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Tribunes et décryptages - 25 juin 2004
Le cas Timothy Spicer

Décryptage

Robert Young Pelton dénonce, dans le Los Angeles Times, le contrat que l’armée des Etats-Unis vient de signer avec une société de sécurité en Irak. Pour 293 millions de dollars, les 600 hommes d’Aegis devront superviser le travail de 20 000 mercenaires, issus d’une kyrielle d’entreprises différentes. Or, Aegis n’est autre que la nouvelle société de l’ex-colonel des Scots Guards, Timothy Spicer, une personnalité controversée, impliquée dans des affaires de trafic d’armes et des bavures. Si l’espace accordé par le quotidien ne permet pas à Pelton de donner plus de détails, celui-ci a publié, il y a six mois, un ouvrage documenté où il aborde le cas Spicer. Ancien porte-parole des forces de l’ONU en Bosnie, Spicer créa la société Sandline qui fut chargée, en 1998, par le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée de mettre fin à la rébellion du Front de libération de Bougainville. Spicer conclut un accord avec les mercenaires sud-africains d’Executive Outcomes. Il déploya des hélicoptères d’attaque contre des populations primitivement armées et pratiqua l’assassinat ciblé de leurs chefs. Loin de résoudre le problème, son intervention décupla la violence, provoquant en réaction la mutinerie des forces régulières du pays. Ce précédent sinistre aurait dû alerter le Pentagone : quelles seront les conséquences des initiatives de Spicer en Irak ?
Autre aspect de la gestion militaire catastrophique des crises : Edward Girardet, spécialiste de l’action humanitaire en Afghanistan, alerte les lecteurs du Christian Science Monitor sur la dégradation de la situation dans ce pays. Cinq travailleurs de Médecin sans frontières ont été tués, probablement par les hommes de Gulbbudin Hekmatyar. Et celui-ci pourrait bientôt contrôler la majeure partie du pays. Il faut donc déployer plus de troupes (de l’OTAN) sur place pour rétablir la paix. Selon une technique classique, cet article comprend plusieurs affirmations dérangeantes, qui manifestent d’apparentes qualités de courage et de sincérité. Mais il profite de l’effet créé pour fausser quelques données. Premièrement, il est faux que les associations humanitaires en général et MSF en particulier, soient neutres dans ce conflit. Ainsi, Médecins sans frontières est intervenu, dès 1984, avec un financement de la NED/CIA et a servi (consciemment ou non ce n’est pas le problème) de couverture pour des actions US secrètes. Deuxièmement, ce n’est pas le vide créé par le départ de l’armée rouge qui a conduit les Talibans au pouvoir. Ceux-ci ont été choisis par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite et installés techniquement par le Pakistan. Washington ne les a laissé tomber que lorsque Bill Clinton a sollicité les voix des féministes pour sa réélection. Troisièmement Hekmatyar ne surgit pas du néant. Dans les multiples rebondissements de l’histoire afghane, il a plusieurs fois été l’allié des Occidentaux, et pas seulement il y a vingt ans.

Joel Mowbray de la National Review prend la défense de Paul Wolfowitz dans le Washington Times. La rumeur accuse le numéro 2 du Pentagone d’être complice d’Ahmed Chalabi dans l’affaire d’espionnage au profit de l’Iran. Le New York Times a prétendu mensongèrement que ses collaborateurs avaient été soumis au détecteur de mensonge. Bref, en cette période d’élection présidentielle, et à partir d’une information douteuse (nul ne sait s’il y a eu vraiment espionnage), toutes les factions de Washington règlent leurs comptes les unes contre les autres. Pour notre part, nous émettons l’hypothèse que si des informations ont effectivement été transmises à l’Iran, ce n’est pas pour obtenir son aide en Irak, mais pour l’aider à se défendre et détourner le bellicisme états-unien vers l’Arabie saoudite.

L’ancien conseiller national de sécurité, Brent Scowcroft, s’inquiète dans le Washington Post du programme nucléaire iranien. Selon lui, il faut s’assurer que l’Iran ne puisse pas développer de bombe en lui interdisant de fabriquer le combustible et de conserver les déchets. Et il faut faire de même avec le Brésil. L’exposé semble logique, mais il ne résiste pas à l’analyse : aujourd’hui les techniques nucléaires sont toutes duales, elles peuvent toutes avoir des applications à la fois civiles et militaires. Les exigences US reviennent à interdire aux pays émergents de se doter d’une industrie nucléaire qui leur fournisse l’énergie nécessaire à leur développement économique. Depuis le sommet du G8, la lutte contre la prolifération de la bombe devient à l’évidence un moyen pour maintenir la suprématie économique des Grands.
Les quatre ministres britanniques et français des Affaires étrangères et de l’Environnement plaident dans Le Monde pour une application stricte du Protocole de Kyoto. Selon eux, la lutte contre le réchauffement climatique doit être une priorité pour tous. Les deux pays s’engagent dans cette voie. Toutefois cette analyse devra être complétée en intégrant les données sur l’épuisement des énergies fossiles et sur le recours au nucléaire.

Enfin, Vaclav Havel déplore, dans une tribune publiée simultanément dans le New York Times et l’International Herald Tribune, l’évolution du Zimbabwe. Selon l’International Crisis Goup de George Soros, le président Robert Mugabe a détruit toute vie démocratique tout en maintenant les apparences d’institutions démocratiques. Le pays s’enfonce dans la violence et dans la pauvreté. Pour valider son analyse, M. Havel se targue d’avoir renversé pacifiquement le totalitarisme en République tchèque et compare la situation actuelle du Zimbabwe, où Mugabe installe un pouvoir noir, avec celle de l’Afrique du Sud de l’apartheid. Le procédé est grossier : outre que la « révolution de velours » tchèque n’a de révolution que le nom, on ne peut certainement pas assimiler le régime de Mugabe à un apartheid noir. Cet amalgame vise à évacuer une autre dimension du problème : la réforme agraire par confiscation des grands domaines (détenus par des Blancs) et redistribution aux pauvres (massivement Noirs).

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25 juin 2004

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 Industrie militaire

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Le mercenaire frappe fort, grâce aux États-Unis »

Auteur Robert Young Pelton

 Journaliste et écrivain, Robert Young Pelton est l’auteur de World’s Most Dangerous Places et Three Worlds Gone Mad.

Source Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Mercenary Hits It Big, Thanks to the U.S. », par Robert Young Pelton, Los Angeles Times, 24 juin 2004.

Résumé Le 25 mai, l’armée des États-Unis a confié à l’ancien officier britannique Tim Spicer et à sa compagnie Aegis, une petite compagnie fondée il y a à peine deux ans, le plus important contrat de sécurité d’Irak puisqu’elle devra assurer la sécurité des 18,4 milliards de dollars d’investissement en projets de reconstruction. Elle devra déployer ses 600 hommes et diriger le travail des autres compagnies de sécurité et de leurs 20 000 hommes. Pour ce contrat, Aegis va toucher 293 millions de dollars et Spicer, qui détient 40 % des parts de l’entreprise, touchera personnellement 20 millions de dollars.
Jusque-là rien ne semble être anormal, c’est le système de fonctionnement américain. Pourtant, il est bon de se renseigner sur Timothy Simon Spicer dont les exploits passés sont bien documentés. Dans ses mémoires, Spicer affirme qu’il avait été engagé par le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée pour mettre fin à une rébellion. Finalement le Premier ministre fut renversé et Spicer arrêté pour possession illégale d’armes avant d’être relâché. Spicer est aussi la figure centrale d’un scandale de vente d’armes britanniques en Afrique en 1998 qui violait l’embargo de l’ONU sur les ventes d’armes en Sierra Leone. Selon le Boston Globe, quand il était encore officier de l’armée britannique, il dirigea une compagnie en Irlande du Nord dont deux hommes furent accusés du meurtre d’un jeune catholique.
Jusqu’ici, Aegis n’a jamais travaillé en Irak, mais Spicer a travaillé dans les Balkans avec Tony Hunter-Choat qui dirige la sécurité du bureau de gestion des programmes de l’Autorité provisoire de la Coalition. Aegis a battu des géants comme DynCop lors de l’appel d’offre, mais l’armée refuse de commenter le passé de Spicer, se contentant de rappeler qu’Aegis a présenté toutes les garanties requises. Comme d’habitude, on peut s’interroger sur la façon dont l’US Army recrute ses sous-traitants.

« Perdre la perspective humanitaire en Afghanistan »

Auteur Edward Girardet

 Edward Girardet a été chroniqueur sur l’Afghanistan dans le Christian Science Monitor et d’autres publication pendant 25 ans et directeur de Media Action International. Il a rédigé Essential Field Guide to Afghanistan pour la série sur l’aide humanitaire dans les zones de conflit pour Crosslines.

Source Christian Science Monitor (États-Unis)
Référence « Losing humanitarian perspective in Afghanistan », par Edward Girardet, Christian Science Monitor, 24 juin 2004.

Résumé Le meurtre brutal de cinq travailleurs humanitaires de Médecins sans frontières (MSF) en Afghanistan au début du mois démontre la détérioration des conditions de sécurité dans ce pays et l’échec des membres de l’OTAN pour y faire face. Depuis début 2004, 38 travailleurs humanitaires ont été tués, principalement par d’ex-Talibans, Al Qaïda oui des nationalistes pachtounes ou islamiques. C’est presque le double de l’année précédente. Les bandits et trafiquants de drogue peuvent également être tenus pour responsable de certaines de ces morts, mais MSF pense que ces attaques étaient surtout motivées politiquement.
Les Afghans et les expatriés pointent de plus en plus l’implication de Gulbbudin Hekmatyar dans ces violences. Cet homme a été soutenu par la CIA dans les années 80 pour lutter contre les Soviétiques. Il mène aujourd’hui le jihad contre Hamid Karzaï et les États-Unis. En dépit des avertissements d’associations humanitaires, de journalistes et de responsables du département d’État, la CIA a toujours soutenu les fondamentalistes islamistes dans les années 80 en affirmant qu’ils étaient les résistants les plus efficaces. L’Occident ignora également le danger que représentait l’abandon à eux-mêmes de ces groupes après le départ de l’Armée rouge. Cela a entraîné la guerre civile et l’avènement des Talibans.
Les meurtres d’agents de MSF est également en partie la responsabilité des forces de la Coalition qui, en embarquant les groupes humanitaires dans leurs escadrons, les ont assimilés à des combattants. En distribuant des tracts demandant des informations contre les guérillas en échange de la poursuite de l’aide humanitaire, les forces de la Coalition ont achevé de semer la confusion. Cette violence nuit gravement à la reconstruction car elle pousse les ONG et les agences de l’ONU à limiter leurs opérations et cela prive les Afghans d’aide, ce qui fait naître la frustration. De même, l’ONU ne peut pas enregistrer les électeurs pour les prochaines élections.
Face aux milices, les forces de sécurité afghanes ne peuvent pas grand-chose. Il faudrait aider ces troupes à se développer. Les forces de la Coalition font face aux mêmes problèmes que l’Armée rouge. Il n’y aura pas de solution rapide, il faut une implication à long terme. Si ce n’est pas le cas, alors avec le retour d’Hekmatyar, l’Occident pourrait payer son manque de projet des années passées.

« Passer les rumeurs au détecteur de mensonge »

Auteur Joel Mowbray

 Joel Mowbray est reporter au National Review.

Source Washington Times (États-Unis)
Référence « Polygraphing rumors », par Joel Mowbray, Washington Times, 24 juin 2004.

Résumé Le 3 juin, le New York Times a affirmé que des employés du Pentagone avaient dû passer au détecteur de mensonge dans le cadre de l’enquête sur l’Iraqi National Congress d’Amhed Chalabi, accusé d’avoir livré des informations classifiées aux Iraniens. Cet évènement n’a pourtant jamais eu lieu, mais le New York Times n’a pas présenté ses excuses malgré la preuve de son erreur.
Cette enquête est la conséquence de l’affaire Chalabi qui a commencé quand plusieurs sources ont affirmé qu’un agent de renseignement iranien à Bagdad aurait envoyé à Téhéran un message révélant que les États-Unis avaient réussi à déchiffrer leurs codes secrets, un message qui aurait été envoyé dans ce même code. Le 2 juin, la veille de l’article du New York Times le quotidien faisait déjà sa « une » sur cette affaire. La croyance commune veut désormais que les membres du Pentagone passés au détecteur de mensonge soient les subordonnés de Paul Wolfowitz et Douglas Feith. Il résulte des articles du New York Times que les personnes qui sont visées dans cette affaire sont les ennemis de la CIA et du département d’État : les faucons et Chalabi. C’est exactement ce que voulait la source des articles.
On notera à la décharge du New York Times que certaines personnes sont bien passées au détecteur de mensonge, mais à Bagdad. Le Times ne s’est pas contenté de donner une fausse information, il a brisé la déontologie journalistique en ne donnant même pas dans son article la version du Pentagone qui niait les faits, un démenti que le Washongton Post avait noté pour sa part. Le New York Times a terni la réputation de certaines personnes, mais, connaissant ce journal, je pense qu’il ne s’excusera pas.

« Un moment nucléaire critique »

Auteur Brent Scowcroft

 Brent Scowcroft est président du Forum for International Policy et du Scowcroft Group. Il a été conseiller sur la sécurité nationale des présidents Ford et George Bush père. Il est membre du conseil d’administration du Nixon Center. Il a été membre de la Commission de l’ONU sur la réforme de l’organisation.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « A Critical Nuclear Moment », par Brent Scowcroft, Washington Post, 24 juin 2004.

Résumé L’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) vient de critiquer l’Iran pour ne pas avoir coopéré avec ses inspecteurs internationaux qui enquêtent sur le respect des engagements de Téhéran dans la non-prolifération. Comment faut-il interpréter ces développements ?
De son propre aveu, l’Iran a un programme d’enrichissement d’uranium, une des deux méthodes permettant d’acquérir du matériel nucléaire utilisable à des fins militaires. L’Iran affirme toutefois que son objectif est uniquement le développement d’infrastructures nucléaires civiles, mais la condamnation de l’AIEA doit nous alerter. Le monde est à deux doigts d’une violation majeure du régime de non-prolifération. L’absence de réaction de la communauté internationale face au programme nord-coréen a peut-être déjà fait rentrer ce pays dans les rangs des puissances nucléaires. Si l’Iran est autorisé à développer des structures d’enrichissement de l’uranium, il sera presque impossible d’empêcher les autres pays de faire de même.
Il faut réagir. Déjà, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ont pris des mesures, bien qu’insuffisantes, pour traiter cette question. La Russie a aidé l’Iran dans son programme nucléaire, mais elle a exigé de fournir le combustible nucléaire et de récupérer les résidus, ce qui laisse penser que Moscou ne souhaite pas voir Téhéran devenir une puissance nucléaire. Il faut que les cinq pays se rassemblent face à cette question et offrent à l’Iran de fournir tout le combustible nucléaire en échange de l’abandon de son programme d’enrichissement de l’uranium et de la remise de tous les résidus. Ce sera une mesure difficile à accepter pour les États-Unis qui ont beaucoup d’autres reproches à faire à l’Iran, mais la non-prolifération est à ce prix. Si l’Iran rejette ce plan, il sera alors évident que ses fins sont militaires et il faudra prendre des sanctions.
Aujourd’hui, le Brésil également veut développer des structures d’enrichissement de l’uranium. Il ne faudra pas l’autoriser de le faire sous peine de perdre toute crédibilité en divisant les aspirants entre « gentils » et « méchants ». Nous devons lui faire la même proposition qu’à l’Iran.

« Réchauffement climatique : trop tard ? »

Auteurs Jack Straw, Michel Barnier, Margaret Beckett, Serge Lepeltier

 Jack Straw est ministre travailliste des Affaires étrangères britanniques.

 Ancien commissaire européen français chargé de la politique régionale et ancien président du groupe défense de la Convention européenne, Michel Barnier est ancien ministre français des Affaires étrangères (2004-2005).

 Margaret Beckett est la secrétaire d’État britannique à l’environnement.
Serge Lepeltier est ministre de l’écologie et du développement durable.

Source Le Monde (France)
Référence « Réchauffement climatique : trop tard ? », par Michel Barnier, Margaret Beckett, Serge Lepeltier et Jack Straw, Le Monde, 25 juin 2004.

Résumé Il faut avoir le courage de le dire à nos concitoyens, l’accélération du réchauffement climatique est devenu une donnée structurelle de l’évolution de notre planète. C’est le défi majeur auquel l’humanité doit faire face sur le long terme pour assurer son avenir. Les faits, corroborés par de nombreuses études scientifiques, sont patents. Les phénomènes climatiques extrêmes aussi :canicule de l’été 2003, inondations à répétition, progression de la désertification, fonte de la banquise et des glaciers. Il s’agit de l’illustration des premiers effets du bouleversement climatique. Et, pourtant, la volonté collective des États demeure bien trop faible par rapport à la gravité du défi. Alors que les opinions publiques sont de plus en plus sensibles à ce problème, le processus de négociations multilatérales est à un tournant critique.
Sans céder aux clichés des films-catastrophe, il faut répéter que l’urgence est là. Alors que le réchauffement naturel de la terre évoluait à un rythme très lent depuis des dizaines de milliers d’années, la croissance exponentielle de la consommation énergétique mondiale a bouleversé l’ordre des choses et le réchauffement climatique évolue 100 fois plus vite que son rythme naturel. Les scientifiques tablent sur un réchauffement de 1,4 à 5,8 degrés à l’horizon 2100, même si des mesures de grande envergure visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre étaient prises dans les prochaines années, alors que lors de la dernière ère glaciaire, on a connu qu’une variation de 5 degrés. Le coût de telles variations sur les générations futures est bien plus important que celui que représente les mesures à prendre pour maîtriser le phénomène.
La France et le Royaume-Uni sont déterminés à faire face à ce bouleversement climatique majeur, en lien étroit avec leurs partenaires de l’Union européenne. L’enjeu immédiat est d’assurer que l’Europe remplisse les engagements pris à Kyoto en commençant par maîtriser l’accroissement de l’émission de gaz à effet de serre dans les années à venir, puis en amorçant sa réduction. Ce n’est qu’à ce prix que notre civilisation pourra continuer sa route, grâce à un développement contrôlé, au service de l’Homme. Cette action est de la responsabilité collective des États. La France et le Royaume-Uni souhaitent l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto, bien qu’il ne s’agisse que d’une première étape, essentielle mais insuffisante.
Il faut dissiper des malentendus. Contrairement à ce que certains affirment la croissance peut aller de pair avec la protection de l’environnement. Ce qui compte, c’est de la rendre la éco-compatible en continuant à faire évoluer nos modes de production et de consommation. C’est le développement durable. De 1990 à 2002, le Royaume-Uni a réduit ses émissions de 15 % avec une croissance de 30 %. L’Allemagne, qui s’est fermement engagée sur la voie des énergies renouvelables, a investi dans des technologies de pointe avec un retour sur investissement important. Quant à la France, elle se situe toujours parmi les pays développés dont les émissions de gaz à effet de serre par habitant sont de loin les plus faibles, du fait notamment de sa politique énergétique. C’est aux États industrialisés de mener une réponse internationale car ils ont une responsabilité historique dans les émissions de gaz à effet de serre, mais déjà des pays en développement s’en préoccupent et mènent des politiques industrielles liées à cette question. La lutte contre le changement climatique constitue un champ d’action privilégié pour l’Europe. L’Union européenne mettra en place en janvier 2005 un système d’échange de quotas et de permis d’émissions qui favorise le développement des industries propres et l’innovation technologique. En France, l’Assemblée nationale vient de donner à la Charte de l’environnement une valeur constitutionnelle et le Royaume-Uni, qui assumera la présidence du G8 en 2005, a inscrit comme ses deux principales priorités le changement climatique et l’Afrique.

« Étrangler la démocratie »

Auteur Vaclav Havel

 Vaclav Havel est l’ancien président de la République tchèque. Il est membre fondateur de la New Atlantic Initiative, co-présent de l’International Committee for Democracy in Cuba, administrateur du Committee on Present Danger. Il est l’un des signataires de l’appel des 115 atlantistes contre la Russie.

Sources International Herald Tribune (France), New York Times (États-Unis)
Référence « Strangling Democracy », par Vaclav Havel, New York Times, 24 juin 2004. « When democracy is strangled », International Herald Tribune, 25 juin 2004.

Résumé Le mois dernier, la République tchèque a rejoint l’Union européenne car elle a atteint le même niveau de démocratie que ses partenaires européens. Cette transition des pays d’Europe centrale et orientale du totalitarisme vers la démocratie n’aurait pas été possible sans le soutien d’une opinion publique mondiale soutenant la démocratie. Cinq ans après notre révolution de velours, ce fut au tour de l’Afrique du Sud de mettre fin à l’apartheid. Cet idéal de liberté doit maintenant toucher le Zimbabwe.
Je me souviens ce que c’est que de vivre dans un pays où l’État contrôle tout et cette situation existe encore dans différentes parties du monde. Les dirigeants du Zimbabwe savent que le monde ne coopèrera pas avec eux tant qu’ils ne respecteront pas certains critères démocratiques. C’est pour cela qu’ils donnent l’illusion de la démocratie tout en créant des outils légaux leur permettant de la violer. Ainsi, la plupart des membres de l’opposition parlementaire du Zimbabwe ont subi des tentatives de meurtre, des tortures ou des arrestations d’après un rapport publié par l’International Crisis Group. Robert Mugabe nomme 20 % des Parlementaires et les élections s’accompagnent toujours de violences. Par la loi, le pouvoir s’est attribué le monopole du contrôle de la presse et une autre loi limite la liberté d’association.
Comme Desmond Tutu, je suis triste de la transformation de cet ancien pays riche et démocratique en un pays où la population vit grâce à l’aide alimentaire. Je souhaite que le Zimbabwe réintègre la communauté des nations.

 



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