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Tribunes et décryptages - 10 janvier 2006
Chronique de la mort annoncée d’un « homme de paix »
Décryptage
« Meurtrier », « Assassin », « Criminel de guerre », « Terroriste », « Commandant en chef d’un escadron de la mort », voilà les mots que vous ne trouverez pas pour désigner Ariel Sharon dans les tribunes hagiographiques diffusées par la presse atlantiste après l’attaque cérébrale qui a touché le Premier ministre israélien. Cela ne nous surprend malheureusement pas. Nous avons déjà exposé dans cette rubrique la façon dont Ariel Sharon a été présenté comme un « homme de paix » après le retrait israélien de Gaza bien qu’il ait indiqué que celui-ci visait uniquement à rendre possible le maintien de l’occupation illégale de larges pans de la Cisjordanie. Par la suite, du fait de son différend avec des leaders plus extrémistes que lui et qui persistaient à rêver du Grand Israël, Ariel Sharon a été présenté comme « un centriste ».
Tout au long de sa carrière militaire puis politique, Ariel Sharon s’est rendu coupable (personnellement ou en donnant les ordres) d’exactions et de meurtres de masse contre les populations arabes, bien souvent contre des civils. Il n’a pas cessé de violer le droit international et de bafouer les résolutions de l’ONU, privant des populations entières de tout espoir de justice. Ces crimes sont cependant à peine évoqués dans la presse atlantiste qui préfère dresser le portrait d’un nationaliste devenu pragmatique sur ses vieux jours et qui aurait donné une chance à la paix en orchestrant le retrait israélien de Gaza. Aucun journal ne rappelle que depuis ce retrait, c’est l’aviation et l’artillerie lourde qui bombardent les villes palestiniennes. Ce faisant, les chroniqueurs, éditorialistes et experts font preuve d’un infini mépris pour les vies arabes.
Pour reprendre la formule consacrée : « au moment où nous écrivons ces lignes, Ariel Sharon lutte contre la mort », mais ces nécrologues n’ont pas attendu l’issue du combat pour commenter au passé, mais de façon laudative, l’action politique du général Sharon.
Le débat dans la presse atlantiste oppose les hagiographes optimistes aux hagiographes pessimistes. Ils ressassent les lieux communs sur le conflit israélo-palestinien : Sharon avait changé et était devenu un homme de paix, le désengagement de Gaza était un grand pas vers la paix entrepris par un homme courageux, les Arabes ont raté les occasions de faire la paix. Toutefois, pour une partie des commentateurs, la stratégie politique mise en place par le Premier ministre ne lui survivra pas tandis que pour les autres, ce projet est sur de bons rails.
L’ancien ministre britannique conservateur des Affaires étrangères, Malcolm Rifkind, déplore la disparition d’Ariel Sharon dans The Independent, événement qu’il compare à l’assassinat d’Yitzhak Rabin. Paradoxalement, l’auteur ne cache pas grand chose des exactions commises par celui dont il regrette la disparition. Il rappelle l’invasion du Liban, le massacre de Sabra et Chatila, l’intensification de la colonisation et la provocation d’Al Aqsa. Mais, cependant, il estime que seul Sharon était en mesure de faire accepter aux Israéliens un État palestinien.
Le psychiatre et éditorialiste néoconservateur, récent promoteur de l’usage de la torture dans la « guerre au terrorisme », Charles Krauthammer, se lamente dans le Washington Post de la disparition d’Ariel Sharon de la vie politique. Pour lui, il s’agit du pire désastre pour Israël depuis 60 ans. Bigre ! Personnalisant à l’extrême la politique israélienne, il estime qu’il sera très difficile pour Kadima, le parti fondé par le Premier ministre israélien, de poursuivre la politique « géniale » d’Ariel Sharon.
Théoriquement éloigné des thèses et des orientations de M. Krauthammer, le Rabbin Michael Lerner, rédacteur en chef du magazine de la gauche juive états-unienne Tikkun Magazine et président de l’association pacifiste juive Rabbis for Peace, suit, au nom de la paix, le même raisonnement que l’éditorialiste néo-conservateur. Dans le quotidien australien The Age et le quotidien états-unien The Berkeley Daily Planet, il affirme prier pour qu’Ariel Sharon se rétablisse et puisse reprendre le combat politique. Il rappelle avoir été longtemps l’adversaire du Premier ministre mais estime, contre toute vraisemblance, que ce dernier est aujourd’hui un des rares hommes capables de ramener la paix au Proche-Orient.
Adoptant une vision sensiblement identique d’Ariel Sharon et de sa politique, certains analystes jugent que la politique suivie par Ariel Sharon se poursuivra après sa mort ou sa retraite.
Yoel Marcus éditorialiste du quotidien de référence de la gauche israélienne, Ha’aretz, salue le « Charles De Gaulle israélien », l’homme élu par l’extrême droite qui aura organisé le désengagement de Gaza. Il déplore que les Palestiniens n’aient pas su saisir « l’occasion ». Mais, affirme-t-il, poussant toujours plus loin la logique culturaliste concernant la soi-disant absence de partenaire pour la paix, « les Arabes seront toujours les Arabes ». Il déplore la perte du « géant de 1948 » mais estime que Kadima est le fruit d’un moment politique, et non d’un homme, et que la politique d’Ariel et que celle-ci se poursuivra.
Le directeur du Centre Global Research in International Affairs, Barry Rubin, partage ce point de vue dans une tribune diffusée par Project Syndiacteet n’ayant été, pour l’instant, publié que par le Korea Herald [1]. Fidèle au point de vue qu’il avait développé au moment de la création de Kadima, il estime que ce parti reflète un nouveau consensus dans la société israélienne et que, par conséquent, il est promis à la victoire lors des prochaines élections. Il loue l’action du Premier ministre et estime que son parti pourra continuer sans lui.
Bien qu’ultra dominant dans la presse occidentale, la représentation positive du Premier ministre israélien est nuancée par certains auteurs courageux et très isolés.
Ainsi, l’éditorialiste de gauche d’Ha’aretz, Gideon Levy, publie un point de vue contradictoire à celui de son collègue Yoel Marcus. En effet, il juge pour sa part que le bilan de la politique d’Ariel Sharon pour Israël est globalement négatif. Il rappelle que c’est le Premier ministre qui a développé la colonisation des territoires occupés, lancé l’invasion israélienne du Liban et participé au renforcement du Hamas. L’auteur croit voir dans le désengagement de Gaza un regret de la première politique mais il note que le Hamas continuait de bénéficier de la politique d’Ariel Sharon et qu’aujourd’hui, les tensions avec l’Iran sont à leur paroxysme. Notons que, bien que remettant en cause la politique suivie par Ariel Sharon, l’auteur ne le fait que sous l’angle des intérêts israéliens. Le point de vue arabe ne semble pas avoir sa place dans la presse « occidentale ».
Yasser Abed Rabbo, ancien ministre de l’Autorité palestinienne et négociateur de l’initiative de Genève, est l’un des rares dirigeants arabes à pouvoir s’exprimer sur le sujet dans une interview accordée au journal Le Monde. Et encore, il s’excuse presque de ne pas se joindre au choeur des pleureuses et tente de rappeler pourquoi les Palestiniens n’ont pas noté le « changement » de fin de carrière d’Ariel Sharon. Il évoque le raid de Qibya, le massacre de Sabra et Chatila et l’opération de Jénine. Des éléments expliquant que contrairement à l’opinion occidentale, les Palestiniens ne voient pas la disparition d’Ariel Sharon comme celle d’un homme de paix. L’auteur espère toutefois, sans sembler trop y croire que son successeur n’aura pas le même comportement et que la vie politique israélienne changera après la mort de son patriarche comme se fut le cas de l’Autorité palestinienne.
Rappelons qu’Ariel Sahron débuta sa carrière dans l’organisation terroriste Haganah. Au début des années 50, il dirige un escadron de la mort, l’Unité 101, qui assassine des civils arabes pour contraindre leurs familles à abandonner leurs terres. C’est à la tête de cet escadron qu’il massacre de toute la population du village jordanien de Qibya. Devenu général à la suite d’actes de bravoure lors de la Guerre des Six jours, il pénètre avec ses unités au Liban, agissant de sa propre initiative et désobéissant aux ordres de l’état-major. Parvenu à Beyrouth, il encercle les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila et commence l’extermination de la population. Ne disposant pas d’hommes en nombre suffisant, il confie aux milices chrétiennes du mercenaire Elie Hokeiba le soin d’achever le travail. Jugé pour crime de guerre par un tribunal israélien, il se voit interdire toute fonction ministérielle. Au début du XXIe siècle, il se livre à de nouvelles provocations qui suscitent la seconde Intifada. On découvre alors que le jugement qui lui interdit d’être ministre ne lui interdit pas d’être Premier ministre. Promettant de réprimer l’Intifada qu’il a provoquée, il devient Premier ministre. Il rompt alors avec les partisans du Grand Israël et organise un redéploiement de Tsahal de manière à occuper le plus de territoires possible, tout en rendant leur défense opérationnelle. Se moquant de la communauté internationale, il construit donc un Mur pour modifier unilatéralement les frontières, puis retire les colons et ses troupes derrière ce Mur, annexant définitivement une partie des territoires palestiniens. Simultanément, il participe à une opération de nettoyage politique prévoyant l’élimination physique de Yasser Arafat et d’autres leaders, la censure des candidatures palestiniennes les plus représentatives et le trucage des élections palestiniennes, l’élection par défaut de Mahmoud Abbas, enfin la création de Kadima.
Si on cherche une critique virulente de l’action du Premier ministre en « Occident », c’est vers les mouvements sionistes les plus radicaux qu’il faut se tourner.
Le révérend fondamentaliste et dirigeant de la Christian Coalition, Pat Robertson, a profité de son émission sur la Christian Broadcasting Corporation pour expliquer les « raisons » de l’attaque cérébrale subie par le Premier ministre israélien. Selon l’auteur, Ariel Sharon (pourtant âgé de 77 ans) est victime d’une vengeance divine pour avoir organisé le désengagement de Gaza. M. Robertson est membre d’un courant sioniste chrétien qui estime que la création d’Israël en 1948 est la marque de l’approche de la « fin des temps ». Lecteur littéral de la Bible, il estime que, quand le temple de Jérusalem sera reconstruit sur les ruines de la mosquée d’Al-Aqsa, le Christ reviendra pour établir son règne, détruire les musulmans et les libéraux et convertir les juifs. L’auteur a accusé, par le passé, les « libéraux » d’être responsables des attentats du 11 septembre 2001, présentés comme une punition divine, et a appelé à assassiner le président du Vénézuéla, Hugo Chavez, accusé d’être « communiste ».
Ce point de vue pourrait prêter à sourire si le révérend Robertson n’avait pas tant de fidèles, notamment parmi le parti républicain états-unien.
Réseau Voltaire
[1] Depuis la rédaction de notre article, la tribune de Barry Rubin a été reprise dans le quotidien espagnol de centre gauche El Pais et le quotidien conservateur français Le Figaro.
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10 janvier 2006
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Paris (France)
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Pays
Palestine/Israël
Thèmes
Résistance en Palestine
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Le faucon qui a offert la meilleure chance de faire la paix »
Auteur
Malcolm Rifkind

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Malcolm Rifkind est ancien ministre conservateur des Affaires étrangères britanniques (1995-1997)
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Source
The Independent (Royaume-Uni)
Référence « The hawk who offered the best chance of making peace », par Malcolm Rifkind, The Independent, 8 janvier 2006.
Résumé Il y a dix ans, j’avais accompagné John Major aux funérailles d’Yitzhak Rabin dont l’assassinat eut un grand impact sur le processus de paix israélo-palestinien. Il y eut des similarités troublantes entre le sort de Rabin et celui d’ Ariel Sharon. Tous deux furent des faucons qui, devenus Premier ministre, ont compris que la force brute ne pouvait pas suffire pour mener à la paix et à la sécurité. Bien sûr, Sharon est bien plus controversé que Rabin car il fut également un idéologue d’extrême droite et qu’il participa à l’invasion du Liban et au massacre de Sabra et Chatila. Il intensifia également la colonisation et fut le déclencheur de la seconde Intifada en 2000.
Toutefois, il disposait d’une crédibilité qui lui permettait de faire accepter la création d’un État palestinien. C’est pour cela qu’il a rompu avec le Likoud et Benjamin Netanyahu. Sa disparition ouvre une page d’incertitude pour Israël mais, dans ce pays, ne pas croire aux miracles, c’est ne pas être réaliste.

« Une calamité pour Israël »
Auteur
Charles Krauthammer

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Ancien psychiatre et rédacteur des discours de l’ex vice-président Walter Mondale durant la campagne présidentielle états-unienne de 1980, Charles Krauthammer est éditorialiste du Washington Post.
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Source
Washington Post (États-Unis)
Référence « A Calamity for Israel », par Charles Krauthammer, Washington Post, 6 janvier 2006.
« The fence-plus-unilateral-withdrawal strategy », Jerusalem Post, 10 janvier 2006.
Résumé L’attaque cérébrale qui a frappé Ariel Sharon est peut-être le plus grand désastre ayant touché Israël en 60 ans d’existence. Alors que j’écris ces lignes, l’état de santé d’Ariel Sharon est incertain, mais sa survie est douteuse et ne parlons même pas d’un retour aux affaires. Ce qui lui arrive est un désastre car il avait aujourd’hui l’occasion de stabiliser un centre politique israélien capable de gouverner.
Depuis une génération, la gauche et la droite offrent toujours la même alternative : la gauche veut négocier et la droite affirme que ce n’est pas possible et qu’il faut annexer les territoires occupés. Le génie d’Ariel Sharon fut, après l’échec du processus d’Oslo qui fut utilisé par les Palestiniens pour intensifier le terrorisme, de développer une autre politique entre la négociation et le Grand Israël. Pour cela, il organisa un désengagement unilatéral et se sépara des Palestiniens via une barrière. Cela a fait diminuer le nombre d’attentats de 90 % et a relancé l’économie israélienne.
Pour cette politique, Sharon a obtenu le soutien populaire et il était sur le point de remporter les élections avec son nouveau parti. Malheureusement, ce parti n’a pas plus de quelques semaines d’existence et il peut difficilement se passer de Sharon. Certes, il ne dépend pas que d’un homme mais son absence va se sentir.

« Un vieux chef de guerre qui aurait pu gagner la paix »
Auteur
Michael Lerner

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Le Rabbin Michael Lerner est le rédacteur en chef du magazine de la gauche juive états-unienne Tikkun Magazine. Il est également président de l’association pacifiste juive Rabbis for Peace qui conteste la colonisation juive en Cisjordanie.
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Source
The Age (Australie)
Référence « An old warrior who might have won the peace », par le Rabbin Michael Lerner The Age - Sydney et The Berkeley Daily Planet 6 janvier 2006.
Résumé Nous sommes nombreux dans le mouvement pacifiste à prier pour la guérison d’ Ariel Sharon, et ce malgré le fait que nous l’avons toujours considéré, sur le long terme, comme un obstacle à la paix. Même si nous n’avons jamais souhaité la mort de quiconque, même de nos ennemis, il nous est arrivé d’espérer que des personnes comme le président iranien, le dictateur syrien Bashar El-Assad, ou même le président George Bush puissent être pacifiquement démis de leur charge. Mais les développements de ces derniers mois ont fait espérer à de nombreux militants de la paix que Sharon puisse conserver son poste au moins pendant les six prochains mois.
La raison est que Sharon a fait ce que personne à gauche n’a été capable de faire : diviser la droite, marginaliser les extrémistes qui se cramponnent à la vision que la terre d’Israël procède d’un mandat divin et enfin reconnaître qu’un Israël plus resserré, avec des frontières défendables est préférable à un Grand Israël qui requiert la domination de trois millions de Palestiniens.
Sharon n’était pas un parleur, plutôt un acteur. Une fois qu’il eut compris qu’Israël ne pouvait espérer garder le soutien de ses alliés même les plus enthousiastes s’il s’obstinait à poursuivre les 39 ans d’occupation, il évacua plusieurs milliers de colons de Gaza et replia les troupes sur les frontières de 1967.
C’est précisément à cause de son passé de militariste sans scrupules qui se soucie peu de l’humanité du peuple palestinien que Sharon a réussi a embarquer avec lui dans le processus de création d’un État palestinien, des pans entiers de la société israélienne qui ne se sentent pas concernés par la Cisjordanie pour des raison religieuses mais qui s’inquiètent énormément pour leur sécurité face au terrorisme palestinien. Auprès de cet électorat, personne n’avait plus de légitimité que lui. La disparition politique de Sharon est une grave défaite pour ceux qui espéraient construire la paix étape par étape.

« Au revoir, géants de 1948 »
Auteur
Yoel Marcus
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Yoel Marcus est éditorialiste du quotidien israélien Ha’aretz.
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Source
Ha’aretz (Israel)
Référence « Good-bye, giants of 1948 », par Yoel Marcus, Ha’aretz, 6 janvier 2006.
Résumé Alors que j’écris ces lignes, Ariel Sharon lutte pour sa vie. Pas besoin d’être neurologue pour savoir que ses jours au poste de Premier ministre sont finis. C’était le dernier des géants de la génération de 1948. Il fut adoré et il fut haï. Il a suivi un parcours similaire à celui de Moshe Dayan.
Dayan avait combattu les Arabes, mais sur la fin de sa vie, il fut un défenseur de la paix avec l’Égypte et il parvint à convaincre Menahem Begin. Il fut le premier à comprendre les limites de la force brute et l’importance des territoires occupés comme monnaie d’échange pour acheter la paix. À cette époque-là, Sharon était un constructeur de colonies et un extrémiste. Il changea quand il prit les commandes de l’État. Il comprit alors qu’Israël ne pouvait pas vaincre le terrorisme seul et ne pouvait pas se trouver au ban des nations. Il fit un chemin intellectuel comparable à celui de Charles De Gaulle face à la question algérienne. Élu comme un défenseur des colons, il est devenu l’adversaire de ses anciens partisans et de l’extrême droite.
Seul Sharon pouvait faire évacuer les colonies de Gaza sans provoquer une guerre civile. Malheureusement, les Arabes seront toujours les Arabes et ils ont raté l’opportunité de faire la paix.
Amir Peretz et Benjamin Netanyahu vont profiter de la disparition de Sharon pour tenter de retrouver leurs militants partis à Kadima, mais ce parti est le fruit des circonstances et les circonstances n’ont pas changé.
Au revoir géant de 1948.

« Le triomphe d’Ariel Sharon »
Auteur
Barry Rubin

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Barry Rubin est le directeur du Centre Global Research in International Affairs (GLORIA) de l’université interdisciplinaire d’Israël. Il est rédacteur en chef de la Middle East Review of International Affairs et l’auteur de The Long War for Freedom : The Arab Struggle for Democracy in the Middle East.
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Sources
Le Figaro (France), El Pais (Espagne), Korea Herald (Corée du Sud)
Référence « Ariel Sharon’s triumph » par Barry Rubin, Korea Herald, 9 janvier 2006.
« El triunfo del pragmatismo », El Pais 7 janvier 2006.
« La victoire annoncée de Kadima, le nouveau parti du centre », Le Figaro, 11 janvier 2006.
Résumé L’attaque qui a frappé Ariel Sharon a plongé la politique israélienne dans la plus grande agitation. Le Premier ministre sortant était en effet annoncé comme le grand vainqueur des prochaines élections à la tête de son nouveau parti, Kadima. C’était Sharon qui rendait ce parti populaire en séduisant à droite par son nationalisme et à gauche par sa conversion à une stratégie de sécurité incluant le retrait de Gaza. Sharon était le candidat centriste parfait, à mi-chemin entre la colombe et le faucon.
Pourtant, son départ ne signifie pas que Kadima ne va pas gagner les élections. Le parti perdra des électeurs sans Sharon, mais il en gagnera à cause de la sympathie que le sort de Sharon inspire. En outre, ce parti reste dirigé par un impressionnant triumvirat : Ehud Olmert, Shimon Peres et Shaul Mofaz. Les arbitrages entre les trois hommes seront difficiles sans Sharon, mais ils peuvent mener Kadima à la victoire. En outre, leurs adversaires sont dans des positions trop extrémistes pour obtenir l’adhésion de l’électorat centriste. Les travaillistes devraient arriver en deuxième position et s’allier avec Kadima. Netanyahu devra conserver une position très à droite pour asseoir sa domination sur le Likoud et pourra revenir au centre une fois sa position stabilisée, mais pas à cours terme.
Sharon a construit un nouveau consensus national fondé sur le pragmatisme, ce consensus peut se poursuivre sans lui.

« L’amour aveugle d’un peuple »
Auteur
Gideon Levy

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Gideon Levy est journaliste au quotidien de gauche israélien Ha’aretz. Très critique de l’occupation israélienne, il tient dans ce journal une chronique hebdomadaire des violations commises contre les Palestiniens sous le titre de « Twilight Zone ». Au fil des ans il est devenu pour la droite israélienne une icône du « gauchiste pro-palestinien » et un alibi-repoussoir pour les autres. « Comment pourrions nous ne pas être une démocratie ? Nous laissons écrire Gideon Levy ! » a coutume de dire le ministre de la Défense, Shaul Moffaz. Gideon Levy est membre de la conférence anti-impérialiste Axis for Peace organisée par le Réseau Voltaire.
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Source
Ha’aretz (Israel)
Référence « The blind love of the people », par Gideon Levy, Ha’aretz, 9 janvier 2006.
Résumé Un concept est né « l’héritage de Sharon », concept succédant à « l’héritage de Rabin » et tout aussi déconnecté de la personne réelle. Ce concept fait de Sharon un chantre de la paix et du désengagement. Sharon est peut-être le dirigeant israélien le, plus influent depuis Ben Gourion, mais il a aussi été la cause de bien des problèmes de sécurité et de problèmes politiques auxquels Israël doit faire face. Le nouveau Sharon, qui a gagné l’admiration d’une partie des Israéliens et du monde au crépuscule de sa vie n’a en fait que corrigé certains problèmes qu’il avait fait naître lui-même.
Sharon est en effet responsable du projet de colonisation, du renforcement du Hamas et de l’émergence du Hezbollah comme un facteur menaçant au Liban. Il a reconnu plus tard quelques unes de ses erreurs, mais comme il restait fidèle à ses représentations concernant les Arabes, il n’avait aucune chance de faire la paix avec eux.
Le vieux Sharon amorça l’inutile guerre au Liban et n’a pas voulu tendre la main à la Jordanie. Le nouveau Sharon ignora les Palestiniens et ne chercha pas à faire la paix avec eux. L’héritage Sharon sera le désengagement de Gaza, pas l’opération contre Jénine en 2002 ou les raids punitifs de 1953. N’oublions pas que si Sharon a tenté de réparer certains dégâts causés par le colonialisme, il a marginalisé l’Autorité palestinienne et a donc renforcé le Hamas. Il a également réveillé la menace iranienne.

« Sharon a avancé grâce à nos erreurs »
Auteur
Yasser Abed Rabbo

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Yasser Abed Rabbo est ancien ministre de l’information de l’Autorité palestinienne et l’un des principaux négociateur des accords de Genève.
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Source
Le Monde (France)
Référence « Sharon a avancé grâce à nos erreurs », par Yasser Abed Rabbo, Le Monde, 10 janvier 2006. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé On ne peut pas demander aux Palestiniens de regretter Ariel Sharon. Il a représenté et représente encore le symbole de tout ce qu’ils endurent. Mon premier souvenir politique est une manifestation de protestation contre le raid contre Qibya en 1953. C’était déjà une action d’Ariel Sharon. Pour les Palestiniens, il y a une forme de continuité entre cette action, Sabra et Chatila et Jénine. Pour les Palestiniens, il ne peut y avoir pire que Sharon. Ils ont donc aujourd’hui l’espoir, très ténu, que son remplaçant, quel qu’il soit, ne pourra être que moins dur. On peut espérer que cet espoir soit une chance pour le Fatah face à un Hamas qui lui, se nourrit du désespoir.
Ariel Sharon a changé au fil du temps, mais son évolution est née de nos erreurs. Quand Sharon a voulu délégitimer Yasser Arafat, nous l’avons aidé par nos attentats suicides et la militarisation de l’Intifada qui a justifié l’unilatéralisme. Toute l’habileté de Sharon a consisté à convaincre l’opinion publique internationale que le plus grand obstacle à la paix n’est pas l’occupation, mais que le problème principal réside dans les attaques palestiniennes. L’image de Sharon n’a pas changé chez les Palestiniens car il a toujours dit qu’il évacuait Gaza pour conserver la Cisjordanie. L’opinion publique internationale n’a pas voulu le voir, mais les nouveaux projets israéliens, notamment à Jérusalem, et les annexions permises par la poursuite de la construction du « mur » n’ont pas échappé, en revanche, aux Palestiniens. Le Premier ministre israélien ne s’est prononcé en faveur d’un État palestinien que pour faire plaisir à George W. Bush mais il n’a jamais rendu possible que l’État palestinien en question ait les attribut d’un État.
Arafat n’avait pas compris qu’Ariel Sharon allait gagner les élections et quand il a pris le pouvoir, c’était trop tard, il a pu mener le combat comme il l’entendait. Aujourd’hui, les deux patriarches ont disparu. Difficile de dire comment Israël va évoluer après cela.

« Sharon a été puni pour avoir divisé "la terre de Dieu" »
Auteur
Pat Robertson

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Pat Robertson est un télévangéliste fondamentaliste états-unien, homme d’affaires et militant politique de la droite conservatrice chrétienne aux États-Unis. Il est le fondateur de nombreuses organisations de lobbying religieux comme le Christian Broadcasting Network ou la Christian Coalition. Son conservatisme intransigeant s’exprime dans de nombreuses controverses, notamment contre la séparation de l’Eglise et de l’État et des groupes et comportements qu’il juge dans le pêché, notamment les homosexuels, les partisans du droit à l’ avortement. Robertson est membre du Parti républicain, dont il fut un candidat malheureux à l’investiture pour l’élection présidentielle états-unienne de 1988. Politiquement très influent, il dirige régulièrement la prière à la Maison Blanche assurant le relais entre la droite religieuse états-unienne et le président George W. Bush.
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Source
Christian Broadcasting Corporation (États-Unis)
Référence « Robertson blamed Sharon stroke on policy of "dividing God’s land" », par Pat Robertson, Christian Broadcasting Corporation - The 700 Club, 5 janvier 2006.
Résumé J’ai dit l’an dernier qu’Israël entrait dans la période la plus dangereuse de son existence en tant que nation. Ce danger est encore accru cette année avec la perte d’ Ariel Sharon. Individuellement Sharon est une personne tout à fait aimable. Je suis triste de le voir dans cet état. Mais je pense aussi que nous devons nous tourner vers la Bible, Le livre de Joël. Le prophète Joël dit clairement que Dieu frappe de son courroux ceux qui - je cite – « divisent ma terre ». Dieu considère que cette terre est à lui. Lisez la Bible, il le dit, « Ceci est ma terre ». Et à tout Premier ministre d’Israël qui se mettrait en tête de la dépecer et d’en céder des bouts, Dieu dit "Non. Ceci est à moi."
Et la même chose est déjà arrivée — j’ai eu une merveilleuse rencontre avec Yitzhak Rabin en 1974. Il a été assassiné de manière tragique, et c’est terrible ce qui s’est produit, mais néanmoins, il est mort. Et maintenant Ariel Sharon, qui, je le dis à nouveau, était quelqu’un d’aimable, une personne charmante à fréquenter. J’ai personnellement prié avec lui. Mais le voici, au seuil de la mort. Il était en train de dépecer la terre de Dieu et je dis malheur à tout Premier ministre d’Israël qui envisagerait de faire la même chose pour apaiser l’Union européenne, les Nations unies ou les États-Unis d’Amérique. Dieu a dit, « Cette terre m’appartient, je ne te conseille pas d’y toucher ».

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