nous dire la vérité sur ses goulags »

Auteur Chris Mullin

 Ancien journaliste et ancien secrétaire d’État au Foreign Office, Chris Mullin est député travailliste britannique.

Source The Independent (Royaume-Uni)
Référence « America must tell us the truth about its gulag », par Chris Mullin, The Independent, 4 décembre 2005.

Résumé Dans son livre Descent Interval retraçant la fin de la Guerre du Vietnam, l’ancien agent de la CIA Franck Snepp décrit le sort d’un prisonnier communiste de haut rang : Nguyen Van Taï. Après avoir passé quatre ans en confinement dans un lieu secret, on le fit « disparaître » en le balançant hors d’un avion à 10 000 pieds au dessus de la mer de chine. Cet épisode montre qu’il n’y a rien de neuf dans l’implication de la CIA dans des tortures et des disparitions inexpliquées. Ce qui est nouveau, c’est que depuis le 11 septembre, c’est un réseau de prisons secrètes, un goulag américain, qui a été construit et dans lequel des prisonniers disparaissent.
Les preuves de ce goulag sont apparues progressivement. Les survivants ont refait surface et des rapports sur des transferts de prisonniers vers des pays où la torture est pratiquée ont été publiés. Nous savons aujourd’hui que les avions de transferts de la CIA sont des habitués des aéroports britanniques. Parfois deux avions sont sur le même aéroport au même moment, ce qui suggère des échanges entre eux.
Rien ne prouve que le gouvernement britannique est complice, mais il est au moins manifeste que l’ignorance de ces passages est volontaire. Jack Straw aurait dû exiger des explications de Condoleeza Rice. Aujourd’hui, se sentant sans doute épié par les citoyens britanniques, les États-Unis passent sans doute par des pays moins curieux. Ce n’est pas une raison pour classer le dossier.

« L’hypocrisie de l’UE concernant les prisons de la CIA »

Auteur Mohammed Ali Saki
Mohammed Ali Saki est journaliste et éditorialiste au Tehran Times.

Source Tehran Times (Iran)
Référence « EU hypocrisy on CIA secret prisons par Mohammed Ali Saki, Tehran Times,6 décembre 2005.

Résumé Les allégations concernant les vols de la CIA en Europe amenant des prisonniers dans des prisons secrètes a gravement remis en cause le statut de défenseur des Droits de l’homme et de la démocratie dont se targuait l’Union européenne. Condoleeza Rice a refusé de commenter les informations mais a précisé que les mesures extraordinaires avaient sauvé des vies européennes tout en insistant sur le fait que les États-Unis ne tolèrent pas la torture.
Selon Der Spiegel, le gouvernement allemand a pris connaissance de 437 vols de la CIA dans son espace aérien, mais Berlin ne veut pas se fâcher avec les États-Unis. The Guardian a pour sa part dénombré 210 vols au Royaume-Uni. Le 2 novembre 2005, le Washington Post a révélé que la CIA utilisait des prisons secrètes dans les ex-pays du bloc communiste, prisons dans lesquels les détenus n’ont aucun droit et sont placés en isolation. La localisation de ces prisons illégales n’est connue de seulement quelques responsables. D’après le Post, les interrogatoires pratiqués dans ces prisons violent les conventions de l’ONU et la loi militaire états-unienne. L’American Civil Liberties Union a décidé d’attaquer la CIA devant les tribunaux. Amnesty International affirme que Guantanamo fait partie d’un vaste réseau de prisons. Le CICR affirme que les pratiques de Guantanamo sont assimilables à de la torture. Human Right Watch affirme que des pratiques d’humiliations religieuses, contraires à la convention de Genève sont courantes. Aujourd’hui, des parlementaires européens comme Sarah Ludford demandent des comptes.
Pendant ce temps, Porter Goss et Dick Cheney demandent que la CIA ne soit pas soumise aux législations interdisant la torture. Il est probable que les dirigeants européens savent ce qui se passe dans leurs pays, mais ils ne disent rien. Comment peuvent-ils être crédibles sur les droits de l’homme dans ces conditions ?

« Une politique lâche »

Auteur Ahmed Youssef Al Daiij
Ahmed Youssef Al Daiij est écrivain, médecin et journaliste dans le quotidien koweitien Al Watan. Il est également membre du parlement koweitien et directeur du « Centre pour le développement des relations arabo-occidentales » au Koweït.

Source Al Watan (Koweit)
Référence « سياسة رعناء », par Ahmed Youssef Al Daiij, Al Watan, 04 décembre 2005.

Résumé Les États-Unis ne cessent d’appeler à respecter les Droits de l’homme et à traduire en justice les pays qu’ils estiment en être violateurs. Pourtant, tous les indices confirment le leadership de l’administration Bush dans ces manœuvres. D’ailleurs, la récente condamnation exprimée par le Parlement européen, dont l’objectif est de mener une enquête sérieuse dans l’affaire des prisons secrètes états-uniennes en Europe, prouve que les néo-conservateurs ont franchi la ligne rouge dans cette affaire.
Dans l’Occident « développé », les Droits humains sont sacrés à tel point qu’aucune raison ne peut justifier leur violation. Ainsi, un étranger qui ne respecte pas une loi quelconque, par ignorance par exemple, est sujet d’une poursuite selon la règle « nul est censé ignorer la loi ». Toujours selon les régimes occidentaux, les mêmes règles ne doivent pas être adoptées par les États « sous développés ». Dans ce cadre, l’Australie par exemple s’est attaquée à l’État singapourien, l’un des plus respectueux des Droits de l’homme dans le monde, lorsqu’il a appliqué un jugement de peine de mort pour un criminel australien ayant causé la mort d’un grand nombre de citoyens singapouriens.
Les signes de la dégradation, voire l’échec de la politique étrangère états-unienne adoptée par les néo-conservateurs et leur dictateur Bush, peuvent être constatés à travers plusieurs actes et déclarations. Dont celle de Mlle Condoleeza Rice, qui a demandé aux pays européens de ne pas évoquer l’affaire des prisons secrètes. De même, l’administration Bush cherche à enterrer, entre autres, le scandale touchant Donald Rumsfeld relatif à la publication d’articles, écrits par des officiers états-uniens, dans les journaux irakiens. Des articles visant à améliorer l’image des forces d’occupation en Irak.
Je n’ai pas pu mener de recherche ou demander à l’un de nos amis dans l’ambassade états-unienne si leur histoire a témoigné le renvoi de l’un ou de certains de leurs présidents suite à l’incapacité de gérer le pays. C’est l’un de mes vœux les plus chers, et c’est le moment idéal pour le faire, sachant que la réputation de l’actuel locataire de la Maison blanche, Bush le président pieux, a connu une dégradation sans égal.

« L’épreuve de l’Europe et de la démocratie face à… Bush »

Auteur Hazem Saghieh
Ecrivain et journaliste libanais, Hazem Saghieh dirige Tayyarat (« Courants »), le supplément hebdomadaire du quotidien panarabe de Londres Dar Al-Hayat. Il a publié plusieurs livres en arabe, notamment en 2003, une Histoire du parti Baas irakien.

Source Dar Al-Hayat (Royaume-Uni)
Référence « The Ordeal of Europe and Democracy with … Bush », par Hazem Saghieh, Dar Al-Hayat, 6 décembre 2005.

Résumé Sous la direction de George W. Bush, les États-Unis semblent aujourd’hui s’attaquer en Europe aux principes démocratiques qu’ils prétendent diffuser dans le monde. Il n’en a pas toujours été ainsi. Autrefois, l’Europe et les États-Unis ont été des pionniers des valeurs civilisées, mais tout cela a changé. Il n’y a plus une semaine sans qu’on découvre une action états-unienne ou européenne contre ces valeurs.
Le Daily Mirror a révélé que les États-Unis et le Royaume-Uni avait eu le projet de bombarder Al-Jazeera au Qatar. Le Los Angeles Times a révélé que le ministère états-unien de la défense payait des « journalistes » irakiens pour publier des articles en arabe vantant les bienfaits de l’occupation. Aujourd’hui, on apprend que la CIA a des centres de détention en Europe. Dans le même temps, en Europe l’administration Bush diffuse les tendances sécuritaires, oppose les pays européens entre eux et soutient les coalitions droitières lors des élections nationales (comme en Allemagne). Pour cela, l’administration Bush bénéficie du soutien d’intellectuels comme Bernard Henry Levy ou son camarade Alain Finkielkraut.
Cela démontre le danger de l’abandon aux États-Unis de l’incarnation de la « conscience démocratique ».

« Pas d’exception sur l’interdiction de la torture »

Auteur Louise Arbour

 Haut-commissaire de l’ONU aux Droits de l’homme, la Canadienne Louise Arbour est l’ancienne présidente de la commission d’enquête sur les services pénitentiaires du Canada, ancienne procureur auprès des Tribunaux spéciaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda à La Haye puis juge de la Cour suprême au Canada. A la tête du Haut-Commissariat de l’ONU aux Droits de l’homme, elle a succédé à Sergio Vieira de Mello.

Source International Herald Tribune (France)
Référence « No exceptions to the ban on torture », par Louise Arbour, International Herald Tribune, 5 décembre 2005.

Résumé L’interdiction absolue de la torture, pierre angulaire de l’édifice international des Droits de l’homme, est aujourd’hui en péril. Personne ne dénie aux gouvernements le droit et même le devoir de défendre leurs concitoyens. Le terrorisme représente en effet une grave menace et face à un danger immédiat, certains droits peuvent être limités temporairement. Toutefois, le droit à ne pas être torturé ne fait pas partie de ces droits qu’on peut suspendre. C’est un droit inaliénable.
Beaucoup de pays membres de l’ONU ignorent cette interdiction. Il existe une tendance insidieuse dans l’affirmation que le monde a changé et qu’il faut revenir sur l’interdiction. Deux phénomènes ont un effet corrosif sur l’interdiction de la torture. Le premier est le transfert de prisonniers vers des pays qui pratique la torture en échange d’ « assurances » diplomatiques qu’ils ne seront pas torturés. Le second phénomène est la création d’un nombre inconnu de centres de détentions secrets. Ces types de détention facilitent l’emploi de la torture.
Je demande à tous les gouvernements de :
- Condamner la torture.
- Interdire les transferts de prisonniers dans des pays où la torture se pratique.
- Juger les responsables de tortures.
- Interdire l’usage d’informations obtenues sous la torture.
- Ratifier le traité d’interdiction et ses protocoles additionnels.

 



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