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Tribunes et décryptages - 6 janvier 2006
L’Iran dans le viseur
Décryptage
Les récents propos négationnistes tenus par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad ont relancé dans la presse occidentale les déclarations appelant à des sanctions contre l’Iran, prélude potentiel à une attaque militaire. Ces argumentaires associent critiques légitimes des déclarations du président iranien, déformation de la situation iranienne, aggravation de la menace qu’incarnerait le programme nucléaire civil de Téhéran et propagande traditionnelle concernant, notamment, de supposés liens entre l’Iran et Al Qaïda.
Bien souvent, les textes réclamant des sanctions ou une action militaire contre l’Iran sont prononcés au nom de grands principes moraux, mais en oubliant totalement le droit international. A écouter beaucoup de ces analystes, les seules déclarations du président Ahmadinejad justifient des sanctions lourdes contre l’Iran, voire une guerre. Cette approche se fonde sur une vision des relations internationales où les États les plus puissants peuvent, selon leur bon vouloir, attaquer un pays non plus en légitime défense, ni même s’il est une menace, mais sur les seules déclarations et l’idéologie de ses dirigeants. Un point de vue qui est répandu d’autant plus facilement que les médias dominants, s’appuyant pour leurs articles ou reportages sur le point de vue des militaires occidentaux, donnent une image propre et rassurante des guerres.
On ne peut pourtant pas commettre un carnage qui fera des dizaines de milliers de victimes sur un propos, aussi déplorable soit-il.
Quoi qu’il en soit, les habituels propagandistes néo-conservateurs se déchaînent contre l’Iran en s’appuyant sur les propos négationnistes du président iranien.
L’ancien conseiller de Donald Rumsfeld et expert de l’American Enterprise Institute, Michael Rubin, se réjouit, dans le journal slovaque Tyzden, des propos d’Ahmadinejad. Pour l’auteur, le président iranien a enfin dévoilé la vraie nature du régime iranien et les Européens sont obligés de la regarder en face. L’expert de l’AEI considère que, par essence, la République islamique d’Iran est un régime dont la finalité est la destruction d’Israël et que rien ne le changera. Les derniers propos du président iranien ont permis aux Européens de le comprendre. Sans préconiser de solutions pour y parvenir, il appelle donc par conséquent à un changement de régime en Iran.
Kenneth R. Timmerman, vice-président de la Foundation for Democracy in Iran, joue la carte de la psychiatrisation de l’adversaire dans le Daily Star [1]. En se fondant sur une série de déclarations non sourcées et de rumeurs dont les auteurs ne sont pas identifiables, il affirme que Mahmoud Ahmadinejad est un fanatique religieux messianique et millénariste, croyant à la fin du monde prochaine et au retour imminent de l’imam Mehdi, figure mythique des chiites. Partant de ce postulat non étayé et prenant comme acquis la volonté de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, il prédit le pire si ces armes tombent dans les mains d’un fou et estime que tout doit être fait pour empêcher ces « zélotes » de posséder la bombe. Sans préciser lui non plus les moyens à mettre en œuvre.
Il existe un point de vue unique dans les médias mainstream occidentaux qui vise à présenter l’Iran comme une menace prête à se doter d’armes de destruction massive, soutenant le terrorisme et dirigé par un groupe de fanatiques pouvant prendre des décisions irrationnelles (ce dernier argument permettant souvent de cacher l’irrationalité de l’argumentation). Il s’agit bien évidemment du même scénario de propagande que celui utilisé contre l’Irak.
Toutefois, dans le cas de l’Iran, la dénonciation de la République islamique n’aboutit pas nécessairement à un appel à l’action militaire. Il semble que chez les élites atlantistes, il n’y ait pas de consensus en faveur d’une invasion terrestre de l’Iran, ni même sur un bombardement aérien. Cependant, certains points de vue sont ambigus.
C’est le cas de la tribune du sénateur du Tennessee et chef de la majorité républicaine au Sénat états-unien, Bill Frist, dans le Los Angeles Times. L’auteur s’alarme de la menace nucléaire iranienne pour Israël, l’Europe et les troupes états-uniennes stationnées au Proche-Orient. Tenant pour acquis les intentions belliqueuses de l’Iran et jugeant que ce n’est que par crainte de voir Téhéran quitter le TNP que l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) n’a pas condamné ce pays, il demande qu’un embargo international soit décrété contre l’Iran. Le Sénateur Frist ne peut toutefois pas ignorer que les États-Unis n’obtiendront jamais un consensus sur ce point. La Chine, la Russie et l’Inde ne respecteraient ni ne soutiendraient une telle action. Dès lors, on a du mal à comprendre à quoi sert une telle proposition. A part peut-être pouvoir affirmer qu’on a proposé des options non-militaires avant de se résoudre à appeler à la guerre.
En France, les traditionnels « messagers de l’Amérique », diffusent aux aussi cette image de l’Iran.
Le « philosophe » médiatique et éditorialiste de l’hebdomadaire conservateur français Le Point, Bernard Henri Lévy, reprend sans sourciller (et en le revendiquant) toutes les analyses de l’éditorialiste néo-conservateur David Brooks (travaillant au New York Times et au Weekly Standard). L’auteur affirme que l’Iran est sur le point d’avoir l’arme atomique et s’en servira immédiatement contre Israël, avant de s’en prendre à « l’Amérique » et à « l’Occident ». Il accuse également la République islamique d’être associée à Al Qaïda. Comme l’option militaire semble difficile à mettre en œuvre (et, d’après la tonalité du texte, uniquement à cause de cela), Bernard Henri Lévy recommande des pressions internationales dans le domaine commercial et diplomatique ainsi qu’un soutien à des mouvements susceptibles de renverser le système théocratique iranien. Regrettant que les États-Unis soient pris dans un conflit irakien aujourd’hui qualifié d’absurde mais qu’il avait, un temps, appelé de ses vœux, il conjure l’Europe de cesser toute négociation avec Téhéran et de se montrer agressive.
Le quotidien français, Le Figaro, donne pour sa part la parole à deux commentateurs d’origine iranienne.
Le professeur de marketing et conseiller en entreprise, Djamchid Assadi, développe une analyse très similaire au discours traditionnel atlantiste sur l’Iran. L’auteur redoute que l’action diplomatique ne puisse plus rien pour résoudre la crise nucléaire et juge la solution militaire, et même nucléaire, « contre-productive ». Aussi appelle-t-il à un changement de régime et, par conséquent, à des manœuvres de subversion interne.
Loin de ces visions simplistes, l’universitaire, Daryush Shayegan, décrit son pays comme un État incroyablement complexe, marqué à la fois par de profonds archaïsmes mais également par une révolution culturelle endogène. Ce texte, bien qu’il ne se pose pas explicitement comme tel, est une réponse à tous ceux qui affirment que, désormais, seule une action hexogène peut transformer le pays. Mais ce point de vue est bien isolé.
Le Dr. Arshin Adib-Moghaddam, professeur au Center of International Studies de l’Université de Cambridge et membre du conseil d’administration du Projet Tharwa, décrit le fonctionnement du modèle de propagande mis en place contre l’Iran par les néo-conservateurs sur AntiWar.com. L’auteur rappelle que le projet néo-conservateur prévoit de longue date le renversement de six ou sept régimes du Proche-Orient et que les actions de l’Iran n’ont pas influencé cet objectif. Aussi quoi que fasse la République islamique, son action sera dénigrée afin d’en donner la vision la plus menaçante possible et pour convaincre l’opinion de s’attaquer à lui. Pour étayer son propos, l’auteur cite un certain nombre d’analystes, que les lecteurs de Tribunes et décryptages connaissent bien désormais, spécialisés dans la dévalorisation médiatique contre les États ciblés. Ce matraquage et des formules marketing choc permettent d’obtenir le consentement de l’opinion. L’auteur conclut que le néoconservatisme se caractérisent par la guerre et que la lutte contre le néoconservatisme passe par la dénonciation de leur propagande.
Un point de vue que nous aurions pu signer mais qui, malheureusement, n’a pas accès aux principaux médias.
Réseau Voltaire
[1] Lors de la rédaction de cet article, nous avions omis de noter que cette tribune était diffusée par Project Syndicate. Ce texte a été également publié par le Daily Times (Pakistan) et La libre Belgique (Belgique). Cette tribune a sans aucun doute été publiée dans d’autres quotidiens sans que nous l’ayons noté.
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6 janvier 2006
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Pays
Iran
Thèmes
Contrôle du « Grand Moyen-Orient »
Iran : les atlantistes déjà en guerre
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« L’Iran fait ce qu’il dit »
Auteur
Michael Rubin
Source
Tyzden (Slovaquie)
Référence « Iran Means What It Says », par Michael Rubin, Tyzden, 2 janvier 2006.
Résumé Les déclarations antisémites d’Ahmadinejad ont choqué l’Europe - et c’est étonnant car ces déclarations ne sont pas nouvelles. Il y a quatre ans déjà, le président Rafsanjani avait lancé, lors du prêche du vendredi un appel similaire. Son discours de l’époque aurait du convaincre quiconque que la République islamiste est incompatible avec les valeurs de la société occidentale. Rafsanjani disait, « Si un jour le monde islamique s’équipait lui aussi des mêmes armes que celles que détient Israël aujourd’hui, alors la stratégie des impérialistes sera bloquée, car il suffit d’utiliser une seule bombe atomique à l’intérieur d’Israël pour tout détruire… Une telle éventualité n’est pas impossible ». Les analystes états-uniens et européens s’empressèrent de déclarer qu’il ne s’agissait que d’une posture de défense. Mais les politiques iraniens de leur côté avaient parfaitement compris : on menaçait bien d’employer l’arme nucléaire de manière tactique, en offensive.
Depuis toujours les leaders politiques et religieux en Iran ont systématiquement appelé à détruire Israël. Et jusqu’à Ahmadinejad, ces mêmes politiques iraniens ont toujours réussi à berner l’Europe ou à lui faire prendre des vessies pour des lanternes. Depuis 20 ans l’Europe louvoie par peur de la confrontation et pour protéger ses intérêts, fermant les yeux sur la terreur et les nombreuses violations de Droits de l’homme. Dans l’affaire du nucléaire, sa diplomatie a surtout pour but de permettre à l’Iran de gagner du temps.
Mais aujourd’hui il est clair que la politique européenne vis à vis de l’Iran a échoué. Et ce pour deux raisons. En premier lieu, il y a le fait que la poussée nucléaire du régime iranien est motivée par des considérations d’ordre domestique et non de défense nationale, or la diplomatie n’a pas de prise sur les questions domestiques. Les analyses, conversations et sondages discrets de l’opinion iranienne montrent que 80 % des gens n’attendent plus rien du régime actuel et espèrent un changement radical. La situation est semblable à ceklle de l’URSS sous Mikhail Gorbatchev, la population ne se contentait pas de la Glasnost, elle voulait tout bonnement en finir avec la domination communiste. Seulement 10 % soutiennent les réformes de Khatami, l’équivalent des supporters de Mikhail Gorbatchev jadis. Les autres s’accrochent à la rhétorique radicale d’Ahmadinejad et, comme les staliniens inflexibles d’antan, s’opposeront toujours à toute réforme.
La deuxième raison de l’échec européen, ce sont les Gardiens de la Révolution. Repliée sur elle même et ses positions violemment réactionnaires, cette garde forme l’élite du régime islamique. Elle est le cœur idéologique et xénophobe du groupe qui tient entre ses mains le programme nucléaire et balistique iranien. Le négationnisme d’Ahmadinedjad et ses menaces de « rayer Israël de la carte » sont à la racine de leur idéologie. Les nombreuses allusions apocalyptiques récemment formulées par Ahmadinejad—qui croit peut être qu’il peut hâter la venue de l’Imam caché, une figure messianique chiite, à travers une période de purification guerrière - devraient affoler les Européens. En diplomatie, on part du principe que chaque partie est sincère dans ses buts, mais Ahmadinejad ne rate pas une occasion pour montrer qu’il penche plus pour la guerre que pour la paix.
Les problèmes politiques peuvent être résolus par la diplomatie, mais elle est impuissante pour attaquer les fondements idéologiques d’un régime hostile. Pol Pot ne pouvait être détourné de sa xénophobie génocidaire. Gamal Abdul Nasser n’aurait jamais abandonné le nationalisme arabe. Saddam n’a rien renié, même après sa chute du pouvoir. Le leadership iranien n’est pas différent. Quoi que fasse la diplomatie, elle ne parviendra jamais à convaincre le leadership religieux de l’Iran d’abandonner des croyances et des principes dont il estime qu’elles prennent leur racine dans sa vision théologique particulière. Le leadership iranien est tout aussi dangereux que son arsenal en puissance. Heureusement, aujourd’hui, la franchise des déclarations d’Ahmadinejad force les politiques européens à voir la République Islamiste pour ce qu’elle est et non pour ce qu’ils aimeraient qu’elle soit.

« Est-ce que l’Iranien Ahmadinejad est un médium messianique ? »
Auteur
Kenneth R. Timmerman

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Ancien fonctionnaire de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants états-unienne, Kenneth R. Timmerman est journaliste et écrivain. Il est l’auteur de Countdown to Crisis : The Coming Nuclear Showdown with Iran. Il s’est illustré à plusieurs reprises lors d’audition de Commission d’enquête aux États-Unis en prétendant systématiquement que les États-Unis sous-estimaient les menaces militaires les entourant. Il est membre de la Foundation for Democracy in Iran.
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Sources
Daily Star (Liban), La Libre Belgique (Belgique), Daily Times (Pakistan)
Référence « Is Iran’s Ahmadinejad a messianic medium ? », par Kenneth R. Timmerman, Daily Star, 30 décembre 2005.
« Iran’s nuclear zealot », Daily Times, 5 janvier 2006.
« Le fanatique religieux et la bombe », La libre Belgique, 13 janvier 2006.
Résumé Alors que les négociations avec l’Iran sont à nouveau en plein déclin, il est essentiel de bien comprendre Mahmoud Ahmadinejad.
Après son discours à l’Assemblée générale de l’ONU, il a déclaré qu’il avait été éclairé par une lumière divine ce jour-là et que les dirigeants mondiaux avaient été poussés à écouter le message de la République islamique. Cette interprétation pourrait faire sourire si, quand on la recoupe avec d’autres, elle ne suggérait pas que le président a une vision messianique de sa mission. Cela renforce les inquiétudes autour de la volonté de l’Iran de se doter d’armes nucléaires et des discours d’Ahmadinejad appelant à « rayer Israël de la carte » et à détruire l’Amérique.
Le 16 novembre dernier, Ahmadinejad a déclaré que son gouvernement avait pour mission de paver la voie vers le retour de l’imam Mehdi, le mythique douzième imam des chiites. D’après certaines rumeurs, le président iranien, alors qu’il était maire de Téhéran, voulait transformer la ville en vue de l’arrivée imminente de l’imam Mehdi. Il aurait voulu faire rédiger par son gouvernement un pacte de loyauté à l’imam et aurait demandé une somme de 17 millions de dollars pour restaurer une mosquée qui lui est dédiée. D’après certaines sources, Ahmadinejad croit que l’imam reviendra dans deux ans. Il fait partie d’une secte radicale, la société Hojatieh, un groupe que même l’ayatollah Khomeini trouvait trop extrémiste, mais qui est influent dans le gouvernement iranien actuel.
On ne peut pas tolérer que ces zélotes religieux aient l’arme atomique.

« Maîtriser l’Iran »
Auteur
Bill Frist

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Bill Frist est médecin, sénateur républicain du Tennessee et chef de la majorité républicaine au sénat états-unien.
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Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Reining in Iran », par Bill Frist, Los Angeles Times, 26 décembre 2005.
Résumé Les mollahs qui dirigent l’Iran depuis 26 ans mènent une campagne pour supprimer toute dissidence et soutenir le terrorisme. Ces dernières semaines, il est évident que les efforts internationaux pour empêcher leur pays de disposer d’un programme atomique ont échoué et, par conséquent, les États-Unis vont avoir une crise nucléaire à gérer s’ils n’agissent pas vite. Aujourd’hui, l’Iran présente une grande différence entre une classe dirigeante hostile au monde et un peuple qui veut rejoindre la communauté internationale. Mais le désir de liberté des Iraniens n’a pas empêché leurs dirigeants de construire un arsenal effrayant.
L’Iran a déjà des missiles capables de frapper Israël, des parties de l’Europe et les troupes états-uniennes au Moyen-Orient. Les démocraties du monde sont conscientes pour la plupart du danger que représenterait pour le Moyen-Orient un Iran doté d’armes nucléaires, mais l’ Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) n’est pas parvenue à un accord final sur ce dossier, sans doute à cause de la crainte d’une partie de ses membres de voir Téhéran quitter le Traité de non-prolifération. L’administration Bush n’a pas encore soumis la question iranienne au Conseil de sécurité de l’ONU, car la Russie et la Chine ne sont pas prêts à s’en prendre à Téhéran.
Il faut entamer des négociations avec nos alliés pour leur demander de se joindre à des sanctions commerciales contre l’Iran. Il faut mettre en place un embargo international sur toutes les technologies que l’Iran peut utiliser pour son programme nucléaire. Si cela ne fonctionne pas, on pourrait étendre cet embargo aux ventes d’armes et pénaliser les contrevenants.
Sans régime de sanctions, les théocrates ne négocieront pas.

« Est-il encore possible d’arrêter les « fascislamistes » de Téhéran ? »
Auteur
Bernard-Henri Lévy

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Bernard-Henri Lévy, chef de file des « nouveaux philosophes », est chroniqueur à l’hebdomadaire Le Point, éditeur chez Grasset et membre du conseil de surveillance de la chaîne de télévision franco-allemande Arte. Il est l’auteur de Qui a tué Daniel Pearl ?.
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Source
Le Point (France)
Référence « Est-il encore possible d’arrêter les « fascislamistes » de Téhéran ? », par Bernard Henri Lévy, Le Point, 22 décembre 2005.
Résumé L’Iran aura sans doute l’arme atomique et le monde n’a sans doute pas les moyens militaires de l’en empêcher. La seule chose que nous pouvons espérer est que la République islamique d’Iran ne tombe pas aux mains d’un fou. C’est ce qui ressort de la conversation que j’ai eu à Washington avec l’éminent intellectuel néo-conservateurs David Brooks. Sur ce point, je sais qu’il a raison. Les Iraniens veulent se doter d’armes de destruction massive. Comme les Pakistanais, ils prétendent y avoir droit, mais quand ces derniers prétendaient leur conférer un rôle défensif, Téhéran annonce clairement son intention de les utiliser contre Israël. Je suis également d’accord avec lui sur le fait que malheureusement, contrairement à l’Irak, toutes les installations nucléaires ne sont pas concentrées en un même endroit, permettant leur destruction comme à Osirak. Je suis également d’accord avec lui pour affirmer qu’il n’y a pas d’opposition réelle entre sunnites benladénistes et chiites de Téhéran, ils partagent les mêmes objectifs contre l’Amérique, Israël et l’Occident.
Le seul point de débat est de savoir si nous sommes si démunis que Brooks le prétend. La possibilité d’une action militaire pose problème et le débat n’est pas clos, même en Israël, sur sa faisabilité. En revanche, nous n’avons pas épuisé l’arsenal des rétorsions économiques. La plausibilité de la guerre atomique annoncée par Ahmadinejad ne mérite-t-elle pas que l’on s’interroge sur une politique énergétique qui nous fait, non plus exactement vendre la corde pour nous pendre, mais acheter l’énergie qui nous tuera ? Sommes-nous si dénués de moyens que cela, face à un adversaire qui vit du pétrole que nous lui achetons ? Et l’effort idéologique ? Et le soutien à la société civile ? Et la main tendue, non au gouvernement terroriste, mais aux hommes et femmes terrorisés qui aspirent aux droits de l’homme et sont le vrai ressort d’un antitotalitarisme conséquent ? Et les pressions diplomatiques ? Eux, les mollahs, ont bien rappelé, ces derniers mois, des dizaines de diplomates jugés, comme en Grande-Bretagne, trop mous, trop conciliants : que ne leur rendons-nous la pareille ? Que n’expulsons-nous les voyous qui les remplacent et dont leurs représentations sont désormais truffées ?
L’Amérique est empêtrée dans cette absurde guerre d’Irak, c’est à nous, Européens, de prendre les devants.

« Résoudre le problème nucléaire de la République de Téhéran »
Auteur
Djamchid Assadi
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Spécialisé dans le marketing et la communication appliqué à Internet, Djamchid Assadi est professeur à l’American University de Paris et à Dijon et consultant en entreprise. Il est l’auteur de Les 7 modèles économiques d’Internet.
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Source
Le Figaro (France)
Référence « Résoudre le problème nucléaire de la République de Téhéran », par Djamchid Assadi, Le Figaro, 2 janvier 2006.
Résumé La communauté internationale s’inquiète à juste titre du programme nucléaire iranien et des prises de position de son président ultraconservateur. L’élection de nombreux militaires au Parlement a également renforcé les partisans radicaux de l’option nucléaire à tout prix. Par ailleurs, avec un pétrole cher, il est peu probable qu’une alliance transatlantique puisse imposer des sanctions économiques à l’Iran. Même avec une position commune euro-américaine, la Chine et la Russie pourraient poser leur veto au Conseil de sécurité de l’ONU contre toute résolution hostile. Aujourd’hui, les ultraconservateurs font durer les pourparlers afin de gagner du temps.
Les solutions diplomatiques douces ont échoué, il faudrait donc passer aux options diplomatiques dures. Malheureusement, proposer une résolution au Conseil de sécurité est délicat en ignorant la position de chacun et n’empêche pas qu’une telle résolution serait sans doute inefficace. Les sanctions économiques pourraient être aisément détournées par l’Iran qui a des liens économiques étroits avec la Chine et la Russie. Alors si les diplomaties douce et dure n’arrivent pas à convaincre les dirigeants radicaux de la République islamique d’Iran, les Américains auront-ils recours à l’action militaire ? Différents plans d’attaque ont été étudiés. Les Israéliens y pensent également.
Or des assauts conventionnels ne détruiraient pas les installations nucléaires iraniennes. C’est bien pour cette raison que depuis 2004, le Departement of Defense américain étudie l’utilisation des armes nucléaires contre l’Iran. Mais une telle attaque serait contre-productive car elle blesserait irrémédiablement le sentiment patriotique des Iraniens, en majorité pro-Occidentaux et même pro-Américains. En outre, face à une offensive, les Iraniens pourraient mobiliser leurs réseaux, mobiliser les chiites contre les États-Unis, saboter le processus de paix israélo-palestinien et bloquer le détroit d’Hormuz et une partie de l’alimentation pétrolière mondiale.
Toutefois, il ne faut pas renoncer. Résoudre le problème nucléaire en Iran, changer l’attitude des ultras du régime, par dialogue ou par action militaire semble illusoire. La démocratisation du régime par pression sur l’Etat islamique et soutien à la société civile dénouerait effectivement le problème. La démocratie iranienne contribuerait à la paix dans le monde.

« L’incongruité de la situation iranienne »
Auteur
Daryush Shayegan

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Ancien professeur d’études indiennes à l’Université de Téhéran, Daryush Shayegan a été successivement professeur de philosophie comparée et directeur du Centre Iranien pour le Dialogue des Civilisations. Lors de la révolution de 1979, il est directeur des études ismaïliennes en France, et ce pendant 9 ans. Il prend ensuite la direction de la revue Iramé, à Washington, avant de rentrer en Iran, où il fonde sa propre maison d’édition. Il vit aujourd’hui entre Paris et Téhéran.
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Source
Le Figaro (France)
Référence « L’incongruité de la situation iranienne », par Daryush Shayegan, Le Figaro, 2 janvier 2006.
Résumé L’Iran actuel n’a rien à voir avec l’Allemagne des années 30 si ce n’est ce qu’Ernst Bloch appelait la « non-contemporanéité » de l’Allemagne, un pays qui n’avait pas connu de révolution bourgeoise avant 1918 contrairement à la France et à l’Angleterre. L’Iran d’aujourd’hui est dans le refus du temps présent, mais aussi entravé dans son développement par des archaïsmes. Aujourd’hui, la jeunesse iranienne voit son avenir bloqué par les conséquences de la révolution de 1979, qui fut tout autant une révolution qu’une contre-réforme : contre le progrès et les principes des Lumières, contre la modernité, contre l’émancipation des femmes, contre le libéralisme de la bourgeoisie naissante, bref contre une grande partie de la société dont les moeurs, comme je viens de le dire, avaient évolué dans le sens de la modernité.
Or, l’Iran, après 27 ans de tergiversations sur son évolution, est revenu à la case départ. La présidence Rafsandjani avait, douloureusement, réajusté structurellement le pays au niveau économique en privatisant une partie de l’économie. La présidence Khatami avait libéralisé les mœurs. Mais ces politiques n’ont pas permis de combler les fractures de la non-contemporanéité iranienne. Car l’Iran est aujourd’hui une société complexe où coexistent les superstitions les plus tenaces, les idées messianiques les plus invraisemblables, l’indépendance d’esprit la plus farouche, la religion la plus strictement égalitaire, des comportements presque « libertaires » et même parfois carrément libertins, enfin des croyances audacieuses proches des spiritualités les plus fantaisistes du New Age. Aujourd’hui, malgré l’intransigeance de la politique actuelle, les Iraniens sont tournés vers le monde et s’intéressent à tout. L’Iran est ce pays paradoxal où les livres de philosophie se vendent mieux que les romans.
Le vent des changements souffle grâce à l’esprit du temps et n’épargne personne, de sorte que, par exemple, même les radicaux les plus durs se comportent, à la chambre de l’Assemblée islamique, comme des libéraux. L’hétérogenèse que l’on voit surgir dans un pays où la religion se veut totale et totalitaire montre que les courants de transformation qui bouleversent notre planète sont plus forts que les résistances identitaires. Du train où vont les choses, rien ne pourra les arrêter.

« Après Babylone, la Perse »
Auteur
Arshin Adib-Moghaddam
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Dr. Arshin Adib-Moghaddam est professeur au Center of International Studies de l’Université de Cambridge et membre du conseil d’administration du Projet Tharwa visant à favoriser les initiatives politiques au Moyen Orient.
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Source
Antiwar.com (États-Unis)
Référence « After Babylon, Persia », par Arshin Adib-Moghaddam, AntiWar.com, 4 janvier 2006.
Résumé L’an dernier j’avais décrit en détail comment les néoconservateurs (en tandem avec leurs amis et alliés du Likoud israélien) avaient directement participé à la préparation des esprits à l’invasion irakienne. Si nous examinons l’hypothèse selon laquelle les néo-conservateurs suivent le même script pour l’attaque de l’Iran, sur quels faits pouvons nous l’étayer ? Cette question est encadrée par trois réalités politiques qui définissent l’environnement institutionnel et idéologique du néoconservatisme états-unien contemporain et son impact sur les relations avec l’Iran.
En premier lieu, la « guerre globale contre le terrorisme » et la doctrine d’action préventive de l’administration Bush ont fini par former les deux principaux piliers de la politique étrangère états-unienne, défendant l’usage de la force militaire contre des adversaires potentiels, même s’ils ne menacent pas directement ou immédiatement les États-unis. Pour Norman Podhoretz, rédacteur en chef de l’influente revue néo-conservatrice Commentary entre 1960 et 1995, la « guerre globale contre le terrorisme » est simplement un moyen de définir « un nouveau genre de mission impérial pour l’Amérique et dont le but est de favoriser l’émergence de gouvernements au Moyen Orient qui se caractériseraient par un soutien plus grand aux valeurs occidentales que les régimes despotiques actuellement en place ». Après la chute de Bagdad, explique Podhoretz, « la logique politique et militaire voudra que nous soyons forcés, petit à petit, de renverser cinq, six ou sept autres régimes tyranniques dans le monde musulman ». La doctrine d’action stratégique préventive annoncée en 2002 par Bush est la justification politique de ce plan. Le pays se doit de « confronter les régimes mauvais et ne respectant pas les lois internationales, par la force militaire s’il le faut ». A Washington tout indique que l’Iran est sur la liste de la prochaine cible, comme le montre la directive présidentielle secrète rendue publique par le Washington Post.
Le deuxième fait marquant est la caractéristique constante de toute stratégie néoconservatrice consistant à discréditer tout processus démocratique dans le pays cible, aussi faible soit-il, afin de minimiser le pouvoir diplomatique de l’État visé. En Iran les élections sont qualifiées par Michael Ledeen del’ American Entreprise Institute de « théâtre d’ombres, un amusement comique mis en scène pour nous berner et empêcher que nous soutenions les forces poussant pour un vrai changement en Iran ». Pour Kenneth Timmerman dans un article abondamment repris par la presse internationale, la participation électorale iranienne est négligeable et les candidats ne comptent pas ayant été « soupesés et sélectionnés par les mollahs ». Nir Boms, vice président du Center for Freedom in the Middle East et ancien officier de liaison à l’ambassade d’Israël à Washington, Elliot Chodoff, général de l’armée israélienne et Abbas Milani ou Michael McFaul, qui dirigent le Project on Iranian Democracy de la Hoover Institution publient régulièrement des articles biaisés dans ce sens.
Le troisième pilier est l’organisation American Israel Public Affairs Committee ( AIPAC) qui a fait depuis un an et demi de la question nucléaire iranien son principal cheval de bataille auprès des hommes politiques états-uniens. En mai 2005, dans la plus grande conférence de son histoire, AIPAC a présenté un spectacle multimédia fabriqué par les ingénieurs de Walt Disney et dont le but était de montrer l’avancement et les dangers du programme nucléaire iranien. AIPAC finance une armée de think tank et de groupes de pressions dont le but est d’obtenir un changement de régime en Iran, par exemple la Coalition for Democracy in Iran (CDI) ou le Committee for the Present Danger. Tandis que les uns soutiennent les monarchistes autour de Reza Pahlavi, l’Iran Policy Committee (IPC) fait le lobbying pour Mujahedin e-Khalq (MEK) une organisation pourtant considérée comme terroriste par les Etats unis et l’Europe. Ils ont obtenu une enveloppe de trois millions de dollars dans le budget 2005 voté par le Congrès états-unien.
Les activistes néoconservateurs posent l’explication du conflit qu’ils préparent dans une présentation personnelle des relations internationales. Ils l’inscrivent dans des institutions (par exemple le Project for a New American Century), ils l’inscrivent dans le langage qui sera ensuite repris et popularisé par les médias au point de devenir un lieu commun (par ex. « L’Axe du Mal »), ils l’inscrivent dans des prêts-à-penser qui détournent la question (par ex, « Pourquoi nous détestent-ils ? »), et enfin, ils l’inscrivent dans des doctrines générales légitimantes (par ex, l’action préventive). Cette stratégie transforme les autres pays en simples variables remplaçables. L’action préventive et la « guerre au terrorisme » deviennent des concepts versatiles et bon à tout faire qui permettent de légitimer toute action militaire sur un plan global. Tous les conflits locaux ne sont que des épisodes du même projet néoconservateur, la « 4ème Guerre Mondiale » inventée par Eliot Cohen et diffusée par James Woolsey. Même quand nous réussissons à désamorcer une crise, les néoconservateurs états-uniens sont déjà entrain de planifier la suivante. Le néoconservatisme états-unien se définit par la guerre, une guerre poursuivie par de nombreux moyens. Il dépend des forces de la paix de contenir une doctrine aussi pestilentielle.

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