« La nouvelle ère de l’Inde »
Auteur
Salman Rushdie

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Salman Rushdie est auteur et essayiste. Il a longtemps vécu sous le coup d’une condamnation à mort du pouvoir religieux iranien pour son ouvrage Les Versets sataniques.
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Sources
Washington Post (États-Unis), The Independent (Royaume-Uni), Le Monde (France)
Référence « India’s New Era », par Salman Rushdie, Washington Post, 14 mai 2004.
« My pleasure in India’s hopeful election results », The Independent, 15 mai 2004.
« Un précieux moment d’espoir en Inde », Le Monde, 15 mai 2004.
Résumé La chute du gouvernement indien est un grand choc politique qui fait un surprenant écho à la défaite d’Indira Ghandi en 1977. Le BJP n’avait pas les mêmes tendances autocratiques qu’Indira Ghandi, mais il avait lui aussi fermé les yeux sur des atteintes aux Droits de l’homme, au premier rang desquelles on comptait les massacres de musulmans, notamment dans l’État du Gujarat où il est même accusé de complicité. La victoire du parti du Congrès dans cet État laisse d’ailleurs penser que la population a été écœurée par ces comportements comme elle avait été écœurée par l’attitude du pouvoir en 1977.
Ces élections ont fait ressurgir les vieilles divisions de la société indienne et les rivalités riches-pauvres et ville-campagne. Ainsi, la bourgeoisie urbaine a voté pour l’ancien gouvernement quand les milieux pauvres, surtout ruraux, ont voté contre. C’est la manifestation du creusement des inégalités en Inde. Il faut admettre que les élites économiques ne voient pas non plus d’un mauvais œil la victoire du parti du Congrès et que les marchés n’ont pas trop mal pris la défaite de leurs favoris, mais les dépossédés de l’Inde ont fait entendre leur voix. Désormais, les partis au pouvoir savent ce qu’il leur coûtera de négliger leur bien-être.
J’espère que, dans cette nouvelle ère qui s’ouvre en Inde, le pays rejettera la dénonciation des étrangers que le BJP avait utilisé durant sa campagne et que l’enseignement de l’histoire du pays échappera aux idéologues et aux extrémistes.

« Parfois, une guerre sauve des peuples »
Auteur
Jose Ramos-Horta

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Jose Ramos-Horta qui a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1996 est ministre des Affaires étrangères du Timor oriental.
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Source
Wall Street Journal (États-Unis)
Référence « Sometimes, a War Saves People », par Jose Ramos-Horta, Wall Street Journal, 13 mai 2004.
Résumé Le nouveau gouvernement espagnol a cédé devant la menace terroriste et a retiré ses troupes d’Irak, suivi par le Honduras et la République dominicaine. Ce ne sont probablement pas les derniers États à prendre cette décision et chaque fois qu’un pays se retire, il donne l’impression que la Coalition des volontaires en Irak est faible et que plus les terroristes commettent de crimes, plus d’États partiront.
En tant que Prix Nobel de la paix, je déplore, comme beaucoup, l’usage de la force, mais parfois elle s’impose. C’est pour cela que j’avais soutenu l’attaque du Cambodge par le Vietnam pour chasser Pol Pot, l’attaque de la Tanzanie contre l’Ouganda pour chasser Idi Amin ou l’intervention française en Centrafrique pour renverser Bokassa. J’ai également soutenu l’intervention au Kosovo et en Afghanistan. Pourquoi l’Irak serait-il différent de ces interventions de ces pays ? Nous ne devons pas oublier les crimes de Saddam Hussein, un tyran qui a gazé son peuple et qui a menacé ses voisins. Sa chute offre la possibilité d’instaurer une démocratie. C’est pour cela que les extrémistes du monde musulman, qui souhaitent un retour à l’Age de pierre, se battent si férocement contre cette éventualité.
La situation en Irak n’est pas réjouissante, mais les sondages démontrent que les Irakiens estiment être mieux aujourd’hui qu’il y a un an. L’Irak expérimente la liberté pour la première fois de son histoire. Face aux loyalistes de Saddam Hussein et à Al Qaïda, les États-Unis doivent s’appuyer sur les chiites modérés et surtout sur l’ayatollah Sistani. Il faut également rétablir le prestige états-unien en sévissant contre le petit nombre de soldats qui a commis des abus sur les prisonniers irakiens. Nous devons également déployer une force de l’ONU dans le pays même si les États-Unis conserveront un rôle moteur.

« Laissez-nous avoir foi »
Auteur
Joseph I. Lieberman

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Joseph I. Lieberman est sénateur démocrate du Connecticut et ancien candidat à l’investiture démocrate à l’élection présidentielle états-unienne de 2004. Il est membre du conseil d’administration du Nixon Center.
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Source
Wall Street Journal (États-Unis)
Référence « Let Us Have Faith », par Joseph I. Lieberman, Wall Street Journal, 14 mai 2004.
Résumé J’ai été abasourdi par les photos de la prison d’Abu Ghraib qui montrent un monde sans valeurs, sans limites et sans lois. J’ai été choqué par le traitement réservé aux prisonniers par les gardiens et par le manque de respect dont ils ont fait preuve. Ces soldats ont également montré un manque de respect envers eux-mêmes et envers leur propre dignité humaine. Comment ces faits ont-ils pu être commis par des hommes portant l’uniforme des États-Unis, une nation dont les valeurs ont été définies dans la Déclaration d’indépendance et qui stipule que tous les hommes sont dotés par le Créateur de droits inaliénables ?
Ces actes sont-ils la conséquence de la guerre ? Sont-ils le fruit d’un ordre émanant de leur hiérarchie ? Ou bien sont-ils la conséquence du développement de la pornographie et de la violence dans les films et sur Internet ? Nous ne pouvons pas encore répondre à ces questions, mais nous devons mener une enquête sur les agissements qui ont été commis afin de démontrer de façon ferme que ces comportements, qui sont aussi ceux de nos ennemis, ne sont pas acceptables pour nous. Nous ne devons pas non plus laisser cette affaire affaiblir notre résolution en Irak et pour cela, même s’il a commis des erreurs, Donald Rumsfeld doit rester en poste car sa démission serait un encouragement pour les opposants, étrangers et intérieurs à notre présence en Irak.

« L’aiguille dans la base de données »
Auteur
Christopher Whitcomb
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Christopher Whitcomb est ancien directeur du renseignement du Groupe de réponse des incidents critiques du FBI. Il est l’auteur de Cold Zero.
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Source
New York Times (États-Unis)
Référence « The Needle in the Database », par Christopher Whitcomb, New York Times, 14 mai 2004.
Résumé Le renseignement est l’essence vitale de la guerre au terrorisme, mais aujourd’hui il soulève beaucoup de questions compte tenu de son incapacité à éviter les attentats du 11 septembre, à retrouver Ben Laden et de son erreur d’appréciation sur les armes de destruction massive irakiennes.
Les États-Unis ont constitué le système de renseignement le plus étoffé du monde, mais il fonctionne mal car il est constitué d’une quinzaine d’agences semi-autonomes et peu coordonnées. Chacune a son directeur et sa propre mission et parfois celles-ci entrent en compétition. Le second problème est le secret. Chaque agence dispose de ses propres codes secrets et de ses propres systèmes de classification. En outre, compte tenu des missions de chaque agence, une information essentielle devra passer de bureau en bureau avant qu’elle ne reçoive l’autorisation d’être donnée aux personnes pouvant l’exploiter.
Le Centre d’intégration de la menace terroriste constitué conjointement par la CIA et le FBI pourrait régler partiellement cette question, mais la décision de « qui a accès à quoi ? » continue de durer des heures et, au moment où la décision est prise, il faut encore résoudre le problème des différents systèmes de codage informatique, des différentes procédures et structures légales. Ce problème est souvent résumé à une opposition FBI-CIA pour le public qui s’interroge sur l’absence de travail en commun des deux agences, ignorant qu’une partie des murs entre les deux agences vise à protéger la vie privée des citoyens.
Nous devons prendre plusieurs mesures pour résoudre ces problèmes. Tout d’abord, le directeur de la CIA doit disposer du contrôle de toutes les agences qui devront être regroupées en trois divisons : le contre-terrorisme, la guerre et l’assistance diplomatique. Il faut faire la différence entre espionnage extérieur et intérieur, mais il faut s’occuper des deux. Il faut également unifier notre système de classification des informations.

« L’Europe de la Justice, une ambition commune »
Auteurs
Brigitte Zypries, Dominique Perben
Source
Le Figaro (France)
Référence « L’Europe de la Justice, une ambition commune », par Brigitte Zypries et Dominique Perben, Le Figaro, 14 mai 2004.
Résumé Le troisième Conseil des ministres franco-allemand qui s’est tenu à Paris aujourd’hui a été l’occasion de renforcer la coopération entre nos pays, notamment dans le domaine judiciaire. La France et l’Allemagne veulent être le moteur d’une Europe de la Justice, un projet sur lequel nous travaillons depuis janvier 2003 et qui a déjà donné naissance en novembre 2003 à un règlement communautaire sur le droit matrimonial et l’autorité parentale. Toujours dans le domaine du droit civil, notre prochain travail commun consistera à harmoniser la question de la tutelle des personnes majeures.
Face au développement préoccupant de la criminalité organisée, il est également nécessaire de renforcer notre coopération en matière pénale. Les gouvernements français et allemand ont travaillé pour intégrer dans les juridictions nationales les nouveaux outils élaborés à 15. Le Parlement vient de doter la France des instruments juridiques indispensables pour mieux lutter contre la criminalité organisée et transnationale. La France et l’Allemagne ont également pris l’initiative de constituer un groupe de travail sur la création d’un casier judiciaire européen, une nécessité mise en avant lors du Conseil des ministre européen du 26 mars qui a fait suite aux attentats de Madrid. Nos experts ont déjà identifié les solutions techniques nécessaires à sa mise en place. Nous avons également renforcé notre coopération bilatérale dans la lutte contre le terrorisme. Il s’agit d’objectifs qui seront réactualisés et renouvelés à chaque sommet.

« Les germes d’un scandale des droits en Irak »
Auteur
Jimmy Carter

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Le pasteur baptiste Jimmy Carter est ancien président des États-Unis (1977-1981). Il a reçu le prix Nobel de la paix 2002 et préside le Carter Center à Atlanta.
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Source
Washington Post (États-Unis)
Référence « The Seeds Of a Rights Scandal In Iraq », par Jimmy Carter, Washington Post, 14 mai 2004.
Résumé Pour nous assurer de ne pas avoir de nouveaux embarras en matière de Droits de l’homme, nous devons nous pencher sur les politiques qui ont rabaissé les critères d’exigence de notre nation en la matière.
Immédiatement après le 11 septembre 2001, beaucoup de citoyens états-uniens traumatisés et apeurés ont accepté la nouvelle approche de Washington, persuadés que nos dirigeants poursuivraient leur engagement international. Mais très vite les ONG internationales et les défenseurs des Droits de l’homme ont compris les implications de la nouvelle approche. Ils ont également compris ce que cela risquait de coûter aux États-Unis. Ils ont donc demandé d’avoir accès aux centres de détention et le respect de la Convention de Genève, mais jusqu’à il y a peu, ces préoccupations étaient largement ignorées.
Les sujets d’inquiétudes essentiels sont :
 Les incarcérations étendues et arbitraires de résidents états-uniens étrangers originaires du Moyen-Orient.
 Les détenus de Guantanamo.
 Les déclarations du secrétaire à la Défense affirmant que les contraintes des Conventions de Genève ne s’appliquent pas aux interrogatoires de prisonniers suspectés de terrorisme.
 Les plaintes répétées du CICR sur le traitement des prisonniers
 Les envois de prisonniers dans des pays où la torture est pratiquée.
Le Carter Center a réuni sur le thème de la défense des Droits de l’homme des représentants issus de 41 pays. Lors de cette réunion, il est apparu que, sous l’impulsion des États-Unis, des lois antiterroristes sapant les principes démocratiques apparaissent partout dans le monde. Il faut cesser d’encourager ce mouvement et au contraire, défendre les défenseurs des Droits de l’homme qui sont nos meilleurs alliés pour un monde juste.

« Les risques pour l’Australie dans le chemin suivi par Howard »
Auteur
Chris Reus-Smit

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Chris Reus-Smit dirige le département des relations internationales à l’Australia National University. Il est membre du Comité national consultatif sur les Affaires étrangères et l’auteur de American Power and World Order.
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Source
The Age (Australie)
Référence « The risks for Australia in Howard’s way », par Chris Reus-Smit, The Age, 14 mai 2004.
Résumé La primauté de la puissance américaine dans le monde et les liens étroits unissant l’Australie aux États-Unis sont les pierres angulaires de la politique étrangère de John Howard. Jamais un gouvernement australien n’a été aussi persuadé du bien fondé de la puissance états-unienne et de la rationalité des dirigeants de Washington. Le gouvernement Howard est unique dans l’histoire de l’Australie par sa conception de l’unipolarité comme un plus pour l’ordre et la paix du monde.
Les États-Unis ne peuvent pas cependant avoir une hégémonie mondiale réelle et absolue. Les États occidentaux ne dépendent plus de l’armée états-unienne comme lorsqu’ils étaient menacés par un adversaire commun à l’époque de la Guerre froide et les économies sont toutes interdépendantes. Le système international est fondé sur des organisations multilatérales dont les États-Unis peuvent encore fixer l’ordre du jour, mais dont ils ne peuvent pas fixer les règles seuls. En outre, les États sont aujourd’hui concurrencés par des acteurs internationaux non-étatiques. Mais tous ces éléments, l’administration Bush ne les conçoit pas et elle se croit capable de diriger complètement le monde.
Suivre les États-Unis dans cette voie est irresponsable. Il est nécessaire de réévaluer nos politiques internationales et de nous interroger sur la façon d’utiliser notre relation particulière avec Washington pour pousser les États-Unis à avoir une approche plus constructive concernant l’ordre international.

« Israël ignore ses principes fondateurs »
Auteur
Daniel Barenboim

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Daniel Barenboim est pianiste et chef d’orchestre israélien. Il est directeur musical du Chicago Symphony Orchestra et du Berlin Staatskapelle Orchestra.
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Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Israel Ignores Founding Principles », par Daniel Barenboim, Los Angeles Times, 14 mai 2004. Ce texte est adapté d’un discours prononcé devant la Knesset.
Résumé Je suis arrivé d’Argentine en Israël à l’âge de dix ans, en 1952. Mes parents et moi croyions alors aux principes de la déclaration d’indépendance, un texte qui énonçait un idéal et qui nous a transformés de juifs en Israéliens. Ce texte affirmait vouloir créer une société dont tous les citoyens seraient égaux quels que soient leur foi, leur race ou leur sexe. Il assurait la liberté religieuse, de conscience, de langage, d’éducation ou de culture. Les pères fondateurs affirmaient rechercher la paix et les bonnes relations avec les États et les peuples voisins.
Aujourd’hui je me demande comment nous faisons pour ignorer le vertigineux fossé qui existe entre ces principes et la situation actuelle. Le texte ne parle pas de l’occupation et de la domination d’un peuple, il n’affirme pas plus que notre indépendance doit se faire au détriment des autres. Le peuple juif ne peut pas se permettre de faire subir à d’autres ce qu’il a subi ou de rechercher une fin idéologique à un conflit au lieu de trouver une solution pragmatique, fondée sur l’humanisme et la justice sociale.
La place d’Israël dans le monde dépend de son respect de ses principes fondateurs. Dès lors, il n’est pas possible de résoudre militairement le conflit israélo-arabe. Il faut trouver d’autres moyens et c’est ce que nous avions commencé à faire avec Edward Saïd en constituant un groupe de musiciens israélo-arabes. J’ai également donné l’argent du Prix de la fondation Wolf à des projets d’éducation musicale en Israël et à Ramallah.

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