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Tribunes et décryptages - 25 janvier 2006
Pakistan : après les missiles, le rideau de fumée

Décryptage

Comme nous l’avons exposé dans nos colonnes, les frappes états-uniennes au Pakistan censées tuer le « numéro deux d’Al Qaïda », Ayman Al Zawahiri, ont surtout permis de s’attaquer aux mouvements rebelles du Balouchistan. Toutefois, les médias mainstream ne voient pas du tout dans cette offensive un coup de pouce de Washington à leur allié Pervez Musharraf et une tentative de « pacification » brutale d’une zone stratégique essentielle dans l’acheminement du pétrole de la mer Caspienne. Accroché au mythe de la « guerre globale au terrorisme », les analystes délaissent les subtilités de la politique pakistanaise pour se concentrer sur la justification, ou la condamnation, du principe « d’assassinat ciblé » et sur les interrogations sur le régime de Pervez Musharraf. Pourtant, ce faisant, ils révèlent des éléments qui devraient mettre à mal leurs propres certitudes.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le régime du général Pervez Musharraf dispose d’un statut paradoxal dans les médias atlantistes. Tantôt fidèle allié dans la traque aux nervis d’Al Qaïda, tantôt traître aux objectifs ambigus dont on rappelle les liens avec les Talibans. En fait, Pervez Musharraf a toujours été le fidèle allié de Washington et il sert à la fois d’associé régional et de bouc émissaire médiatique cachant le soutien que la Maison-Blanche offrit par le passé aux anciens dirigeants afghans.
C’est ce rôle de bouc émissaire que Jim Hoagland, éditorialiste conservateur du Washington Post, utilise pour exonérer les États-Unis du crime commis à Damadola. Pour lui, les 18 victimes de ce village sont un dommage collatéral d’une action que Pervez Musharraf avait rendu obligatoire. Si ce dernier avait envoyé les troupes dans les régions où se trouvent « Al Qaïda », les États-Unis n’auraient pas été forcés d’employer les drones et aucun dommage collatéral n’aurait été déploré. L’analyste dénonce le double jeu joué par le président pakistanais. Selon lui, Musharraf aide à la fois les Talibans et les Occidentaux, il est indispensable aux deux dans leur lutte et il en tire les bénéfices. M. Hoagland conclut par une menace à peine voilée : Pervez Musharraf a beaucoup à perdre en ne combattant pas le terrorisme suffisamment.
Toutefois, dans son réquisitoire, M. Hoagland rappelle un élément intéressant, les États-Unis sont installés dans cette région frontalière et y mènent des actions commandos. Dans ce cas, pourquoi utiliser des drones et mener des bombardements au résultat aléatoire si la cible est un individu ?
Un ancien conseiller de l’ex-Premier ministre pakistanaise Benazir Bhutto, adversaire résolu du régime Musharraf, démontre lui aussi les contradictions de la thèse officielle en s’en prenant au régime d’Islamabad. Dans Gulf News, l’auteur met en doute la supposée ignorance du général Musharraf des frappes qui allaient être menées. Il note que des sénateurs états-uniens ont affirmé que le Pakistan avait été averti auparavant et que les États-Unis n’avaient que peu d’intérêt à cacher leurs intentions à leur allié. D’après l’auteur, le Pakistan était sans doute au courant, mais a protesté formellement face aux réactions de sa population.

Malgré les éléments soulignés par ces tribunes, l’option privilégiée dans les médias est que le Pakistan n’a pas été prévenu de cette opération et que les États-Unis ont commis une « bavure » en voulant frapper un dirigeant d’Al Qaïda qu’ils ne pouvaient pas arrêter autrement.

Partant de ce postulat, les chercheurs de la New America Foundation, Anatol Lieven et Rajan Menon, s’inquiètent dans le Christian Science Monitor de l’impact négatif de cette affaire pour le général Pervez Musharraf. Pour eux, le pouvoir militaire pakistanais est un allié précieux qui doit être soutenu contre sa population. Aussi, en se montrant arrogant et en refusant de présenter des excuses, les États-Unis affaiblissent leur allié et délégitiment leur alliance. Faisant finalement peu de cas des victimes civiles, les auteurs demandent donc un geste symbolique pour aider le régime militaire pakistanais.
Le directeur du Center for Peace and Security Studies de l’université de Georgetown, Daniel Byrman, s’inquiète aussi de la mauvaise image que donne cette opération, mais cette fois pour l’administration Bush. Dans le Los Angeles Times, il analyse, en s’appuyant sur l’exemple israélien, comment utiliser au mieux les assassinats ciblés. Il assure d’emblée que des « erreurs » seront forcément commises et qu’il y aura donc des « dommages collatéraux » mais estime que dans certains cas, cette politique est utile contre des hommes qu’on ne peut pas arrêter. Il encourage surtout les États-Unis à expliquer leur politique d’assassinat afin de créer un large consensus dans lur population.
Bref, l’auteur montre un parfait mépris pour la vie humaine et s’intéresse essentiellement aux moyens de faire accepter une action de terrorisme d’État à la population.

Hors des États-Unis, on se montre beaucoup plus inquiet sur ce que cette attaque signifie. Certains analystes en profitent pour remettre en cause l’alliance de leur pays avec Washington.
L’écrivain égyptien Amir Saïd affirme dans le quotidien saoudien Almoslim que désormais, tous les États, amis et ennemis, peuvent être la cible des États-Unis. L’attaque au Pakistan démontre, selon lui, qu’aucune souveraineté nationale ne tient plus, les amis comme les ennemis peuvent subir les ingérences des services de renseignement états-unien. Par conséquent, quel est l’intérêt de se montrer conciliant avec Washington ?
Le député travailliste australien et ancien ministre de la Justice, Duncan Kerr, dénonce pour sa part la pratique de l’assassinat extrajudiciaire dans la « guerre au terrorisme » dans The Age. Pour l’auteur, elle est contre-productive, sape le principe de la souveraineté nationale et, dans le cas présent, affaiblit le gouvernement Musharraf, allié des Occidentaux dans la guerre au terrorisme. M. Kerr demande donc au gouvernement conservateur australien qu’il exige de Washington que les infrastructures australiennes ne soient pas utilisées pour mener ces opérations et que les États-Unis ne pratiquent pas ces actions sur le sol australien. Cette tribune fait écho au mouvement qui, à l’intérieur du parti travailliste australien, dénonce la trop grande docilité du gouvernement Howard vis-à-vis de Washington.

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25 janvier 2006

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 États-Unis
 Pakistan

Thèmes
 Guerre globale au « terrorisme »

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Un message à Musharraf »

Auteur Jim Hoagland

 Jim Hoagland est éditorialiste au Washington Post.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « Message to Musharraf », par Jim Hoagland, Washington Post, 22 janvier 2006.

Résumé Mort à l’Amérique. Oh, attendez ! Merci à l’Amérique. On vous aime les gars ! Non, attendez. Où est cette banderole « mort à l’Amérique » ? Qu’ont-ils fait pour nous dernièrement ?
Les foules pakistanaises sont de nouveau dans les rues, dénonçant les frappes états-uniennes contre des terroristes cachés au Pakistan. Cette fureur masque les sondages révélant la gratitude pakistanaise pour l’aide états-unienne après les tremblements de terre. Il n’y a pas eu un retournement de l’opinion des paysans qui ont reçu notre aide mais l’opinion publique pakistanaise est versatile et tend généralement vers les extrêmes. Cette versatilité explique la politique de Washington au Pakistan. Le Pakistan est essentiel et nous aide dans notre combat contre Al Qaïda, sauf quand c’est le contraire. Sans l’aide de Pervez Musharraf, les États-Unis et l’OTAN ne peuvent pas combattre les Talibans et les fanatiques de Ben Laden. Mais sans la complicité de Musharraf, cette rébellion aurait déjà pris fin. Les missiles Hellfire tirés par des drones Predator étaient un message en direction de Musharraf : le sanctuaire dont bénéficie Al Qaïda dans les zones frontalières avec l’Afghanistan excède les limites de l’ambiguïté stratégique tolérable.
Face à la recrudescence des attaques contre les troupes états-uniennes et de l’OTAN en Afghanistan, Washington a signalé à l’armée pakistanaise la localisation de centres terroristes. Face à l’inactivité de Musharraf, l’armée états-unienne a dû intervenir, tuant quatre chefs d’Al Qaïda, mais aussi des enfants et Musharraf est heureux de voir Washington porter seul le blâme de ce dommage collatéral. En fait, les États-Unis menaient des raids dans la région depuis quelques mois, mais l’incapacité du Pakistan d’aider nos troupes nous a forcé à mener une opération qui a causé des victimes civiles.
Espérons que Musharraf comprendra qu’il a beaucoup à perdre à ne pas combattre le terrorisme.

« Les frappes aériennes révèlent une alliance inégale »

Auteur Husain Haqqani

 Directeur du Center for International Relations de l’université de Boston, Husain Haqqani est chercheur associé au Carnegie Endowment for International Peace. Il a été conseiller des Premiers ministres du Pakistan : Nawaz Sharif et Benazir Bhutto. Il est l’auteur de Pakistan Between Mosque and Military.

Source Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence « Air strikes expose an uneven alliance », par Husain Haqqani, Gulf News, 25 janvier 2006.

Résumé Un drone de la CIA a frappé le village de Damadola au Pakistan afin d’éliminer Ayman Al Zawahiri, le numéro deux d’Al Qaïda. Al Zawahiri est une cible légitime mais, à sa place, ce sont 18 personnes qui sont mortes, dont 14 au moins étaient des civils pakistanais. Des rapports ont affirmé que les quatre autres étaient des membres d’Al Qaïda, mais le Premier ministre pakistanais avait nié qu’un membre important de cette organisation ait été tué.
Le général Pervez Musharraf était-il au courant de ces frappes ? Si c’est le cas, pourquoi l’État pakistanais nie-t-il l’information ? Le ministre de l’Information pakistanais affirme que le gouvernement n’était pas averti, mais les sénateurs Evan Bayh et Trent Lott, du comité sénatorial du renseignement, ont affirmé que les responsables pakistanais étaient au courant à l’avance de l’opération qui allait être menée. Mais face à la colère populaire, les autorités pakistanaises ont protesté officiellement. Lors des dernières manifestations, Musharraf les avait minimisées, mais cette fois ci les médias pakistanais leur ont donné un certain écho afin que les États-Unis comprennent que la politique suivie était en train de fragiliser le pouvoir pakistanais.
Pourquoi les États-Unis auraient-ils frappé sans prévenir le Pakistan ? Soit parce qu’il leur fallait agir vite quand ils ont cru savoir où était Al Zawahiri, soit parce qu’ils n’estiment pas que les autorités pakistanaises sont faibles et souhaitent vraiment tuer ou attraper Ben Laden et Al Zawahiri. Si c’est le cas, alors le Pakistan ferait mieux d’améliorer ses performances.

« Les États-Unis devraient exprimer des regrets pour les vies perdues dans la frappe aérienne au Pakistan »

Auteurs Rajan Menon, Anatol Lieven

 Rajan Menon est membre du Council on Foreign Relations, membre de la New America Foundation et président des études politiques eurasiennes du National Bureau of Asian Research. Il est professeur de relations internationales à la Lehigh University.

 Ancien chercheur de la Carnegie Endowment for International Peace et de l’International Institute for Strategic Studies, Anatol Lieven est chercheur à la New America Foundation.

Source Christian Science Monitor (États-Unis)
Référence « The US should express regret for lives lost in Pakistan airstrike », par Anatol Lieven et Rajan Menon, Christian Science Monitor, 19 janvier 2006.

Résumé Après avoir bombardé un village pakistanais près de la frontière afghane, l’administration Bush n’a pas présenté d’excuses au Pakistan. L’attaque visait le numéro deux d’Al Qaïda, Aymin al-Zawahiri et elle a raté sa cible bien qu’elle ait touché certains de ses hommes. Mais elle a aussi tué une douzaine de villageois pakistanais, dont des femmes et des enfants. Une attaque précédente avait fait huit morts de plus. Le gouvernement pakistanais a protesté pour la forme, mais l’administration Bush n’a pas exprimé le moindre regret. Il aurait été bon que les médias traitent davantage de notre attitude, déplorable pour notre image. En effet, ces attaques ont totalement anéanti la sympathie que notre aide aux victimes du tremblement de terre d’octobre avait générée.
La collaboration de Pervez Musharraf à la guerre au terrorisme n’a pas toujours été satisfaisante, mais elle a été fructueuse. La moitié des agents d’Al Qaïda arrêtés l’ont été par les autorités pakistanaises. Sans la coopération de l’armée pakistanaise, le soutien des pachtounes pakistanais aux Talibans serait incontrôlable. Or, par ses actions, les États-Unis viennent de rendre les opérations militaires pakistanaises sur la frontière plus difficiles à mener. En aidant les États-Unis, Musharraf se rend impopulaire. Malheureusement, le seul à avoir fait part de ses regrets dans cette affaire est John McCain, et encore, ses propos étaient ambigus. Il faut veiller à ce que nos actions dans la guerre au terrorisme n’affaiblissent pas nos alliés.

« L’assassinat ciblé, à la mode américaine »

Auteur Daniel Byrman
Daniel Byrman est directeur du Center for Peace and Security Studies de l’université de Georgetown et chercheur au Saban Center for Middle East Policy.

Source Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Targeted killing, American-style », par Daniel Byrman, Los Angeles Times, 20 janvier 2006.

Résumé Le bombardement de vendredi dernier, qui visait le numéro deux d’Al Qaïda Ayman Al Zawahiri, est seulement le dernier effort états-unien en date pour tuer des leaders du jihad. Parmi ceux qui ont été assassinés depuis le 11 septembre, on retrouve des chefs militaires d’Al Qaïda tels que Mohamed Atef, Qaed Sinan Harithi et Abu Hamza Rabia. Mais l’attaque contre Zawahiri était différente. Bien que l’attaque semble avoir tué plusieurs militants importants, elle a raté Zawahiri et, ce qui est pire, elle a tué 18 civils. Après l’attaque, des manifestations ont éclaté dans les villes, et le gouvernement pakistanais a posé une protestation formelle. Les critiques à travers le monde exigent de savoir par quels droits les États-Unis peuvent bombarder un État souverain ; ici, plusieurs s’interrogent si la politique d’assassinats à l’étranger peut être réellement justifiée.
Ces déboires politiques semblent relativement nouveaux pour l’administration Bush ; ils sont en fait sans précédent. L’assassinat ciblé est une politique gênante, qui laisse souvent des doutes et qui peut créer de nouveaux problèmes supplémentaires. Cette politique soulève de nombreuses questions. Israël l’a pratiqué pendant des décennies et son histoire offre un précédent pour les États-Unis. Outre les responsables de l’attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972, Israël a assassiné des membres de l’OLP, du Hamas et du Hezbollah. Depuis la seconde Intifada qui a éclaté en septembre 2000, Israël a franchi un pas supplémentaire dans cette voie, en tuant plus de 200 personnes. Cette politique, avec la barrière de sécurité, a porté ses fruits et a réduit le nombre de mort israéliens de 172 en 2002 à 40 en 2005. Cette baisse du nombre de mort cache le fait que durant cette période, le nombre d’attaques du Hamas a augmenté, ce qui laisse à penser que leur organisation est devenue moins efficace.
Ces assassinats soutiennent le moral des Israéliens qui estiment ainsi que leur gouvernement les soutient. Toutefois, arrêter des suspects est toujours préférable à un assassinat. Sans prendre en compte les considérations morales, les arrestations permettent d’obtenir des informations qui peuvent mettre en péril de futurs attentats et conduire à la capture de terroristes. En outre, les erreurs sont inévitables. La tentative d’assassinat de Salah Shehada avait ainsi était un échec en 2002, tuant 14 civils dont neuf enfants.
Les assassinats ciblés comme la tentative contre Al Zawahiri doivent rester une option pour les États-Unis. Washington doit continuer ses efforts pour tuer les leaders d’Al Qaïda dans les zones du monde où ils ne peuvent pas être arrêtés, ces zones isolées du Pakistan en étant sans doute le parfait exemple. Mais une campagne massive comme celle d’Israël serait une erreur, car les États-Unis opèrent sur des zones plus vastes avec de faibles services de renseignement. En outre, les États-Unis peuvent compter sur leurs alliés pour des arrestations alors qu’Israël ne pouvait pas compter sur Arafat pour arrêter les terroristes.
Le gouvernement pakistanais a certainement approuvé ces bombardements, mais continue de faire des erreurs qui risqueraient de mettre en péril cette coopération. Peut être que la plus grosse leçon que les États-Unis pourraient tirer d’Israël est la nécessité de transparence. Israël a un gros débat public sur les mesures controversées. Mais tant que le gouvernement ne parle pas de ces cibles, les critères sont compris par tous. Le résultat est qu’il y a un large consensus.

« La souveraineté pakistanaise…de point de vue états-unien »

Auteur Amir Saïd
Amir Saïd est journaliste et écrivain égyptien. Il est également correspondant de plusieurs publications telles Islammemo et Almokhtsar. Il est membre du Global Islamic Media Centre.

Source Almoslim (Arabie Saoudite)
Référence «  !!السيادة الباكستانية.. بمنظور أمريكي  », par Amir Saïd, Almoslim , 17 janvier 2006.

Résumé Le projet états-unien d’un remodelage de la carte mondiale semble être l’une des priorités de la Maison-Blanche. Cette dernière est prête, pour atteindre cet objectif, à violer toutes les normes et les cadres juridiques relatifs au droit international. Dans ce sens, George W. Bush et les néo-conservateurs n’ont pas tardé à mettre en cause la légitimité constitutionnelle, basée sur les principes de la souveraineté mondiale, et faisant la fierté de chaque pays.
Ainsi, les États-Unis s’arrogent-ils le droit d’attaquer et de cibler celui qu’ils veulent, sans contestations d’aucune sorte. Dans ces conditions, le principe de la souveraineté n’a plus de sens. D’ailleurs, un État ou un régime qui n’est pas capable de décider de son sort et de prendre ses décisions par rapport à ce qu’il doit ou ne doit pas faire n’est pas un État souverain. Ceci dit, certains responsables politiques ne détiennent pas les éléments nécessaires leur permettant de parler d’une certaine souveraineté dans leur propre territoire.
Violer la souveraineté des peuples n’est pas une pratique récente, mais une violation avec un goût états-unien est sans doute très différente. Vu que les néo-conservateurs ont affiché une vive volonté de remodeler le monde et d’imposer leur propre doctrine. Désormais, la règle consiste à rajouter les alliés dans la liste des amis, tout en leur donnant moins de respect. Ce qui n’empêche pas ces « alliés-amis » de montrer une grande tolérance aux ingérences permettant une « attaque douce » visant un ennemi commun sur leur territoire.
Il y’a quelques jours, l’administration Bush, dans le cadre de sa « guerre contre le terrorisme », a attaqué un village près de la frontière pakistanaise. Une attaque qui a provoqué la mort de plus de 18 pauvres villageois, et qui a semé le doute au sein du gouvernement Musharraf sur la confiance aveugle accordée aux États-Unis. Le Pakistan n’est pas le premier allié à subir les attaques états-uniennes sous prétexte de poursuivre les membres de l’organisation Al-Qaida. C’était bien le cas, parmi autres, de l’Italie il y’a quelques mois. Les services de renseignements états-uniens y ont interpellé l’imam égyptien « Abou Omar », sans autorisation du gouvernement de Berlusconi.
Sans parler de la politique illégitime menée contre ses adversaires, les États-Unis se contentent de l’exemple de leurs alliés pour montrer à quel point ils ont pu mettre en application leur doctrine de domination. L’aveuglement de l’administration Bush et sa tendance expansionniste ne permettent plus de distinguer entre l’ami et l’ennemi.

« Assassinat présumé : la dernière nouveauté dans l’arsenal de notre allié »

Auteur Duncan Kerr

 Duncan Kerr est député travailliste australien et ancien ministre de la Justice (1993-1996).

Source The Age (Australie)
Référence « Presumptive assassination : the latest in our ally’s arsenal », par Duncan Kerr, The Age, 19 janvier 2006.

Résumé L’assassinat extra-judiciaire est devenu une arme dans la guerre globale au terrorisme et cette arme est de plus en plus employée. Le gouvernement australien doit condamner cette tendance et s’assurer qu’aucune des infrastructures australiennes ne sera utilisée par notre allié états-unien pour mener des frappes aériennes sur les territoires d’autres États souverains.
D’abord présenté comme un succès, le raid visant à tuer le lieutenant de Ben Laden s’est révélé avoir tué essentiellement des innocents sans atteindre la cible. Le Pakistan n’était semble-t-il pas au courant et a protesté. Le fait que les États-Unis ne respectent pas la souveraineté de leurs propres alliés laisse supposer que de telles frappes pourraient avoir lieu en Australie. Le gouvernement doit donc demander des garanties.
Le gouvernement pakistanais ne peut que sortir affaibli de cette attaque, alors qu’il participe à la guerre au terrorisme. En outre, cette attaque sape le principe de la souveraineté nationale. Si le gouvernement Howard ne proteste pas, cela signifiera qu’il accepte cette atteinte au droit international. Cela ne peut que renforcer le recrutement d’Al Qaïda.
Les assassinats extra-judiciaires sont toujours contre-productifs.

 



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