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Tribunes et décryptages - 21 juillet 2006
Mexique : peut-on avoir raison en étant « populiste » ?

Décryptage

Depuis la chute du Mur de Berlin, les néo-conservateurs ont expérimenté et généralisé via la National Endowment for Democracy (NED) une méthode de prise de pouvoir indolore dans les États du Pacte de Varsovie, puis de l’ex-URSS. La recette est simple pour faire croire que l’on a gagné les élections : on développe le ressentiment populaire contre les dirigeants en place autour du slogan « Y’en a marre ! » ; simultanément, on divulgue des sondages truqués qui annoncent l’inexorable victoire du parti pro-états-unien et l’on organise des incidents dans des bureaux de vote. Il suffit alors de prétendre que les élections ont été truquées par le parti au pouvoir pour que le parti pro-américain soit automatiquement considéré comme le vainqueur de l’élection et que les autres formations politiques soient oubliées.
Depuis le renversement du gouvernement bulgare en 1990, la presse dominante dans les États atlantistes applaudit sans réfléchir chaque fois qu’un parti pro-états-unien vaincu dans les urnes s’empare du pouvoir par la rue. Etrangement, lorsque un gouvernement truque manifestement des élections pour empêcher son opposition anti-états-unienne de lui succéder, les mêmes journalistes deviennent aveugles.

Le 2 juillet 2006, les électeurs mexicains se rendaient aux urnes pour l’élection présidentielle. La Commission électorale (IFE) a déclaré que Felipe Calderon, le candidat du Parti d’Action nationale, parti du président sortant Vicente Fox avait obtenu une avance de 0,5 % sur son adversaire de gauche, Andrés Manuel López Obrador. Ce dernier a immédiatement contesté les résultats en se fondant sur des sondages « sortie des urnes » qui lui étaient favorables et sur des preuves de fraude massive. Il a immédiatement soumis ces éléments au Tribunal électoral et a mobilisé ses militants en faveur d’un recompte des voix.

Contrairement à ce qu’affirme la presse dominante internationale, M. Calderon n’a pas été déclaré vainqueur officiellement. Le vainqueur ne peut pas être déclaré par l’IFE mais par le Tribunal électoral (TRIFE) qui ne s’est pas encore prononcé. Les récriminations de M. Lopez Obrador ont été évoquées sans autres précisions, sous une forme caricaturale qui le présentait comme un mauvais joueur (Pour une analyse détaillée du contentieux, voir l’ abondant dossier en espagnol préparé par nos collaborateurs latino-américains). De même, le soutien logistique apporté par les États-Unis à MM. Calderon et Fox a été passé sous silence.

Ce traitement partial des élections mexicaines se situe dans le prolongement de la ligne éditoriale dominante pour tout ce qui concerne l’Amérique latine. Si l’on a pu écrire avec bienveillance sur les victoires des partis anti-impérialistes au Venezuela, en Argentine, au Brésil et en Uruguay, la ligne jaune a été franchie avec la nationalisation des hydrocarbures au Venezuela, puis en Bolivie. Soudainement les leaders « populaires » ont été qualifiés de « populistes » et la louable volonté de souveraineté économique est devenue un odieux nationalisme. La presse s’est déchaînée contre le président Evo Morales et a tremblé à l’idée d’une possible victoire d’Ollanta Humana au Pérou.

L’ex-ministre des Affaires étrangères mexicain, Jorge Castaneda, profita de cette ambiance pour dénoncer, dans une tribune fort bien diffusée par Project Syndicate, le programme de son adversaire politique M. Lopez Obrador, accusé de développer un programme similaire à celui, honni, de MM. Morales ou Chavez. Il ne fut pas seul à mettre ainsi en cause le candidat de la gauche mexicaine.
Dans un entretien publié avant les élections par le quotidien français Le Monde, le président sortant, Vicente Fox, glorifiait son bilan sans rencontrer de contradiction. Il allait même jusqu’à nier l’existence de problèmes sociaux majeurs, concédant qu’il existait seulement des problèmes locaux. Défendant ardemment les mesures de libre-échange avec les États-Unis, il dénonçait l’attitude du Venezuela et le « populisme » de son président Hugo Chavez (qui n’ a pas bonne presse dans les colonnes du Monde), associé implicitement à M. Lopez Obrador.
De même, toujours avant les élections, Denise Dresser, éditorialiste du journal mexicain Reforma, affirmait dans le Los Angeles Times que beaucoup de ses compatriotes voyaient Andrés Manuel López Obrador comme un homme dangereux et populiste. De son côté, dans le New York Times et l’International Herald Tribune, le rédacteur du magazine Letras Libres, présentait Andrés Manuel López Obrador comme un exalté messianique, dangereux pour la démocratie mexicaine et qui ne manquerait pas de parler de fraudes s’il perdait l’élection.

Les lecteurs de la presse dominante étaient donc bien préparés avant même l’élection à ne pas porter crédit à cet individu douteux. Après les élections, le ton ne changea pas.
Il est bien difficile de trouver dans la presse dominante occidentale un article relayant les accusations de M. Lopez Obrador.
Le journal mexicain Universal reprend pour sa part le discours prononcé par le candidat devant ses partisans le week-end dernier. Il assure être convaincu de sa victoire et affirme disposer de nombreuses preuves étayant ses dires. Il demande que le Tribunal électoral ordonne un nouveau décompte et assure que ses militants ne se démobiliseront pas.
Ce point de vue est soutenu par une large partie de la presse de gauche latino-américaine. L’éditorialiste irakien, Adnan Hussein Ahmed, assure également aux lecteurs du journal arabophone en ligne Rezgar, que l’adversaire de M. Lopez Obrador est un valet des néo-conservateurs. Pour l’auteur, il ne fait pas de doutes que le candidat du Parti d’Action nationale, dauphin de Vicente Fox, est, comme son prédécesseur, un agent états-unien chargé de s’attaquer à la tendance socialiste au Mexique et au-delà dans les organisations internationales latino-américaines.

Mais, dans le reste de la presse dominante internationale, ce n’est pas le point de vue qui prévaut et la charge contre Andrés Manuel López Obrador est à nouveau mené par M. Jorge Castaneda. Toujours grâce à Project Syndicate, l’auteur publie immédiatement après l’élection une tribune assurant la victoire de Felipe Calderon dans El Nuevo Diario (Nicaragua), le Los Angeles Times (États-Unis), le Koreal Herald (Corée du Sud), Diario Las Americas (journal hispanophone états-unien de Miami), El Periodico (Guatemala), La Opinion (journal hispanophone états-unien de Californie) et sans doute bien d’autres titres. Notons que cette diffusion semble davantage cibler les pays voisins du Mexique et qu’elle ne correspond pas forcément à une diffusion Project Syndicate « classique », c’est à dire bénéficiant d’un large écho dans la presse anglophone asiatique. M. Castaneda fustige encore une fois Andrés Manuel López Obrador qu’il accuse de populisme et d’être l’héritier de l’autoritarisme de l’ancien parti dominant, le PRI. Pour M. Castaneda, il ne fait aucun doute que Felipe Calderon a bien été élu et il projette déjà quel programme devra être le sien : poursuite de la politique économique de Vicente Fox et réforme institutionnelle visant à construire des majorités parlementaires derrière le président.
Comprenant qu’il s’est sans doute exprimé trop vite et que la crise électorale n’était pas terminée, M. Castaneda revient à la charge dans le Wasington Post quelques jours plus tard. A nouveau, il réaffirme que M. Calderon est bel et bien le nouveau président légalement élu du Mexique et que l’agitation actuelle est le fruit du manque d’expérience face à des élections libres mais serrées. Il demande un respect des procédures électorales afin d’éviter que Andrés Manuel López Obrador ne les détourne. Nuançant son propos, il conseille toutefois à M. Calderon d’adopter une partie des propositions de son rival pour obtenir le soutien des plus pauvres.
L’ancien ambassadeur au Panama et ancien conseiller de la campagne électorale de John Kerry, Robert A. Pastor, par ailleurs directeur exécutif de la Commission on Federal Election Reform, vante les mérites du système électoral mexicain pour mieux dénoncer, sans le nommer, Andrés Manuel López Obrador dans le Los Angeles Times. Il désigne le candidat de gauche comme un politicien qui croit gagner une élection quand il a le plus grand nombre de partisans dans la rue. Notons que cette description ne s’applique qu’aux responsables politiques n’ayant pas les bonnes grâces de Washington, et non à MM. Mikhail Saakashvili ou Viktor Yushchenko. Pour l’auteur, il ne fait aucun doute que le système électoral mexicain est meilleur que celui des États-Unis, même s’il n’est pas parfait. Il suffit de voir le résultat de l’élection de 2000 pour en être convaincu, mais contrairement à l’auteur, nous ne pensons pas que cela dissipe les soupçons de fraudes.

Toutefois, tous ne sont pas aussi affirmatifs que MM. Castaneda ou Pastor.
Partant de l’exemple des élections US, l’ancien conseiller d’Al Gore lors de l’élection présidentielle états-unienne de 2000, Ronald Klain, se montre lui bien plus sceptique dans le Washington Post. Dans une sorte de lettre de conseil à Andrés Manuel López Obrador, l’avocat recommande de ne pas suivre l’exemple d’Al Gore et de ne pas jouer la seule carte légaliste. Il préconise de mobiliser ses militants et de faire de l’activisme. Il recommande en revanche à M. Calderon d’accepter un recompte des voix ; : il perdra peut-être, mais s’il est élu avec un soupçon de fraude, il ne sera jamais légitime aux yeux de la population.
Cet avis surprend tant il sous-entend que pour M. Klain, il y a le même type de fraude aujourd’hui au Mexique qu’en Floride en 2000. Or, M. Klain est un Clintonien dans le parti démocrate, et appartient à une élite états-unienne qui, n’a généralement que peu de considération pour M. Lopez Obrador. Faut-il voir dans cette tribune un rappel des manœuvres passées du clan Bush à l’approche des élections de novembre ou bien une dissension sur le cas mexicain au sein du parti démocrate ?

De son côté, Greg Grandin, professeur d’histoire latino-américaine à l’université de New York et contributeur à l’hebdomadaire de gauche The Nation, estime dans le New York Times qu’aujourd’hui, les composantes d’une crise majeure entre les États-Unis et le Mexique sur la question agricole et sur l’immigration sont réunies. Pour lui, il ne fait pas de doute que l’on va vers une détérioration des relations états-uno-mexicaines et vers une radicalisation d’une paysannerie mexicaine privée de ressources par les accords de libre-échange. Il préconise donc que les États-Unis ne soutiennent pas Calderon dans la crise actuelle et acceptent de renégocier le volet agricole de l’ALENA avec le prochain président élu, quel qu’il soit.
Or, c’est précisément pour éviter cette renégociation que Washington a soutenu le candidat du PAN.

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21 juillet 2006

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 États-Unis
 Mexique

Thèmes
 Contrôle de l’Amérique latine

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Il n’y a pas de problème social majeur au Mexique »

Auteur Vicente Fox

Vicente Fox est président du Mexique.

Source Le Monde (France)
Référence

« Il n’y a pas de problème social majeur au Mexique », par Vicente Fox, Le Monde, 29 juin 2006. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé

Mon élection a mis fin à l’autoritarisme et au pouvoir unique du PRI au Mexique. Aujourd’hui notre économie est solide, puissante et exportatrice, créatrice d’emploi. Il y a certes des problèmes mais ce sont des conflits isolés qui ont des explications locales. Il n’y a pas de problème social majeur au Mexique.
Mon gouvernement étant minoritaire au Parlement, nous n’avons pas pu mener toutes les réformes que nous souhaitions engager en matière fiscale et énergétique. Ce système est un garde fou aux abus du présidentialisme, mais il laisse peu de pouvoirs à l’exécutif. Ce sera pire pour mon successeur qui ne disposera pas de plus de 36 % des voix. Je souhaite l’instauration d’un second tour pour donner davantage de légitimité au gagnant.
Je pense que nous sommes proches d’un accord avec les États-Unis sur l’immigration. La question est de convaincre l’opinion publique américaine que l’entrée organisée d’une main-d’oeuvre en provenance du Mexique mettra fin aux tentatives de rentrer illégalement sur le territoire.
Je défends avec véhémence le libre-échange, la globalisation, la stabilité économique et la discipline budgétaire. L’ALENA, l’accord que nous avons avec le Canada et les États-Unis, est très positif pour le Mexique. A cause de notre position, nous sommes insultés par le Venezuela et depuis, nos relations avec Caracas sont gelées. Hugo Chavez va à l’encontre de la logique mondiale de constitution de blocs commerciaux, au contraire, il les fragilise. Il n’y a cependant pas de fatalité au populisme en Amérique latine. De nombreux gouvernements cenristes se sont récemment imposés, et parmi les gauches qui arrivent au pouvoir dans la région, il faut distinguer la social-démocratie, qui a fait ses preuves au Chili par exemple, et le populisme, qui est fondé sur un mensonge.


« Discours intégral d’Andrés Manuel López Obrador »

Auteur Andrés Manuel López Obrador

Ancien maire de Mexico, Andrés Manuel López Obrador est candidat du PRD à l’élection présidentielle mexicaine.

Source El Universal (Mexique)
Référence

« Discurso íntegro de AMLO », par Andrés Manuel López Obrador, El Universal, 16 juillet 2006. Ce texte est adaptée de la reprise par le quotidien du discours prononcé par le candidat devant ses partisans sur la place de la constitution.

Résumé

Chers amies et amis,
Je vous remercie pour votre présence dans cette seconde assemblée informative. Merci à ceux qui ont fait une longue route. Vous et moi savons que la cause que nous défendons est historique pour le Mexique. Nous ne sommes pas rassemblés pour soutenir un homme mais pour défendre le principe de la liberté du peuple de choisir ses dirigeants.
Nous nous battons pour faire reconnaître notre succès et pour défendre la démocratie. Nous ne pouvons pas accepter qu’avec l’argent un groupe de personnes fasse élire un président illégitime. Nous en appelons donc au Tribunal électoral pour dénoncer la falsification des résultats. Nous avons de nombreuses preuves concernant les irrégularités commises touchant des centaines de milliers de vote. Toutes ces preuves sont dans le dossier que nous avons soumis au Tribunal électoral pour obtenir un nouveau décompte. Nous sommes convaincus que notre triomphe sera avéré. Nous ne tolérons pas que notre adversaire se réfugie derrière des arguments techniques alors que c’est la démocratie qui est en jeu.
En attendant les résultats, nous allons multiplier les mobilisations collectives pacifiques.


« Le conservateur de la droite Felipe Calderon : leader du Parti d’Action Nationale »

Auteur Adnan Hussein Ahmed

Adnan Hussein Ahmed est critique et écrivain irakien vivant au Pays-Bas. Il est également journaliste et correspondant de plusieurs journaux arabes dont Azzaman, Alhayat et Rezgar.

Source Rezgar
Référence

« اليميني المحافظ فيليبي كالديرون، زعيم حزب الحركة الوطنية », par Adnan Hussein Ahmed, Rezgar, 11 juillet 2006.

Résumé

Les résultats du scrutin présidentiel au Mexique ont porté au pouvoir le Parti d’Action Nationale (PAN), mené par Felipe Calderon, avec un écart léger de 1 % sur son rival de gauche M. Lopez Obrador. Alors que plusieurs autres partis ont obtenu le reste des voix.
M. Calderon est soutenu par l’administration états-unienne. La droite mexicaine aspire, entre autres, à booster le développement économique dans le pays, à réduire le taux de chômage et à faire face au flux migratoire « illégal » vers les États-Unis, tout en servant l’intérêt majeur des neo-conservateurs, celui de suspendre l’extension du socialisme en Amérique latine, qui fait perdre le sommeil aux responsables états-uniens.
On peut douter que M. Calderon et son parti réussissent à abattre la tendance « gauchiste » caractérisant la société mexicaine, car la majorité absolue de la population est frappée par l’extrême pauvreté. Une majorité qui voit dans le Parti de la révolution démocratique et son leader M. Lopez Obrador le rêve d’une vie meilleure, loin de la tutelle de la Maison-Blanche. Le programme électoral d’Obrador contenait maintes mesures concernant le citoyen mexicain, dont l’amélioration des conditions économiques et sociales des pauvres, la baisse des impôts et l’amélioration du niveau de vie des retraités, des malades et des handicapés.
De même, pour rassurer les riches et les hommes d’affaires mexicains, Obrador avait promis de respecter la propriété privée et d’encourager les investissements étrangers pourvu qu’ils servent l’économie locale.


« La prochaine révolution au Mexique »

Auteur Jorge Castañeda

Proche du président mexicain et ex-potentiel candidat à sa succession, Jorge Castañeda est ancien ministre des Affaires étrangères (2000-2003) de Vicente Fox. Il est professeur de relations internationales à l’Université nationale autonome de Mexico.

Sources Los Angeles Times (États-Unis), Korea Herald (Corée du Sud), El Nuevo Diario (Nicaragua), La Opinion (États-Unis), Diario Las Américas (États-Unis), El Periódico (Guatemala)
Référence

« La próxima revolución de México », par Jorge Castaneda, El Nuevo Diario, 5 juillet 2006.
« Calderon is Mexico’s best move », Los Angeles Times, 5 juillet 2006.
« The next revolution in Mexico », Koreal Herald, 6 juillet 2006.
« La próxima revolución de México », Diario Las Americas, 7 juillet 2006.
« La próxima revolución de México », El Periodico, 9 juillet 2006.
« La próxima », La Opinion, 9 juillet 2006.

Résumé

Même s’il faudra des jours ou peut-être des semaines avant de connaître l’issue des élections présidentielles mexicaines, il semble presque certain que le candidat libéral de droite Felipe Calderón sera le prochain président. Il n’a pas remporté les élections haut la main et il ne dispose donc pas d’un vrai soutien populaire. Il devra faire face à une forte opposition au Congrès mais mieux vaut gagner que perdre. Surtout que le Mexique dispose d’un meilleur président avec Calderon qu’avec Andrés Manuel López Obrador, le candidat populiste de gauche. Calderon incarne la continuité dont le Mexique a besoin.
Andrés Manuel López Obrador a fait campagne en dénonçant une situation sociale catastrophique (ce qui est exagéré) et voulait chasser du pouvoir ceux qui y sont actuellement pour remettre à la tête de l’État des personnes qui avaient participé à la détérioration de la situation par le passé. Calderon quant à lui a parlé de l’amélioration de la situation économique au Mexique et tout ça sans répression, sans violation des droits humains, soulèvements, assassinats politiques ni corruption galopante. Calderon a bénéficié de l’appui des nombreux partisans de Vicente Fox, mais sans l’entourage de Fox, et il a gagné.
Les défis qu’il doit affronter n’en sont pas moins énormes. En effet, cette élection a montré les profondes divisions idéologiques qui touchent le pays. Vus de loin, de tels thèmes de campagne auraient pu apparaître sous un jour positif, mais tout cela était en réalité totalement inutile, car les politiques qui auraient théoriquement dû résulter des tendances de l’électorat soutenant une vision du monde ou l’autre soit n’étaient pas viables, ou étaient déjà en place. Calderón ne peut pas mettre l’éducation entre les mains de l’Église, privatiser Pemex (la compagnie pétrolière de l’État) ni abolir les programmes sociaux anti-pauvreté, comme ses adversaires voulaient le faire croire. Et López Obrador n’aurait pas été capable d’éloigner le Mexique des États-Unis, de réviser l’ALENA, de réorienter massivement les dépenses publiques du jour au lendemain, d’éliminer la pauvreté ni de créer des millions d’emplois par le biais de programmes sans financements, comme il l’avait dit et comme il semblait vraiment le croire.
Calderón ne sera pas seulement tourmenté par ce fossé idéologique artificiel, il devra aussi affronter la même paralysie que Fox et son prédécesseur, Ernesto Zedillo du fait de l’inadaptation des institutions mexicaines. Il va devoir organiser la réélection des députés ; organiser un référendum pour amender la constitution ; créer un système hybride, mi-présidentiel, mi-parlementaire, qui encouragera la formation des majorités législatives dans un environnement tripartite ; permettre à des candidats indépendants de se présenter, forçant ainsi les partis à se réorganiser ; et abolir le financement de campagne de type étasunien, dans lequel le temps d’apparition dans les médias est acheté au lieu d’être imparti objectivement, et qui a débouché sur l’élection de dimanche, sans doute, à un dollar la voix, la plus chère du monde.
Avec ces réformes, le Mexique pourra enfin commencer à récolter les fruits de dix années de stabilité et de continuité


« Les leçons des élections mexicaines pour les États-Unis »

Auteur Robert A. Pastor

Ancien ambassadeur au Panama et ancien conseiller de la campagne électorale de John Kerry, Robert A. Pastor est professeur à l’American University de Washington et directeur du Center for Democracy and Election Management de cette université. Il est directeur exécutif de la Commission on Federal Election Reform de Jimmy Carter et James Baker III et vice-président de la Task Force d’étude de l’Amérique du Nord du Council on Foreign Relations.

Source Los Angeles Times (États-Unis)
Référence

« Mexico’s election lesson to U.S. », par Robert A. Pastor, Los Angeles Times, 8 juillet 2006.

Résumé

En 1986, j’ai observé les élections au Mexique, dans l’État du Nord de Chihuahua et j’y ai appris tout ce qu’il fallait savoir sur la façon de commettre des fraudes. La semaine dernière, quand je suis allé au Mexique, j’ai pu constater que ce pays pouvait désormais donner des leçons aux États-Unis et au monde sur la façon de mener des élections honnêtes.
Il est vrai que d’un point de vue extérieur, les élections ont l’air désordonnées. Il a fallu quatre jours pour que l’Institut fédéral des élections donne le nom du vainqueur par une marge étroite, ce qui a été vivement contesté par Andrés Manuel López Obrador. Mais le système est mieux conçu qu’aux États-Unis. La bonne nouvelle pour les Etats-Unis, c’est que leur système électoral est le troisième le plus performant d’Amérique du Nord, la mauvaise nouvelle c’est qu’il n’y a que trois pays en Amérique du Nord. Au Mexique, l’Institut fédéral mexicain est une organisation non-partisanne qui ouvre ses opérations aux observateurs internationaux. Il dispose d’un corps de fonctionnaires bien formés pouvant travailler sur la base de listes électorales bien tenues. Les partis politiques ne dépendent pas de fonds privés, contrairement aux États-Unis. Enfin, il existe une juridiction spéciale pour juger les différends électoraux. Tous ces éléments, les États-Unis en sont dépourvus.
Le système e électoral mexicain n’est pas parfait, mais le litige actuel sera réglé suivant les modalités légales avant le 6 septembre.
Malheureusement, il existe encore des politiciens qui pensent que les élections sont emportées par celui qui peut amener le plus grand nombre de partisans dans la rue.


« Ne jouez pas le jeu de la vertu »

Auteur Ronald Klain

[Avocat à Washington, Ronald Klain travailla à la campagne Clinton-Gore de 1992 et était le conseiller juridique du Comité pour le recompte des voix en Floride en 2000 et l’ancien chef de cabinet d’Al Gore. Il a été le conseiller de Wesley Clark lors des primaires démocrates de 2004 avant de travailler pour John Kerry lors de la présidentielle états-unienne de 2004.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence

« Don’t Take the High Road », par Ronald Klain, Washington Post, 9 juillet 2006.

Résumé

Pour Andrés Manuel López Obrador il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est qu’il échappe aux deux principales difficultés rencontrées par Al Gore en 2000 : il ne cherche pas à remettre en cause le résultat d’une circonscription dont le gouverneur est le frère de son adversaire et où le responsable du vote participe à la campagne adverse. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il ne doit pas contester 2 000, mais 200 000 bulletins.
M. Lopez Obrador doit immédiatement prendre des mesures pour mobiliser ses militants, demander un recompte et ne jamais admettre qu’il est possible que son adversaire ait reçu plus de voix que lui. Bref, il doit faire ce qu’Al Gore n’a pas fait. La campagne de M. Gore en faveur du recompte des voix avait été digne, raisonnable et responsable… et sans succès. Ce que doit faire Lopez Obrador, c’est ce que George W. Bush a fait : de l’activisme.
M. Calderon, pour sa part, devrait accepter le recompte et se montrer digne. Il perdra peut-être en agissant ainsi, mais s’il est élu sans recompte, il ne disposera d’aucune légitimité.


« Comment être un bon voisin »

Auteur Greg Grandin

Greg Grandin, professeur d’Histoire à la New York University, est l’auteur de Empire’s Workshop : Latin America, the United States and the Rise of the New Imperialism. Il est un contributeur régulier de The Nation.

Source New York Times (États-Unis)
Référence

« How to Be a Good Neighbor », par Greg Grandin, New York Times, 8 juillet 2006.

Résumé

Les Aztèques pensaient que l’histoire n’était pas linéaire, mais circulaire et ils semblent avoir raison quand on regarde le Mexique. En 1810, une révolution agraire a donné lieu à l’indépendance. Un siècle plus tard, en 1910, un soupçon de fraude électorale mobilisa les masses rurales provoquant une guerre de dix ans. Près d’un siècle plus tard, l’actuelle crise électorale mexicaine pourrait provoquer une crise rurale également et déborder.
Les partisans d’Andrés Manuel López Obrador sont souvent des paysans pauvres qui ont subis de plein fouet l’ouverture des frontières. Avant la signature de l’ALENA, le Mexique était autosuffisant en blé et en haricots, aujourd’hui un tiers des tortillas mexicaines viennent de Californie. Les paysans ne peuvent pas concurrencer l’agro-business états-unien et ses aides de l’État. Le pire est à venir puisqu’en 2008, une nouvelle phase de l’ALENA sera lancée et les autorités mexicaines se verront proscrire toute aide à leur paysans tandis que les États-Unis continueront à subventionner leur agriculture. Andrés Manuel López Obrador souhaite une renégociation de ce point mais les États-Unis refusent catégoriquement.
Les alliés de M. Calderon ont soutenu un modèle libre-échangiste qui n’a pas enrichi les Mexicains. A ce problème vient s’ajouter celui de l’immigration. Tout cela ne fait qu’accroître le ressentiment des Mexicains contre les États-Unis. C’est pourquoi les États-Unis doivent éviter de soutenir M. Calderon à tout prix et, quel que soit le vainqueur, ils doivent accepter de renégocier l’ALENA.


 



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