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Tribunes et décryptages - 2 juin 2004
Une Convention de Genève à géométrie variable
Décryptage
Le Los Angeles Times donne la parole à deux points de vue opposés sur les principes des frappes préventives et de la guerre préventive. Pour Ivo H. Daalder et James Lindsay de la Brookings Institution, les Etats-Unis peuvent toujours frapper préventivement des camps terroristes, mais ils doivent admettre qu’après le fiasco irakien, ils ne pourront plus conduire de guerre préventive. Au contraire, pour Gary Schmitt du Projet pour un nouveau siècle américain, cette distinction entre frappes et guerre est superflue. Les États-Unis devront toujours faire usage de la force pour se défendre, et l’attaque sera parfois la meilleure défense.
Pour le moment, les États-Unis sont en Irak et s’y trouvent bien seuls. Deux militants atlantistes, Pierre Lellouche et Christoph Bertram, s’efforcent de démontrer aux lecteurs de l’International Herald Tribune que les Allemands et les Français doivent s’impliquer en Irak. Selon eux, un « échec » états-unien ouvrirait une nouvelle période isolationniste préjudiciable à tous. Il faut donc aider Washington à se sortir du guêpier dans lequel il s’est fourvoyé. On observera avec bonheur que les auteurs admettent aujourd’hui que la guerre était une erreur. Puis, on se demandera pourquoi une défaite US, comme au Vietnam, renverrait à une politique isolationniste.
Le sous-secrétaire à la Défense Douglas J. Feith proclame dans le Wall Street Journal que les États-Unis sont partisans de la Convention de Genève et l’appliquent. Il attend en retour que l’on traite des GI’s prisonniers avec le respect dû à des prisonniers de guerre. Cependant, poursuit-il, les terroristes n’étant pas des soldats réguliers, ils ne peuvent pas bénéficier de la protection de cette Convention. Cette position pose deux problèmes : d’une part, elle élude la question des mercenaires (dits « contractants civils »), et d’autre part, elle ne répond pas à la situation actuelle où le Pentagone a déclaré la guerre à des populations et doit affronter une résistance civile.
En outre, cette position officielle semble bien loin des pratiques. Le pasteur Jesse Jackson note à ce propos, dans El Periodico, que Donald Rumsfeld a déclaré assumer l’affaire d’Abou Ghraib, mais a préféré poursuivre des lampistes que de démissionner. Il souligne aussi que cette affaire n’est que la pointe émergée d’un iceberg qui comprend, entre autres, les centres « d’interrogatoire » secrets de la CIA et le camp de Guantanamo.
Nous avions déjà alerté nos lecteurs sur l’installation de fondamentalistes chrétiens à la tête des grandes institutions médicales états-uniennes et sur leur programme obscurantiste (cf. « Santé et environnement : Bush écarte les scientifiques », Voltaire, 27 février 2004). La journaliste scientifique Laurie Garrett en dénonce aujourd’hui les conséquences dans le Los Angeles Times. Les fondamentalistes chrétiens ont obtenu que les crédits des associations et chercheurs ayant pris position en faveur de la promotion du préservatif ou du droit à l’avortement soient coupés. Du coup, les principales conférences mondiales de lutte contre le sida sont toutes réduites, voire annulées.
De son côté, Joshua Muravchik appelle à voter George W. Bush dans le Los Angeles Times. Selon cet ancien propagandiste de la Guerre froide, Bush fils a l’étoffe d’un Truman ou d’un Reagan pour faire face aux menaces extérieures. M. Muravchik souligne que son jugement est d’autant plus indépendant qu’il avait appelé à voter démocrate, en 1999. Cependant, le lecteur observera que loin d’être un signe d’indépendance, c’est au contraire un signe de constance : fonctionnaire à la National Endowment for Democracy, voici vingt ans que M. Muravichik appelle à voter pour l’équipe sortante, c’est-à-dire pour son patron du moment.
Le général-président Pervez Musharraf rappelle dans le Washington Post que si l’extrémisme trouve ses racines dans l’injustice économique et politique, le meilleur moyen de le combattre, c’est la réforme. Il appelle donc les États-Unis à soutenir les institutions capables de favoriser le changement et en premier lieu l’Organisation de la conférence islamique. Le propos est d’autant plus provocant que les adversaires du président pakistanais lui reprochent de jouer un double jeu en entretenant secrètement l’islamisme pour se présenter publiquement comme un rempart face à l’islamisme.
Enfin, le vice-président colombien, Francisco Santos Calderón, dénonce dans l’International Herald Tribune l’hypocrisie de l’Europe vis-à-vis de son pays. C’est la demande européenne et états-unienne de cocaïne qui a poussé les paysans à produire de la coca pour l’export et a permis le développement des cartels. C’est elle qui a contraint la Colombie à se doter de lois d’exception pour lutter contre les trafiquants. Et pourtant, l’Europe, source de ces maux, condamne aujourd’hui les lois qui les répriment. Si cet argumentaire est convaincant, il est par contre plus douteux de diaboliser les cultivateurs de coca en leur faisant endosser toute la responsabilité dans la destruction de la forêt tropicale.
Réseau Voltaire
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2 juin 2004
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Thèmes
Torture
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Tirer les premiers »
Auteurs
Ivo H. Daalder, James Lindsay
Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Shooting First », par Ivo H. Daalder et James Lindsay, Los Angeles Times, 30 mai 2004.
Résumé Il y a deux ans cette semaine, le président George W. Bush énonçait sa doctrine des frappes préventives à West Point. Dix mois plus tard, il la mettait en application en Irak. Mais aujourd’hui la doctrine des frappes préventives passe par des moments difficiles car loin de la valider, la guerre d’Irak en a montré les limites et il est désormais improbable que cette doctrine soit appliquée ailleurs.
La doctrine de Bush allait bien au-delà de ce qu’aucun président n’avait fait par le passé. Certains présidents avaient mené des frappes préventives, mais la doctrine de Bush va plus loin que ces cas de dangers imminents. Il l’a utilisée pour renverser des régimes. Les États-Unis affirment avoir le droit de chasser tout dirigeant qui leur déplaît bien avant qu’il puisse menacer leur sécurité. Cette doctrine s’est fondée sur deux croyances qui se sont révélées erronées : le fait que nous disposions de renseignements crédibles sur les intentions et capacités de nos adversaires, le cas irakien a prouvé que c’était faux et on a toujours pas retrouvé d’armes de destruction massive ; et le fait que notre avancée technologique permettait aux États-Unis de mener des guerres à un coût acceptable, les insurrections de Falludja et de Nadjaf ont démontré le contraire et cette idée n’incluait pas le prix à payer pour l’occupation. C’est surtout l’occupation qui suit qui rend les guerres préventives bien moins attractives.
Aujourd’hui, une majorité d’Américains pensent que la guerre préventive en Irak était une erreur et il sera difficile de la convaincre de se lancer dans une autre guerre de ce type. Aujourd’hui, notre armée est sur-déployée, mais elle reste capable de frapper des camps terroristes. Par contre, elle ne peut pas mener des guerres préventives. En outre, l’Iran et la Corée du Nord, les autres pays de l’« Axe du mal », ont plus de capacité de défense que l’Irak. Bush ne le reconnaîtra pas, mais sa doctrine est morte.

« Tirer les premiers »
Auteur
Gary Schmitt
Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Shooting First », par Gary Schmitt, Los Angeles Times, 30 mai 2004.
Résumé Les difficultés rencontrées lors de la Guerre d’Irak et l’absence d’armes de destruction massive nous font nous interroger sur la pertinence de l’idée de guerre préventive. À l’avenir, un président hésitera davantage à lancer une guerre préventive compte tenu des difficultés rencontrées, mais l’annonce de la mort de cette doctrine a été grandement exagérée.
Le fait qu’une nouvelle guerre préventive n’aura pas lieu tout de suite est une évidence. Cette doctrine n’a jamais été prévue pour régler toutes les questions de sécurité nationale. La prévention demeure une de nos stratégies pour éviter la diffusion des armes issues de la Guerre froide. Les guerres préventives ne seront jamais nombreuses, comme l’avait affirmé Condoleezza Rice.
L’administration Bush n’a d’ailleurs rien inventée en la matière. La doctrine Monroe repose déjà sur l’idée de frapper avant d’être frappé. Lors de la crise des missiles de Cuba, Kennedy a envisagé cette option tout comme Bill Clinton l’a envisagé plus tard vis-à-vis de la Corée du Nord. Le fait que la guerre d’Irak ait été plus dure que prévue ne change rien au fait que les frappes préventives gardent un statut plus important que par le passé car nous ne pouvons pas évacuer la possibilité que des terroristes acquièrent des armes de destruction massive ou que l’Iran ou la Corée du Nord risquent de nous attaquer. Même Kofi Annan reconnaît que face à une menace directes, ces frappes peuvent se justifier.
Aujourd’hui, les négociations de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne avec Téhéran ne fonctionneraient pas sans la menace des frappes préventives états-uniennes ou israéliennes. Les frappes préventives étaient déjà une option nécessaire avant George W. Bush et cela restera le cas tant que le monde sera tel qu’il est.

« L’Europe et Irak : il est temps pour la France et l’Allemagne d’agir »
Auteurs
Pierre Lellouche, Christoph Bertram
Source
International Herald Tribune (France)
Référence « Europe and Iraq : It’s time for France and Germany to act », par Pierre Lellouche et Christoph Bertram, International Herald Tribune, 31 mai 2004.
Résumé Quand l’Amérique est entrée en guerre, la France et l’Allemagne ont prévenu que l’invasion pouvait empirer l’instabilité du Moyen-Orient et accroître le terrorisme radical islamique. Les erreurs des États-Unis ont malheureusement confirmé le pire scénario imaginé par Paris et Berlin.
Aujourd’hui cependant, la France et l’Allemagne ne peuvent plus se contenter de regarder la situation se détériorer sans rien faire car une guerre de type algérienne ou libanaise en Irak serait un désastre pour l’Europe. En effet, les attentats de Madrid ont démontré que la guerre au terrorisme a atteint le continent. Si les États-Unis étaient contraints au retrait ce serait une victoire pour le terrorisme islamiste, alors que les États-Unis se retrancheraient dans une nouvelle ère isolationniste. Si tout se passait en revanche selon le meilleur des scénarios, tous, y compris la France et l’Allemagne en bénéficieraient. Malheureusement, le scénario idéal est de moins en moins probable.
Un effondrement de l’Irak entraînerait un développement du crime organisé, du terrorisme et une instabilité régionale. Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont tous deux affirmé que l’Irak représentait un défi stratégique pour leur pays, mais ils ont peu fait. Il faut cesser la politique du « je vous l’avais bien dit » et s’engager en soutenant l’action de l’ONU en Irak. Sur cette question, la France et l’Allemagne doivent prendre la direction de l’Europe et ainsi la réunifier.
Il faut que la France et l’Allemagne comprennent que leur action ou leur inaction aura des conséquences pour la région et la relation transatlantique.

« Guerre conventionnelle »
Auteur
Douglas J. Feith
Source
Wall Street Journal (États-Unis)
Référence « Conventional Warfare », par Douglas Feith, Wall Street journal, 31 mai 2004.
Résumé Dans les mois qui ont suivi le 11 septembre, l’administration Bush s’est interrogée sur la façon dont les lois de la guerre devraient s’appliquer aux terroristes. La question n’était pas simple car Al Qaïda n’est ni un État, ni un signataire des Conventions de Genève. Lorsque Donald Rumsfeld a demandé ce que nous pensions du sujet au Général Myers et à moi, nous avons rappelé notre attachement à la Convention de Genève et nous lui avons fait la réponse suivante :
La Convention de Genève est un bon traité à quelques détails près. Elle exige de ses signataires qu’ils traitent leurs prisonniers comme ils aimeraient que leurs soldats détenus soient traités. Les soldats états-uniens sont entraînés pour respecter ces impératifs et cet entraînement est une part essentielle de la culture militaire états-unienne. Cet élément facilite la coopération avec les autres pays. Les forces états-uniennes ont plus de chances de bénéficier de la protection de la Convention si elle est appliquée universellement et une position « pro-Convention » renforce les thèmes clés de la guerre au terrorisme.
En effet, l’essence de la Convention est la distinction entre civils et soldats et le terrorisme est répréhensible car il nie cette distinction. Les États-Unis ne sont pas tenus de donner le statut de prisonniers de guerre aux membres d’Al Qaïda et aux Talibans qui ne respectent pas les règles. Aussi, les États-Unis peuvent soutenir l’application universelle de la Convention de Genève et un traitement humain pour tous les prisonniers, mais comme les Talibans ne se distinguaient pas des civils, ils ne peuvent bénéficier du statut de prisonniers de guerre.
Les prisonniers militaires irakiens ont le statut de prisonniers de guerre et les abus commis contre eux ont été réalisés en violation des règles fixées par le Pentagone. Nous voulons que le monde sache que les États-Unis sont favorables à la Convention de Genève.

« L’horreur d’Abu Ghraib »
Auteur
Jesse Jackson
Source
El Periodico (Espagne)
Référence « El horror de Abu Graib », par Jesse Jackson, El Periodico, 1er juin 2004
Résumé Longtemps après la fin de la Guerre d’Irak, nous serons hantés par les crimes d’Abu Ghraib. Les explications fournies pour l’instant par le Pentagone et la Maison-Blanche ne sont pas suffisantes. Donald Rumsfeld a beau déclarer qu’il est responsable, seuls les soldats sont inculpés. Le président a déclaré que ces actes ne reflétaient pas l’Amérique et a déployé l’artillerie lourde contre les jeunes qui ont commis les tortures.
Les jeunes hommes et femmes qui ont commis ces crimes sont responsables de leurs actes, mais ils ne sont pas les seuls car à haut niveau on a montré un véritable dédain pour le droit et les institutions internationales. La doctrine des frappes préventives est une violation des lois internationales. La Maison-Blanche a refusé d’appliquer la Convention de Genève aux « combattants ennemis » détenus à Guantanamo et ils peuvent être maintenus en détention sans charges indéfiniment. D’après Seymour Hersh, la CIA a des centres de tortures pour interroger les détenus. Le matin juste avant la publication de ces photos, l’administration Bush affirmait devant la Cour suprême que les citoyens états-uniens détenus à Guantanamo ne pouvaient disposer d’aucun de leurs droits constitutionnels.
L’horreur des humiliations sexuelles des photos a masqué les pratiques autorisées par le Pentagone qui sont considérées par Human Right Watch et Amnesty International comme illégales. Aujourd’hui, le Pentagone n’a toujours pas fourni au Congrès le nom du responsable direct qui a supervisé les tortures d’Abu Ghraib, se perdant dans les organigrammes séparés des services de renseignement, de l’armée et des sous-traitants. Le cynisme de l’administration Bush fait courir un risque à nos troupes qui pourraient être capturées. Si l’administration Bush veut montrer qu’elle se sent vraiment responsable, elle doit le montrer davantage qu’en s’attaquant à de jeunes soldats.

« Ce sale jeu se paye en vies »
Auteur
Laurie Garrett
Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « This Nasty Game Is Scored in Lives », par Laurie Garrett, Los Angeles Times, 30 mai 2004.
Résumé L’administration Bush et certains membres du Congrès jouent à un sale jeu avec le sida et d’autres questions de santé globale en diminuant les moyens de la recherche publique au profit de la droite religieuse. Tommy G. Thompson, le secrétaire à la Santé a annoncé que seuls 50 scientifiques états-uniens seraient envoyés à la conférence internationale sur le sida à Bangkok alors que lors de la précédente édition de cette conférence, à Barcelone en 2002, les États-Unis en avaient envoyé 236. Le financement de cette conférence par les États-Unis est également passé de 3,6 millions de dollars en 2002 à moins de 0,5 million aujourd’hui.
Les grands perdants de cette politique sont les médecins des pays les plus pauvres qui se forment durant ces conférences. En outre, beaucoup de conférences annexes sur le sujet ont également été annulées faute de financement de la part des États-Unis.
Aux États-Unis, le Global Health Council qui tenait jeudi son congrès annuel à Washington a dû se passer de financement public pour la première fois depuis 31 ans car il demande de donner des cours d’éducation sexuelle, de contrôle des naissances et sur les drogues aux jeunes états-uniens. Cette conférence avait également le tort d’accueillir des groupes que la droite religieuse considère comme favorables à l’avortement. Bush a affirmé que la lutte contre le sida est un combat sacré, mais sa politique consiste pourtant à obéir davantage à la droite religieuse qu’à aider ceux qui combattent réellement cette maladie. Ainsi, si le financement de la conférence de Bangkok a été revu à la baisse c’est parce que des parlementaires républicains menés par Mark E. Souder estimaient choquant que la conférence de Barcelone parle plus du préservatif que de l’abstinence et de la fidélité et que le Vatican n’ait pas été invité. Ils rappelaient que c’est en insistant sur la fidélité et l’abstinence que l’Ouganda avait enregistré des succès, oubliant que le pays mène aussi une campagne pour les rapports protégés. Ils ont demandé que la conférence de Bangkok laisse plus de places aux approches fondées sur la foi.
Il est insupportable que les efforts internationaux pour faire face à la pandémie soient minés par un agenda états-unien étroit.

« Un dirigeant pour des temps périlleux »
Auteur
Joshua Muravchik
Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « A Leader for Perilous Times », par Joshua Muravchik, Los Angeles Times, 30 mai 2004.
Résumé Le taux d’approbation de la politique de George W. Bush ne cesse de diminuer. Il est conspué par les libéraux et de plus en plus de conservateurs émettent des réserves sur la conduite de sa politique, mais tout cela ne me fait que plus admirer cet homme pour lequel j’ai refusé de voter en 2000. Le premier devoir d’un président est de maintenir sa nation en sûreté et je le trouvais lors de la précédente élection, trop peu engagé sur ces questions. Toutefois, suite au 11 septembre, il est entré dans le cercle restreint des plus grands présidents que j’ai connus dans mon existence, il y est accompagné par Harry Truman et Ronald Reagan.
Comme eux, il est présenté comme faible intellectuellement et manquant de capacités d’analyse des politiques, mais il bénéficie d’un grand discernement sur les menaces et il a le courage et la volonté nécessaires pour les affronter. Avant le 11 septembre, cela faisait 30 ans que les islamistes nous attaquaient, mais nous restions passifs. Ils ont fini par décider de nous tuer par milliers. Bush a alors compris où nous avait mené la passivité. Il a décidé de mener la guerre contre les terroristes et leurs partisans et il a compris qu’elle serait longue et qu’elle devrait se mener sur plusieurs fronts.
Nous avons commis des erreurs en Irak et peut-être même que le fait d’y aller était une erreur, mais la vraie question n’est pas tactique ou stratégique : il fallait prendre la décision d’amorcer le combat. Nous ne sommes peut-être pas plus en sécurité depuis le début de la guerre, mais nous ne l’étions pas non plus quand nous avons commencé à affronter Hitler. Nous devions avoir un grand président pour prendre la décision d’amorcer la lutte. Ni Bill Clinton, ni George Bush père ni John Kerry n’avaient ou n’ont la trempe suffisante pour cela.

« Un engagement en faveur de la modération éclairée »
Auteur
Pervez Musharraf
Source
Washington Post (États-Unis)
Référence « A Plea for Enlightened Moderation », par Pervez Musharraf, Washington Post, 31 mai 2004
Résumé Le monde traverse une période tumultueuse depuis la fin des années 90. Aucun signe ne vient laisser penser que cela va prendre fin. Mes frères de foi, les musulmans, souffrent de l’action des terroristes et des extrémistes. Il est urgent de remettre de l’ordre. Pour cela, je souhaite appliquer dans le monde musulman une stratégie que j’ai appelée « stratégie de la modération éclairée ».
Il est impossible de contrer ceux qui utilisent des kamikazes. La triste réalité est que ceux qui périssent ainsi et ceux qui en souffrent sont musulmans. Cela a poussé certains à croire que l’islam est une religion d’intolérance, fondamentaliste et favorisant le terrorisme. Il est difficile de se défendre face à ces croyances car les musulmans sont la population la plus désunie, la plus pauvre, la plus mal instruite et disposant du moins de pouvoir au monde. Les musulmans doivent sortir du trou et ma stratégie consiste en deux grands mouvements : à l’intérieur du monde musulman il faut lutter contre les extrémistes et adopter des réformes socioéconomiques. De son côté, l’Occident, et surtout les États-Unis doivent chercher à résoudre les conflits politiques avec justice et doivent aider les réformes socioéconomiques du monde musulman. Cette stratégie part du postulat que l’extrémisme trouve ses racines dans l’injustice politique et le désespoir économique.
La réponse des États-Unis aux attentats du 11 septembre a entraîné une polarisation des masses musulmanes contre eux. Ce sont des conflits politiques qui ont créé cette opposition, pas la religion musulmane. Quoi qu’il en soit, il faut remédier à cette situation. Le monde musulman, doit retrouver ses valeurs fondatrices et faire face à la réalité. Le temps de la renaissance est venu et nous devons concentrer nos efforts sur l’éducation et la lutte contre la pauvreté. Cet effort doit être organisé dans le cadre de l’Organisation de la conférence islamique, une organisation que nous devons renforcer.

« L’hypocrisie de l’Europe vis-à-vis de la Colombie doit cesser »
Auteur
Francisco Santos Calderón
Source
International Herald Tribune (France)
Référence « Europe’s hypocrisy toward Colombia must end », par Francisco Santos Calderón, International Herald Tribune, 1er juin
Résumé La forêt tropicale colombienne est une des forêts présentant la plus grande biodiversité de la planète, mais elle est régulièrement incendiée pour gagner des terres arables. Il ne s’agit pas de l’action des multinationales, mais des cultivateurs de coca qui essayent ainsi de développer leur production pour combler l’énorme demande en provenance des États-Unis et de l’Europe. Ils travaillent directement pour les guérillas rebelles, des groupes qui sont les pires violateurs des Droits de l’homme des Amériques.
Outre leurs crimes, ces groupes ont détruit près d’1,8 millions d’hectares de forêt tropicale, mais ni les groupes de défense des Droits de l’homme, ni les groupes environnementalistes ne les condamnent. Ils ont pourtant été désignés comme terroristes par l’Union européenne. La production de cocaïne n’est pas une production indigène comme on l’entend souvent, c’est une industrie polluante que le gouvernement colombien combat. Les révolutionnaires d’hier sont devenus aujourd’hui des milliardaires de la drogue.
Les Européens qui ont critiqué la faiblesse des institutions colombiennes ou les dépenses excessives pour la sécurité doivent regarder franchement la façon dont les trafiquants de drogues affaiblissent les institutions démocratiques. Le rapport annuel de l’ONU sur les Droits de l’homme en Colombie a démontré l’implication de ces groupes rebelles dans les trafics, l’extorsion et l’utilisation de mines illégales tandis qu’Human Right Watch a rédigé un rapport sur le recrutement des enfants par ces groupes. Mais paradoxalement, les mêmes pays européens dont la consommation de cocaïne rend obligatoire de strictes lois antiterroristes en Colombie sont les plus critiques vis-à-vis de ces lois. Tant que l’Europe ne réduira pas sa consommation de cocaïne, la Colombie devra dépenser de l’argent pour sa défense au lieu de combattre la pauvreté.

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