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Tribunes et décryptages - 14 décembre 2005
L’OTAN à l’heure du « Choc des civilisations »

Décryptage

Comme nous l’avons déjà expliqué dans nos colonnes, le « Choc des civilisations » n’est pas une simple théorie sur l’évolution des relations internationales. C’est un programme construit au sein du Conseil national de sécurité états-unien et dans les think tanks liés au complexe militaro-industriel visant à construire un adversaire stratégique fictif permettant de justifier le développement des crédits militaires et l’interventionnisme militaire dans les zones concentrant les dernières ressources énergétiques fossiles exploitables.
Sur cette base, on a construit et mythifié médiatiquement un vaste complot islamiste mondial, en guerre contre l’ « Occident ». Les attentats du 11 septembre 2001 seraient une déclaration de guerre d’une importance stratégique équivalente au déclenchement de la Guerre froide, Al Qaïda une menace comparable (voire plus dangereuse) que l’URSS et l’ordre mondial né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale devrait être transformé radicalement afin de faire face à ces nouvelles données. Ces postulats viennent se greffer au discours dominant sur la globalisation économique en une vulgate idéologique justifiant à la fois la remise en cause du droit international, la limitation des libertés des citoyens et l’adoption du modèle économique anglo-saxon au motif que le XXIième siècle offrirait à la fois de « nouvelles opportunités », mais également de « nouveaux risques ». Bref, le monde doit « s’adapter aux nouveaux défis du XXIième siècle », slogan que les lecteurs de Tribunes et décryptage ne cessent de lire dans nos résumés.

Le socle de l’aspect géopolitique de ce discours commun est l’hypertrophie médiatique du « péril islamiste », comparable aux totalitarismes nazi et stalinien. Cette comparaison n’est pas toujours assumée, mais sert de postulat de départ implicite à bien des analyses ou justifications politiques. Rares sont ceux qui, parmi les décideurs politiques ou les analystes géostratégiques dominants, la remettent aujourd’hui en cause.
Toutefois, l’ancien conseiller de sécurité national de Jimmy Carter Zbigniew Brzezinski, dénonce l’emphase entourant Al Qaïda et le terrorisme islamiste, le trouvant improductif. Dans le Washington Post il affirme que l’insistance de l’administration Bush dans la dénonciation du « jihadisme » donne des États-Unis l’image d’une nation de couards et brise la force mobilisatrice et rassembleuse de Washington dans le monde. Par ailleurs, cette rhétorique dessert la politique états-unienne contre la Russie et favoriserait celle de Vladimir Poutine. On devine dans la tribune de l’ancien concepteur de la politique d’épuisement de l’URSS en Afghanistan que, plus que la phraséologie bushienne, ce sont les priorités stratégiques qu’il conteste. Pour lui et une partie des démocrates, contrer le redressement russe est une priorité au moins aussi importante que le contrôle du Proche-Orient. Dans ces conditions, toute politique qui favoriserait un rapprochement de la Russie avec les pays musulmans est à combattre.
Toutefois, l’opinion de M. Brzezinski fait figure d’exception aujourd’hui dans le champ médiatique occidental.

Toujours dans le Washington Post, la secrétaire d’État états-unienne, Condoleezza Rice, se livre à une promotion des principes de sa politique étrangère bien plus conforme à l’idéologie dominante. Dans sa tribune, où elle multiplie les allusions, elle expose sa doctrine qui mêle à la fois le principe de la Pax Democratica, chère à Madeleine Albright, mise en scène du péril islamiste et choc des civilisations. Elle affirme qu’aujourd’hui, le monde a radicalement changé et que les menaces qui planent sur tous les États du monde ne sont plus étatiques. Le danger vient de réseaux terroristes qui prolifèrent dans les États faibles ou en déliquescence. Cela induit qu’il convient désormais de réduire l’importance de la souveraineté des États dans le système international puisqu’il est important d’agir à la place des États impuissants. Et ce d’autant plus que, d’après Melle Rice, la menace principale n’est plus la guerre entre États. En outre, la secrétaire d’État affirme que ce qui importe, ce n’est plus le rapport de force entre les États, mais les régimes adoptés. Cette formule sibylline signifie que le nouvel ordre international souhaité par l’administration Bush ne doit plus se soucier de fixer une égalité entre les États, et ne doit donc plus se soucier de l’hégémonie états-unienne, mais doit servir à la diffusion d’un régime particulier.
Melle Rice ne parle pas de la « communauté des démocraties » qu’avait promue Madeleine Albright, mais on y pense fortement à la lecture de son texte. De même, elle ne prétend pas que le « jihadisme » est une menace comparable au bloc soviétique. Mais en comparant son action à celle de Dean Acheson, secrétaire d’État en poste au début de la Guerre froide, elle le suggère. Enfin, Melle Rice revenant d’un voyage en Europe et M. Acheson ayant été le fondateur de l’OTAN, on est également tenté de voir dans les propos de la secrétaire d’État sur le nécessaire « changement de doctrine » un appel à une refonte du camp atlantique et des outils constitués pour la Guerre froide.

Condoleezza Rice ne cite pas l’OTAN dans son texte, mais sa tournée européenne a replacé cette institution au cœur des préoccupations atlantistes dans les médias. Il ressort de la plupart des textes publiés sur le sujet que l’Alliance atlantique doit « s’adapter aux nouveaux défis du XXIième siècle », pour reprendre la formule consacrée. Elle doit se transformer en une machine servant les intérêts états-uniens face aux nouveaux ennemis désignés sous couvert de promotion de la démocratie.
L’OTAN a déjà beaucoup changé. Elle est devenue durant les années 1990 une alliance militaire offensive en ex-Yougoslavie, se substituant à l’ONU pour condamner ou attaquer les États. Lors du sommet du cinquantenaire, elle a envisagé de sortir de sa zone d’action tradionnelle et d’étendre ses missions, y compris à des actions de police. Après les attentats du 11 septembre, elle est passée à l’acte pour attaquer l’Afghanistan et aujourd’hui, les responsables atlantistes plaident en faveur de son élargissement territorial et de l’extension de ses compétences.

Illustration de cette transformation, le service de presse de l’OTAN diffuse le discours que le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jaap de Hoop Scheffer, a prononcé le 1er décembre 2005 à Doha, lors d’une conférence sur le rôle de l’OTAN dans le Golfe arabo-persique organisée conjointement par l’OTAN et la Rand Corporation. Il s’agissait de la première visite officielle d’un secrétaire général de l’OTAN en exercice dans la région. L’auteur présente les évolutions de l’Alliance et appelle au partenariat avec les États du Golfe. Il loue la collaboration de ces pays et de l’Alliance atlantique au sein de l’Initiative d’Istanbul et la justifie au nom des évolutions géopolitiques et des transformations des régimes locaux. Ainsi, il place l’OTAN comme une organisation soutenant les réformes démocratiques régionales et étendant sa protection (bienveillante) aux nations en voie de démocratisation face à la nouvelle menace globale que serait le terrorisme international.

Mais aujourd’hui, pour les cercles atlantistes, l’OTAN, dans sa structure actuelle, n’est plus adaptée aux nouveaux rôles qu’on veut lui faire jouer. Les responsables se mobilisent donc en faveur d’une transformation de ses statuts et de son organisation militaire.

Dans Le Monde, Victoria Nuland, ambassadrice états-unienne auprès de l’OTAN et épouse du théoricien néo-conservateur Robert Kagan, appelle à une refonte de l’alliance tout en restant dans le flou le plus total sur les modifications concrètes qu’elle souhaite apporter aux structures de l’alliance. Sa tribune est avant tout la répétition constante de l’argumentaire classique sur la nature globale des « périls du XXIième siècle ». Toutefois, bien que ce texte ne fasse aucune proposition concrète, il révèle le projet états-unien pour l’OTAN. En demandant que l’alliance atlantique devienne le lieu de rassemblement des démocraties et agisse dans le domaine militaire, humanitaire mais aussi dans le domaine économique (afin d’assurer la prospérité de ses membres), Mme Nuland substitue l’OTAN à l’ONU. Bien que non explicite, l’ambassadrice prépare les lecteurs du Monde au remplacement de l’organisation internationale par une communauté des démocraties atlantistes ayant l’OTAN pour socle.
Dans le quotidien conservateur espagnol ABC, l’ancien président du gouvernement espagnol, José Maria Aznar, présente une analyse analogue, inspirée de son rapport L’OTAN, une alliance pour la liberté. Il prétend lui aussi que l’OTAN doit changer et s’adapter aux « nouvelles menaces ». Hier, l’OTAN défendait le « monde libre » face au communisme, aujourd’hui, elle doit affronter le « péril jihadiste ». Pour cela, il faut que l’OTAN devienne l’alliance militaire des « démocraties » et inclut le Japon, Israël et l’Australie. Allant plus loin, l’auteur demande également que l’alliance développe son importance dans le domaine de la sécurité intérieure de ses membres et rompe avec le principe d’unanimité dans sa prise de décision. Dans ces conditions, l’OTAN pourrait influencer les législations nationales en matière de sécurité sans avoir à être soumis à un principe d’unanimité. L’entrée dans l’organisation de pays atlantistes comme l’Australie, le Japon et Israël renforcerait par ailleurs le poids des États-Unis dans une organisation soumis au principe majoritaire.
Rappelons que l’OTAN n’est pas, par vocation, une alliance de démocraties comme se plait à la présenter M. Aznar. Le Portugal de Salazar en fut un membre fondateur, la Grèce du régime des colonels y eut toute sa place et, via le réseau stay behind, l’alliance participa à différentes tentatives de déstabilisations d’États membres ou de coups d’État. Il est vrai que l’Espagne n’adhéra formellement à l’alliance qu’en 1981, après la démocratisation espagnole. Toutefois, l’alliance ne fit rien pour soutenir cette démocratisation et mis tout son poids pour empêcher les communistes espagnols de trop peser sur le processus démocratique.
En renforçant le poids de l’OTAN dans les affaires internes des pays européens au nom de la lutte contre la « menace islamiste », c’est à un renforcement des capacités d’ingérence politique des États-Unis que l’on assisterait, une ingérence qui n’a rien de « démocratique ».

Toutefois, pour réformer l’OTAN et en faire ce que souhaite Washington, encore faut-il que les États-Unis en aient les moyens.
L’éditorialiste conservateur du Washington Post, Jim Hoagland, estime que les pays de la « vieille Europe » pourraient bloquer le processus de « réforme » tant désiré. Il recommande à l’administration Bush d’être prudente mais aussi de tirer profit du moment présent : les dirigeants français sont confrontés à des difficultés intérieures qui affaiblissent leur capacité de nuisance au sein de l’Alliance atlantique et Gerhard Schröder a été remplacé par une chancelière bien plus ouverte. Aussi, si les États-Unis procèdent habilement et s’appuient sur le Royaume-Uni, l’Italie et les anciens pays du Bloc soviétique, l’administration Bush devrait parvenir à transformer l’Alliance comme elle le souhaite.
Au milieu de cet optimisme atlantiste et de ses rêves de réformes, l’analyste atlantiste et conseiller d’Angela Merkel, Detlef Drewes, s’inquiète pour sa part dans le Braunschweiger Zeitung de l’avenir de l’Alliance atlantique. Aujourd’hui, la duplicité du discours des États-Unis en matière de valeurs démocratiques est évidente pour tous et Washington ne semble rien faire, ou ne rien pouvoir faire, pour y remédier. Dans ces conditions, il devient difficile en terme d’image pour les gouvernements européens de s’associer aux États-Unis et de mener des actions conjointes.

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14 décembre 2005

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 OTAN

Thèmes
 Contrôle de l’Europe
 OTAN, alliance militaire pour une domination anglo-saxonne globale

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Ces deux choses ont-elles quoi que ce soit en commun ? »

Auteur Zbigniew Brzezinski

Zbigniew Brzezinski fut conseiller de sécurité nationale du président Carter et directeur exécutif de la Commission Trilatérale. Il est membre du Center for Strategic and International Studies. Il a notamment publié Le Grand échiquier.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence

« Do These Two Have Anything in Common ? », par Zbigniew Brzezinski, Washington Post, 4 décembre 2005.

Résumé

Dans une série de discours au peuple américain, George W. Bush a comparé le terrorisme actuel à la menace incarnée dans le passé par le totalitarisme communiste. Cette comparaison se justifie-t-elle ?
Quand le président fait cette comparaison, il place implicitement Ben Laden au même niveau que Lénine, Staline ou Mao et suggère que le dissident saoudien qui se cache dans quelques grottes (ou qui est mort) a développé une doctrine universelle. Le « djihad » aurait le potentiel pour dominer les esprits de centaines de millions de personnes. C’est un beau compliment pour Ben Laden, mais il n’est pas justifié.
L’idéologie de Ben Laden ne pourrait pas se développer au-delà de quelques régions du monde alors que le communisme est une doctrine aux échos universels. En outre, le communisme était un défi idéologique global soutenu par une énorme puissance militaire. Les deux blocs auraient pu entraîner la mort de 120 millions d’Américains et de Soviétiques en quelques heures dans un échange de tirs nucléaires. Comparé à cela, Al Qaïda n’a pas une idéologie attrayante et a des moyens, pour l’instant au moins, limités.
La peur qu’inspire la comparaison peut avoir une force mobilisatrice à court terme mais, à long terme, elle ne peut mener qu’à la détérioration de l’image des États-Unis, qui apparaîtront comme une nation guidée par la crainte, ce qui en fait un partenaire peu attirant pour nos alliés. En outre, en associant continuellement terrorisme et islam, la phraséologie états-unienne peut pousser les musulmans dans leur ensemble à se sentir visés. En reprenant cette rhétorique à son compte, Vladimir Poutine a même pu justifier sa guerre contre les Tchétchènes.
Ce discours est contre-productif.


« La promesse de la paix démocratique »

Auteur Condoleezza Rice

Ancienne doyenne de l’université de Stanford, ancienne administratrice de la Rand Corporation et de Chevron Texaco, [Condoleezza Rice] est conseillère de sécurité nationale de George W. Bush.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence

« The Promise of Democratic Peace », par Condoleezza Rice, Washington Post, 13 décembre 2005.

Résumé

Presque aussitôt après avoir pris mes fonctions au sein du département d’État, j’ai décoré mon bureau avec un portrait de Dean Acheson, mon prédécesseur à ce poste après la Seconde Guerre mondiale. Comme Acheson et ses contemporains, nous vivons une époque de grands changements qui nécessitent une transformation des doctrines passées. Nous devons rompre avec le Statu quo qui ne sert plus nos intérêts.
Aujourd’hui, pour la première fois depuis le traité de Westphalie en 1648, le risque de conflit violent entre grandes puissances est devenu presque inenvisageable. Pour soutenir cette tendance, les États-Unis favorisent les relations avec la Russie, la Chine, l’Inde, le Japon, l’UE afin de construire un équilibre des pouvoirs favorisant la liberté, priorité du second mandat de George W. Bush. Depuis plus de 350 ans, le système moderne repose sur la souveraineté des États mais aujourd’hui, les plus grands risquent viennent des dynamiques issues des États faibles ou en déliquescence et le risque d’acquisition d’armes de destruction massive par des mouvements criminels ou terroristes. Par ailleurs, la nature des régimes importe désormais plus que la distribution du pouvoir. Par conséquent, il n’y a plus de distinctions à faire entre notre sécurité et nos aspirations démocratiques.
Cette lutte pour la démocratie est particulièrement importante au Moyen-Orient, une région qui peut, et doit, s’ouvrir à la démocratie sous peine de voir l’idéologie de la haine continuer à s’y développer. Cela va prendre du temps, mais nous créerons les opportunités. C’est cette politique qui a libéré le Liban de l’occupation étrangère, démocratisé l’Autorité palestinienne, l’Égypte ou le Koweït.
Nous perpétuons l’action de Dean Acheson.


« Le rôle de l’OTAN dans la sécurité du Golfe »

Auteur Jaap de Hoop Scheffer

Ancien ministre chrétien-démocrate des Affaires étrangères des Pays-Bas, Jaap de Hoop Scheffer est secrétaire général de l’OTAN.

Source Service de presse de l’OTAN
Référence

« NATO’s role in Gulf security », par Jaap de Hoop Scheffer, Service de presse de l’OTAN, 1er décembre 2005. Ce texte est adapté d’un discours prononcé au Qatar lors d’une conférence sur le rôle de l’OTAN dans le Golfe arabo-persique organisée conjointement par l’OTAN et la Rand Corporation.

Résumé

Ma visite aujourd’hui est la première d’un secrétaire général de l’OTAN dans la région du Golfe. Je suis heureux et honoré d’être ici à Doha et je remercie le Qatar d’avoir organisé cette conférence en partenariat avec l’OTAN et la Rand Corporation. Le thème de cette conférence est « le rôle de l’OTAN dans la sécurité du Golfe » et elle illustre le rapprochement entre l’alliance atlantique et les États du Golfe. J’espère qu’elle permettra encore de développer nos liens. Notre dialogue découle naturellement de la transformation de l’OTAN.
Il y a trois raisons pour lesquels l’OTAN doit s’impliquer dans la sécurité de la région du Golfe :
- Les menaces auxquelles nous devons faire face aujourd’hui nous affectent tous. Le terrorisme, les États en déliquescence, la prolifération des armes de destruction massive, le trafic d’êtres humains, d’armes ou de drogues sont désormais des questions globales.
- L’OTAN a changé ; elle ne vise plus seulement à prévenir une guerre majeure en Europe. Nous avons désormais 26 membres et nous sommes engagés dans un grand nombre de missions : maintien de la paix dans les Balkans et en Afghanistan, les efforts humanitaires au Pakistan, le soutien de l’Union africaine au Darfour, des opérations antiterroristes en Méditerranée, des formations de troupes en Irak. Nous tissons des liens avec le monde entier et si nous faisons tout cela, c’est parce que l’OTAN est reconnue pour son efficacité.
- Les pays du Golfe ont changé ; les pays de cette région s’adaptent à la globalisation et cela se traduit par des transformations intérieures compatibles avec les traditions arabo-musulmanes. Mais ces États doivent aux aussi faire face aux grandes menaces globales.
Le nouvel environnement, la nouvelle OTAN et la nouvelle dynamique dans le Golfe nous a poussés à lancer l’initiative d’Istanbul pour la stabilité régionale. Mais ce n’est qu’un début. Nous devons collaborer ensemble dans la lutte contre le terrorisme, la protection des frontières et la gestion de crise par des exercices militaires communs. Nous devons nous sentir co-propriétaires du processus d’Istanbul et développer notre complémentarité.
Je vous remercie.


« Nouveaux horizons pour l’OTAN »

Auteur Victoria Nuland

Ancienne chercheuse au Council on Foreign Relations et spécialiste de la Russie, Victoria Nuland est ambassadrice des États-Unis auprès de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Elle est l’épouse du théoricien néo-conservateur Robert Kagan.

Source Le Monde (France)
Référence

« Nouveaux horizons pour l’OTAN », par Victoria Nuland, Le Monde, 7 décembre 2005.

Résumé

Kandahar, Darfour, Ar Rustimiyah, Bagh, aujourd’hui, les militaires et diplomates de l’OTAN ont, dans leur QG de Bruxelles, les yeux sur peu d’endroits que les atlantistes auraient pu localiser il y a 15 ans. Après avoir œuvré pendant la Guerre froide à la protection de l’Europe et de l’Amérique du Nord, aujourd’hui l’OTAN permet à ses 26 membres d’œuvrer ensemble à la réussite des missions qui sont les nôtres à travers la planète.
Dans notre monde interconnecté, nous ne pouvons plus nous permettre de nous intéresser qu’à nos petites affaires. Les problèmes sont devenus globaux et nulle part cette leçon n’est plus évidente qu’en Afghanistan. Quand je suis arrivé il y a cinq ans à l’OTAN, aucun responsable européen ne s’intéressait à ce pays. Aujourd’hui, les 26 États membres engagent leurs troupes et leurs trésoreries pour reconstruire ce pays est en faire une démocratie. Pourquoi cet investissement ? Parce que ce qui se passe là-bas nous touche ici dans les rues de New York, dans le métro de Londres et sur tous les marchés de la drogue en Europe et en Amérique du Nord. Le monde a beaucoup changé, mais les menaces qui pèsent sur l’Europe et sur l’Amérique du Nord demeurent identiques : la lutte que nous menons aujourd’hui contre les forces extrémistes et terroristes est, d’abord et avant tout, la version moderne du combat contre la brutalité, la tyrannie et l’inhumanité qui nous avait amenés à forger une alliance il y a 56 ans. Les Nord-Américains, les Européens, l’OTAN et l’Union européenne ont tous un rôle à jouer, séparément et ensemble pour assurer notre avenir et promouvoir notre liberté. L’OTAN doit rester le lieu de discussion où nous débattons de tous les problèmes qui touchent notre sécurité future.
Aujourd’hui, l’OTAN doit s’adapter pour faire face aux défis du XXIième siècle. Il faut que les alliés fassent en sorte que l’OTAN soit financée, flexible, et en première ligne pour affronter le XXIe siècle. Au cours des trois derniers mois, l’OTAN s’est mobilisé pour venir en aides aux populations souffrant à la suite des catastrophes naturelles, l’alliance doit se doter des ressources pour se montrer aussi généreuse que réactive. L’ouverture du Centre de formation et de doctrine de l’OTAN à Ar Rustimiyah, en Irak, met en lumière un potentiel important et, jusqu’à présent, inutilisé de l’Organisation : celui d’un organisme multilatéral de formation à la sécurité, usant de son expertise pour aider d’autres nations du monde à améliorer le professionnalisme et le sens des responsabilités de leurs forces armées.
Quand les grandes démocraties s’uniront pour défendre la liberté et la sécurité, nos effectifs se développeront, notre force et notre prospérité aussi.


« L’OTAN contre le terrorisme islamiste »

Auteur José-Maria Aznar

José-Maria Aznar est ancien Premier ministre espagnol.

Source ABC (Espagne)
Référence

« La OTAN contra el terrorismo islamista », par José Maria Aznar, ABC, 1er décembre 2005.

Résumé

L’OTAN a été créée en 1949 pour sauvegarder la liberté, le patrimoine commun et la civilisation des nations occidentales. Elle fut construite sur les principes de la démocratie, de la liberté individuelle et de l’État de droit, des principes qui restent indispensables. L’alliance nous a défendu face à la menace soviétique, elle doit nous défendre face à la menace islamiste.
Dans les années 90, nous avons péché par excès de confiance et nous n’avons pas vu qu’un ennemi se préparait à nous attaquer. Le terrorisme islamiste est pour nous une menace mortelle, non seulement parce qu’il s’est converti au terrorisme de masse, mais parce qu’il défend des valeurs antinomiques avec les principes démocratiques. Il faut donc que l’OTAN s’adapte pour nous défendre. L’OTAN a commencé à changer mais elle reste figée dans l’agenda des années 90. Nous devons nous adapter et, pour cela, voici mes propositions :
- Le terrorisme islamiste est une menace comparable au communisme, l’OTAN doit donc placer la lutte contre le djihadisme au cœur de sa stratégie.
- Il est impossible de faire une distinction nette entre sécurité internationale et nationale ; l’OTAN doit donc construire une dimension de sécurité nationale et multiplier les rencontres entre ministres de l’intérieur.
- L’OTAN doit se développer et devenir l’alliance militaire des démocraties libérales en incluant le Japon, l’Australie et Israël.
- Il faut rompre avec le principe d’unanimité pour ne pas nuire à son fonctionnement.


« Une OTAN en cours de transformation »

Auteur Jim Hoagland

Jim Hoagland est éditorialiste au Washington Post.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence

« A Transformative NATO », par Jim Hoagland, Washington Post, 4 décembre 2005.

Résumé

La tranquillité politique qui a dominé les relations transatlantiques cette année pourrait être mise à mal par le projet états-unien de transformation de l’OTAN en une organisation de sécurité globale. Toutefois, mené correctement, ce débat pourrait renforcer l’unité transatlantique et faire de la réforme de l’OTAN l’un des grands legs de l’administration Bush. Le moment est d’ailleurs favorable. L’Allemagne n’a plus un gouvernement hostile et la volonté française de nuire à l’hégémonie états-unienne est limitée par ses problèmes internes. En outre, Condoleezza Rice est parvenue à faire l’unité de l’Europe derrière les États-Unis dans la crise iranienne.
Le problème qui demeure vient de la différence de perception du monde entre États-Unis et Européens. Les États-Unis voient un monde radicalement bouleversé tandis que les Européens voient un monde globalement stable dont l’équilibre stratégique évolue graduellement. Cela a conduit à la création implicite d’une alliance dans l’alliance rassemblant l’Amérique de George W. Bush, la Grande Bretagne de Tony Blair, l’Italie de Silvio Berlusconi et les anciens pays occupés par les Soviétiques et que Donald Rumsfeld a qualifiés de « Nouvelle Europe ».
Il faut reformer la capacité d’action de l’OTAN, mais certains pays de la vieille Europe craignent les bouleversements politiques qui accompagnent les transformations des forces militaires de l’alliance. L’administration Bush doit transformer les discussions sur la réforme en un programme de rénovation qui contentera les 26 membres.


« L’OTAN est endommagée »

Auteur Detlef Drewes

Proche d’Angela Merkel, Detlef Drewes est directeur du pool de journaux germanophones Büro Brüssel à la Commission européenne. Il est conseiller juridique auprès des gouvernements fédéraux et régionaux allemands et autrichiens ainsi qu’auprès de l’Union européenne.

Source Braunschweiger Zeitung (Allemagne)
Référence

« Die USA auf der Anklagebank », par Detlef Drewes, Braunschweiger Zeitung, 13 décembre 2005.

Résumé

L’OTAN est endommagée. Cette constatation n’est jamais apparue aussi clairement que lors du sommet des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN, à Bruxelles et qui a vu Condoleezza Rice se retrouver sur le banc des accusés. Aux accusations de ses collègues elle n’a rien eu à opposer - si ce n’est des vagues promesses qui devraient être évidentes pour une superpuissance : on va respecter les Droits de l’homme, la torture n’est pas permise et bien évidemment, ce qui n’est pas autorisé par les lois états-uniennes ne le sera pas non plus en dehors des frontières des États-Unis. Que Rice ait du rappeler ceci n’est pas rassurant, au contraire, c’est inquiétant.
La politique étrangère du gouvernement Bush est dans une période noire. Contrairement à la guerre en Irak où elle pouvait toujours compter sur quelques pays membres européens qui la soutenait, sur la question de la torture elle est face à un front uni. À ceci s’ajoute le fait que la ministre des Affaires étrangères n’apportait rien avec elle qui aurait permis de clarifier la situation ou d’affaiblir les accusations portées contres la politique des États-Unis.
Cette crise survient à un moment ou l’Alliance atlantique est dans une phase difficile. En Afghanistan, elle doit se préparer à une opération militaire de très grande envergure. En Irak, les troupes anglo-états-uniennes ont plus que jamais besoin de l’assistance de l’OTAN pour stabiliser la situation. Et en Europe on se demande, non sans raison, comment, à l’avenir, intervenir dans des foyers de crise aux cotés d’une superpuissance qui ne respecte pas les valeurs qu’elle affirme défendre par son action politico-militaire.
La politique étrangère américaine est confrontée à un désastre. Outre les problèmes qu’elle rencontre dans d’autres parties du monde, elle doit maintenant également affronter le scepticisme de ses alliés. Quel que soit le bilan qu’on tire du voyage de Condoleeza Rice, malgré les photos de poignées de main et les déclaration lénifiantes - en matière de stabilité des relations et de confiance entre les partenaires - on a raté une occasion. Ceci est grave, car après les révélations sur les fausses preuves ayant conduit à l’invasion de l’Irak, après la torture dans les prisons irakiennes et les vols secrets de la CIA, il est plus important que jamais de ramener les États-Unis dans un processus multilatéral comme il prévaut dans l’alliance. Mais cela ne peut réussir que si tous les membres de l’OTAN retrouvent la confiance perdue les uns envers les autres.


 



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