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Tribunes et décryptages - 22 février 2006
Darfour : simplification et moralisation du conflit
Décryptage
Le conflit au Darfour est particulièrement complexe et comprend un grand nombre de dimensions d’appréciation. Les violences ont tout d’abord une origine locale et sont liées à la confrontation traditionnelle opposant les tribus pastorales aux tribus d’agriculteurs sédentarisés. Ces conflits ont émaillé l’histoire du Darfour mais depuis 20 ans, la région a connu une spectaculaire explosion démographique (passant de trois à six millions d’habitants) rendant plus âpre la lutte pour le contrôle des ressources. Une guerre meurtrière avait déjà frappé la région à la fin des années 80, sans jamais vraiment s’éteindre. A cette dimension locale viennent s’ajouter des problématiques nationales. Ainsi, on a vu au Darfour les conséquences des jeux de pouvoirs entre factions au Soudan, un pays qui n’a jamais vraiment connu la paix depuis l’indépendance en 1956. La guerre opposant le gouvernement de Khartoum aux rebelles du Sud de l’Armée de libération populaire du Soudan a ainsi souvent eu des retombées au Darfour, le mouvement de feu John Garang ayant par le passé soutenu les mouvements rebelles du Darfour contre les forces gouvernementales et les milices leur étant associées. On peut ajouter une dimension régionale à la crise du Darfour puisque la Libye et le Tchad sont intervenus dans ce conflit (le président tchadien Idriss Déby y a des attaches puisque c’est depuis cette région qu’il a mené son offensive pour prendre le pouvoir à Ndjamena en 1990, imitant ce que son prédécesseur Hissen Habré avait lui aussi réalisé auparavant). Enfin, notons que le Soudan n’a cessé de développer sa production pétrolière ces dernières années. La Chine y est fortement implantée et compte sur place des dizaines de milliers d’ouvriers chinois. Chevron est également implanté dans le Sud, tout comme TotalFina-Elf. La production pétrolière peut encore être considérée comme moyenne en comparaison des grands sites d’extraction pétrolière mais les sites soudanais ont l’avantage d’être encore peu exploités et pourraient continuer à fournir du pétrole pendant une bonne quinzaine d’années.
L’extrême complexité de la situation n’est pas ce qui ressort des analyses et commentaires dans la presse mainstream occidentale, surtout aux États-Unis. Les analystes médiatiques états-uniens ne traitent la question du Darfour que sous l’angle du conflit ethnique, ou plus précisément du « génocide » des « Africains » par les « Arabes ». Si le conflit aboutit bien à des massacres massifs touchant cruellement les populations sédentarisées, il est faux de prétendre que l’opposition se fait sur des bases ethniques ou « raciales » et que cette division est la source du conflit. En effet, les populations sédentaires et nomades sont toutes des populations noires et arabisées (depuis plus ou moins longtemps) s’étant largement mêlées. Toutefois, cette distinction entre populations permet de développer une rhétorique bien plus mobilisatrice pour les opinions publiques occidentales et masque sous l’émotion et l’effroi les intérêts pétroliers au Soudan.
Depuis le début du mois de février, les États-Unis occupent la présidence tournante du Conseil de sécurité de l’ONU. Depuis le début de cette présidence, la question du Darfour, qui avait largement disparu des « Unes », a retrouvé une importance de premier plan. Les responsables états-uniens ont ainsi multiplié les déclarations réclamant une intervention militaire massive. Ainsi, le 3 février, la secrétaire d’État adjointe aux Affaires africaines, Jendayi Frazer, a déclaré à la presse que les États-Unis comptaient profiter de la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU « pour tenter de renforcer la tâche de l’Union africaine au Darfour ». Puis, progressivement, et avec le soutien de Kofi Annan, les États-Unis ont appelé à un déploiement des troupes de l’OTAN, soit la mise en application d’une demande de longue date de Washington.
Ces déclarations officielles s’accompagnent de tribunes dans la presse, émanant principalement des rangs des démocrates ou d’organisations proches de George Soros, et appelant à un engagement des États-Unis dans le conflit en mobilisant une rhétorique proche de celle employée par le passé pour justifier le bombardement de la Serbie en réaction aux troubles au Kosovo.
Le chef de la minorité démocrate à la Commission des Affaires étrangères du Sénat, le sénateur démocrate du Delaware, Joseph R. Biden Jr ne fait pas mystère de cette parenté. Dans le Baltimore Sun et Gulf News, il demande une opération de l’OTAN dirigée par les États-Unis comparable aux opérations en Bosnie et au Kosovo. Reprenant la rhétorique du devoir d’ingérence ou de sa version plus récente la « responsabilité de protection », il assure que Khartoum a perdu de facto toute souveraineté en s’attaquant à sa population. Dès lors, le sort des populations du Darfour est de la responsabilité de la collectivité des sociétés civilisées, qui trouverait son incarnation dans l’OTAN.
Les auteurs d’un rapport de l’ONG Physician for Human Rights consacré au Darfour, John Heffernan et David Tuller, appellent eux aussi à une mobilisation internationale dans le San Francisco Chronicles. Pour eux, il ne fait aucun doute que le gouvernement de Khartoum arme les milices janjawids et que Khartoum est le seul responsable. Par conséquent, les auteurs demandent que soient d’ores et déjà mis en place des systèmes de compensation pour les victimes, le gouvernement soudanais étant considéré comme le seul responsable. Notons que M. Heffernan est également membre du parti démocrate (il fut président du National Democratic Institute for International Affairs à Guyana) et a dirigé la Coalition for International Justice à Washington. Cette dernière organisation a eu un rôle central dans l’organisation des procès sur l’ex-Yougoslavie et a été fondée par George Soros.
Référence incontournable de la presse états-unienne dès qu’il s’agit du Darfour, le démocrate John Prendergast, également membre de l’International Crisis Group, dont George Soros est administrateur, dénonce l’attitude des États-Unis au Darfour dans le Los Angeles Times avec l’acteur Don Cheadle. Les deux auteurs reprochent notamment la complaisance de la CIA vis-à-vis de Salah Abdallah Gosh, le chef des services secrets soudanais. M. Gosh est présenté comme un ancien partenaire d’Oussama ben Laden et comme un des responsables du « génocide » au Darfour. Pour MM. Prendergast et Cheadle, il ne fait aucun doute que les États-Unis doivent intervenir au Soudan afin de restaurer leur leadership moral.
Cependant, cette rhétorique ne semble pas prendre en dehors des États-Unis. Même le traditionnel allié britannique semble être sur une autre ligne de conduite que Washington. Ainsi, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Tony Blair, Jack Straw, donne une image bien différente de la situation au Darfour dans une tribune publiée par l’International Herald Tribune. Depuis Abuja, au Nigeria, où se tiennent les négociations entre les mouvements rebelles du Darfour et les autorités soudanaises (des négociations totalement ignorées par les analystes médiatiques états-uniens), le chef de la diplomatie britannique présente les évènements au Darfour non pas comme un génocide mais comme une guerre civile dont souffre la population. Pour M. Straw, l’attitude des autorités de Khartoum et des rebelles peut être comparée. Par ailleurs, il se montre particulièrement virulent contre les rebelles du Darfour qui ne se rendent pas aux négociations et sont, pour lui, responsables de la majorité des violations du cessez-le-feu.
Dans AlarabOnline, le porte-parole de l’armée de libération du Soudan (nouveau nom de l’armée de libération du Darfour), Aissam Eddine Al Hajj, applaudit le discours de Jack Straw à Abuja mais le vide de son sens. Il affirme ainsi que ce sont les autorités de Khartoum qui sont les seules responsables de la crise et que c’est ce qu’a voulu souligner le ministre.
Dans le même quotidien, le journaliste Moukhtar al Dobabi récuse lui aussi le point de vue états-unien et voit dans ce soudain activisme de Washington autour du sort du Soudan, une manœuvre destinée à faire éclater le pays. Pour lui, la volonté de faire intervenir des forces non-africaines au Darfour est à comprendre comme une nouvelle volonté de diviser un pays producteur de pétrole. Rappelant le précédent irakien, l’auteur estime que les États-Unis ont démontré leur volonté de s’attaquer à tous les États pétroliers arabes afin de les diviser. Le journaliste met en garde les minorités ethniques soudanaises : en vous promettant de défendre vos droits, Washington cherche à vous dominer.
Réseau Voltaire
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22 février 2006
Depuis
Paris (France)
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Pays
États-Unis
Soudan
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Les États-Unis doivent agir maintenant pour mettre un terme au génocide au Darfour »
Auteur
Joseph R. Biden Jr.

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Joseph R. Biden Jr. a conduit une carrière exclusivement politique. Élu sénateur du Delaware, en 1972, dès l’âge légal de 30 ans, il s’est d’abord fait connaître pour ses positions libérales au sein de la Commission de la Justice. En 1991, il met en scène de très médiatiques auditions à l’occasion de la nomination du juge Clarence Tomas à la Cour suprême alors que le magistrat est accusé de harcèlement sexuel. En 1997, il devient le leader démocrate, puis le président, de la Commission des Affaires étrangères. Il pousse son pays à l’engagement militaire en Yougoslavie, puis en Irak, mais s’oppose au programme de « guerre des étoiles ». Il est aujourd’hui leader démocrate de la Commission des Affaires étrangères du Sénat.
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Sources
Gulf News (Émirats arabes unis), Baltimore Sun (États-Unis)
Référence « U.S. must act now to end genocide in Sudan », par Joseph Biden Jr, Baltimore Sun, 9 février 2006.
« Some hope for Darfur », Gulf News, 13 février 2006.
Résumé Au Darfour, on assiste à un génocide méthodique qui a déjà provoqué la mort de 180 000 à 400 000 Soudanais et le déplacement de deux millions de personnes depuis le début de l’année 2004. C’est la conséquence de la campagne d’élimination systématique du gouvernement soudanais qui vise les groupes non-arabes et les groupes tribaux africains. Aujourd’hui le génocide continue et la situation a tant dégénéré que l’ONU et les agences humanitaires ne peuvent plus se rendre dans certaines zones.
Il existe toutefois des raisons d’espérer. La semaine dernière, l’ONU, soutenue par les États-Unis, a accepté d’envoyer une force de maintien de la paix pour remplacer une vaillante mais inefficace force de l’Union africaine. Nous pouvons, et devons, faire mieux. Il faut que les forces de l’OTAN déploient plus de forces dans la région, Washington doit prendre la direction des opérations dans la région et mettre en place une zone d’exclusion aérienne pour protéger les civils. Les États-Unis doivent assurer qu’ils sont prêts à prendre la direction des opérations.
Dans les années 90, nous n’avons pas réussi à empêcher le génocide au Rwanda mais nous sommes intervenus en Bosnie et au Kosovo. Ces actions n’étaient pas populaires mais elles étaient indispensables. En s’attaquant à son peuple, le gouvernement soudanais a renoncé à sa souveraineté et le sort des victimes est désormais de la responsabilité de toutes les sociétés civilisées.

« Mettre fin au génocide au Darfour »
Auteurs
John Heffernan, David Tuller
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Ancien vice-président du Business Council for the United Nations et ancien directeur de l’International Rescue Committee pour l’ex-Yougoslavie, John Heffernan est chercheur pour Physicians for Human Rights. Il a été le directeur du National Democratic Institute for International Affairs, une des quatre branches de la National Endowment for Democracy, en Guyana et le directeur à Washington de la Coalition for International Justice.
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Journaliste indépendant et membre fondateur de la National Lesbian and Gay Journalism Association, David Tuller est ancien reporter du San Francisco Chronicles. Il a participé à la rédaction du rapport sur le Darfour de Physicians for Human Rights : Assault on Survival.
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Source
San Francisco Chronicle (États-Unis)
Référence « Ending the genocide in Darfur », par John Heffernan et David Tuller, San Francisco Chronicles, 12 février 2006.
Résumé En septembre 2004, l’administration Bush déclara que les meurtres, viols et destructions au Darfour constituait un génocide. Depuis, des centaines de milliers de personnes sont mortes mais les responsables du massacre, le gouvernement soudanais et les milices, continuent de mener leur campagne contre les populations non-arabes. Cette campagne a commencé en 2003. Les belligérants se présentent ou identifient le camp adverse comme les « Arabes » ou les « Africains » mais la distinction n’est pas la couleur ou la religion mais la langue, l’ethnie, la culture et le mode de vie. Les Arabes sont des bergers nomades, les Africains des fermiers sédentaires.
Les assaillants sont arabes, mais cela ne veut pas dire que les Arabes soutiennent majoritairement ces attaques. Les agresseurs commettent leurs crimes pour détruire un mode de vie, non pas par l’élimination immédiate mais en plaçant les populations dans des situations qui vont les amener à la mort par la famine. C’est ce que veut le gouvernement soudanais et les janjaweed. Ils condamnent une population à mort en la forçant à fuir ses villages.
Les États-Unis vont présider le Conseil de sécurité de l’ONU ce mois-ci et ils ne doivent pas laisser passer l’opportunité de relancer l’action internationale sur ce problème. Il faut fournir plus de moyens pour les réfugiés et commencer à penser à un système de compensation pour les victimes.

« Notre ami, un architecte du génocide au Darfour »
Auteurs
John Prendergast, Don Cheadle

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Don Cheadle est un acteur états-unien. Il fut nominé à l’Oscar 2005 du meilleur acteur pour son rôle dans Hotel Rwanda, où il joue un directeur d’hôtel rwandais pendant le génocide.
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Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Our friend, an architect of the genocide in Darfur », par John Prendergast et Don Cheadle, Los Angeles Times, 16 février 2005.
Résumé Cela fait 18 mois que les États-Unis ont conclu qu’un génocide avait lieu au Darfour. Pourtant, George W. Bush, le seul président à déclarer qu’un génocide avait lieu durant son mandat a peut fait pour l’arrêter. La raison de cette absence de réaction pourrait bien être Salah Abdallah Gosh, nom bien connu des responsables de la lutte antiterroriste et des victimes d’atrocités au Darfour.
De 1990 à 1996, il fut l’assistant de ben Laden au Soudan et, depuis 2003, il dirige les opérations de contre-insurrection au Darfour. Cela devrait l’amener à être inculpé pour crimes de guerre mais au lieu de cela, la CIA en a fait un de ses principaux interlocuteurs sur le sujet de la lutte contre le terrorisme et un indicateur concernant Al Qaïda. Mais les péchés de Gosh sont trop importants pour être ignorés. Quelqu’un qui équipe les janjaweeds peut-il être ignoré par la CIA ? En outre, le Soudan n’a changé d’attitude par le passé que face à la menace.
Enfin, l’histoire de Gosh illustre les limites de la politique antiterroriste qui sacrifie d’autres objectifs politiques. Cela sape le leadership moral des États-Unis. Il faut doubler les effectifs des troupes au Darfour.

« Darfour : arrêtez les massacres ou payez-en le prix »
Auteur
Jack Straw
Source
International Herald Tribune (France)
Référence « Darfur : Stop the killing, or pay the price », par Jack Straw, International Herald Tribune, 17 février 2006.
Résumé La crise du Darfour a déjà causé entre 70 000 et 400 000 morts. Cette crise ne peut être réglée que par un accord politique qui s’attaquera aux causes du conflit et c’est ce à quoi les parties en présence à Abuja au Nigeria sont censées se consacrer. Le Royaume-Uni soutient le processus de paix et a financé la réunion actuelle à hauteur d’un million de livres. Mais les progrès dans les discussions sont trop lents et les négociateurs n’ont pas respecté la date butoir du 31 décembre 2005 pour parvenir à un accord. Le gouvernement de Khartoum et les rebelles violent tous les jours le cessez-le-feu et c’est le peuple du Darfour qui en souffre. Les seules personnes capables d’arrêter les massacres sont à Abuja et elles doivent prendre des décisions permettant de reconstruire le Darfour.
Il faudrait d’ores et déjà prendre cinq décisions immédiatement :
 Les négociateurs devraient déclarer leurs positions et les engagements qu’ils sont prêts à prendre.
 Il faut respecter le cessez-le-feu : le gouvernement de Khartoum a la première responsabilité dans la sécurité des citoyens soudanais et doit arrêter les offensives des milices janjaweed. Toutefois, c’est le mouvement rebelle qui est le plus responsable des dernières attaques.
 Il faut arrêter toutes attaques des troupes de l’Union africaine.
 Il faut faciliter le travail des agences humanitaires.
 Il faut livrer à la justice les responsables d’atrocités.
Dans le même temps, les parties devront parvenir à un accord qui amène la paix pour de bon. Il n’est pas normal que les dirigeants rebelles ne soient pas présents aux négociations, contrairement aux responsables du gouvernement soudanais. Ne pas parvenir à un accord ne peut provoquer que plus de morts. La communauté internationale ne laissera pas les responsables de l’obstruction des négociations impunis. La résolution 1591 permet déjà des sanctions contre ces individus.

« La guerre ne peut pas résoudre la crise de Darfour »
Auteur
Aissam Eddine Al Hajj
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Aissam Eddine Al Hajj est porte-parole du mouvement de l’armée de libération du Soudan (nouveau nom de l’armée de libération du Darfour).
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Source
Alarabonline.org
Référence « أزمة دارفور لا يمكن حلّها بالحرب », par Aissam Eddine Al Hajj, AlarabOnline, 16 février 2006.
Résumé Le mouvement de l’armée de libération du Soudan exprime son appréciation du rôle que joue l’administration britannique visant à résoudre les crises de notre État. De même, le mouvement remercie le ministre des Affaires étrangères britanniques pour son déplacement sur les lieux des négociations. D’autant plus qu’il est le premier ministre des Affaires étrangères européen à prendre une telle initiative. Aussi, le mouvement le remercie-t-il pour son discours confirmant la vive volonté du Royaume-Uni et son engagement à développer la paix et la démocratie au Soudan, tout en appelant au respect des Droits de l’homme et de la souveraineté de la loi.
Le mouvement confirme la vision de Jack Straw au sujet de la crise soudanaise. Autrement dit, il partage son approche consistant à exclure la guerre comme issue à la crise en question. Par ailleurs, l’unique solution pour régler le conflit doit être politique.
Notre mouvement explique la longueur des négociations, et la non obtention d’un accord avant la fin de l’an dernier, par l’entêtement du gouvernement de Khartoum, et son refus de faire avancer le processus de paix, tout en refusant toujours d’accorder aux citoyens du Darfour leurs droits légitimes.
Nous confirmons notre plein engagement à respecter tous les protocoles et les accords signés avec le gouvernement, que nous accusons d’être derrière la situation catastrophique actuelle au Darfour. Dans le même cadre, le mouvement accueille l’appel de Straw, et l’engagement de son pays à multiplier ses efforts pour faire adopter la résolution 1591 de l’Organisation des Nations Unies. Ce qui permettra certainement de poursuivre et d’interpeller ceux qui ont violé les Droits de l’homme et entravé le processus de paix.

« Le Soudan sur les pas de l’Irak »
Auteur
Moukhtar al Dobabi
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Moukhtar al Dobabi est journaliste au quotidien AlarabOnline.Il fut secrétaire de rédaction du journal tunisien Al- Sarih.
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Source
Alarabonline.org
Référence « السودان على خطى العراق », par Moukhtar al Dobabi, AlarabOnline, 18 janvier 2006.
Résumé L’appel du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, à remplacer les forces africaines par des forces internationales au Darfour, n’est pas une initiative personnelle. En effet, il s’agit d’un projet états-uno-européen. Cela explique le refus, justifiable, du Soudan. En effet, la mise en place de forces internationales signifiera l’échec de l’Union africaine à résoudre la crise du Darfour. C’est une autre façon de dire que la solution africaine et arabe n’est pas suffisante, ce qui implique l’intervention des grandes puissances, surtout les États-Unis, pour mondialiser cette solution. Suivant donc l’exemple de l’Irak, et, éventuellement, de la Syrie.
La crise de Darfour n’aurait pas été aussi compliquée sans l’intervention d’acteurs étrangers pour ruiner les efforts africains. D’ailleurs, les crises du Soudan ont toujours témoigné des interventions, régionales ou internationales, visant à déstabiliser et à affaiblir ce pays pétrolier. Le Soudan représente, à lui seul, un continent au sein du continent africain. Ainsi, sa stabilité menace, du point de vue occidental, les équations régionales élaborées entre les grandes puissances, et ce dès la Guerre froide. D’autant que les États-Unis aspirent, actuellement, à démanteler les pays de grandes dimensions, à l’instar de la Yougoslavie ou de l’Irak. Et cela à travers des petits groupes ethniques ou religieux dans les pays « cibles ». .
Si les minorités ethniques, dans le monde arabe, ne font appel à Washington que pour récupérer leurs droits et faire respecter leurs caractéristiques, les États-Unis, eux, cherchent à attacher le destin de ces minorités à celui de l’administration Bush, bref, à les dominer. L’intervention militaire directe pour imposer la vision états-unienne au Darfour, malgré le refus de Khartoum et de l’Union africaine, prouve à quel point les néo-conservateurs se moquent de la carte mondiale dessinée après les deux guerres mondiales. Et que l’administration états-unienne veut la remodeler au détriment des Arabes.
Certains de ces Arabes, qui ont participé à la destruction du Soudan au travers de maintes crises, ont abandonné ce pays, en l’ayant laissé aux puissances impérialistes. Pis, l’un des leaders du parti « Al -oumma » a applaudi l’intervention étrangère, pensant que celle-ci imposera la stabilité et le respect des Droits de l’homme.

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