Les images de tortures en Irak auront un effet à long terme, d’autant qu’elles n’ont pas encore été toutes publiées. Toutefois, les États-Unis peuvent limiter les dégâts si la loi s’applique contre les coupables. En Irak, certains essayent de provoquer une violence sectaire pour créer un État instable où ils pourront s’établir. Aujourd’hui, une dissolution de l’Irak est possible et la communauté internationale commence à s’en apercevoir.
L’Iran a une influence en Irak, mais cela n’est pas inéluctable. Il faut intégrer davantage les sunnites dans la reconstruction du pays et il faut juste extraire les mauvais ba’asistes et réintégrer les autres. Si les États-Unis échouent en Irak, il pourrait y avoir une guerre civile et une déstabilisation supplémentaire de toute la région, déjà instable à cause du conflit israélo-palestinien. Ce conflit nourrit également l’antiaméricanisme car les États-Unis sont vus comme trop favorable à Israël. Pourtant, lors de ma dernière visite à Washington, j’ai été rassuré sur l’engagement de Washington en faveur de la « feuille de route » et la création de deux États. Dans cette finalité, le retrait de Gaza par Israël peut être quelque chose de positif et les Palestiniens ne doivent pas laisser passer cette opportunité. Il serait bon qu’Ahmed Qoreï prenne plus de pouvoir dans l’Autorité palestinienne et qu’Israël renonce à son projet de barrière. Celui-ci ne peut mener qu’à la fin de la démocratie, de l’État juif ou à l’instauration d’un apartheid puisque 1,4 millions d’Arabes seraient intégrés dans les nouvelles frontières israéliennes.
Au prochain sommet arabe, nous espérons adopter une position commune sur la réforme dans le monde arabe. La Jordanie a sur ce point une position claire : elle ne veut pas prendre les difficultés régionales comme prétextes pour repousser la réforme. C’est à cause de cela, et de sa lutte acharnée contre cette organisation, que la Jordanie est visée par Al Qaïda.

Source
Washington Post (États-Unis)
Quotidien états-unien de référence, racheté en août 2013 par Jeff Bezos, fondateur d’Amazon.

« The Middle East Is Changing », par Abdallah II de Jordanie, Washington Post, 17 mai 2004. Ce texte est adapté d’une interview.