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Tribunes et décryptages - 14 février 2006
Russie/États-Unis : deux visions du monde incompatibles
Décryptage
Le 31 janvier 2006, le président états-unien George W. Bush a prononcé devant les deux chambres du Congrès le traditionnel discours sur l’état de l’Union, un événement toujours très médiatisé par la presse occidentale. Le même jour, le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, a tenu sa conférence de presse annuelle pendant plus de quatre heures devant 560 journalistes internationaux.
George W. Bush a consacré l’essentiel de son discours à réaffirmer sa foi dans le rôle que « l’Amérique » doit jouer dans le monde en faveur de la « démocratie ». Les préoccupations extérieures précises en lien avec l’actualité, comme la question iranienne ou la victoire électorale du Hamas en Palestine, furent très peu évoquées. Ces sujets furent relégués au second plan au profit de l’insistance sur l’importance du maintien de l’interventionnisme états-unien tous azimuts, au nom de la lutte contre le « terrorisme », de la promotion de la « démocratie » et du développement du leadership économique et politique des États-Unis sur la planète. Ces propos grandiloquents donnaient la fâcheuse impression d’un président mégalomane se réfugiant dans des incantations vides pour mieux fuir une réalité qui se dérobe devant lui. Vladimir Poutine a développé une approche très différente, moins dogmatique et plus liée aux questions d’actualité, dans un style convivial et réactif qui contrastait avec l’allure impériale du discours de son homologue.
Cependant, à la décharge du président Bush, les différences d’aspect entre ces interventions sont partiellement dues à la différence d’exercice. M. Bush était tenu par la constitution de son pays de présenter un point de la situation qui soit à la fois un bilan de son action et l’annonce de ses orientations à venir ; ce genre implique d’expliciter une philosophie politique tout autant que de traiter de cas concrets. Il s’adressait solennellement au Congrès. Vladimir Poutine répondait, quant à lui, à 71 questions précises de journalistes sur des sujets d’actualité et n’était pas invité à se lancer dans des explications théoriques. Bien que d’un caractère froid, il manifestait un certain plaisir à répondre du tac au tac à la contradiction.
Au-delà de ces oppositions d’aspect et de style, ce sont bien deux projets antagonistes qui ont été présentés. Pour George W. Bush, le monde ne peut se passer des États-Unis et Washington doit assumer sa destinée manifeste, qui est d’exercer seul le leadership pour le bien de tous. Au contraire, pour Vladimir Poutine, les États doivent respecter mutuellement leur souveraineté, collaborer entre eux et développer des partenariats en vue d’un intérêt général qu’ils définissent ensemble. Ainsi, quand George W. Bush donne des leçons à l’Égypte, aux Palestiniens, à l’Arabie saoudite ou aux Iraniens, Vladimir Poutine se félicite des relations qu’il peut avoir avec des dirigeants étrangers et s’interdit de soutenir ou de condamner les politiques qu’ils mènent sur leurs scènes nationales. Par conséquent, Vladimir Poutine consacre une grande partie de ses réponses aux relations bilatérales que Moscou entretient avec les pays limitrophes. Le président russe se félicite de l’accord obtenu avec l’Ukraine et des bonnes relations que la Russie développe avec la Chine. Il déplore par contre l’attitude de la Géorgie depuis l’explosion troublante du pipeline l’alimentant en gaz russe.
Bref, d’un côté, nous avons une vision colonialiste et paternaliste, et de l’autre, le respect absolu de la souveraineté nationale, quelle que soit la moralité des régimes en place.
Les deux présidents abordent peu de questions communes. George W. Bush ne revient que brièvement sur la victoire du Hamas, question qu’il avait de toute façon abordée cinq jours plus tôt, se contentant de rappeler son souhait de voir ce parti reconnaître Israël et abandonner la lutte armée. Vladimir Poutine partage le même point de vue, mais c’est pour lui un souhait amical, pas une exigence dont la non-satisfaction impliquerait une rétorsion. Il présente également la Russie comme un recours dans le contexte de la défaillance de la diplomatie états-unienne en Palestine : puisque Moscou ne considère pas le Hamas comme une organisation terroriste, la Fédération de Russie peut développer des liens aussi bien avec Tel-Aviv qu’avec le nouveau gouvernement palestinien.
Sur le dossier iranien, George W. Bush se contente de revenir brièvement sur sa vulgate : l’Iran est actuellement une menace mais les États-Unis soutiennent le désir de liberté des Iraniens, c’est-à-dire en novlangue atlantiste que Washington exige un changement de régime. La Russie propose pour sa part à Téhéran de participer à un programme international d’enrichissement de l’uranium qui écartera toute possibilité que Téhéran se dote de l’arme nucléaire… ou plutôt, toute possibilité qu’il soit accusé de vouloir se doter de l’arme nucléaire.
Mais la grande question qu’abordent les deux hommes, c’est l’énergie. Le président états-unien a annoncé son projet de réduire la dépendance des États-Unis au pétrole du Moyen-Orient par le financement des recherches sur les nouvelles sources d’énergie, mais pas par la réduction de la consommation. Il réclame que son pays diminue de 75 % ses importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient à l’horizon 2025. Il ne faut pas interpréter cette recommandation comme le signe d’un désengagement à venir des États-Unis de cette région. D’ailleurs le temps consacré dans le discours à la « démocratisation » du Moyen-Orient, elle-même motivée par la volonté de contrôle d’une région stratégique en raison de ses réserves pétrolières, le prouve. En fait, George W. Bush adopte officiellement le point de vue de l’Institute for the Analysis of Global Security qui demande une réduction de la dépendance énergétique envers les pays du Golfe dans le seul but de disposer d’une plus grande marge de manœuvre pour les contrôler militairement.
Vladimir Poutine est bien évidemment dans une position très différente, son pays étant un des plus importants exportateurs net de pétrole et de gaz. Il valorise ainsi le rôle de la Russie comme fournisseur d’énergie, mais aussi comme un interlocuteur capable de désamorcer les guerres de ressources. Il souligne le rôle pour la stabilité mondiale que peut avoir le rapprochement sino-russe et vante l’impact pour la paix dans le monde du développement de structures multilatérales pouvant permettre à tous de disposer d’énergie nucléaire. Le président Poutine s’appuie donc sur son strict respect des souverainetés nationales et du poids de la Russie dans le marché énergétique mondial pour présenter son pays comme le garant pacifique de la stabilité internationale.
À noter que Vladimir Poutine a mis à profit cette conférence de presse pour lancer quelques messages. Il a par exemple souligné que les vecteurs nucléaires russes étaient hors d’atteinte des systèmes anti-missiles états-uniens ; ou il a suggéré que les émeutes en Ouzbékistan avaient été organisées par les mêmes réseaux d’ingérence que la guerre en Afghanistan, c’est-à-dire par les États-Unis et le Royaume-Uni.
Bien que les déclarations concrètes du président russe soient plus nourries que les incantations creuses du président états-unien, elles ont été nettement moins commentées que le discours sur l’état de l’Union.
La directrice du Carnegie Moscow Center, parfois présenté comme un cheval de Troie de la CIA en Russie, Rose Gottemoeller, est l’une des rares à comparer les deux interventions dans le Moscow Times. Elle évalue les positions des deux présidents sur les trois points traités par les deux hommes : l’énergie, l’Iran et le Hamas. L’auteur se contente d’énoncer les points de vue et voit plus de convergence que nous sur ces questions. Elle constate également que les deux présidents vivent dans des univers différents. Elle constate le messianisme états-unien, mais elle analyse la position russe comme une faiblesse, un repli sur ses frontières et les pays proches, plutôt que comme un respect des souverainetés nationales. Limitant les points de désaccord entre les deux gouvernements, l’auteur peut conclure en exprimant son regret de ne pas voir Moscou et Washington travailler davantage de concert sur la scène internationale. Mais quelles relations durables peuvent naître entre un État soulignant sans cesse son « leadership » et foulant aux pieds le droit international, et un autre ne jurant que par le partenariat entre États ?
Sans surprise, les rares réactions à l’intervention de Vladimir Poutine dans la presse occidentale ont essentiellement émané des cercles atlantistes, hostiles à la Fédération de Russie.
Ainsi dans le journal de Munich Der Merkur, le sénateur républicain états-unien, John McCain, dénonce, une fois de plus, la politique russe sans s’attarder sur les propos tenus par Vladimir Poutine. Reprenant l’argumentation habituelle, il affirme que la Russie est en voie de re-soviétisation à cause de la nouvelle loi sur les ONG et de la fin de l’élection des gouverneurs régionaux. Concernant la politique internationale, il estime que la Fédération de Russie doit changer d’attitude dans le domaine énergétique, sur la Chine et sur l’Iran sans préciser exactement ce qu’il reproche à Moscou et ce qu’il souhaiterait que la Russie fasse. L’objectif est manifestement plus de déprécier la Russie que de construire un partenariat sur la base de propositions.
Dans la presse occidentale, Moscou conserve une très mauvaise image, souvent héritée des représentations de la Guerre froide. Dans la presse arabe, au contraire, les souvenirs de la Guerre froide induisent chez les éditorialistes une image bien plus positive : la Russie est perçue comme l’héritière de l’URSS alliée des mouvements nationaux arabes. Cet a priori favorable est renforcé par une conception des rapports de force internationaux qui fait de Moscou le seul contrepoids crédible à la politique de Washington. Vladimir Poutine multiplie par ailleurs les actions renforçant cette perception en vendant du matériel militaire aux États du Proche-Orient menacés par l’impérialisme US ou en se rapprochant de l’Organisation de la Conférence islamique.
Suite à la conférence de presse de Vladimir Poutine, l’édition arabophone de l’agence de presse russe, RIA-Novosti, publie un texte de l’analyste militaire russe Victor Litovkine. Il revient sur ce qu’il interprète comme des sarcasmes de la presse occidentale sur l’état de la puissance militaire russe soulignée par Vladimir Poutine le 31 janvier. Pour l’auteur, il n’y a pas de quoi rire. Il affirme que la Russie dispose aujourd’hui d’une force de dissuasion nucléaire crédible et s’en réjouit. Il note également que contrairement à d’autres pays, la Russie n’a jamais affirmé qu’elle pourrait en faire un usage autre que défensif. Dans l’optique des guerres énergétiques à venir, la diffusion de ce texte en direction des pays arabes se sentant menacés par les États-Unis est sans doute tout sauf innocent.
Le discours de George W. Bush a reçu un bien plus large écho dans la presse occidentale et il a remis à l’agenda la question de la dépendance énergétique. Toutefois, si cette thématique a retrouvé un intérêt dans la presse, le discours de George W. Bush n’en a pas, pour autant, été bien reçu. Le « style » Bush, fait de grandes imprécations moralisantes, de mensonges et de déclarations en rupture totale avec la réalité, semble s’essouffler.
L’ancien colonel de l’US Army et professeur de relations internationales de l’université de Boston, Andrew J. Bacevich, revient dans le Los Angeles Times sur les références constantes à la menace « isolationniste » et au risque de « repli » et de « déclin » des États-Unis qui ont émaillé le discours présidentiel. Pour lui, ce matraquage ne vise qu’à stigmatiser la tradition réaliste qui s’oppose au messianisme wilsonien dont a fait preuve George W. Bush. Aujourd’hui, toute critique de la Maison-Blanche est considérée, sans raison, comme isolationniste alors que pour M. Bacevich, ce courant de pensée est mort depuis longtemps aux États-Unis.
L’écrivain et dramaturge états-unien, Gore Vidal, figure de la résistance intérieure à l’administration Bush, va nettement plus loin dans le quotidien viennois Der Standard et sur le site états-unien Democracy Now ! Il voit dans le discours sur l’état de l’Union un exercice démocratique dévoyé servant à justifier a posteriori les guerres illégales d’Irak et d’Afghanistan et l’instauration d’une dictature aux États-Unis. L’intellectuel états-unien appelle ses concitoyens à la mobilisation afin de faire chuter le président avant qu’il ne soit trop tard, c’est pour lui la seule solution car les élections sont devenues une farce.
Dans un éditorial non signé engageant toute la rédaction, Al Quds Al Arabi dénonce, lui aussi, les aberrations du discours présidentiel états-unien sur les « avancées » dans la « guerre au terrorisme » en Irak ou en Afghanistan. Faisant le compte des victimes états-uniennes et des dépenses engagées, le journal arabe s’alarme de voir un président perdu dans ses illusions et semblant avoir totalement perdu prise avec la réalité.
Sans se référer explicitement au contenu du discours sur l’état de l’Union, le député social-démocrate autrichien, Christoph Winder, condamne lui aussi dans Der Standard, les travestissements de la réalité par l’administration Bush et les atteintes aux libertés.
Ainsi, le discours sur l’état de l’Union a surtout offert aux opposants de l’administration Bush une occasion de rappeler que Washington vit désormais dans un mensonge institutionnalisé qui cache les privations de libertés successives aux États-Unis.
Lors de la promotion en Italie du film d’horreur Hostel qu’il vient de réaliser, le réalisateur et scénariste états-unien Eli Roth affirme au site TGCom que les discours de George W. Bush sont totalement détachés de la réalité mais que les médias suivent son point de vue car le président et ses alliés les contrôlent. Le réalisateur explique le succès retrouvé des films d’horreur aux États-Unis par un besoin du public de libérer les angoisses générées par les guerres et les mensonges de Washington en regardant des atrocités qu’il sait fictives.
Réseau Voltaire
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14 février 2006
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Paris (France)
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Pays
Russie (Fédération de)
États-Unis
Thèmes
Pétrole et ressources énergétiques
Nouvelle Guerre froide : la stratégie antirusse
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Discours sur l’état de l’union »
Auteur
George W. Bush

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[George W. Bush] est président des États-Unis.
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Source
Département d’État (États-Unis)
Référence « State of the Union Address by the President », par George W. Bush, département d’État, 31 janvier 2006. Ce texte est adapté d’un discours prononcé devant le Congrès des États-Unis. Nous avons choisi de ne traiter que les parties en lien avec la politique internationale.
Résumé Merci à tous pour votre accueil. Je voudrais commencer ce discours en rendant hommage à Mme Coretta Scott King, qui nous a quitté ce matin.
Dans cette année décisive, vous et moi prendrons des décisions qui détermineront l’avenir de notre pays. Soit nous choisirons de poursuivre la lutte contre les ennemis de la liberté, soit nous ne tiendrons pas nos engagements. Soit nous choisirons de développer notre prospérité en menant l’économie mondiale, soit nous nous retirerons du commerce mondial. L’isolationnisme et le protectionnisme peuvent être tentants mais c’est la voie du déclin.
Notre nation est engagée en faveur d’un objectif à long terme : en finir avec la tyrannie dans le monde. Certains décrivent cet objectif comme irréaliste, mais le 11 septembre 2001 a prouvé que notre sécurité en dépendait. La démocratie crée l’espoir et détourne les hommes du terrorisme. En outre, cette démocratisation du monde est un objectif réalisable. Aujourd’hui, la moitié de l’humanité vit en démocratie, nous devons aider l’autre moitié.
Des terroristes comme Oussama Ben Laden veulent au contraire s’assurer le contrôle totalitaire du Moyen-Orient. Ils veulent prendre le contrôle de l’Irak pour menacer l’Amérique et le monde. Pour cela, ils utilisent la peur, tuant des enfants à Beslan, décapitant des captifs dans des vidéos… etc. Nous ne pouvons pas abandonner le combat. Nous ne gagnerons pas la paix par le retrait face à l’islam radical. L’Amérique rejette le faux confort de l’isolationnisme. Nous restons déterminés à combattre le terrorisme, en Afghanistan et en Irak. Là-bas, nous aidons à construire des gouvernements, nous affrontons les terroristes. Nous faisons face à une opposition brutale mais je suis confiant. Nous améliorons nos performances dans ce combat grâce aux critiques constructives des membres du Congrès.
Contre le terrorisme, nous ne combattons pas que militairement, nous combattons leur idéologie en luttant en faveur de la démocratie. En Égypte, la population a voté pour la première fois dans des élections pluralistes et le gouvernement doit aujourd’hui ouvrir la voie à l’opposition pacifique. Les Palestiniens ont voté et maintenant, le Hamas doit reconnaître Israël et rejeter le terrorisme. L’Arabie saoudite doit accentuer les réformes. La même chose est vraie pour l’Iran. Je veux dire aux Iraniens que nous les respectons et que nous voulons qu’ils soient libres et que leur pays et le nôtre deviennent des amis proches. Il faut également prendre l’initiative dans les réformes économiques, tout en favorisant une aide internationale contre les fléaux mondiaux.
Nous devons également combattre le terrorisme chez nous en soutenant nos forces de l’ordre et en reconduisant le Patriot Act.
Il n’existe pas d’alternative mondiale au leadership américain, nous ne pouvons donc pas céder à l’isolationnisme. Ici, chez nous, nous devons construire la prospérité de notre pays en renforçant le leadership économique de notre pays sur le monde. Pour cela, nous devons rejeter le protectionnisme, la peur de l’immigration et nous devons continuer à diminuer les impôts et les dépenses publiques. L’Amérique, pour rester compétitive, a besoin d’une énergie abordable et c’est là que nous avons un problème. L’Amérique est dépendante du pétrole qui vient souvent d’endroits instables. La meilleure façon d’en finir avec cette dépendance, c’est de développer la technologie. C’est pourquoi, ce soir, j’annonce le lancement de l’Advanced Energy Initiative, qui doit permettre le développement des énergies propres. D’ici 2025, nous devons remplacer 75 % de nos importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient.
Que Dieu bénisse l’Amérique.

« Conférence de presse de Vladimir Poutine »
Auteur
Vladimir V. Poutine
Source
service de presse du Kremlin (Fédération de Russie)
Référence « Press Conferences, Meetings with the Press, Press Statements », par Vladimir Poutine, service de presse du Kremlin, 31 janvier 2006. Ce texte est adapté d’une conférence de presse de quatre heures rassemblant 560 journalistes. Nous avons choisi de ne traiter que les parties en lien avec la politique internationale. Pour faciliter la lecture, nous avons reclassé les différents éléments de réponses de Vladimir Poutine en fonction des thèmes abordés par les questions plutôt que dans l’ordre où elles ont été posées.
Résumé Je remercie les journalistes d’être venus si nombreux, il n’y en avait jamais eu autant pour une conférence de presse.
L’année 2005 a été bonne pour la Russie avec une croissance économique de 6,4 %. La Banque centrale russe a désormais des réserves substantielles, les salaires russes ont augmenté de 9,8 %, le pouvoir d’achat de 8,7 % et les pensions et retraites de 13 %. Ces chiffres sont exprimés en termes réels et tiennent compte de l’inflation. Ces chiffres montrent que contrairement à ce qu’affirment certains de nos adversaires, la Russie a sa place au G8, dont nous assurons la présidence. Comme cette organisation est une structure multilatérale, nous avons choisi de définir les grands thèmes de travail de notre présidence en collaboration avec les autres membres. Nous avons décidé cette année de nous pencher sur les grands problèmes de l’humanité que sont la sécurité énergétique mondiale, les maladies infectieuses et l’éducation.
Contrairement à ce qui est parfois dit, mes rencontre avec le président biélorusse, Alexandre Loukatchenko, n’est pas un soutien au régime biélorusse ou à un parti politique biélorusse. Nous sommes favorables à l’intégration économique entre nos deux pays, cela ne veut pas dire que nous soutenons spécifiquement un homme politique dans ce pays.
Je suis heureux d’être parvenu à un compromis sur le gaz avec l’Ukraine. Kiev reconnaît enfin qu’il prélève une partie du gaz en direction de l’Europe de l’Ouest. Cela montre également que nous avons raison de construire un pipeline passant par la Mer du Nord. Avec la Géorgie, nous avons plus de difficultés car des politiciens géorgiens jugent mal notre relation. Pourtant, aujourd’hui, des ingénieurs russes travaillent par –30°C pour remettre en fonction l’alimentation énergétique de la Géorgie pendant que certains dirigeants géorgiens leur crachent dessus. Les Géorgiens doivent comprendre que ce comportement n’améliorera rien. Nous souhaitons pour notre part resserrer les liens avec la Géorgie. Contrairement à ce qui est dit, je ne pense pas qu’appliquer les prix du marché aux anciens pays soviétiques nous nuisent à long terme. Notre ancienne politique de prix vis-à-vis de l’Ukraine coûtait à la Russie entre trois et cinq milliards de dollars par an. A titre de comparaison, l’aide états-unienne à l’Ukraine se monte à 174 millions de dollars par an. Nous devons admettre que nous sommes désormais des pays séparés et que nous devons d’abord penser aux intérêts du peuple russe. Nous devons aussi nous donner les moyens de fournir une offre de gaz satisfaisante à toute l’Europe. Mais cela ne consiste pas à utiliser le gaz comme une arme comme certains le prétendent. Dans ce domaine, nous sommes déjà très bien protégés. La Russie est doté d’une force de dissuasion nucléaire efficace dont j’ai pu exposer la valeur au président Jacques Chirac lors d’une de ses visites en lui montrant la qualité de nos vecteurs capables de porter des têtes nucléaires tout en échappant aux systèmes anti-missiles.
Nous connaissons la situation économique mondiale et nous savons que de nombreux pays cherchent des sources d’énergie alternative au pétrole et pensent notamment à l’énergie nucléaire civile. Le problème est que la plupart des techniques nucléaires civiles peuvent aussi avoir un aspect militaire. C’est pourquoi, lors d’une réunion de la Communauté économique eurasiatique, nous avons proposé de constituer un réseau de centres d’enrichissement de l’uranium en Russie, bénéficiant de la maîtrise russe dans ce domaine et qui pourra être utile à tout ceux qui voudront y participer, y compris l’Iran.
Notre soutien à l’Ouzbékistan après les émeutes à Andhizian n’est pas incompatible avec notre adhésion aux valeurs européennes. Nous savons qui entraînait les émeutiers et nous ne voulons pas d’un deuxième Afghanistan au Caucase. Cela ne veut pas dire que nous ignorons les problèmes en Ouzbékistan.
Les Organisations non gouvernementales sont une part importante de notre société et nous les soutenons mais nous voulons aussi que leur financement soit transparent. Nous ne voulons pas qu’elles soient les marionnettes d’intérêts étrangers. Nous regrettons l’affaire d’espionnage avec la Grande-Bretagne et nous ne voulons pas réduire notre partenariat avec Londres. J’en discuterai avec le Premier ministre britannique.
Nous mettrons fin aux opérations de contre-terrorisme en Tchétchénie dès que les agences de sécurité tchétchènes seront en mesure de faire respecter l’ordre elles mêmes. Elles le font de plus en plus mais cela est compliqué. Au ministère de l’intérieur tchétchène, il y a de nombreuses personnes qui tiraient sur les forces fédérales il y a peu. Ce n’est pas facile, mais les intégrer permet de mettre aux responsabilités des personnes connaissant bien la Tchétchénie. Toutefois, cela nécessite d’abord de créer une culture de l’état de droit, ce qui n’est pas chose facile.
Nous ne sommes pas encore parvenus à un accord pour adhérer à l’Organisation mondiale du commerce. Le principal problème est avec les États-Unis. Il n’y a plus qu’eux qui nous empêchent d’adhérer mais George W. Bush est favorables à notre adhésion, cela devrait donc se régler prochainement.
La coopération sino-russe est un facteur important de la stabilité internationale. nous voulons continuer notre rapprochement et résoudre les problèmes résiduels dans notre relation tels que les problèmes frontaliers. Nous souhaitons également développer nos relations commerciales. Tous ces points seront abordés lors de ma visite en Chine au printemps.
J’ai été heureux de ma visite au Japon ; je pense que nous pouvons améliorer nos relations mais que le Japon ne doit pas régler ses problèmes intérieurs en agitant les vieilles polémiques et en jouant au samouraï sur les îles Kourilines. Nous voulons trouver une solution par la discussion.
La victoire du Hamas est un grand coup d’arrêt pour les efforts américains au Moyen-Orient. Il faut pousser toutes les parties en présence à négocier. Notre position diffère de celle des Européens et des États-uniens car nous ne considérons pas le Hamas comme une organisation terroriste, même si cela ne veut pas dire que nous approuvons tout ce que fait cette organisation. Nous pensons d’ailleurs qu’il devrait renoncer à ses positions extrémistes et reconnaître à Israël le droit d’exister.

« Les présidents montent sur scène pour des shows différents »
Auteur
Rose Gottemoeller
Source
Moscow Times (Fédération de Russie)
Référence « Presidents Take the Stage for Different Shows », par Rose Gottemoeller, Moscow Times, 2 février 2006.
Résumé Mardi, le président états-unien et le président russe se sont exprimés sur leur pays. Les deux évènements sont très différents. George W. Bush prononçait un discours devant le Congrès, Vladimir Poutine répondait pendant quatre heures aux questions des journalistes. Mais, malgré les différences, les deux hommes ont montré quelles étaient leurs priorités et cela a permis de voir quels objectifs ils avaient en commun.
Trois questions ont été abordées par les deux hommes : l’énergie, l’Iran et le Hamas. Sur le dossier énergétique, Poutine s’est efforcé de se présenter comme un fournisseur énergétique fiable. Bush n’a pas mentionné la Russie dans son discours mais il avait en tête la question de la fiabilité des fournisseurs énergétiques et c’est pourquoi il a appelé à une réduction de 75% des importations pétrolières états-uniennes venant du Moyen-Orient d’ici 2025. Il a demandé à un travail intense sur les sources d’énergie alternatives sans parler d’un développement du nucléaire.
Concernant l’Iran, Bush n’a plus parlé de l’« Axe du mal » et a affirmé que les États-Unis respectaient le droit des Iraniens à choisir leurs dirigeants mais il a insisté sur le fait que l’Iran ne devait pas avoir l’arme nucléaire. Poutine n’a pas parlé de la scène politique iranienne mais a défendu son programme d’enrichissement nucléaire ouvert à tous, y compris aux Iraniens.
Concernant le Hamas, Poutine a laissé entendre qu’il ferait mieux que les États-Unis mais a finalement demandé la même chose que Bush : la reconnaissance d’Israël.
Il est intéressant de constater que Bush n’a parlé ni de la Russie ni de la Chine. En fait, Bush et Poutine vivent dans des univers séparés, la Russie reste concentrée sur ses voisins et les États-Unis sur leur messianisme. Il y a pourtant beaucoup de sujets sur lesquels collaborer.

« La Russie retombe dans ses vieux travers »
Auteur
John McCain
Source
Der Merkur (Allemagne)
Référence « Russland rutscht in alte Zeiten zurück », par John McCain, Der Merkur - Munich, 05 février 2006. Ce texte est adapté d’une interview.
Résumé Suite à la conférence de presse du président Vladimir Poutine, la dureté de mes commentaires ont créé la surprise dans les médias et la classe politique. Pourtant je critique la Russie depuis un certain temps déjà. La démocratie et la liberté sont en net recul en Russie. Le comportement adopté par la Russie vis-à-vis de l’Ukraine ou de la Géorgie aurait été jugé indigne même par l’ancien gouvernement soviétique. Mes propos peuvent paraître violents par rapport au vocabulaire habituellement adopté dans les milieux diplomatiques. Mais il reflètent l’avis des deux partis représentés au Congrès des États-Unis. Une des réalisations de notre époque a été la chute de l’Union soviétique et l’obtention de la liberté pour tous ceux qui étaient forcés de vivre sous la domination soviétique. Aujourd’hui nous redoutons tous que la Russie retombe dans ses vieux travers.
Dans toutes les questions urgentes aujourd’hui, l’Iran, la Chine, la sécurité énergétique, la Russie doit radicalement changer d’attitude. Elle doit arrêter de couper le robinet énergétique à ses voisins. Elle doit à nouveau laisser travailler les organisations non gouvernementales. Elle doit cesser d’opprimer les médias indépendants. Elle doit permettre à la démocratie locale de se manifester, par exemple par l’élection des gouverneurs régionaux. La liste est longue...
Concernant l’Iran, s’il est positif que la Russie ait accepté de transmettre le dossier iranien au Conseil de sécurité de l’ONU, la question fondamentale va être - et pas seulement pour la Russie - de savoir si on va réussir à imposer des sanctions économiques à l’Iran, le cas échéant.
J’ai mentionné l’option militaire contre l’Iran, et ce nonobstant le fait que nous soyons déjà mobilisés en Irak et en Afghanistan. Je précise par contre qu’il n’existe absolument pas d’option nucléaire. La question n’est même pas à l’ordre du jour ou seulement envisageable. L’une des procédures d’action pour ramener l’Iran à la raison a été choisie : la saisine du Conseil de sécurité. Il en existe de nombreuses autres. L’option militaire serait la dernière carte à jouer. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle doit être balayée de la table dès le début. Par contre il n’est pas nécessaire, à ce stade, d’en préciser le détail.

« La fierté russe en matière de missiles »
Auteur
Viktor Litovkine

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Commentateur militaire de l’Agence RIA Novosti
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Source
RIA-Novosti (Fédération de Russie)
Référence « مفخرة روسيا الصاروخية », par Victor Litovkine, RIA-Novosti, 04 février 2006
Résumé La conférence de presse annuelle de Vladimir Poutine a suscité des réactions diverses. A l’étranger, par exemple aux États-Unis, la réponse aux propos du président russe était en gros moqueuse. Les agences de presse, telle l’ Associated Press, se sont gaussées du fait que Poutine a fait l’éloge des dispositifs russes en matière de missiles. Ce sont des réactions inappropriées.
Le président russe a énuméré un nombre de missiles stratégiques, dotés de diverses options très développées, qui n’ont certainement pas d’équivalents ailleurs. Ce qui rend légitime la fierté du gouvernement de Moscou.
La fierté en question, pour les raisons suivantes, n’est pas un signe de tyrannie, de snobisme ou de menace à n’importe qui. D’abord les systèmes nucléaires stratégiques évoqués par Poutine ne sont pas conçus pour attaquer une cible quelconque. Ensuite, les dits systèmes ne menacent personne, vu que la Russie n’a jamais parlé d’un éventuel recours aux armes nucléaires. Une troisième caractéristique de l’industrie nucléaire russe est que celle-ci ne fait pas partie de la course actuelle à l’armement nucléaire.
La Russie se contente de la quantité, qui lui semble assez suffisante, de missiles nucléaires. Ce qui justifie que le dispositif nucléaire n’est pas considéré comme un moyen de pression ou de terreur, mais comme une arme politique qui reste toujours valable. Cela n’empêche pas que Moscou, selon l’accord états-uno-russe, doit réduire ses capacités stratégiques « offensives » d’ici l’an 2012.
D’ici là, et selon certains experts, le nombre de têtes nucléaires russes sera moindre que ce auquel il a droit. Un choix justifié par une seule raison, c’est que le pays n’a pas besoin d’un flux « nucléaire ». Là encore Poutine a de quoi être fier, puisqu’il a pu garder un raisonnement « nucléaire » pacifique malgré les risques caractérisant le monde d’aujourd’hui.

« Quel isolationnisme ? »
Auteur
Andrew J. Bacevich
Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « What isolationism ? », par Andrew J. Bacevich, Los Angeles Times, 2 février 2006.
Résumé Durant son discours sur l’état de l’union, George W. Bush s’en est pris violemment à l’isolationnisme. Mais qui sont exactement les isolationnistes ? Le président s’est abstenu de répondre à cette question pour une bonne raison : ils n’existent pas ! C’est une fiction importée d’un autre temps. Si on parle encore de l’isolationnisme, c’est pour imposer de la discipline dans les rangs. Bush est acculé et il invoque une menace isolationniste pour se donner de l’air. Ce faisant, il empêche le débat sur les tenants et les aboutissants de sa politique étrangère.
Depuis le 11 septembre, George W. Bush s’est converti aux théories de Woodrow Wilson. Le projet wilsonien se fonde sur deux convictions : l’Histoire a un sens, une direction et l’Amérique est l’instrument de la Providence pour aller dans ce sens et aboutir au triomphe de la Liberté. George W. Bush s’est à nouveau fait le porte-parole de ces convictions. Mais le problème des théories wilsoniennes, c’est qu’elles s’embarrassent rarement du concept de faisabilité.
La tradition réaliste qui s’oppose au wilsonisme n’est pas isolationniste, c’est le point de vue de George Washington. La qualifier d’isolationniste pour occulter le débat est irresponsable.

« Le contre-discours sur l’état de l’Union »
Auteur
Gore Vidal

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Romancier, essayiste et dramaturge états-unien engagé, Gore Vidal est l’auteur récemment de Inventing a Nation : Washington, Adams, Jefferson. Il a rédigé un dossier spécial pour le journal britannique The Guardian dans lequel il affirme que l’administration Bush avait connaissance des attentats du 11 septembre avant qu’ils aient lieu.
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Source
Der Standard (Autriche)
Référence « Majestätsbeleidigung, made in USA Die "andere" State of the Union », par Gore Vidal, Der Standard et DemocracyNow !, 02 février 2006.
Résumé Ce gouvernement est un des plus anti-patriotiques qui soit. Ce gouvernement se sert, sans pudeur, de moyens illégaux pour attaquer un pays étranger, pire encore, deux pays étrangers - l’Irak et l’Afghanistan, pays qui ne nous avaient rien fait. Illégaux car, contrairement à ce que dit la constitution, ces guerres n’ont pas été décidées par le Congrès mais par le président tout seul : « Tiens, on dirait qu’il y a des terroristes qui se baladent là bas - qu’est ce que vous en dites ? On bombarde ? Allez larguez les bombes ! ». Ce n’est pas la première fois que nous avons un imbécile comme président de notre pays. Mais si George W. Bush n’est pas le premier des crétins à nous diriger, il est sans aucun doute le crétin le plus actif que nous ayons jamais eu. C’est pour cela que, alors que nous sommes embourbés dans nos deux guerres illégales, il est déjà en train de planifier de nouvelles guerres, contre de nouveaux pays. Et le discours sur l’état de l’Union est dévoyé pour lui permettre de justifier son concept de surveillance totale, qui lui permet de fourrer son nez dans la vie privée de tout citoyen des États-Unis sans aucun contrôle juridique. Chez les gens qui ont encore un cerveau, cela porte un nom : dictature. Dic-ta-ture. Dict-ta-ture.
Il est grand temps de se dresser contre cela. Ne nous disons pas : rentrons la tête jusqu’aux prochaines élections et tout changera ensuite. Nous ne pouvons plus placer notre confiance dans les élections de notre pays depuis que le pouvoir a recouvert le pays de ces machines à voter électroniques qui permettent de manipuler notre vote de telle façon à maintenir ces escrocs au pouvoir.
Je pense que des manifestations au niveau national pourraient être bien plus efficaces. Dites Non, tout simplement. Non, on veut plus te voir, on en a marre de toi, retourne à Crawford. Et si tu veux, nous pouvons même t’aider à ramasser des fonds pour te construire une belle bibliothèque en souvenir de tes 8 ans de mandat - même si nous savons que tu n’es pas un grand amateur de livres, aujourd’hui comme demain. Nous voulons simplement que tu te casses et devienne un ex-Président, avec un musée et une bibliothèque commémorative, où tu pourras inviter tes copains, tout aussi illettrés que toi mais qui ont été grassement payés par Amérique S.A. et qui t’adorent pour cela ...

« Bush et ses victoires en Irak »
Auteur
Rédaction d’Al Quds Al Arabi
Source
Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « بوش وانتصاراته في العراق », par Rédaction d’Al Quds Al Arabi, Al Quds Al Arabi, 02 février 2006.
Résumé Lors de son discours sur l’état de l’Union, George W. Bush a mis l’accent sur la victoire de son administration en Irak, tout en rappelant que la guerre au terrorisme va dans le bon sens. Or, la situation sur le champ de bataille prouve le contraire. Le locataire de la Maison-Blanche essaye une fois de plus de tromper son peuple.
Si la perte de trois mille soldats et de trois cent milliards de dollars en Irak est considérée, par Bush, comme une victoire, comment définit-t-il donc une défaite ? La seule distinction entre son dernier discours et ceux des années précédentes est le fait qu’il n’a pas osé parler d’une fausse amélioration de la situation en Irak, que la guerre au terrorisme a atteint ses objectifs et que le monde est plus en sécurité après la chute du régime irakien. C’est des expressions qui ont marqué ses discours des cinq dernières années, et qui ont été reprises par son allié britannique Tony Blair.
D’ailleurs, l’apparition de Ben Laden et celle de Al-Zawahiri, quelques jours après, ne sont pas des coups de hasard. Ce sont des apparitions visant à démentir, en avance, le contenu du discours sur l’état de l’Union, à aggraver les souffrances du président états-unien et à confirmer explicitement l’échec de la guerre au terrorisme.
George Bush doit avouer que sa politique étrangère a échoué et qu’elle lui a coûté trop cher. Par ailleurs, heureusement, les citoyens états-uniens ne croient plus les dires et les « victoires » imaginaires de leur président. Ce dernier se trouve dans une impasse en Irak et en Afghanistan. Une situation qui risque de s’aggraver si jamais il s’attaque à l’Iran sous des prétextes sécuritaires.
Les politiques adoptées par les néo-conservateurs auront certainement un impact destructif sur leur administration lors de prochaines élections du Congrès en novembre prochain.

« Bush : dans l’eau jusqu’au cou »
Auteur
Christoph Winder

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Christoph Winder est député OVP (social-démocrate) au parlement autrichien.
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Source
Der Standard (Autriche)
Référence « Wasser bis zum Hals », par Christoph Winder, Der Standard, 02 février 2006.
Résumé Le discours récent de Bush le montre encore une fois. Quand la réalité se met en travers de ses objectifs politiques, le président états-unien n’hésite pas longtemps à la déformer pour qu’elle aille dans son sens. Qu’il s’agisse des armes de destruction massive de Saddam Hussein ou bien de l’affaire des écoutes illégales de la NSA, le dernier des scandales à secouer le monde politique à Washington..
Dans cette dernière affaire, Bush s’est cru, à tort, autorisé par les circonstances géopolitiques à laisser les services secrets faire ce qu’ils veulent, sans avoir à s’ embêter avec un juge ou des garde-fous juridiques. Pas étonnant que l’opposion aux États-Unis manifeste violemment contre les "tentations impériales" du président ou que Hillary Clinton en vienne à utiliser des superlatifs (« Le pire gouvernement de l’histoire des États-Unis »). Et récemment nous avons encore appris un nouveau cas de négation de la réalité par aveuglement politique. Le New York Times a publié le témoignage d’un scientifique de la Nasa, a qui l’on a interdit, par oukase présidentiel, de rendre publiques ses recherches sur les émissions de CO2 et leur effet sur le réchauffement climatique. Connaissant l’insouciance de l’administration Bush en matière environnementale, cela ne nous étonnerait pas. Effet de serre ? Pas la peine de s’en soucier.
Heureusement, le public états-unien est suffisamment sensibilisé à cette question pour qu’on ne puisse plus simplement balayer toutes ces questions sous le tapis. Même les plus sceptiques ont commencé à comprendre l’enjeu quand ils ont vu les habitants de la Nouvelle Orléans avec de l’eau jusqu’au cou. A long terme la dureté de la réalité finit par résister au travail de déformation et de manipulation de la propagande étatique. Il faut juste espérer que ce jour-là, il ne sera pas déjà trop tard pour éviter la catastrophe.

« Le véritable film d’horreur c’est George Bush »
Auteur
Eli Roth

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Eli Roth est scénariste et réalisateur, spécialisé dans les films d’horreur « gore ». Il est l’auteur réalisateur de Cabin Fever et Hostel.
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Source
TGCom (Italie)
Référence « "Il vero horror ? E’ Bush" », par Eli Roth, TGCom, 02 février 2006.
Résumé Il n’y a rien de plus épouvantable que George Bush, mais on n’a pas le droit de le dire. Alors les gens se cachent au cinéma, devant des films d’horreur, pour hurler.
Bush semble entièrement détaché de la réalité . Voilà quelqu’un qui n’a jamais participé à la moindre guerre et qui a réussi à faire envoyer des milliers de jeunes la faire en Afghanistan et en Irak et à terroriser toute opposition dans le pays. Et il a réussi à faire tellement peur aux médias avec l’argent de ses copains qu’aucune image des choses horribles qui se produisent dans cette guerre n’est jamais montrée à la télévision.

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