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Detruire un modèle qui dérange

Le plan Powell pour l’après-Castro

Le moment est venu pour George W. Bush de satisfaire ses sponsors de Floride. Comme il leur avait promis, il finance leur préparation militaire pour envahir Cuba et effacer le souvenir cuisant de la Baie des Cochons. Dans un rapport de 280 pages, une commission présidée par Colin Powell dresse le programme du futur gouvernement du milliardaire Lincoln Diaz-Balart appelé à remplacer Fidel Castro. Demain, on restituera aux maîtres d’antan les biens qui ont été nationalisés par la Révolution.

| Paris (France)
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Annoncée le 10 octobre 2003 par George W. Bush, la création de la commission pour l’assistance à un Cuba libre avait pour objectif de faire « appel à des experts au sein [du] gouvernement pour planifier la transition à Cuba d’un régime stalinien vers une société libre et tolérante, et trouver les moyens pour accélérer cette transition. » [1]. Un an avant les élections présidentielles de novembre 2004 et en pleine désillusion de l’opinion publique sur la question irakienne, il s’agissait de rassurer le puissant lobby anti-castriste, dont l’influence est cruciale dans le financement de la campagne électorale, sur le fait que les États-Unis étaient disposés à soutenir un renversement - forcément brutal - du régime de Fidel Castro. D’ores et déjà, la société Dyncorp entraîne des exilés pour rééditer l’expérience de la Baie des Cochons, mais en partant d’Haïti et avec un appui aérien. Des maroquins ministériels ont été promis à diverses personnalités au sein d’un futur gouvernement qui serait présidé par Lincoln Diaz-Balart, actuel représentant de Floride.

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Lincoln Diaz

Le renversement du régime castriste ne répond à aucun besoin stratégique impératif, hormis la renégociation de l’occupation de Guantanamo [2]. Mais il est de haute valeur symbolique. Par son existence et sa durée, la révolution castriste montre qu’il est possible à un petit État latino-américain de résister à l’impérialisme états-unien et de développer un autre modèle de société. La destruction de cet exemple est une obsession de l’état-major US depuis quarante-cinq ans. D’autre part, les exilés espèrent toujours la restitution de leurs biens nationalisés en 1959. Ils ont constitué en Floride, l’État gouverné par Jeb Bush, un puissant lobby, notamment autour des frères Diaz-Balart [3] . Lincoln et Mario sont parlementaires républicains, José est le propriétaire de la chaîne Telemundo, Rafael est un riche banquier. Tous sont les enfants de l’ancien leader de la majorité parlementaire cubaine sous la dictature de Batista.

Le rapport de 280 pages, remis au président début mai 2004 par Colin Powell, secrétaire d’État et président de la commission, est un subtil équilibre entre préconisations pour une déstabilisation du régime à partir de l’extérieur d’une part, et d’autre part des déclarations de bonnes intentions pour la prise en charge de l’île, une fois que Fidel Castro et son entourage auront été mis hors d’état de nuire à ces ambitions. Dans la continuité des sanctions déjà imposées, qui reposent sur l’idée que ce qui profite à Cuba profite au régime de Fidel Castro, et qu’il faut donc étouffer le pays pour affaiblir le régime, ces mesures de déstabilisation présentent, au-delà des belles promesses de liberté, le caractère d’un siège pendant une guerre.

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Le fiasco du débarquement de la Baie des Cochons, le 17 avril 1961

La deuxième partie est d’une platitude tellement déconcertante qu’elle ne mérite pas de s’y attarder, si ce n’est pour noter qu’elle introduit, à l’attention de l’opinion occidentale, des éléments de propagande visant à dissimuler les réussites de la révolution cubaine. Car contrairement à son voisin Haïti, pays parmi les moins développés au monde bien que n’ayant pas subi d’embargo économique, où il fut aisé de diffamer le président Aristide et de le renverser [4], la tâche sera complexe à Cuba : malgré l’embargo états-unien et les sanctions contre les pays faisant commerce avec l’île, les Cubains jouissent d’avancées sociales, qu’ils ont conquises de haute lutte, auxquelles ils vont devoir renoncer pour se plier aux exigences de la liberté made in USA et de l’économie de marché. Il ne sera pas aisé d’obtenir l’assentiment et la collaboration d’un peuple lorsqu’on prévoit l’élévation de son niveau de mortalité infantile, actuellement le plus bas de l’hémisphère, au niveau de celui de ses voisins dociles comme la Jamaïque ou la République Dominicaine. Il ne sera pas aisé de supprimer la couverture santé universelle et de diminuer le nombre de médecins par habitant, exemplaires pour les autres pays du tiers-monde, au nom d’un modèle qui laisse aujourd’hui 44 millions de personnes sur 270 sans couverture santé [5]. Il ne sera pas facile d’offrir une inculture de masse au pays jouissant de la meilleure éducation élémentaire de l’hémisphère et du plus fort taux d’enseignants par élève au monde. Il n’est pas non plus aisé d’inféoder aux multinationales de l’agriculture un pays qui, malgré un embargo cruel, devrait à l’horizon 2010 pouvoir nourrir sa population quasi-exclusivement par l’agriculture biologique. En bref, s’il fallait dominer un pays du tiers-monde comme les autres, il serait inutile de rédiger 200 pages de plans de réformes, car une légère amélioration des conditions de vie suffirait à justifier a posteriori cette domination. Ainsi l’administration Bush entend bien détruire un modèle, puis en livrer les restes à une communauté d’exilés cubains rapace et revancharde qui a contribué à la porter au pouvoir.
Voyons comment Colin L. Powell, John W. Snow, Donald L. Evans, Alphonso Jackson, Tom Ridge, Condoleezza Rice et Andrew S. Natsios, principaux membres de la commission pour l’assistance à un Cuba libre, ont l’intention de soumettre Cuba et tentent de vendre ce projet.

En préface du rapport, les auteurs prennent soin de préciser que certaines mesures préconisées ne s’accordent pas avec les lois états-uniennes, qui doivent donc être adaptées afin de pouvoir mener à bien le projet.

Acte 1 : Acheter la volonté de groupes disparates

Le premier volet du rapport s’applique à « identifier les mesures supplémentaires par lesquelles les États-Unis peuvent aider le peuple cubain à mettre rapidement fin à la dictature de Castro », ce qui sous-entend que les mesures existantes sont allées dans ce sens, même si la réalité prouve le contraire : l’isolation du pays a pour l’instant renforcé le pouvoir de Castro. Pour cela il commence par expliquer que la « société civile », à savoir les associations « non gouvernementales » dépendantes des subventions de Washington, est divisée et intimidée par le pouvoir castriste [6]. Pourtant les volontés ne manquent pas ; il faut donc pallier au « manque de moyens et de soutien » de la société civile pour lui permettre d’initier les changements politiques et sociaux auxquels le pays aspire tant. Il reconnaît la stérilité de sanctions économiques imposées sans coordination avec les ONG, ni initiatives pour rompre le contrôle de l’information du régime et sans y associer la communauté internationale. Il précise même que des actions humanitaires conduites avec de bonnes intentions (donc destinées à réparer les dégâts de l’embargo) ont été autorisées sans considérer leur implication vis-à-vis des objectifs politiques de démocratie pour le pays. Pour résumer, à quoi bon affamer un pays pour le mettre à genoux si les ONG viennent aussitôt le soulager ? À cet égard, l’embargo imposé à l’Irak après la guerre du Golfe, en 1991, est manifestement exemplaire d’efficacité aux yeux des auteurs du rapport.

Actuellement, note le rapport, c’est l’USAID (U.S. Agency for International Development) qui assume le rôle principal dans la diffusion d’informations sur la démocratie et l’économie de marché, et à la Havane l’USINT (United States Interests Section, qui fait office de section consulaire) encourage le peuple cubain dans sa « lutte pour la liberté et la démocratie » : la présence et l’activité officielles de ces agences sur le sol cubain contredit déjà les accusations de stalinisme contre Castro contenues dans le rapport, ce qui ne semble pas déranger ses auteurs.

Concrètement, ils préconisent d’augmenter les subventions aux agences et ONG états-uniennes et de leur fournir « matériel et entraînement ». Il recommande aussi d’impliquer les ONG étrangères qui le souhaitent ainsi que les organisations religieuses.

Plus loin le rapport définit les groupes cibles sur lesquels il faut s’appuyer en priorité, car ils seraient plus sensibles à la cause du changement de régime, mais en vérité, on se doute bien qu’ils sont surtout les plus faciles à acheter :
- les jeunes, pour lesquels les auteurs prennent l’exemple édifiant du coup d’État en Georgie [7].
- les femmes, délaissées par les ONG internationales malgré le fait qu’elles sont exploitées sexuellement par le régime qui en retire d’importantes quantités de devises.
- les « afro-cubains et Cubains d’ethnicité mixte », sous-représentés dans les instances du pouvoir et socialement marginalisés. On nous présente donc, dans la foulée, une sorte de thèse sur la ségrégation raciale à Cuba, qu’il faudrait exploiter à l’aide de « petites allocations de fonds états-uniens » en vue du changement de régime.
- les prisonniers politiques, qui sont entre 300 et 400 sur l’île « selon des groupes de défense des droits de l’homme présents à l’intérieur du pays », ainsi que leurs familles, avec parmi eux les 75 arrêtés en mars et avril 2003.
- les groupes de la société civile indépendante, « désireux de s’émanciper du régime stalinien », constitués par des journalistes, libraires, écrivains et économistes indépendants, qui manquent d’équipement de base, d’autant que, précisent-ils, la simple détention d’une vieille machine à écrire « peut être utilisée par le régime comme prétexte pour les emprisonner et pire encore ». Si les restrictions sur l’importation depuis les États-Unis de matériel sensible tel que l’informatique sont justifiées, explique le rapport, il faut néanmoins fournir aux cubains suffisamment de matériel pour faciliter la diffusion et les activités pro-démocratiques.
- enfin, le rapport propose de subventionner des organisations religieuses, principalement les organisations catholiques dont beaucoup « sont engagés dans un conflit quotidien avec le régime pour apporter une aide spirituelle et matérielle au peuple cubain », mais aussi les Églises protestantes dont beaucoup ne sont pas officiellement enregistrées auprès du bureau des Affaires religieuses dépendant du ministère de l’Intérieur cubain.
Les auteurs du rapport suggèrent donc d’allouer 29 millions de dollars supplémentaires au budget d’assistance à Cuba qui bénéficie déjà de 7 millions de dollars, afin d’acheter la bonne volonté de tous les groupes identifiés ci-dessus.

Acte 2 : Inonder le pays de propagande

Le rapport poursuit en expliquant que les médias et moyens de communication étant contrôlés par le Parti communiste, le peuple ne peut « obtenir d’informations précises sur des problèmes tels que les violations systématiques des droits de l’homme et des libertés fondamentales par le régime, ni sur l’état de l’économie cubaine ». Il faut donc déployer sous peu et régulièrement la plate-forme de diffusion aérienne "commando solo" conjointement à l’appareil aerostat, avoir davantage recours aux stations de radio privées des pays voisins et à la distribution de cassettes vidéo, etc., Tout cela bien entendu en accord avec les lois internationales sur les télécommunications. À terme, les auteurs conseillent l’achat et l’équipement d’une plate-forme aérienne dédiée exclusivement à la diffusion des programmes de radio et TV Martì sur Cuba.

Acte 3 : Affamer davantage les Cubains

Le tourisme est la principale source de revenus de l’île, générant de 1,8 à 2,2 milliards de dollars de revenus bruts par an qui ont permis de tempérer les dégâts causés par l’embargo économique. Selon Washington, son développement participe d’une « stratégie de survie » du régime. A contrario, en asphyxiant l’île, on peut obtenir la reddition de son peuple.

Des mesures de renforcement de l’interdiction pour les ressortissants états-uniens de se rendre à Cuba ont été appliquées le 10 octobre 2003, réduisant significativement la proportion de touristes états-uniens se rendant sur l’île. Néanmoins, explique le rapport, il est nécessaire d’appliquer les réglementations de contrôle des biens cubains (« Cuban Assets Control Regulations ») de manière plus stricte, afin de tarir davantage cette source de revenus pour l’île. Parmi les recommandations, les auteurs suggèrent d’inciter les ONG à mettre en exergue les atteintes aux Droits de l’homme perpétrées à Cuba, de supprimer le droit d’importation de produits cubains à hauteur de 100 dollars par voyageur et de supprimer certaines exemptions d’autorisation de voyage.

Ce volet conseille également de réguler plus durement les envois d’argent et de colis depuis les États-Unis, de limiter les visites familiales à un voyage d’une durée maximale de 14 jours, tous les trois ans (sic) et à l’entourage familial immédiat, avec un plafond de dépense par jour d’un montant maximum de 50 dollars par personne, pour 164 dollars auparavant.

Pour ce qui concerne les autres principales sources de revenus de l’île, le rapport propose de renforcer l’application des lois permettant aux exilés cubains dont les biens ont été confisqués par le régime de Fidel Castro de pouvoir intenter des procès aux parties étrangères bénéficiant de ces biens, et de neutraliser les sociétés écrans du gouvernement cubain utilisées pour faire rentrer des devises et des technologies sur l’île.

On constatera qu’en plus d’affamer davantage les Cubains insulaires, ces mesures vont punir tous les Cubains modérés vivant aux États-Unis en limitant leurs contacts familiaux.

Acte 4 : Activer la machine de propagande mondiale

Dans un exercice auquel les institutions états-uniennes sont désormais bien rôdées et tendrement baptisé « Campagne internationale de solidarité », il s’agira selon les auteurs de « disséminer à l’étranger des informations sur la politique U.S., spécifiquement en ce qui concerne les Droits de l’homme [8] et autres développements à Cuba, qui incluent la protection par Castro de terroristes [9], le fait qu’il a commis des actes d’espionnage contre d’autres pays, fomenté la subversion de gouvernements démocratiquement élus en Amérique latine, et la conviction du gouvernement états-unien que Cuba a au moins entrepris, en développement et de manière limitée, un effort de recherche et de développement d’armes offensives biologiques. ». [10] Pour ce faire, le rapport explique par une phrase alambiquée une chose très simple : il faut acheter la presse mondiale et tous les autres moyens de communication nécessaires pour soutenir le renversement de Castro [11]. Il faut également mettre en œuvre tous les moyens diplomatiques afin d’avoir le soutien actif d’un maximum de gouvernements étrangers.

De même, il faut pour les auteurs du rapport encourager tous les syndicats et ONG à attirer l’attention et dénoncer les abus du gouvernement Castro dans le domaine du droit des travailleurs [12]

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Vers une opération paramilitaire

Les États-Unis ont multiplié les déclarations pour garantir qu’ils n’envahiraient pas Cuba et en respecteraient la souveraineté. Simultanément, l’administration Bush a recommencé à financer des groupes de mercenaires encadrés par des exilés. Dans le cas où ceux-ci prendraient une initiative, Washington ne manquerait pas de leur apporter son aide. C’est dans cet état d’esprit que les Marines débarquant en Haïti après l’enlèvement du président Aristide par les Forces spéciales ont établi un périmètre de sécurité au Mole Saint-Nicolas, situé à quelques encablures du rivage cubain, face à la base militaire et au camp d’internement de Guantanamo [13].

Documents joints

 

[1] « Discours de George W. Bush sur la Commission d’assistance à un Cuba libre », Maison-Blanche, 10 octobre 2003.

[2] Le bail des États-Unis est arrivé à échéance et l’occupation se poursuit illégalement. Le département d’État espère imposer un nouveau traité sur le modèle de celui qui a été dicté au Panama.

[3] « Una breve historia de la contrarrevolución cubana » par Michael Moore, Red Voltaire, 15 avril 2004.

[4] « Coup d’État en Haïti » par Thierry Meyssan, Voltaire, 1er mars 2004. Et « Paris relâche le président haïtien » par Thierry Meyssan, Voltaire, 16 mars 2004.

[5] « Le modèle bushien d’assurance sociale » par Paul Labarique, Voltaire, 23 mai 2004.

[6] Sur le rôle de la société civile dans les tentatives de déstabilisation de Cuba, voir « Les États-Unis en guerre de basse intensité contre Cuba » par Philip Agee, Voltaire, 10 septembre 2003.

[7] Voir notre enquête « Les dessous du coup d’État en Géorgie », par Paul Labarique, Voltaire du 7 janvier 2004.

[8] « El voto de Cuba : la trama diplomática » par Juan Gasparini, Red Voltaire, 17 avril 2004.

[9] « Cuba n’a rien à cacher, ni rien de quoi rougir », Déclaration du ministère cubain des Relations extérieurs, 4 mai 2003.

[10] Pour ceux chez qui subsiste un doute sur la possible existence d’un tel programme, voir l’article « Subverting Brazil and Cuba », par Saul Landau, Counterpunch Magazine, 16/18 mars 2004.

[11] Voir les recommandations du rapport, p.45

[12] C’est ce à quoi s’emploie actuellement la délégation de l’AFL-CIO à l’Organisation internationale du Travail (OIT) à Genève. Nous avons commencé la publication d’une étude en plusieurs volets de Paul Labarique sur l’ingérence syndicale de la CIA et traiterons prochainement de ces évènements. « AFL-CIO ou AFL-CIA ? », Voltaire du 2 juin 2004, et « 1962-1979, l’AFL-CIO et la contre-insurrection syndicale », Voltaire du 11 juin 2004.

[13] « The American Learning Zone », par Tom Reeves, Counterpunch, 14 avril 2004. « Convertir a Haití en portaviones contra Cuba y Venezuela » par Victor Ego Ducrot, Question, mars 2004.

Arthur Lepic

Arthur Lepic Journaliste et traducteur, basé en Extrême-Orient. Il s’est spécialisé dans l’étude des stratégies énergétiques et des guerres de ressources, dans le contexte de l’épuisement progressif des principaux gisements exploités d’hydrocarbures.

 
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